‹ Essai sur la philosophie bouddhiqueChapitre 11 sur 44 · SAKYA-MUNI, SA VIK ET SA LEGENDE · texte numérisé non relu

SAKYA-MUNI, SA VIK ET SA LEGENDE

A ce moment passa le riche Pukkusha, propriétaire de la karavane. A la vue de Buddha, il mit pied à terre et s'approcha respectueux. Sur son ordre un serviteur s'avança charge? de deux manteaux tissus d'or.

— Maître, demanda le jeune marchand, ne me refuse point la faveur d'accepter de mes mains ces vêtements.

— Donne-moi l'un, et que l'autre soit pour Ananda.

A peme le mourant eut-il été enveloppé de l'étoffe splendide, l'or sembla avoir perdu son éclat.

— Seig-neur, s'écria Ananda stupéfait, une telle lumière émane de toi, que cet or est terne auprès de ton visage.

— Un Buddha, répondit le Tathàgala, est ainsi transfiguré deux fois en sa carrière terrestre; la première, dans la nuit où il atteint la suprême connaissance, et la seconde, dans la nuit où il prend possession de la paix éternelle. Or c'est cette nuit, Ananda, à la troisième heure, que je prendrai possession de la paix éternelle.

A ces mots il se leva, comme animé d'une force nouvelle, et gagna un bosquet de Salas, non loin de Kusinara, au bord de l'Hiranvavati.

— Je te prie, Anaiida, dispose pour moi un manteau sur ce banc, entre ces deux arbres jumeaux.

Quand on eut fait selon son désir, il s'étendit, sur le côté droit, la face au nord. Et les branches aussitôt, bien que ce ne fût pas la saison, se couvrirent de fleurs parfumées, et des symphonies flottaient par l'atmosphère.

Plusieurs nobles Maliyas et des Brahmanes, au nombre desquels le grand Pandit Subhadra, étant venus de la ville, il leur dit la Loi, et les convertit. Puis il entretint les Frères, les adjurant de lui soumettre, tandis qu'il en était temps encore, leurs doutes, s'ils en avaient.

— Lorsque je ne serai plus parmi vous, quelques-uns penseront peut-être : — Le Buddha maintenant est muet, nous n'avons plus de guide. » Vous ne devez pas penser de la sorte. Frères. La doctrine que je vous ai annoncée, les préceptes que j'ai établis pour que vous viviez purs de toute tache, demeurent après moi, et que ce soit là ma parole éternelle, et que ce soit là votre étoile conductrice. Ou bien, des Anciens se dresseront, disant: — « Voici ce que j'ai entendu de la bouche du Tathâgata, c'est de sa propre bouche que je l'ai recueilli. » Il ne faudra, ni recevoir sans examen.

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ni rejeter avec mépris, de^ affirmations de ce genre. Vous devrez écouter toute allégation attentivement et sans préjugé, puis la comparer avec les principes fondamentaux de la Loi et la Règle delà Communauté, tels qu'ils sont connus de tous ; et ce qui ne concordera pas avec ces principes el avec cette Règle, rejetez-le, et ce qui concordera parfaitement, recevez-le.

Quelques instants après, il éleva encore la voix :

— Frères, que je sois à cette heure la preuve de ce que je vous ai enseigné : tout ce qui est né doit périr; hâtez-vous donc vers la Délivrance!

Ce furent ses paroles dernières.

Son esprit commença de se résorber dans les abîmes de l'extase suprême; toute pensée, puis toute notion peu à peu s'éteignirent; la conscience enfin cessa, et comme le jour se levait, le Buddha entra dans le Nirvana.

Or c'était un mardi, à la pleine lune de mai, selon les écritures en 2558 de Kali Yug, 543 ans avant l'ère chrétienne, selon les savants européens entre 482 et 462.

LE BUDDIIISME COMME RELIGION, SON HISTOIRE ET SES FORMES, SES FIDELES ET SON CLERGE.

A la dépouille du Buddha les Frères et les princes Maliyas et la foule immense accourue de tous les bourgs de la région , firent des obsèques grandioses. Lorsque , bors des murs de Kusinàra, devant la porte qui regardait l'orient, on eut placé le corps sur un bûcher très élevé et très somptueux, un de ceux qui restaient des Dix- Huit s'approcha pour allumer le santal odorant. •Gomme le bois ne s'échauffait pas, il passa la torche à un autre disciple. Mais celui-ci ne fut pas plus heureux. Et tous s'efforcèrent en vain, chacun à son tour, de communiquer la flamme aux couches d'écorce et de branchages, aux riches étoffes, aux parfums. Les princes n'y réussirent pas, et les brandons que le peuple jeta de toutes

parts, s'éteignaient en heurtant ramoneellemenl saint. Lassés et ne sachant que penser, tous à la tin renoncèrent, et ils se concertaient par groupes, lorsque Kasyapa, qui jusque-là était demeuré à l'écart en méditation, parut. Aussitôt une flamme énorme jaillit du bûcher, qui bientôt fut embrasé de la base au faîte.

C'est ainsi que cet Arhat, Ananda ayant succombé à sa douleur peu d'heures après la mort du Maître, fut désigné pour prendre la direction de la Communauté.

Quelques semaines plus tard, il assembla les cinq cents supérieurs des fidèles pour fixer les principes de la Doctrine et les préceptes de la Discipline. La parole du Tathâgata fut consacrée unanimement et irrévocablement Ce fut le premier (^oncile, et il eut lieu non loin de Radjagriha, au bois de NigTodha, dans la grotte de Saltapanni. Le second se réunit un siècle après, par les soins de Yasat-Thera, à Vaïsali, dans le temple de Valukarama, et lorsque Maudgaliputra présida le troisième, à Pataliputra (Patna), dans le temple d'Asokarama, il s'était écoulé depuis le Nirvana deux cent vingt-six ans.

A cette époque la Doctrine trouva de puissants

LE BUDDIÎISME COMME UELIGIOX

propagateurs dans les souverains Mauryas. Le fondateur de cette dynastie, un soldat de fortune, ancien Sudra, Tshandragupta (Sandrakottos des historiens d'Alexandre), avait déjà protégé la nouvelle secte. Asoka (ou Piyadasi) son petit- fils, qui occupa le trône de Magadha de 259 à 2:2,2, et dont le pouvoir s'étendait de Kabul aux bouches du Gange et des pentes de l'Himalaya au sud des Vindhyas (indépendamment de sa suzeraineté sur maints radjahs du Dekkan), jusqu'à former le plus grand empire national qu'ait connu l'Inde dans les temps historiques , embrassa le Buddhisme dès la seconde année de son règne et l'institua religion d'Etat. Il fit bâtir une multitude de temples, de monastères, d'écoles, d'hôpitaux, créa un office de ministre de la justice et du culte, nomma des préposés à l'éducation des femmes. C'est sous son haut patronage que se tinrent les assises de Patna. Sur ses ordres, des nuées de missionnaires se répandirent par le Népal et le Kashmir, catéchisèrent les races dravidiennes, tandis que d'autres s'acheminaient vers la Barmanie, le pays des Thaïs, le Kambodje. Son fils Mahinda et sa fille Sanghamitta, membres de la Congrégation où lui-même devait se faire recevoir

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sur la fin de sa vie, partirent })OurGcylan avec six Frères et quelques religieuses, convertirent le roi Devanam-Pudja, qui les installa à Anuradhapura, et leur évangélisation fut très fructueuse.

On a découvert, au cours de ces soixante dernières années, dans diverses parties de l'Inde et de l'Afghanistan, les édits que Piyadasi fit graver, en énormes caractères de cette écriture devanagari si esthétique, sur le roc, aux passes alors les plus fréquentées, et certes ils sont l'expression d'une morale aussi pure, aussi élevée, qu'il est possible de l'imaginer. C'est avec raison que les Buddhistes révèrent la mémoire de ce grand monarque, car leur religion lui doit plus, quoiqu'on en ait dit, que le Christianisme à Constantin.

La Doctrine fut fort en faveur auprès des dynasties grecques, parthes, mongoles, qui se partagèrent l'héritage des Mauryas. Le roi grec Ménandre était un fervent zélateur de Sakya-Muni ; et c'est probablement sous l'empereur Touranien Kanishka, que le Buddhisme atteignit son apogée dans l'Hindustan. Les souverains nationaux qui succédèrent, tous Vishnuïtes ou Sivaïtes, n'eurent pas moins de largesses pour le Buddhisme et le

LE HUDDHISME COMME RELKlION ol

Djaïnisme, que pour le culte par oux-mème professé.

Le Buddliisuic n'a eu à subir dans l'Inde, — pas plus qu'ailleurs du reste, — aucune persécution ijrénérale. Si ardentes qu'aient pu être parfois les luttes restreintes entre, sectes liinduistes et bud- (lliistes, si implacable que tel ou tel roitelet se soit montré dans sa haine pour une philosophie aussi essentiellement démocratique que celle de Gaulama, il est donc injuste de prêter en cette occasion au Brahmanisme une attitude que jamais il n'a eue à l'égard de nulle croyance ennemie.

Pourtant le Buddhisme a disparu de l'Inde après mille ans d'une vie puissante, et son déclin a eu la marche foudroyante d'une catastrophe. Des causes grandes ont dû déterminer cet effondrement. Il faut sans doute les chercher dans la béate inertie à laquelle la Confrérie dut s'abandonner sitôt son autorité établie, et dans les imprudences que savent rarement éviter les triomphateurs dans l'ivresse de leur ambition comblée.

Tandis que les moines, ne rencontrant plus personne à convertir ni aucun adversaire considérable avec qui disputer, s'enlisaient en la routine et la scholastique, les Brahmanes se réveillèrent;

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ils tissèrent devant l'abstrus dogme cosmogonique un voile exotérique aux nuances éclatantes, leur parole atténua la cruauté du dogme social, leur rituel viola la tradition pour déployer des somptuosités saisissantes. A l'imitation des Buddhistes ils sculptèrent, enluminèrent des images, bâtirent etadornèrentdes édifices, et prêchèrent en langue vulgaire. Siva, Vishnu surtout, s'objectivèrent de plus en plus grossièrement. Krishna enfin fut jeté à la foule, Krishna le dieu fait homme pour

sauver les hommes, se sacrifiant pour eux après ^^^-^"^ jL^.c ' avoir vécu de leur vie, le dieu dont l'on se conte ^"^ la biographie.

Dès lors toute vigueur populaire délaissa le Buddhisme, qui expira de décrépitude précoce.

Les montagnards népalais seuls dans la péninsule ont conservé cette foi.

A Gejlan la doctrine de Gautama a régné incontestée jusque vers le milieu du xviii'' siècle, époque à laquelle un fort courant de Sivaïsme commença d'immigrer, qui eut bientôt conquis le tiers septentrional de l'île. Mais l'Église de Kolombo semble, en ces dernières années, avoir secoué sa torpeur, elle a combattu l'envahisseur avec ténacité et non sans quelque succès.

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