‹ Essai sur la numismatique des rois de BithynieChapitre 19 sur 28 · Tête diadémée du roi, à droite · texte numérisé non relu

Tête diadémée du roi, à droite

i^. BAZIAEOZ I NIKOMHAOY EHKDANOYZ sur trois lignes horizontales. Cayalier au galop, à gauche; il porte une lance et uu grand houclier rond \ Dans le champ, monogramme, avec ou sans date.

>ir5. PoidsSgr. 510.

Deux exemplaires connus : 1** Paris, avec le monogramme 9 ter y à peu près identique à ceux des tétradrachmes de Tan 152, 146/5 av. J.-G. (Mionnet, 50; Visconti, 5). [PI. VIII, fig. 4.]

2* Luynes, ex-Allier, avec la date ZP *= 160, 138/7 avant J.-C. et un monogramme peu distinct, probablement le n* 10. (Mionnet, 49; Lenormant, 14.)

Enfin, il existe quelques bronzes de nos Nicomède, beaucoup plus rares que ceux des Prusias • :

20. BAIlAEn [Z] NIKOMH [ÀOY]. Ck)me d'abondance chargée de fruits.

i^. ETTI0ANOY2 entre les neuf rayons d'une étoile. iC 2. [PL VIII, fig. 5.]

Berlin, Imhoof. (Cf. Monnaies grecques , p. 241, 65; Choix, m, 97.)

^ Gomparei le type des revers sur certains statères d*or de Démétrius Poliorcète.

s La date étant au bord du flan, le ( poarrait être précédé à gauche d'ane autre lettre.

3 Le bronze vfi 4 (PL VI, fig. 10), précédemment attribué à Nicomède !•*> pourrait, à la rigueur, appartenir à Nicomède IV (Socrate). Les lettres Zû seraient les initiales de son nom véritable, et le type serait Apollon did>méen. (Gf. Ps. Scymnus, y. 59.) Si séduisante que soit cette attribution, je dois dire que les considérations de style ne lui sont pat favorables.

21. BAIlAEni NIKOMHAOY sur deux Ugnes verticales. Chouette de face.

ij[. ETTIOANOYl sur deux lignes verticales. Pallas debout à gauche appuyée sur l'égide.

M 2. [PI. VIII, fig. 6.]

Berlin (Inédit).

Les types attiques de ce dernier bronze rappellent les relations amicales de Nicomède II avec Athènes : une inscription délienne nous. apprend, en efiFet, que le roi et la république se cotisèrent pour dédier un temple et une statue à Isis Némésis *.

§ 5. Orsobaris et Oradaltis.

La série des monnaies royales de Bithynie se termine, à proprement parler, avec le dernier létradrachme de Nicomède III. Pourtant, on raltache d'ordinaire à cette série deux groupes de pièces de transition, frappées en Bithynie au i*' siècle avant notre ère; je me conformerai à cet usage, quoique j'aie déjà étudié dans ce recueil le premier groupe ', mais je suis aujourd'hui en mesure de fournir à son sujet des renseignemenls plus précis.

22. BA2IAII2H2 M0YIH2 OP20BAPI02 en légende circulaire. Tête de reine dia^iémée à gauche.

i^. nP0Y2IEnN TON nP02 0AAA22HI en légende circulaire. Tête barbue d'Hercule à gauche.

jE^. [PI. VIII, fig. 7.]

i Voir le texte de cette in«icription BtUl. corr. hell., Yl, 337. La date, 107 avant J.-C est déterminée par le nom de Vépimélète Dionysios, fils de- Nicon. (Homolle, t»., YIII, 104.)

> RoU de CappadocCf p. 73-75.

rindépendance e^ lui apporte la prospérité ^ ; mais en 203, Philippe Y de Macédoine s'en empare, détruit la ville, alors alliée aux Ëtoliens, et donne Templaoement à son allié Prusias P', roi do Bithynie ^ Ce prince y éleva une ville nouvelle, qu'il appeh Prusias-sur-Mer, pour la distinguer de son homonyme Prusias-sur- Hypius, l'ancienne Ciérus'; à cette occasion, les Romains intervinrent, on ne sait avec quel succès, en faveur des anciens habitants que le vainqueur avait réduits en esclavage \ £n 72, quand les Romains chassèrent Mithridate de la Bithynie, Prusias leur ouviit ses portes ^. Sous l'Empire elle reprit, vers le temps de Claude, son ancien nom de Cius; c'est aujowd'hui une bourgade insignifiante, Ghio ou Ghemlik.

Les types du revers de nos deux bronzes ne nous arrêteront guère. La foudre dans une couronne, du n* 23, est une représentation banale que nous avons déjà rencontrée sur des bronzes municipaux de Bithynie, contemporains des Prusias (n"*" 11 et 12). La tête d'Hercule du n** 22 est une allusion à la fondation prétendue de Cius par Hercule ou l'un de ses compagnons, Kios ouHylas^.

Les deux reines, dont les droits nous ont transmis

^ Plalarque, PAocto/i^ 18; Elien, Var, hist,, l, 25. Sur les monnaies de cette époque (pièces d'argent et d*or) cf. Waddinglon, Mélangée, 2* série, p. 41. Cius, saccagée en 302 par Démétrius Poliorcète (Eustathe sur Denys le périégèle, v. 805) dut se relever rapidement. (Cf. Memnon, c. 22.)

« Polybe,XV, 21.

a Strabon, Xll, 4, 13, etc.

* Polybe, XVIII, 27.

B Memoon, c. 43.

* Kios, d'après Slrabon et Aristote; Polyphème, d'après Apollonius. (1, 1321) ; Uylas, d'après Memnon ; Hercule, d'après les monnaies impériales

(HPAKAEOYC KTICTOY KlANflN.)

le nom et l'effigie, doiYeat appartenir à Tépoque comprise entre la conquête de la Bithynie par les Romains (72 av. J.-G.) et ravènement d'Auguste : en effet, les légendes circulaires sont inconnues en Asie mineure avant la conquête romaine, et les dynasties locales disparaissent rapidement après Auguste. Or, nous trouvons précisément dans cet intervalle de quarante ans : l"" une fille de Mithridate appelée Orsabaris, qui fut menée en triomphe par Pompée * ; 2" un roi, Lycoméde, ainsi nommé par Strabon^ Il n'est pas douteux, pour moi, que nos deux reines ne soient précisément cette Orsabaris (la variante Orsobaris est insignifiante) et la fille de ce Lycomède. L'antériorité de la première médaille est prouvée par l'orthographe archaïque 6AAAZZHI. Pompée, qui copiait Alexandre le Grand, aura offert Prusias à la fille de Mithridate , comme Alexandre avait offert Cius à Phocion. Les Mithridate avaient, d'ailleurs, des droits héréditaires sur cette ville, qui appartint à leurs ancêtres au iv' siècle.

Quant à Orodaltis ou Oradaltis, elle dut être installée à Prusias par César, qui; se plaisait à rescinder les arrangements de Pompée et à évincer ses créatures. Précisément à cette époque, — lors de la campagoe contre Phamace, en 47, — César enleva à Archélaûs (petit-fils du général de Mithridate) le sacerdoce lucratif de Comana pontique, pour le transférer à Lycomède ^ Il ne pouvait pas laisser Prusias à une fille de

1 Âppien, Mith., il7.

s StraboQ, XII, 3, 38.

3 Appien, MUh., 121 : xà S'iTépot; 0n6 toO no{&itTiCou 8e8o(âéva 6 (uv raCoç..» ÈfuXoÇe, itX7)v t^ç iv Ko|i.dvotc lepcoauvY)c, f^v é; Auxo|iiQ8T)v (dans les manuscrits de 2« classe : ,Nixo{&i^Stiv) |ietr,veYxev àirô 'Apxs^sou.

Strabon, Xll, 3, 35 : utôç S'auToO (d'Àrchéiaûb II) x-^iv Upoxràviiv «apé-

Mithridate, au moment où il avait à combattre son frère : la fille de Lycomëde obtint ce petit apanage. Maintenant quel était ce Lycomède ?

Si Ton en croyait un texte de Strabon, il faudrait voir en lui un fils de Pharnace * ; mais ce texte est manifestement corrompu, car Polémon y est appelé également fils de Pharnace, et cependant Strabon luimême, confirmé par les médailles, nous apprend ailleurs que Polémon était fils du rhéteur Zenon, de LaodicéeV Quelle vraisemblance, d'ailleurs, que César, en guerre avec Pharnace, eût choisi ce moment pour donner Comana à un fils de Pharnace? Il faut donc chercher autre chose. Or, voici en quels termes Hirtius définit Lycomède ' : « Un très noble Bithynien, qui, issu du sang des rois de Cappadoce (mais déchu) par suite des malheurs de ses ancêtres et son changement de race, réclamait le sacerdoce de Comana, en vertu de droits incontestables, mais effacés par le temps. »

Xs6«v, slO* CvTtpov Auxoitii^Ti:, f xai TtTpàaxotvo; àXh\ it^09txé^.

Cest par erreur qae Hirtius, BélL Alex., 66, parle ici de Comana de Gataonie. Le témoignage du Gappadocien Strabon est décisif.

i Strabon, Xll, 3, 38 : ivTaOOa (au château de Sagylion» près d*Âmasée) lï Icùtù xai StCfOdpYi ftnh tûv ^apvàxou toO êacCkitù; icaCScdv (yat&Spûv T) 'Apffaxi^C, SwaffTcûcAv xaC vecoTcptJ^cov... toû èpu(iaToc ^Tiç^évTo; itizà llolé |Ltt>voc xal Auxo{L^8ouc, PaatXécov à|if otv.

La correction que j*iadique pourrait s'appuyer sur le fait que Polémon épousa Dynamis, fille de Pharnace. (Dion, LIV, 24.) Toutefois, ce mariage n'eut lieu qu'en 14 a?ant J.-G.» longtemps après la destitution de Lycomède. M. de Sallet propose, arec assez de vraisemblance, de remplacer <>n6 par fl; : comme un des fils de Pharnace s^appelait Darius, l'autre aurait bien pu s*appeler Âpsace.

> strabon, XII, 8, 16; XIY, 2. 24.

s Hirtius, Bell. Alex,, ^. Id (templum Bêlions) homini nobilitnmo Lycomedi Bithyni9 adjudicavU, qui regio Cappadocum génère ortu», propter adversam foriunam majorum tuorum mutationemque generis^ jure minime dubiOy vetuêlate tamen in/enniMO, saeerdolium id repetetat.

Nou3 avons ici un personnage descendu des anciens rois de Cappadoce — c'est-à-dire des Ariarathides — et devenu Bithynien par adoption ou autrement. Or, le seul homme de ce temps auquel convienne un semblable signalement est le fils du dernier roi de Bithynie, Nicomède III, dont la légitimité était contestée et qui, par cela même, ne pouvait s'intituler que « très noble Bithynien » . Ce jeune prince descendait, en effet, des rois de Cappadoce par sa mère Nysa, fille d'Ariarathe VI Epiphane *, devenue seule représentante de saraceparla mort prématurée de ses deux frères, Ariaratbe VII Philométor et Ariarathe VIII. Son existence est mentionnée deux fois par Salluste ' ; il nous est encore connu par une dédicace délienne, qui doit dater de la période troublée de 74 à 72 où un certain parti, en Bithynie, à la faveur de l'invasion mithridatique, le reconnaissait pour roi légitime ^. Dans cette dédicace, il s'intitule a le roi Nicomède, descendant du roi Nicomède Epiphane ». Pourquoi, au lieu d'affirmer que Nicomède Philopator est son père, le prince se donne-t-il simplement pour petitfils d'Epiphane? Pour expliquer cette bizarrerie on

*■ Licinianus, p. 37 : Nùam AriarathU Cappadocum régis fUiam accepit (Nicomedes). *

> Fr., IV, 20, 9 (Kritz), lettre de Mithridate à Arsace : cum filius Nytae fuam reginam app^laverat genUus haud dubie estet, El encore II» 6, 57 : 9110s advorsum multi ex Bithynis volenlet occurrere, falsum fUium argui' iuri,

' G. I. 6. 2179, d*après Tournefort :

BAZIAEnZ NIKOMHA [ou TOY E(K)rONOY BAIlAEni NIKOMHAOY EniOANOY [sic) [Atod] K0YPIAH2 AI02K0YPIA0Y PAMN0Y2I02 TYMNAIIARX [ûv].

peut supposer ; ou bien que le prétendant tenait surtout à rappoler aux Athéniens le souvenir de son aïeul, leur ami, ou bien qu'il se considérait comme issu des amours adultères de la reine Nysa et du bâtard Socrate, filsd'Epiphane.

Quoi qu'il en soit, notre Nicomède, regardé comme illégitime ou supposé {falsum filium^ dit Salluste), fut expressément écarté du trône par le testament de sou prétendu père, Nicomède III Philopator; mais tout le monde à Rome n'approuva pas le testament de Philopator et la confiscation de la Bithynie. Jules César avait connu intimement, — trop intimement, disaient les mauvaises langues, — Philopator, alors que le préteur Thermus l'avait envoyé réclamer des secours à la cour de Bithynie, pendant le siège de IdQitylène \ Il crut un jour devoir se faire auprès du Sénat Tavocat de Nysa, fille de son ami, ce qui lui attira une terrible épigramme de Cicéron. Aulu-Gelle cite encore de lui une oratio pro BithyniSj prononcée depuis son pontificat (63 av. J.-C), sans qu'on puisse savoir au juste quels étaient ces clients bithyniens ^ En tout cas, rien n'est plus naturel que de penser que César, après avoir été l'ami du père, l'avocat de la fille, le patron des sujets, ait songé, une fois devenu le maître, à faire quelque chose en faveur du fils.

Ce fils pouvait être gênant, car il avait des prétentions plus ou moins fondées sur trois royaumes : la Bithynie, la Cappadoce, peut-être même le Pont (sa grand'mère

i Saétone, Cétar, 2. Cf. PluUrqae, Vie de Cé$ar, c. I., et GaWus, fr.i9 (ap. Suétone, César, 49}, ainsi qne les antres textes accablants cités dans ce passage.

Anlo-Gelle, V, 13.

matenielle, Laodice, était une princesse ponlique). J^imagine que César, pour se débarrasser de lui, lui aura accordé le pontificat de Comana pontique avec le titre royal pour lui-même, Prusias-sur-Mer pour sa fille Oradaltis ; en retour de cette libéralité, il exigea de lui qu'il échangeât son nom compromettant de Nicomède pour le pseudonyme transparent de Lycomède. Ce n'est qu'une hypothèse, mais je crois qu'elle est seule en état d'expUquer :

1 " Le texte cité d'Hirtius ;

S*" La leçon de certains manuscrits d'Appien : Nicomède pour Lycomède.

Nicomède-Lycomède jouit pendant quinze ans de sa fortune. Lors de la guerre civile d'Antoine et d'Octave, il paraît avoir embrassé le parti du premier : en punition, il fut dépouillé de son sacerdoce de Comana qu'Auguste conféra d'abord à un chef de bandits phrygien, Cléon de Gordium, puis, après la brusque fin de celui-ci, au Galate Dyteutus, fils d'Adiatorix*. Probablement à la même occasion, Oradaltis perdit sa principauté de Prusias, qui fut incorporée à la province romaine de Bithynie : « Les Romains, dit Appien, ne se donnaient plus la peine, alors, de chercher des prétextes pourdéposer les rois*. »

§ 6. Carbon et Pansa.

Les monnaies dont il me reste à parler sont des bronzes datés, à légende grecque, frappés dans plusieurs villes de Bithynie au nom des proconsuls romains

i StraboD, XII, 8, 9 et 3, 35.

s Àppien, Mith.y i2i.

C. Papirius Carbon et C. Vibius Pansa. Je n'entreprendrai pas un catalogue de ces pièces, dont les types n'offrent guère d'intérêt; toute leur importance est dans leurs dates, qui ont fort embarrassé les numismatistes anciens et modernes. Je donne d'abord la liste de ces dates, avec les lieux d'émission et les noms des monétaires :

Nicée .

Carbon BIŒ (222).

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