‹ Essai sur la numismatique des rois de BithynieChapitre 20 sur 28 · AK · texte numérisé non relu

AK

Pansa CAZ (236) avec la tôte de Jules César.

Nicomédie . Carbon AK2 (224) .

Prusa. . . — AK2(224).

Bithynium. — AK2 (224).

Apamée. . Pansa CA2 (236).

Ces dates sont les seules que j'aie rencontrées, et probablement les seules qui existent. Les monnaies d'Amisus au nom de Carbon que j'ai vues ne sont pas datées; il en est de même des monnaies de quelques autres proconsuls bithyniens (Cécilius Cornutus, Thorius Flaccus, etc.). Quant aux monnaies de Pansa avec les dates BA2 (232), rA2 (233), EA2 (235), ZA2 (237), que donnent Mionnet et d'autres auteurs, elles sont toutes mal lues et portent, en réalité, la date unique CA2 (236) ; c'est M. Waddington qui a attiré mon atlentioD sur ce fait capital.

Les anciens numismatisles, dont on peut voir les opinions chez Eckhel, s'étaient servis des monnaies de Carbon et de Pansa pour déterminer l'ère royale de Bithynie, qu'ils croyaient identique à celle de nos pro-

consuls. Ils obtenaient ainsi des époques v^ant entre 284 et 278 avant J.-C. Ces estimations étaient admissibles dans un temps où Ton ne connaissait qu'un petit nombre de tétradrachmes datés de Nicomède ; aujourd'hui, elles se passent de réfutation. En acceptant, en effet, l'époque la plus reculée, 284 avant J.-C, on voit que le dernier tétradrachme de Nicomède III, qui porte la date 224, se placerait en Fan 61/60 avant J.-C. , c'est-à-dire treize ans après la mort de ce roi et la réduction de son royaume en province romaine !

Des auteurs plus récents ont commis une erreur contraire, mais non moins évidente, en assimilant, à l'inverse, l'ère proconsulaire à l'ère royale véritable, 297 avant J.-C, déterminée par la suite des tétradrachmes. Ce système, entre autres résultats absurdes, conduit à intercaler la monnaie de Carbon entre deux tétradrachmes royaux et à faire figurer la tête de Jules César sur une monnaie provinciale , en 62/1 , c'est-à-dire à une époque où le futur dictateur n'était qu'un simple préteur à Rome !

Il est donc bien certain que l'ère des proconsuls bithyniens n'a rien de commun avec celle des anciens rois ; c'est d'ailleurs ce qu'on pouvait annoncer à priori ^ car dans aucune province annexée les Romains n'ont conservé une ère qui pût rappeler aux populations lo régime monarchique déchu. Reste à déterminer exactement le point de départ de l'ère proconsulaire et le sens historique de cette ère.

Sur le premier point, je n'ai guère qu'à résumer un savant mémoire de Borghesi^, qui parait malheureuse-

1 Borghesi, SulVera bUinica, CBuvrety II, 348. Dans ce mémoire, Borgheci n'a commis que deux errean : V* il admet des monnaies de Pansa a?ec

ment être resté ioconnu de la plupart des numismatistes contemporains. Voici le raisonnement du savant italien : Pansa, fils d'un proscrit de Sylla, n'a pu exercer de magistrature curule avant l'abrogation de la loi cornélienne qui frappait les proscrits et leurs fils d'une incapacité spéciale; or, cette loi ne fut abrogée que par Jules César en Tan 705 de Rome (49 av. J.-C.) *. D'autre part, Pansa fut consul en 711/43 et mourut, comme on sait, pendant son consulat ; son gouvernement de Bithynie se place donc for* cément entre ces deux dates. Mais on peut, grâce aux lettres de Cicéron, atteindre une approximation bien plus grande. En effet, en 708, Pansa est à Rome^ ; en 709, il gouverne la Gaule cisalpine, province plus importante que celle de Bithynie'; en 710, César est assassiné ; donc sa tête ne peut plus figurer sur une monnaie \ Il ne reste donc absolument de disponible que Tannée 707 (47 av. J.-C), et précisément Cicéron atteste que Pansa se trouvait alors en Asie\ Il avait été tribun en 703 ^ ; probablement César le fit nommer préteur aussitôt après son entrée à Rome, en

les dates 235 et 237, ce qui laisse quelque incertitude dans la détermination de l'époque; 2» il croit que Tère de 283 est une t ère nationale bithynienne > que les Romains substituèrent à l'ère < pontique » de 297 ; or, on a vu que l'ère de 297 est, au contraire, d'origine bithynienne. H. Mommsen \Di€ bUhynùchen Aeren, Z. N. Xî, 158) n*a rien ajouté d'essentiel au travail de Borgbesi ; il croit aux monnaies de Tan EA£ et à Tère de 28 1 , quMl rapproche de la mort de Lysimaque.

1 Dion, XLI, 18 ; XLY, 17.

s Cicéron, ad fam., VI, 12, 2.

s Cicéron, ad fam., XY, 17, 3 et ad AU., XII, 27, 3.

* La monnaie de Pansa avec la tête de César est à la Bibliothèque nationale et dans la collection Waddington. Cf. Mionnet, n^ 210 et êuppU, n<»404.

i Cicéron, ad AU., XI, 14, 3.

* Cicéron, ad fam., VIII, 8, S.

705, et renvoya en Bithynie après la bataille de Pharsale (9 août 706). Il y resta d'automne 706 à automne 707 \ Concluons que la date 236, qui figure sur ses monnaies, correspond à 706/7 de Rome ; donc l'époque de l'ère est Fautomne 471 de Rome =283 avant J.-C. Les monnaies de Carbon, sans être aussi décisives, confirment pleinement ce résultat. Nous savons, en effet, par Dion, que ce Carbon fit condamner pour concussion, en 67 avant J.-C, le premier proconsul de Bithynie, Cotta (73-68 av. J.-C). Plus tard, ditVhistorien, Carbon, ayant été lui^'méme gouverneur de Bithynie, fut à son tour accusé par le fils de Cotta, et condamné. En admettant l'ère d'automne 283, les dates 222 et 224 de Carbon correspondent à 62-61 et 60-59 avant J.-C, dates compatibles avec le récit de Dion*.

Maintenant, à quel événement se rapportait cette ère de 283 avant J.-C?

C est dans l'histoire de Bithynie, évidemment, qu'il faut en chercher Fexplication. On vient de voir que l'ère royale n'a rien à faire ici, et qu'au contraire les Romains devaient tâcher d'en effacer toute trace; notre ère ne peut être qu'une ère municipale, locale, étendue à toute la province ; précisément, on sait que Rome s'efforça de développer le régime municipal en Bithynie et dans le Pont pour faire contre-poids aux

^ Eo 708, la Bithynie a pour gouTemear P. Parias Crassipès (Gic, ad fam., XIII, 9) ; en 709-10, très probablement Q. Marcias Crispos. (Dion, XLVII, Î7 ; Cic, PhUipp., XI, 12, 30 ; Vell., Pat., II, 69.)

s Dion, XXXYI, 23. De 66 à 61, la Bithynie fit partie du gouvernement de Pompée, en venu de la loi Manilia ; les successeara de Pompée ne furent désignés qu'au commencement de 61. (Gic, ad AU,, 1, 13, 27.) Nous connaissons deux des successeurs de Carbon : G. Memmius en 57 (Catulle, c. tt) et G. Cécilius Gornutus en 56. (CIc, Or, poMl redUum, c, 9.)

souvenirs très vivaces de la monarchie nationale. Ceci admis, on n'a guère le choix, pour cette ère locale, qu'entre trois villes, Nicomédie, Nicée et Prusa, les seules qui pussent prétendre au rang de capitale. Encore Prusa doit-elle être écartée immédiatement, car on ne voit pas que sous le régime romain cette ville ait jamais aspiré à la primauté ; d'ailleurs, fondée par Annibal au commencement du ii*" siècle, elle ne pouvait avoir une ère qui remontât à 283. Restent Nicomédie et Nicée, dont on connaît la rivalité ardente et séculaire, à laquelle Dion Cbrysostome a consacré tout un discours \ Au temps des rois, Nicomédie, fondation du premier Nicomède, tenait certainement la corde, mais c'était là précisément une raison pour les Romains de ne pas la favoriser ; les habitants étaient royalistes dans l'âme ; en 85, ils eurent maille à partir avec Fimbia, et, en 72, la ville reste jusqu'à la dernière heure le quartier général de Mithridate. Au surplus, nous savons par Eusèbe que Nicomédie fut fondée en 264 avant J.-C. ; l'ère de 283 lui est donc étrangère *.

On se trouve ainsi ramené, par ces éliminations successives, à la seule ville de Nicée. Ici, tout s'accorde à merveille. Cette ville fut fondée, ou plus exactement rebaptisée par Lysimaque®, qui. mourut en 281 ; elle peut donc fort bien avoir une ère datant de

A Dion Chrysostome, Or., 38.

s £u8èbe, ad 01., 429, 3.

s Nicée est une ville neuve. Sur l'emplacement de l'antique Ancore, Antigène fonda Antigonée ; elle dut tomber aux mains de Lysimaque après la bataille d'Jpsus (301), mais il n'eut peut-être le temps de s'en occuper que plus tard. Il lui donna le nom de sa première femme Nicée, fille d'Antipater et veuve dePerdiccas. (Diodore, XVIII, 23; Strabon, XII, 4, 7.)

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283. En 72, elle ouvrit ses portes aux Romains sans résistance \ A Tépocpie de Tibère, Strabon l'appelle encore la métropole de la Bithynie*, et c'est ainsi qu'elle s'intitule sur une monnaie proconsulaire contemporaine*. On remarque, d'ailleurs, que la plupart de nos monnaies datées proviennent de Nicée, et que la première de ces monnaies, — celle de Carbon, avec Tan 222, — est une monnaie nicéenne. Tant de preuves accumulées me paraissent devoir entraîner la conviction. L'ère proconsulaire de Bithynie est l'ère locale de Nicée, étendue à toute la province en récompense de l'attitude de cette ville au lendemain de la conquête; le créateur de cette ère proconsulaire fut Carbon; après lui, elle fut encore employée par Pansa, qui renonça cependant à l'imposer à Nicomédie. Elle fut ensuite abandonnée, sans doute à cause de l'hostilité qu'elle rencontrait dans cette dernière ville. Nicomédie, d'ailleurs, se réconcilia rapidement avec le nouveau régime et redevint, sous Trajan, la métropole de la Bitliynie, en attendant que Dioclétien l'élevât, pour quelque temps, au rang de capitale de TEmpire.

*■ Memnon, c. 41.

> Nixata, ^ lATjTpÔTCoXtc xr.ç BiOuvia;. (StrabOn, loc, cU,) 3 C'est la monnaie aa nom de... dtoc PoOf oç àvOuicaToç. Le nom de la ville est indiqué par un mono^çramme bien connu, et au revers on lit :

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