‹ Essai sur la nomenclature et la classification des principales branches d'art -et- science: ouvrage extrait du chrestomathia de Jérémie BenthamChapitre 13 sur 25 · DÉFAUTS DANS LA FRÉQUENCE DES RÉPÉTITIONS · texte numérisé non relu

DÉFAUTS DANS LA FRÉQUENCE DES RÉPÉTITIONS

D’Alembert présente quatre fois de suite, comme dépendant de la mémoire, les diffé-

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renies classes de corps qui composent la surface de la terre : i° sous le nom de Météores;

sous ceux de Terre et de Mer ; 3° sous leurs noms respectifs, ^^\o\x Minéraux ^ Végétaux et Animaux ; et 4° sous le nom ài Éléments.

Ces mêmes objets se trouvent bientôt répétés encore quatre fois, c’est-à-dire en tant qu’ils présentent l’idée de quelque chose d’extraordinaire. Il ne voit pas que les mots ordinaire et extraordinaire ne sont que des termes relatifs , n'ayant aucun rapport aux objets mêmes, mais seulement à la position où ils se trouvent dans l’esprit du lecteur. Un objet, d’ailleurs, qui serait extraordinaire pour un siècle pourrait bien devenir tout-à-fait ordinaire pour le siècle suivant. Voici comme ces objets sont désignés cette fois : Météores prodigieux^ Prodiges sur la terre et sur la mer^ Animaux prodigieux, V égétaux prodigieux. Minéraux prodigieux, et Prodiges des éléments.

Non content de les avoir ainsi présentés huit fois de suite comme objets ou sujets de la Mémoire, on nous fait retrouver encore quatre fois ces mêmes êtres, placés comme objets ou sujets de la Raison ; car ce sont toujours les

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mêmes , malgré les noms grecs qui leur sont donnés maintenant avec l’addition de la terminaison logie. Ainsi nous voyons les météores désignés par le terme Météorologie ^ et bientôt encore par celui di Aérologie ; les minéraux d’abord par celui de Géologie, ensuite par celui de Minéralogie; l’eau sous le titre à' Hydrologie ; les végétaux sous celui de Botanique; les animaux sous celui de Zoologie,

Que sont les météores ou corps rnétéoriques (ce qui ne signifie ni plus ni moins qu’élevé), si ce n’est quelques uns des corps dont se compose la surface de la terre ? seulement ils sont mêlés avec cette partie qui est principalement en état gazeux , et puis détachés à une distance plus ou moins considérable de la masse principale solide ou liquide. Les substances élémentaires de ces masses appartiennent par conséquent, dans des proportions différentes et variant sans cesse, aux trois classes animale, végétale, et minérale, que l’on appelle les trois règnes.

Nous voyons pourtant que d’Alembert met les météores au rang des sujets distincts d’Histoire naturelle, et leur assigne une place antérieure à celle qu’il accorde aux minéraux , aux végé-

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taux et aux animaux. Il y ajoute ensuite les élémenls comme classe distincte. Bien que l’on se serve encore de ce mot dans le langage vulgaire, on avait déjà depuis long-temps reconnu la fausseté des idées qui l’avaient fait naître. On sait que ces éléments étaient au nombre de quatre : la leri'e , Teau^ Vair^ et le feu, La terre désignait toute masse de matière solide ; l’eau, toute masse de matière liquide, quoiqu’elle soit toujours la même que dans le premier cas ; l’air désigne encore celte même masse toutes les fois qu’on la considère en état'de gaz ; quant au feu, c’est un mot auquel on n’a jamais attribué d’idée déterminée , mais dont on est dans l’usage de se servir toutes les fois qu’on voit sortir du même endroit et en même temps une quantité extraordinaire de lumière et de calorique ou chaleur.

Quelques personnes ont divisé en ciel et en terre le monde ou l’univers, c’est-à-dire tout ce dont nous pouvons avoir la moindre connaissance. La ten'e est le globe que nous habitons, et sous le nom de ciel on comprend tous les autres globes ou corps ‘quels qu'ils soient. Telle paraît avoir été l’idée du philosophe pendant que la Mémoire présidait à son travail , car

DE d’ALEMBERT.

il place (l’abord l’Histoire c(ileste sans aucune division ; vient ensuite l’Histoire elle-même avec toutes ses différentes branches, celle des Météores, de la Terre et de la Mer, et ainsi de suite.

Il aurait donc dû suivre le même plan lorsque, sous la présidence de la Piaison, il répète ces mêmes objets habillés à la grecque avec l’addition de la terminaison logie. L’Histoire naturelle n’étant point considérée comme science, mais seulement comme une espèce d’étude préparatoire à la science, c’est maintenant cette Science de la Nature^ avec son synonyme Physique particulière^ qu’il s’agit de diviser. En suivant donc le système qu’il s’était formé, il aurait dû la partager d’abord en Cosmologie et en Géologie, et sous ce dernier chef il aurait dû ranger la Météorologie, l’Hydrologie, la Minéralogie, et puis tous les autres logies de sa méthode. Mais au lieu de cela, ces objets se suivent l’un l’autre dans un ordre non seulement tout-à-fait hors de propos, mais encore si complètement désordonné, que s’il me fallait exprimer combien les quarante mots qui entrent dans cette partie de son système sont impropres et déplacés, un nombre pareil de pages ne me suffirait pas.

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Il donne sept branches à la Science de la Nature ouPhysique particulière : savoir, Zoo= logie , 2° Astronomie physique (comme s’il y avait une Astronomie qui ne le fût pas), 3“Méte'orologie, 4“ Cosmologie , 5° Botanique, 6” Minéralogie, 7° Chimie. Ainsi, avant de trouver un monde pour les placer , on présente d’abord les animaux de toute espèce, puis les étoiles, et puis les météores quels qu’ils soient ; et c’est la Raison qui fait faire tout cela ! Et lorsqu’enfm on trouve ce monde , on le place entre les animaux et les végétaux dont ils se nourrissent, sans compter que ces deux classes, si rapprochées par leur nature, sont encore séparées par toutes les étoiles et par tous les météores.

Frappé de cet arrangement si bizarre, j’ai cherché dans l’explication qui accompagne le système figuré quelque justification de cette espèce d’ordre ; le résultat de cette recherche a été de me faire voir que l’ordre suivi dans cette partie de l’explication est tout différent de celui qu’on donne aux articles qu’elle prétend expliquer, quoique l’auteur ait dit, page 233 : « La Physique particulière doit suivre la même » distribution que l’Histoire naturelle. »

DE d’alembert. 5g

Cette explication fournit une autre idée fort extraordinaire, sur laquelle on appuie beaucoup, puisqu’on la répète à chaque instant dans plusieurs pages : c’est que tant qu’on étudie l’Histoire naturelle ( y compris tous les arts excepté les beaux-arts) sous la présidence de la Mémoire , on ne doit faire usage que des sens seulement ; mais lorsqu’on vient à étudier ces mêmes objets sous la présidence de la Raison, c’est alors que pour la première fois il faut faire usage de la faculté de la réflexion, et que tant que celle-ci travaille on n’a pas besoin des sens’. On pourrait à la vérité dire peut-être qu’on fait un peu plus d’usage des sens dans riïistoire naturelle que dans la Physique, et que l’élude de celle-ci demande un peu plus de réflexion que l’étude de l’autre ; mais celui qui tenterait de rien faire en Histoire naturelle

• «De l’histoire, prise par les sens, des astres, de leurs mouvements, apparences sensibles, etc la réflexion a passé à

la recherche de leur origine, des causes de leurs phénomènes, etc et a produit la science qu’on appelle Astronomie

physique »... « De l’histoire , prise par les sens, des vents,

des pluies, etc la réflexion a passé à l’élude de leur origine , etc »

6o SYSTÈME DE d’aLEMBERT,

sans aucun recours à la réflexion , ou de tra^ vailler en Physique sans se servir des sens, ne ferait assurément qu’un travail bien pénible.

Tels sont les points principaux sur lesquels le lecteur pourra prononcer un jugement sur cette table , si jamais de pareilles considérations peuvent être de quelque utilité réelle au genre humain. J’espère du moins que le lecteur qui aurait eu la patience de suivre jusqu’ici celte exposition admettra que si, à l’époque de la publication du système figuré, il y avait un besoin réel d’un pareil ouvrage , ce n’est pas celui de d’Alembert qui aurait satisfait à ce besoin.

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