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Flaubert a donc été un malade toute sa vie. Les premières attaques du mal le frappèrent si terriblement qu'il se erut de bonne heure condamné à la réclusion. Ce mal lui fait voir toutes choses sous leur pire aspect, et sa sensibilité l’exaspère: « S’il suffisait d’avoir les nerfs sensibles pour être poète, écrit-il, je vaudrais mieux que Shakespeare et qu'Homère lequel je me figure avoir été un homme peu nerveux ».
Cette névrose a eu sur le caractère de Flaubert une influence considérable; nous allons en dégager lies principales manifestations.
Ses hallucinations sont connues et grâce à la culture médicale qu'il possédait, Flaubert nous en a donné des descriptions saisissantes :
« Mes attaques de nerfs ne sont que des déclivités involontaires d’idées, d'images; ]’élément psychique alors, saute, saute par-dessus moi, et la conscience disparaît avec le sentiment de la vie. Je suis sûr que je sais ce que c’est que de mourir, j'ai souvent senti nettement mon âme qui s’échappait, comme on sent le sang qui coule par l’ouverture d’une saignée. Ce diable de livre m’a fait rêver, Alfred, toute la nuit; à 9 heures, je me suis réveillé et rendormi, alors j'ai rêvé le château de la Roche-Gugon, il se trouvait derrière Croisset, et je m'’étonnais de m’en
apercevoir pour la première fois. Est-ce Louis Lambert qui à appelé Alfred cette nuit (il y a huit mois, j'ai rêvé des lions, et, au moment où je rêvais, un bateau portant une ménagerie passait sous mes fenêtres). Oh! comme on se sent près de la folie quelquefois : moi surtout! Depuis un mois du reste, je suis dans un singulier état d’exaltation où plutôt de vibration; à la moindre idée qui va me venir, j’éprouve quelque chose de cet effet singulier que l’on ressent aux ongles en passant auprès d’une barpe ».
(Lettre à Louis Collet.)
__« Je viens d’être assez secoué, et il me reste de tout cela une torpeur invincible. Hier et aujourd’hui j’ai passé | tout l’après-midi à dormir comme un homme ivre, j'avais , (erveusement parlant) la sensation interne d’un homme qui aurait bu six bouteilles d’eau-de-vie ». (Lettre à Louise Collet.)
«€ Comme j’ai bâti des drames féroces à la Morgue où j'avais la rage d’aller autrefois. Ah tu ne deviens pas folle, toi! Tu às la tête d’aplomb. La folie et la luxure sont deux choses que j’ai tellement sondées, où j'ai si bien navigué par ma volonté que je ne serai jamais je l’espère, ni un aliéné, ni un de Sade. Ma maladie de nerfs a été l’écume de ces petites facéties intellectuelles. Chaque attaque était comme une sorte d’hémorragie de l’innervation, c'était des pertes séminales de la faculté pittoresque du cerveau, cent mille images sautant à la fois, en feux d’artifices. Il y avait un arrachement de l’âme d’avec le corps atroce ». (Lettre à Louise Collet.)
« Vous me demandez comment je me suis guéri des hallucinations nerveuses que je subissais autrefois? Par deux moyens: 1° en les étudiant scientifiquement, c’est-à-dire en tâchant de m'en rendre compte, et 2° par la force de
la volonté, j’ai souvent senti la folie me venir. C'était
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dans ma pauvre cervelle un tourbillon d’idées et d’images où il me semblait que ma conscience, que mon moi sombrait comme un vaisseau sous la tempête. J'ai joué avec la démence et le fantastique, comme Mithridate avec les poisons. » (Lettre à Mlle Leroyer de Chantepie.)
Plus tard il écrit à Taine:
« Mes personnages imaginaires m’affectent, me poursuivent, ou plutôt c’est moi qui suis en eux. Quand j’écrivais l’empoisonnement d'Emma Bovary, j’avais si bien le
goût d’arsenie dans la bouche, j'étais si bien empoisonné
moi-même que je me suis donné deux indigestions très réelles, car j’ai vomi tout mon dîner. :
» N’assimilez pas la vision intérieure-de l’artiste à celle de l’homme vraiment halluciné. Je connais parfaitement
les deux états, il y a un abîme entre eux. Dans l’halluci-
nation proprement dite, il y a toujours terreur; vous sentez que votre personnalité veus échappe: on croit que l’on va mourir ).
Lorsqu'on lit la correspondance de Flaubert, on est frappé du sentiment profond de découragement et d’ennui qui y règne. Evidemment, ce sentiment fut la tare de toute sa génération, mais il semble que sa névrose l’ait exaspéré et Taine a écrit de Flaubert € qu’il fabriquait de l’ennui sans relâche ». Et lui-même écrivait à son ami
de Cormenin: « Connaissez-vous l’ennui, .cet. ennui mo-
derne qui ronge l’homme dans les entrailles et d’un être intelligent fait une ombre qui marche, un fantôme qui
pense. Ah! je vous plains si cette lèpre-là vous est con-
nue. On s’en croit guéri parfois, mais un beau jour on se
réveille souffrant plus que jamais! »
Parfois éclate au contraire un accès de gaieté exubé-
rante : | «Je veux une masse de facéties, écrital, de dévergon-
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dage, d’emportements, le tout pêle-mêle, en fouillis, sans ordre, en vrac, comme lorsque nous parlons ensemble et que la conversation va, court, gambade, que la verve vient, que le rire éclate, que la joie nous saccade les épaules et qu’on roule au fond du cabriolet comme en un jour de convulsive mémoire ».
Il va même jusqu’à donner des conseils à un ami mélancolique : &« Remonte-toi le moral, N. de D., suis un régime sévère, fais des farces la nuit, casse les reverbères, ‘dispute-toi avec les cochers de fiacre, fume raide, va dans les cafés, f.… le camp sans payer, donne des enfoncements dans les chapeaux, rote au nez des gens, dissipe la mélancohe et remercie la Providence ».
- D’autres fois, Flaubert s’adonne à la grosse farce: en 1874 il «est em Suisse «et son ami Laporte vient le rejoindre. Pour délasser son compagnon, fatigué par une nuit. de chemin de fer, Flaubert veut le doucher, mais il se trompe-de robinet, ne peut refermer ceux qu'il à ouverts et provoque une inondation dans l’hôtel. À Lucerne, Flaubert se donne pour ingénieur et Laporte est son commis. A Lausanne, c’est le contraire, Laporte est ( président de la Chambre de commerce de Grand-Couronne »,' et Flaubert son secrétaire. À leur retour en France, les deux amis emportent deux kilos de tabac; à la douane Flaubert se dit ministre plénipotentiaire, se fait appeller Excelience par son ami, narguant les douaniers ébahis. En 1875, partant avec le même Laporte en excursion en Normandie, Flaubert achête de grands crayons de charpentier qui lui servent à manifester partout son opinion sur le maréchal de Mac-Mahon qu’il déteste. Et sur les murs, sur les parois des wagons, il se répand en gros mots à l'adresse du maréchal comme eût fait un enfant de 10 ans. Un autre jour en chemin de fer, un voyageur après
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l’avoir dévisagé, lui dit: « N’êtes-vous pas de Montauban et ne voyagez-vous pas pour les huiles? » « Non, répond Flaubert, mais pour le vinaigre ».
Une autre bizarrerie de Flaubert est l’emploi dans sa correspondance et dans ses notes, dans tout ce qui n’est pas destiné à être livré au public, des mots les plus vulgaires et les plus grossiers: («Je sens contre la bétise de mon époque, écrit-il, des flots de haine qui m’étouffent. Il me monte de la m.… à la bouche comme dans les hernies étranglées. Mais je veux la garder, la figer, la durcir; j’en veux faire une pâte dont je barbouillerai le xrx° siècle, comme on dore de bouse de vache. les pagodes indiennes ».
On pourra lire d’autres exemples de cette coprolalie dans les scénarios de Madame Bovary et de Salambô que donnent l’édition Conard (1910). |
Signalons dans Madame Bovary un rapprochement bizarre: Charles est heureux de voir sa femme lui-revenir et lui faire mille grâces ; aussi il s’en allait chaque matin «€ ruminant son bonheur comme ceux qui mâchent encore après dîner des truffes qu’ils digèrent ».
Flaubert eut toute sa vie le dégoût de l’action. Il écrivait à Louise Collet: « L'action m'a toujours dégoûté au suprême degré, elle me semble appartenir au côté animal de l’existence », il répétait que « le mouvement est délétère, et citait avec complaisance le proverbe arabe: « IL vaut mieux être assis que debout et couché qu’assis ».
M. du Camp a raconté un fait qui montre combien était grande cette peur de l’action. Au jour du départ fixé pour leur voyage en Orient, du Camp va prendre son ami et le trouve étendu sur une peau d’ours noir:
Je crus qu'il dormait; un soupir me détrompa. Jamais je ne vis une telle prostration, À mes questions, il ne
répondait que par des gémissements: € Jamais Je ne re- » verrai ma mère, ce voyage est trop long. C’est toute la » destinée, c’est folie. Pourquoi partons-nous? »
Cependant il voyagea beaucoup puisque en plus de son séjour de deux ans en Orient il vint à plusieurs reprises en Provence, il visita la Corse, les Pyrénées, fit plusieurs excursions en Bretagne, alla voir l’emplacement et les ruines de Carthage et se rendit à plusieurs reprises en Suisse. Au cours de ces déplacements, traité en poule mouillée par ses amis, en particulier par Maxime du Camp, il proteste et veut paraître intrépide: « Tout le temps de la traversée, écrit-il à sa mère, j'ai été un des plus gaillards, si ee n’est le plus gaillard des passagers... Pour moi, promenades sur le pont, dîners avec l’état. major, stations sur la passerelle du commandant où Je me piète dans des attitudes à la Jean-Bart, la casquette sur le côté et le cigare au bec. Bref, je suis un gars! »
Parfois il veut ahurir le bourgeois et répète qu'il y a en lui un commis voyageur turbulent et avide de courir les grandes routes.
Ainsi Flaubert nous apparaît comme un homme à contrastes. Nous retrouvons cette opposition dans l’écrivain. Dans sa jeunesse, il écrit avec ume facilité Inouie, la première Tentation de saint Antoine en est la preuve; on y trouve un lyrisme abondant et les images viennent en foule. Plus tard, sous l’influence de sa névrose, le travail Jui est d’une difficulté inouïe, il lui faut pour écrire un isolement presque complet et un calme absolu; aussi travaille-t-il surtout la nuit. Assis devant sa table, il gémit: « Quatre heures sans pouvoir faire une phrase. — J ai esquissé, gâché, pataugé, tâtonné. Quelle polissonnerie que le style! — Il.est difficile de rendre clair ce qui est obs-
eur dans la pensée. — Je suis humilié de la rétivité de ma
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plume! » [l m’écrit qu'après s’être documenté à fond; c’est un bourreau de lecture. Il calcule par exemple, en juin 1874 que, depuis le mois d’août 1872, il a lu exactement 309 volumes, soit environ un volume tous les deux Jours. |
Et lorsqu'il a enfin ciselé ses phrases c’est une détente pour lui que «le gueuloir » qui consiste à hurler pour en apprécier la cadence et le fini, la page qu’il vient d'écrire.
Un autre symptôme névrosique est cette sorte d’égoïsme qui veut qu’en dehors de la littérature tout lui paraisse superflu sinon nuisible. Il écrit dans une lettre: « Ils ne savent qu’imaginer pour me tourmenter; ils ne seront vraiment heureux que lorsqu'il n’y aura plus ni écrivains, ni dramaturges, ni livres, ni théâtre ».
(Cet égoïsme littéraire est tellement poussé à fond qu'il -en vient à dire: « Une lecture: m’émeut plus qu’un malheur réel ». Et comme Stéphane Mallarmé, il auraït pu déclarer: « Le monde est fait pour aboutir à un bon livre »..
Flaubert nous apparaît en somme comme un homme à double personnalité. Il a d’ailleurs écrit à Louise Collet : (€ IT y a en moi littérairement parlant deux bonshommes distincts, un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de erands vols d’aigles, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée — un autre qui creuse et qui fouille le vrai tant qu'il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu’il reproduit ». "
Ces deux bonshommes nous les retrouvons partout; un homme qui fabrique de l’ennui, un autre qui fait des farces et remonte le moral de ses camarades, un homme qui ne veut pas sortir de chez lui, un autre qui voyage, un homme qui s’émeut plus à la lecture d’un livre qu’à la vne
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, A | e # e LES d’un malheur réel et un autre qui écrit à sa nièce: « On souffre trop, surtout quand on est comme moi nn véritable écorché, le moindre contact me déchire ». Enfin, un
homme qui désigme tout par les termes les plus vulgaires, !
même les plus orduriers, un autre qui écrit dans la prenuère Tentation de saint Antoine: & L'art aussi a ses Spasmes fous et des enchantements sans fin. Sous son
baiser d'amour, des illuminations magnifiques auraient
flambé dans la tête, où l’idée comme une torche sur les ondes eût balancé, en des profondeurs limpides, sa lueur élargie et ses aigrettes multipliées.. Perdu dans l’ombre, le monde, en bas, aurait passé sans bruit ». C’est aussi cet homme qui a écrit une prose admirable, scandée comme des alexandrins, orchestrée comme une partition de Wagner. HS ONRE REE
La plupart des critiques s'accordent à refuser à éet homme paradoxal les qualités supérieures de l’esprit: Brunetière le qualifie d’inintelligent. « I1 y a là, dit Amatole France, de quoi humiïlier notre petite sagesse; cet homme qui avait le secret des paroles infinies, n’était pas intelligent ». (Amatole France. Vie littéraire.)
Et Emile Faguet dit de lui dans sa Collection des « Grands écrivains français »: |
« Il n’aime pas les hommes intelligents, les auteurs dont le mérite est d’avoir des idées. I est limité de ce côté-là d’une mamière incroyable. Le domeine des idées lui est absolument fermé ». ?
Nous médecin, nous sommes moins sévère, nous voyons avant tout un malade et admirons l’énergie farouche avec laquelle il lutte. Nous souscrivons entièrement au jugement qu'il portait sur lui-même: « N'importe, j'aurai toujours valu quelque chose par mon entêtement. Mon œuvre Sera toujours une œuvre de rude volonté. Le génie c’est Dieu qui le donne, mais le talent nous regarde, avec de la patience, on y arrive ».
Lorsqu'on lit les romans de Flaubert et qu’on cherche à en caractériser les personnages, on constate que presque tous sont des anormaux ou des malades. Il semble même que l’auteur ait voulu vulgariser quelques-uns des types mentaux que l’on est appelé à rencontrer. {1 nous paraît donc intéressant d’étudier les plus caractéristiques d’entr’eux. Nous éliminerons deux ouvrages: Bouvard et Pécuchet qui est un livre inachevé, confus, flou, publié du reste après la mort de Flaubert, et Salammbô. Le fait essentiel de Salammbô est la lutte entre Carthage et l’armée des mercenaires. Les deux principaux personnages sont deux collectivités, et l’étude de foules aussi complexes sortirait du cadre de notre travail. Nous signalerons cependant comme imaginé sous une influence névrosique, le chapitre intitulé «le Serpent », qui nous montre Salammbô éprouvant ses premières sensations amoureuses sous l’étreinte d’un python. je
Il est courant de dire que tous les personnages de Flaubért ont été vus par lui. On sait qu'il prit l’idée de la T'entation de saint Antoine dans un tableau de Breughel, à Gênes et celle de la Légende de Saint Julien l’hospitalier dans un vitrail de l’église de Caudebec. Félicité de Un cœur simple a été connue de lui, et le ménage Bovary avait été rencontré plusieurs fois chez son père. L'éducation
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sentimentale évoque le souvenir de l'amour ressenti par Flaubert à 17 ans, pour une femme mariée rencontrée à Trouville, amour qui resta purement platonique. C’est aussi à Trouville que plus tard il rencontra un pharmacien qui lui servit à créer le fameux Homais.
De tous les personnages, deux apparaissent plus anormaux que les autres: saint Julien un obsédé impulsif et saint Antoine un hallueiné. Nous les étudierons donc en premier lieu.
Saint Julien l’hospitalier. — Tout au long de son histoire, Julien nous apparaît comme un obsédé et un imprilsif. Soh père, un chevalier qui à beaucoup bataillé, s’adenne fréquemment à des libations et c’est dans une hal- Jucination qu’il entend dire de son fils: € Ah, ah, ton fils, beaucoup de sang, beaucoup de gloire! » La mère eloîtrée dans son manoir est vertueuse et mystique. Julien est élevé sous cette double influence belliqueuse et religieuse. Un jour à l’église, il voit une petite souris blanche errer sur les marches de l’autel. Le dimanche suivant l’idée qu’il peut la revoir le trouble; il en éprouve une véritable angoisse. Il la revoit et peu à peu se prend de haïne contre elle. Cette souris lui devient une obsession et tout se termine par le massacre de l’animal. L’obsession cesse et Julien « demeure stupéfait devant ce petit corps qui ne bouge plus ». Désormais tout animal vivant fait naître en lui la même angoisse obsédante et Julien en arrive bientôt aux grandes tueries. Sans pitié il extermine un nombre incalculable d'animaux de toutes sortes. Un seul cerf demeure avec sa biche et son faon; Julien les tue tous les trois et le cerf lui jette cette malédiction: € Maudit, maudit! Un jour cœur féroce, tu assassineras ton père et ta mère. » @ [Il fut stupéfait, puis accablé d’une fatigue soudaine ; un dégoût, une tristesse immense l’envahit ».
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Dès lors la prédiction l’obsède. Il s’en va au hasard des. aventures dans le seul but d'échapper à son idée, fixe. Loïn de son pays,il se marie et paraît guéri, mais l’obsession de la chasse le reprend: « La soif de carnage ie reprenait; les bêtes manquaient, il aurait voulu massacrer les hommes. » Ses parents qui le cherchaïent arrivent à son manoir un soir où il est à la chasse. Sa femme cède son lit à ses beaux parents (chose considérée comme un acte de politesse au moyen-âge). Julien arrive et sé croyant trompé tue sans le savoir son père et sa mère. Il achève son érime en obsédé, trépignant, écumant et hurlant, entendant dans une hallucination suprême les râles des deux victimes se muer en le bramement du cerf qui lui avait prédit son crime.
La Tentation de saint Antoine. — Saint Antoine est un dégénéré mystique. Il croit que tout est vain sauf Dieu et que par conséquent rien ne vaut la peine qu’on s’en occupe. Aussi tous les penchants qu’il à cru décrier s’insurgent et le persécutent. Le début de sa crise est constitué par du découragement, de la tristesse, des idées fixes d'abandon en particulier: « On s'inquiète si peu de me donner des mouvelles! Tous mes disciples m'ont quitté, Hilarion comme les autres ». Le délire apparaît peu à peu: &e sont d’abord des illusions, puis la faim produit un commencement d’hallucination. Ces hallucinations -deviennent plus viclentes et se compliquent: visuelles, auditives:; enfin apparaît la crise érotique (vision de la reine de Saba): € Encore. mais voilà qu’un chatouillement me parcourt, quel supplice! Quelles délices! Ce sont comme des baïsers; ma moelle se fond! Je meurs! » -
Un cœur simple. — Félicité, le cœur simple, est une débile. Elle ne s’arrête qu'aux petits détails. De tous les ha-
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bituiés de la maison de sa maître 2sse, celui qu’elle estime le plus est «M. Bournais, ancien avoué. Sa cravate blanche, et sa calvitie, le jabot de sa chemise, son ample redingote brune, sa façon de priser en arrondissant le bras, tout son individu lui produisait ce trouble où nous jette le spectacle des hommes extraordinaires ». Dans le caté- chisme, ce qui la frappe, c’est « le Par radis, le déluge et la tour de Babel, des villes tout en flammes, des peuples qui mouraient, des idoles renversées, et elle garda de cet éblouissement le respect dun Très-Haut et la crainte de sa colère ». Ses décisions sont promptes et lès distances n° sont pa un obstacle à ses déplacements. Un soir elle pense à son: Aoun matelot qui doit partir le lendemain en voyage, et sans rien dire à personne « après le dîner elle chaussa ses galoches et avala les quatre lieues qui séparent Pont-l’Evêque de Honfleur ». Plus tard, elle fait le même trajet en voiture près de sa maîtresse qui va voir une fille malade. Tout à coup Féhcité se rappelle avoir oublié de fermer une porte. Elle descend de voiture, retour: à Pont-l’Evêque, ferme la porte et repart à pied pour Honfleur.
Un autre jour elle apprend la mort de son neveu et en éprouve un grand chagrin Soudain (elle se rappela sa lessive, l’ayant coulée la veille, il fallait aujourd’hui la rincer »… et elle en oublie sa douleur.
Mme Bovary. — Mme Bovary est une débile, une imaginative maladive et une sentimentale. Ses connaissances so réduisent à peu de choses et ses conceptions sont bizarres. Pour elle un mari ne saurait être autre chose qu’un homme «vêtu d’un habit de velours à longues basques, et qui porte des bottes molles, un chapeau pointu et des manchettes ». Quand à sa conception de l'amour, la
voici. Pour elle « toutes les fièvres de la chaïr et les langueurs de la tendresse ne se séparaïent donc pas du balcon des grands châteaux qui sont pleins de loisirs; d’un boudoir à stores de soie avec un tapis bien épais, des jardinières remplies, un lit monté sur une estrade, ni du scintillement des pierres précieuses et des aiguillettes de la livrée ».
Dans toutes ses émotions, on ne trouve que deux notes : la note mystique et la note sentimentale, les deux se confondant souvent. Dans sa jeunesse (elle s’assoupit doucement à la langueur mystique qui s’exhale des parfums de l’autel, de la fraîcheur des bénitiers et du rayonnement des cierges. Au lieu de suivre sa messe elle regardait dans son livre les vignettes pieuses bordées d’azur, et elle aimait la brebis malade, le Sacré-Cœur percé de flèches aiguës », Plus tard après ses déboires amoureux « elle entrevoit parmi les illusions de son espoir un état de pureté flottant au-dessus de la terre, se confondant avec le ciel et où elle aspira d’être. Elle voulut devenir une sainte »… Quand elle allait à confesse elle inventait de petits péchés, afin de rester là plus longtemps à genoux dans l’ombre, les mains jointes, le visage à la grille, sous le chuchotement du prêtre. les comparaïsons de fiancé, d’époux, d’amant céleste et de mariage éternel, qui reviennent dans les sermons, lui soulevaient au fond de l’âme des douceurs imattendues ». De plus, elle a un besoin inconscient de mentir sans utilité: « Lie mensonge devint chez elle un besoin, une manie, un plaisir au point que si elle disait avoir passé hier par le côté droit d’une rue, il fallait croire qu’elle avait pris par le côté gauche ».
Elle paraît avoir des crises nerveuses: ( En de certains jours, elle bavardait avec une abondance fébrile; à ces exaltations succédaient tout à coup des torpeurs où elle
restait sans parler, sans bouger. Ce qui la ranimait alors,
c'était de se répandre sur les bras un flacon d’ eau de C'ologne ».
Emma Bovary n'est pas le seul personnage anormal du roman: Charles et Justin ont tous deux des débiles, et l’immortel Homais est un inintelligent dont la culture intellectuelle se réduit à une demi instruction, à une série de üroirs qu’il ouvre et vide en entier; il manque complètement d’ esprit critique.
L’Education sentimentale est le tübléan de l’état mental d’une époque. Il n’y a pas un type morbide comm saint Julien ou Emma Bovary, mais une série de malades atteints de ce &« mal du siècle » dont Musset, dans sa Co. no d’un Enfant du Siècle nous a puissamment décrit
l'éliologie.
Frédéric Moreau, le héros du roman, est un homme qui, ayant tout pour réussir: intelligence, fortune, beauté physique, et s'étant agité quelques semaines durant au hasard des événements, reconnaît un jour l'impuissance de ses efforts et conclut-à lewr inutilité. « C’est merveille, dit Faguet, comme ïl fait le propos d’être philosophe sous l'influence d’un ami, journaliste à l’instigation d’un autre, homme politique sous l'impulsion des événements de 48 ; comme il prête à l’un, promet à l’autre, donne à celuici la somme qu’il a mise en réserve pour celui-là et s’aperçoit seulement à 50 ans qu’il a vécu en zigzags et qu'il était né avec la vocation impérieuse de ne rien faire ».
C'est surtout un aboulique. Pris par une idée de code
«Frédéric se pencha. Le parapet était un peu, latge, et ce fut par lassitude qu’il n’essaya pas de le franchir ». Pour prendre des décisions il s'adresse surtout au ha-
sard: « Pour savoir s’il irait chez Mme Arnoux, il jeta
. . . CES “à Le RE par trois fois en l’air des pièces de monnaie ». Il ne pa-
se