‹ Essai sur la nomenclature et la classification des principales branches d'art -et- science: ouvrage extrait du chrestomathia de Jérémie BenthamChapitre 7 sur 25 · DES CLASSIFICATIONS EXISTANTES. EXAMEN · texte numérisé non relu

DES CLASSIFICATIONS EXISTANTES. EXAMEN

DE CELLE .DE M. d’aLEMBERT.

J’ai fait voir dans le chapitre précédent les défauts des dénominations existantes lorsque leur objet n’est que la désignation simple|des différentes branches d’arl-et-science. Il faut maintenant les considérer comme devant être rapprochées l’une de l’autre , et, par leur arrangement méthodique , former un système de classification du champ entier.

Cette classification peut être présentée de deux manières différentes, soit par un discours suivi, soit en forme de table synoptique. Le premier a l’avantage de ne point mettre de limites à la matière qu’on veut y faire entrer, mais il offre l’inconvénient de ne pouvoir nous présenter les objets qu’il embrasse que l’un après l’aulre ; et, pour peu que ie discours soit long, on ne peut faire la comparaison d’une par-

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lie avec une autre, sans lagêneetrembarrascontinuels de tourner et de retourner les feuilles, et sans un pénible effort de mémoire. Le système en forme de table ou /aè/e systématique donne au contraire , au premier coup d’œil , une idée de l’ensemble du sujet et facilite la comparaison réciproque entre ses différentes parties; cesparties étant arrangées de manière à ce que l’œil puisse les parcourir, à toutes) les occasions et dans tous les sens , avec la rapidité de la pensée. La table a l’inconvénient, il est vrai, de ne présenter qu’une quantité limitée de matières; mais, comme dans une carte géographique, il est rare que cette quantité ne soit suffisante pour le but que l’on se propose.

Avant Bacon, on a souvent tenté de classer les branches d’art-el-science connues alors ; on les a présentées sous la forme de table systématique, aussi-bien que sous celle du discours suivi ; mais le mérite de tous ces essais a été tellement éclipsé par celui qu’a présenté ce Philosophe anglais, qu’ils ne méritent plus d’être mentionnés.' Depuis Bacon , il n’a rien paru

’ On pourrait cii excepter peut-être \' Arbre attribue

DE d’ALEMBEUT.

qui puisse être comparé à sa classification , jusqu’à ce qu’un Français, d’Alembert, philosophe aussi distingué par l’étendue de ses connaissances que par les lumières qu’il a répandues sur tous les sujets dont il s’est occupé, eût présenté, dans le Discours préliminaire de l’Encyclopédie , son Système figuré des Connaissances humaines , qu’il accompagna en même temps d’un mémoire intitulé ; Explication du Système figuré des Connaissances humaines. Ce tableau fut rédigé principalement, comme il le dit luimême, d’après celui de Bacon. Dès que ce système parut, on fut tellement frappé des avantages que pouvait offrir un pareil travail, que, malgré ses défauts, il excita une admiration universelle.

Depuis d’Alembert, on n’a pas manqué d’apercevoir les nombreuses imperfections de son tableau ; mais telle a été la réputation littéraire de cet auteur, que personne ne s’est encore ha-

d’ordiuaire à Porphyrius, mais qui paraît être l’ouvrage de P. Ramée. C’est peut-être le premier exemple d'une méthode de division bifurquée, quoiqu’elle y soit encore très imparfaite. Je reviendrai plus tard sur ce tableau.

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sartlé à les critiquer ; et si, dans le but d’y remédier, on a essayé de proposer de nouvelles classificalions, elles sont enpelitnombre etbien loin d’avoir surpassé le système figuré. *

' Au moment de la publication du Chrestomathîa en anglais, M. Bentham reçut le discours préliminaire du supplément de la nouvelle Encyclopédie britannique d’Edimbourg, par Dugald Stewart, daté du mois de décembre 181 5. La préface de ce discours commence ainsi ; « Lorsque je me «décidai à composer cette esquisse rapide d’une histoire de la «philosophie, depuis la renaissance des lettres, ma première «pensée fut de la faire précéder , à l’exemple de d’Alembert, «par un tableau général, composé des diverses branches des «connaissances humaines. Je pensais alors que l’esquisse d’un «tel tableau, tracé par le génie étendu de Bacon, et amélioré «par les corrections de son illustre disciple, devait donner «une beaucoup plus grande facilité pour adapter cette carte «intellectuelle à l’avancement actuel des sciences; et je me «flattais de plus que l’autorité accordée par les hommes à ce «résultat de leurs travaux réunis aurait fait recevoir avec «plus d’indulgence un semblable essai d’une main moderne; «cependant, après un examen plus réfléchi, je me vis forcé «d’abandonner ce dessein. Je commençai par concevoir «des doutes sur la justesse de leurs vues logiques, et je finis «bientôt par me convaincre que ces vues étaient essentielle- «ment et radicalement fausses. Au lieu donc de chercher à «répandre encore des principes que je croyais erronés, je crus «plus convenable d’exposer leurs défauts les plus essentiels ,

DE d’aLEMBEUT.

Le grand mérite de la table de d’Alcmbert consiste en ce qu’elle fut la première qui eût offert à la fois à la vue toutes les branches d’artet-science connues à cette époque; mais en même temps on ne peut se dissimuler qu’elle ne pré-

ndéfauts qui, je l’avoue, sont beaucoup plus aisés à voir qu’à évi- »ter. Les remarques critiques que j’aurai occasion de faire sur «Aies prédécesseurs serviront assez à montrer pourquoi je me «suis abstenu de substituer une carte de mon invention à celle «à laquelle les noms de Bacon et de d’Alembertont donné une «célébrité si grande et si bien mérité, et feront peut-être dou- «ter que le temps soit arrivé de hasarder, avec un espoir légi- » tlme de succès , une tentative aussi hardie. .Si ces observations «préliminaires paraissent un peu longues, on voudra bien les «excuser en faveur de l’importance des questions qu’elles «embrassent et de la haute autorité des écrivains dont j’ose «combattre ici les opinions. « M. Stewart passe ensuite en revue quelques uns des défauts les plus frappa'i^ de la table de d’Alembert , et surtout sa division des sciences , d’après les trois faicultés intellectuelles auxquelles il suppose que les différentes branches doivent être plus particulièrement rapportées. Ce savant professeur se trouvait donc occupé dn même sujet, et en même temps, que M. Bentham. Le premier, craignant de lutter contre des philosophes aussi justement célèbres, s est borné à exposer leurs erreurs; l’autre s’est hasardé à faire un nouvel essai dans le but d’y remédier, nonobstant le découragement que devait lui faire éprouver le mérite de ses prédécesseurs.

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sente encore un grand nombre de défauts qui doivent nécessairement en diminuer beaucoup l’utilité. Mon dessein est d’essayer dans ce chapitre de les examiner en détail avant de proposer les moyens d’y remédier; et, dans ce but , je crois qu’il serait convenable de les séparer sous les litres suivants ;

Défauts, ’ '

1® Dans la désignation du sujet ;

2® Dans ^le choisi de la source première des divisions; ' «

3“ Dans la méthode de division ; '

4“ Dans les noms des branches ;

5° Dans les caractères distinctifs des différentes ramifications;

6“ Dans la fréquence des répétitions;

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