QUALITÉS LT DEFAUTS
Voici donc un argument qui se présente fort naturellement. Si ce nom mésexpressif représente à celui à qui il est offert la branche d’artet-science à laquelle il est appliqué , quel est l’inconvénient, s’il y en a, de cette mésexpression primitive ? Quoique l’idée qu’elle nous a donnée au premier abord fut erronée, celle qu’elle a transmise à la longue est pourtant correcte ; et, en effet, il serait aisé de faire voir qu’on est parvenu à donner des idées tout aussi correctes par des noms des plus inexpressifs, que par les noms le. mieux adaptés aux objets qu’ils désignent.
Quelque plausible que paraisse cette objection, on peut y opposer une réponse aussi claire que décisive et satisfaisante.
En premier lieu, l’argument objecté suppose un certain temps, plus ou moins long, pendant lequel le nom mésexpressif donne l’idée d’un sujet tout différent de celui qu’il devrait représenter. Tant que cela dure , toute proposition dans laquelle entre ce nom est contradictoire avec lui-même ; et ce n’est qu’après un laps de temps plus ou moins long que la nouvelle idée , en déplaçant peu à peu la première, fait cesser
la confusion qui en résulte, confusion dont le moindre inconvénient serait de retarder les progrès du commençant qui cherche à se faire une idée du sujet qu’il étudie , si ces contradic' tions ne l’en rebutent au premier abord. Car combien ne faut-il pas souvent de temps pour former dans l’esprit d’un commençant, d’un Jeune commençant surtout, la connexion des noms Histoire naturelle , Philosophie naturelle^ etc., dont nous allons bientôt faire voir la mésexpression , avec les différents sujets particuliers qu’on veut y comprendre?
Ensuite , comme je l’ai déjà fait remarquer, un autre but de ces dénominations est d’obvier aux doutes qui pourraient s’élever dans l’esprit de l’écolier sur l’étendue de la branche d’art-etscience qu’on lui présente. Mais, lorsque le nom est mésexpressif, par quelle règle peut-il résoudre ce doute ? Le nom , considéré en sa signification primitive , la seule qui puisse se présenter à son jugement , loin d’y jeter la moindre lumière, ne lui donne que des idées fausses, et ce n’est qu’en avançant dans l’étude de la branche qu’il parviendra à rectifier cette erreur.
Pour donner des exemples de ce que je viens
lO QUALITÉS ET DEFAUTS
de dire sur les défauts dont cette espèce de dénomination est susceptible, examinons maintenant les termes Histoire naturelle^ Philosophie naturelle^ et Mathématiques^ tous trois en usage universel pour désigner trois des premières divisions du champ d’art-et-science.
Le terme composé Histoire naturelle àés,\^n(^ celle dont l’objet est la matière en général considérée dans son état naturel. Par état naturel on entend l’état où l’a laissée la nature ’ avant que l’art humain, dirigé parla science humaine, ne lui ait fait éprouver aucun changement.
Cet ensemble de tous les corps dans leur état naturel se compose d’abord de notre globe, ensuite de notre univers. Je dis d’abord de notre glohe^ les autres n’étant d’aucune importance pour nous, excepté par leurs rapports avec celui où nous vivons.
Dans notre globe la matière est sous la forme.
' Nature. Il est évident que ce n’est que pour me conformer à l’usage, si universellement adopté, de personnifier la cause de tous les effets produits sans l’influence humaine, que je me sers de cette expression inexacte.
OU de corps entièrement privés de vie , ou de corps doués de vie mais privés de sensation, ou bien de corps doués en même temps de vie et de sensation. Toutes ces premières divisions de la branche d’art-et-science en question sont assez correctement désignées par les termes Minéralogie^ Botanique ou Phytologie, et Zoologie; tous trois termes compris chacun* dans l’espace d’un seul mot, et tous en usage familier.
Et si on se sert du mot XJranologie ou même Astronomie pour désigner l’autre division de cette branche (dont l’objet est tous les corps modifiés dont nous pouvons avoir connaissance, et qui ne sont pas compris dans notre globe), on ne peut opposer de graves objections à la nomenclature ainsi donnée à ces premières divisions de l’Histoire naturelle.'
' Le mot Minéralogie seul n’a pas la fixité de signification qui serait à désirer , puisqu’il désigne quelquefois tout ce qui regarde les corps inorganisés , quelquefois ce qui regarde les caractères distinctifs seulement de ces corps. Ainsi dans la nouvelle table, j’ai désigné la première branche par le mot Anorganologie ^ et j’ai réservé le mot Minéralogie pour la seconde , qui lui est plus souvent attribuée.