‹ Essai sur la numismatique des rois de BithynieChapitre 22 sur 28 · Mithridate Evergèle; 6. Mithridale Eupator · texte numérisé non relu

Mithridate Evergèle; 6. Mithridale Eupator

Puis, quand il composa son grand discours en style indirect, il jeta les yeux sur cette liste, et, oubliant que les n" 4et 5 étaient frères, confondit l'ordre des r'ègnes avec celui des générations : de là son erreur.

3° En identifiant Philopator et Evergèle, on est amené à attribuer à Milhridate II et à son fils puîné

' Juslin, XXXV1II,6.

' Justin, XXXVIII, 5.

' Prol., 37 : repHith Ttgwn Ponticorum originibut, ut aii fîti-

une longévité et une virilité bien extraordinaires. Entre la naissance du premier (vers 260) et la mort du second (i21), près de 140 ans se seraient écoulés! On trouverait difficilement un second exemple pareil dans rhistoire des dynasties anciennes et modernes : entre la naissance d'Henri VIII et lamort d'Elisabeth, il n'y a que 1 12 ans; entre la naissance de Louis XIII et la mort de Louis XIV, 1 1 4 ans ; entre la naissance de Frédéric Guillaume JII et la mort de Guillaume V^ (la succession des règnes est ici tout à fait analogue à celle que j'ai supposée dans le Pont), 117 ans. Il y a encore loin de ces chiffres aux 140 ans ci-dessus! Ajoutez qu'Évergète, mort en 121 de mort violente, ne peut guère être né plus lot que 195; son père, qui avait eu ses premiers enfants (les Laodice) à 20 ans, aurait donc eu ce fils à 65 ans. Et Evergète luimême laisse à sa morl, d'après Strabon, deux fils dontl'alné n'a que J 1 ans I

Cette objection serait la plus sérieuse de toutes si Ton avait affaire à une famille ordinaire ; mais il faut tenir compte des antécédents et des subséquents qui tendent à démontrer que les faits de longévité et de virilité prolongée de ce genre étaient fréquents chez les Milhridate. Le premier Milhridate, le fils d'Orontobate, avait, en 406, un filsen âge de remplir une mission diplomatique '; il devait donc lui-même être né vers 450, et il meurt en 363, soit à 87 ans. Son fils, Ariobarzane, né vers 425, meurt (de mort violente) en 337, soit à 88 ans ^ Le fils d'Ariobarzane, Milhri-

* Xénophon, Ilell., I, 4, 7.

« Diodore, XVI, 90.

date de Cios, tue Dalame sous le règne d'Artaxercès Mnémon, c'est-à-dire avant 362'; il doit dune être né vers 382, el il est tué en 302, soit à 80 ans. Nous savons déjà que son fils, Milhridate Ctislës, mourut en 266, âgé de 84 ans. Enfin, Mithridate Eupator, qui se suicida à l'âge de 69 ans, laissait à côté de fils de 40 ans (il en aurait eu même de plus âgés, s'il ne les avait tués) des enfants en très bas âge '. De tout cela il résulte que les Mithridate étaient une race exlraordinairement trempée et qu'il n'y a rien d'absurde à admettre que Mithridate II et Mithridate III aient vécu l'un et l'autre plus de 70 ans et eu des enfants à 65 ans ".

J'ajoute eniin que la théorie qui identifie Evergèle et Philopalor est seule conforme au texte d'Appien dont il sera question tout à l'heure, et d'après lequel le Pont aurait eu six rois seulement, depuis Ctistès jusqu'à Eupator, les extrêmes compris.

Mithridate Philopalor Philadelphe (Evergète) fut assassiné par ses courtisans en 121 , ou au plus tard en 120, après un règne glorieux de près de 50 ans ; la date résulte des indications concordantes de Straboo et d'Appien sur la durée du règne de son fils Eupator *. Strabon raconte que, en vertu d'un testament vrai ou supposé d'Evergèle, le pouvoir royal .

' Nepos, Dalame, c. 10. Polyeu, V[l,29.

' Appien, Mith., 108.

' Sera-l'il permis de faire observer que la conduite ultérieure de la femme d'Evergëte permet de révoquer en doute la légitimité de ses deux Qls? En fait, la tête d'Eupator n'olTre aucune ressemblance avec celle de son prétendu père.

* Appien, Mit\., il2. Slrabon, X, *, (0.

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fut partagé entre sa veuve et ses deux fils, Mithri* date Eupaior et Milhridate Chreslos\ En réalité, la veuve fut la véritable souveraine, s'entoura des assassins de son mari et réduisit Eupator à fuir dans les bois d'où il revint, d'après Justin, au bout de sept ans pour la jeter dans une prison où elle périt (114).

Pendant ces sept ans, la veuve d'Evergète s'était si bien considérée comme reine absolue qu'elle frappa monnaie en son nom et à son effigie, sans même y associer, comme ses contemporaines et émules Nysa de Cappadoce et Cléopâtre de Syrie % le portrait de son fils ou de ses fils. La preuve de ce fait nous est fournie par le tétradraclime suivant, dont un exemplaire unique est en la possession de M. Waddington :

Têle de reine diadémée et voilée à droite.

H. BAIIAIIIHI [A]AoAIKHI sur deux lignes verticales séparées par le type. Pallas debout, de face, appuyée sur sa lance, qu'elle lient de la main droite.

AR. 8 (Pièce cassée en haut et maladroitement restaurée). (PL X, fig. 6.)

La provenance et la fabrique de ce tétradrachme ne peuvent laisser aucun doute sur l'attribution. Il nous donne le nom, jusqu'à présent inconnu, de la mère du grand Milhridale : elle s'appelait Laodice, comme ses deux filles qui épousèrent l'une, Ariarathe VI Épiphane, l'autre, son propre frère Eupator. Le nom Laodice est particulièrement commun dans la famille des Séleucides (à cause de la mère de Sé-

* Ce dernier surnom est fourni par une dédicace délienne (C. I. G., 2277, rectifié d'après Bull, corr. hell,, I, 86).

* Celle-ci a cependant frappé quelques rares médailles à sa seule effigie, en 125 (Cat., Brit. Muséum» Seleucids, pi. XXUI, 1).

Nicator qui s'appelait ainsi') ; et en efTet, ,it déjà par Justin que la mère de Mithridate inait àcette famille. ' On peut même, je crois, r son identité. Neuf ans après que Démétrius ut détrôné et tué son cousin Anliochus V Eu- Fils d'Antiochus Epiphane (162 av. J.-C), ta Ipiphane, l-acdice, vint à Rome, sous la cone son tuteur HéracUde, accompagnée d'un ent nommé Alexandre qu'on donnait pour un fils d'Epipbane '. Ce dernier n'était en réalité^ l'accueil favorable qu'il reçut du Sénat, mposteur, fils de Bala ; mais la légitimité de i ne parait pas avoir été contestée. C'est aon avis, qu'épousa Mithridate Evergète, pour t cour au sénat romain. Il était d'ailleurs le incle de Laodice (on se souvient qu'Antiochus d, aieul de celle-ci, avait épousé la sœur de lithridate), etil y avait au moins vingt-cinq lifférence entre les deux conjoints : une union il assortie ne pouvait que mal finir. Ajoutons uriiom d'Eupalor, donné au fils aine issu de âge, vient confirmer mon tiypoihèse : il faut n pieux hommage à la mémoire du petit roi, gitime de Laodice, immolé par Démétrius

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