‹ Essai sur la philosophie bouddhiqueChapitre 10 sur 44 · SAKYA-MUNI, SA VIR ET SA LEGENDE · texte numérisé non relu

SAKYA-MUNI, SA VIR ET SA LEGENDE

— Ne VOUS ais-je point enseigné qu'il est de l'essenre de toute chose aimée, qu'elle nous manque un jour. Tout ce qui a été engendré, qui est devenu et qui est né, porte en soi la nécessité de périr. En vérité, je vous le dis, dans trois mois j'entrerai dans la paix absolue.

Il eut encore la force de se rendre à Boja-Gama, et ensuite à Pava. A peine s'était-il établi sous une futaie de Mangos aux portes de cette ville, le forgeron Tshunda, par la rumeur publique instruit de sa venue, accourut, et le pria de prendre repas, avec les Frères, dans sa maison. Le Seigneur lui fit connaître par son silence qu'il y consentait.

Le pieux Sudra, comblé de joie, servit ce qu'il avait de meilleur: du riz, et un quartier de sanglier cuit au four.

— Donne le riz aux Frères, commanda le Buddha, et à moi l'autre mets. » Et dès qu'il eut mangé : — A présent, enfouis dans la terre ce qui reste de la viande, car à part le Tathàgata, il n'est personne au monde qui puisse absorber sans se nuire telle nourriture.

Pour lui, il n'en avait accepté que pour ne violer point cette règle que lui-même avait fixée à ses

disciples : — Ne repoussez jamais ce qui vous est offert de bon cœur.

Après avoir longuement parlé sur la Loi au forgeron et à sa famille, il continua de përégriner, vers Kusinàra des Maliyas (à 120 milles de Bénarès). Chemin faisant, de violentes douleurs l'assaillirent, et il s'affaiblit au point qu'il dut se coucher sous un arbre au bord de la route. Cependant il ne se plaignait pas, et son visage demeurait calme. Ananda, celui de ses compagnons qu'il chérissait le plus, pour la simplicité de son âme et pour son dévouement, s'empressait à le soutenir,

— Cherche-moi un peu d'eau, murmura le Buddha, j'ai soif.

Le fidèle s'éloigna muni de sa sébile, et reparut bientôt:

— Seigneur, une karavane tout à l'heure a traversé le ruisseau, les roues des voitures et les pieds des éléphants ont remué le sable du fond, l'eau est trouble et souillée.

Mais le Béni renouvela sa prière.

Ananda retourna au ruisseau et trouva qu'il coulait maintenant plus clair que jamais. Frappé d'admiration, il puisa de l'eau et la porta au Biuldha, qui put se désaltérer.

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