LOUE
d) Du point de vue clinique, d’autres objections peuvent être opposées à la théorie de la contamination par l’expectoration. Le rôle favorable des lésions chroniques nous semble perdre beaucoup de sa valeur, du fait que les modifications engendrées par la lésion antérieure doivent porter aussi bien sur la muqueuse que sur les vaisseaux, ainsi qu’en témoigne la coloration de la muqueuse. Ces lésions chroniques nous paraissent jouer un rôle minime. Nous avons examiné un certain nombre de tuberculeux porteurs de lésions chroniques naso-laryngées, et ces malades, quoique souvent atteints par une tuberculose bilatérale grave, n’ont jamais présenté de signes de phtisie laryngée. Le rôle de la trachéotomie est peutêtre réel, mais l’unique observation de trachéotomisé que nous possédions ne nous a pas montré de processus de réparation. — L’évolution de la laryngite tuberculeuse n’est pas toujours favorable à la théorie muqueuse. Cette évolution devrait suivre celle de l’expectoration, s’améliorant si l’expectoration cesse d’être bacillifère, s’aggravant si l'inverse se produit. Or l’évolution de la laryngite est irrégulière, par poussées (Kanony), et il ne semble pas qu’il y ait concordance entre l’évolution du larynx et celle du poumon (Collet). Nous rappellerons ici l’évolution dans nos observations 22 et 32, qui l’une et l’autre, mais dans un ordre d'idée diffèrent, illustrent cette discordance. — Si nous considérons en outre la richesse en bacilles de lexpectoration, nous constatons en effet que la plupart des laryngites apparaissent chez les tuberculeux
graves, dont l’expectoration fourmille de microbes ; mais ceci n’est pas constant, il existe des cas où l’examen le plus soigné ne donne pas de résultats. Dans l’observation 32, le pneumothorax était satisfaisant, l’expectoration très pauvre en bacilles, et pourtant la malade contracta une laryngite tuberculeuse.
e) Le dernier argument clinique en faveur de la théorie muqueuse est l’influence du pneumothorax. Nous n'avons jamais eu d'observation qui montrât nettement cette influence favorable. La majorité des auteurs explique cette action par la suppression de lexpectoration et de la toux, mettant au repos le larynx ; que ceci ait une influence favorable, nous le pensons aussi. Mais ne peut-on pas interpréter cette action par les deux hypothèses suivantes
1° Le pneumothorax mettant au repos le foyer principal de la tuberculose, facilite grandement la défense générale de l’organisme dont les moyens de lutte sont ainsi augmentés ;
2° La rétraction du poumon sur lui-même, la diminution de son activité fonctionnelle se traduisant par une diminution importante de la circulation sanguine, rend moins grands les risques d’embolies microbiennes, les réinoculations par voie sanguine ne se produisant plus, le larynx peut guérir de ses lésions antérieures.
f) Les expériences d’Albrecht ne paraissent pas à l'abri des critiques suivantes : la muqueuse a été inoculée dans des conditions qui, nous semble-t-il, n’ont qu’un lointain rapport avec les conditions d’inocula-