‹ Essai sur la nomenclature et la classification des principales branches d'art -et- science: ouvrage extrait du chrestomathia de Jérémie BenthamChapitre 8 sur 25 · DÉFAUTS DANS LA DÉSIGNATION DU SUJET · texte numérisé non relu

DÉFAUTS DANS LA DÉSIGNATION DU SUJET

Le champ d’art cl-science étant le sujet dont

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il s’agit d’établir des divisions, je crois qu’avant d’examiner sous quel point de vue d’Alembert l’a envisagé, il conviendrait d’entrer dans quelques détails sur l’emploi respectif de ces deux mots art et science.

L’idée ordinaire qu’on entretient à ce sujet paraît être que, dans le champ immense de la pensée et de l’action, il existe un certain nombre de divisions marquées par des limites fixes et naturelles, dont les unes sont occupées chacune par un art seul sans aucun mélange de science, d’autres par une science seule sans aucun mélange d’art, et qu’il en est d’autres encore où il n’est jamais entré et ne pourra jamais entrer ni art ni science ; et c’est sur de pareilles suppositions que sont fondées les questions telles que les suivantes: Combien y a-t-il d’arts? Combien de sciences? Telle chose, est-ce un art ou une science? c’est-à-dire : Tel mot désignet-il un art ou une science ?

Mais nous allons voir que ces suppositions sont entièrement fausses : il n'existe pas un point dans le champ entier d’art et de science qui contienne l’un de ces deux objets à l’exclusion de l’autre. Partout où l’un se trouve, l’autre

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l’accompagne ; toujours ils sont associes et liés inséparablement l’un à l’autre.

L’art est l’exécution d’une opération quelconque, mentale ou corporelle : la science est la connaissance des moyens de parvenir à cette exécution.

La langue latine offre l’avantage de comprendre ces deux termes dans le moi discipUnœ, àadiscOy j’apprends. Le moi discipline

est tiré de la même racine ; mais il ne peut guère être employé dans ce sens, à cause de la signification restreinte qu’on lui a donnée ; j’ai été donc forcé de me servir toujours du terme reçu Art- et- Science ^ malgré les inconvénients qui résultent de l’emploi de celte expression composée.

Tout.art a son objet, toute science a son sujet. Ainsi, la science de la Chimie, par exemple, a pour sujet les propriétés élémentaires des substances nui exigent l'exercice de l’art humain pour les faire paraître. De même l’objet de l’art de la Chimie est de faire paraître ces propriétés, ce qui ne peut se faire que sous la direction de la science correspondante. On pourrait voir de

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la meme manière Ja liaison intime de tout autre art avec sa science correspondante.

On ne peut rien faire qu’en tant que l’on sait comment le faire ; on ne peut rien savoir non plus qu’en tant que l’on aura pratiqué l’art de l’apprendre , c’est-à-dire que l’on aura fait certaines opérations nécessaires à l’acquisition de la science. Ainsi , à chaque branche de science correspond au moins une branche d’art, et il n’y a point de ligne exacte de démarcation entre les deux. Lorsque ce qui se fait est plus apparent que la connaissance nécessaire à l’exécution , on est porté à les désigner tous les deux par le mot art : lorsque la connaissance est plus apparente que la pratique , on les désigne d’ordinaire par le mot science.

11 n’y a point non plus de démarcation bien distincte entre l’art et la science d’une part, et la pratique non artificielle et la connaissance non scientifique de l’autre. L’Art et la Science en cheminant ensemble gagnent tous les jours sur le domaine inculte de la pratique non artificielle et de la connaissance non scientifique.

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Nous en trouverons des exemples dans les branches nouvellement étudiées et connues sous les noms d’Elcctricité, de Galvanisme, de Géognosie, de Paléologie zoologique et phytologique. La Chimie même comprend , sous un nom ancien à la vérité , une masse immense de science entièrement neuve depuis quelques années. La Néphélognosie aussi (si l’on peut ainsi désigner la suite d’observations partielles qu’on fait depuis quelque temps sur les nuages) réclame maintenant une place dans le champ d’art-cL-science. On voit aussi s’élever dans le domaine de l’Ethique, la Slatistique et I’jEconornie politique^ branches nouvelles qui traitent des sources de la population,' des richesses et de la force des nations.

Tandis que de nouvelles branches d’art-etscience s’élèvent ainsi sans cesse et se rangent parmi les autres, il y en a, au contraire, qui s’en dé tachent à mesure que l’on reconnaît la fausseté de leur existence : telles sont , par exemple, l’Alchimie, mot qui désignait l’art de changer tous les métaux en or, quelquefois aussi l’art de composer une drogue ou panacée universelle propre à guérir toutes les maladies possibles, meme les plus opposées l’une à l’autre ;

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l’Astrologie, ou l’art de découvrir par l’observation des astres les événements futurs qui pourront influer sur la prospérité des habitants de la terre ; la Nécromancie, ou l’art de prédire l’avenir en s’entretenant avec les morts. On pourrait ajouter à cette liste une quantité de branches d’art-et-sciencc dont les noms sont tous terminés en mancie^ et dont l’objet est de prédire l’avenir en en tirant la connaissance de différentes sources toutes aussi peu capables de la donner.’

Tels sont les rapports qui me pai'aissent exister entre l’Art et la Science, ainsi qu’entre l’Art et la Science d’un côté et le reste du champ d’action et de pensée de l’autre ; rapports que le lecteur trouvera, je l’espère, assez exacts, et dont on ne voit la moindre indication, ni dans la table de d’Alemberl, ni dans son explication.

Système figuré des Connaissances humaines

’ Quoique l’absurdité de ces prétendus Arts ou Sciences eiit été déjà reconnue avant d’ Alembert , nous verrons cependant que cet auteur leur trouve une place dans sa table, en les y rangeant comme produits de la Raison.

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est le titre sous lequel vient se ranger tout le contenu tle sa table. La Poésie meme, quoiqu’elle y soit donnée comme le produit principal de l’imagination, est comprise dans les branches des Connaissances humaines. Dans le même alinéa et quatre lignes après, il parle de cette table comme d’une distribution généalogique ( ou , si l’on veut , mappemonde ) des Sciences et des Arts ; et ce n’est qu’à cette occasion qu’il fait mention des arts dans le sujet général de son travail. Et quoiqu’il convienne que la fiction entre nécessairement dans l’idée iju’il faut avoir de la poésie, il ne présente pourtant nulle part ce mot comme le nom d’un art, mais seulement comme celui d’une branche de science.

Je viens de faire voir que le sujet du travail entrepris par d’Alembert consiste en l’Art et la Science toujours liés ensemble dans tous leurs embranchements : c’est donc sous ce nom qu’il aurait dû en faire mention dans le titre de son tableau , et non sous celui des connaissances seules, qui ne sauraient comprendre que les sciences à l’exclusion des arts.

Il paraît que le génie de d’Alembert s’est

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abstenu d’exercer toute sa force sur cette difficulté. Son prédécesseur Chambers l’a voulu aborder dans la préface de son dictionnaire, mais sans aucun succès, comme on s’en convaincrait facilement en parcourant ce travail détaillé.

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