‹ Essai sur la philosophie bouddhiqueChapitre 12 sur 44 · LL: lîlDDHISME COMME RELIGION · texte numérisé non relu

LL: lîlDDHISME COMME RELIGION

Dans la vallée de rirawaddy, en pays Thaï, partout où le Buddliisme n'eut en face de soi que de confuses superstitions de cultes antiques, il n'eut pas de peine à s'imposer. Et il en fut de môme là où, comme dans la région où brillèrent les Klimers et à Java, il trouva le Brahmanisme présectaire en voie de putréfaction et où il sut s'installer solidement avant que l'Hinduisme ail eu le temps de contourner à sa suite la mer du Bengal pour venir l'inquiéter.

C'est dans le royaume que les Européens appellent Siam, dans la Barmanie^au Ivambodje eL à Geylan, que le Buddhisme s'est maintenu le plus pur de tout mélange, le plus conforme à la tradition des Conciles : on peut dire que de ces contrées il est la religion absolue.

Le Tona-King', l'Annam, l'ont altéré d'éléments importés de la Chine au cours du moyen âge.

Dans l'Archipel Indien, à partir du xiii'' siècle principalement, il a peu à peu disparu devant lllslamisme.

Il est probable que le Buddhisme a été introduit au Tibet, par le JNepal, dès le premier siècle de l'ère chrétienne. Mais il se heurta à un ensemble de croyances et de pratiques peut-être encore à

cette époque forlement constitué, que l'on comprend SOUS le terme général de religion Bhon, et dont le peu que l'on connaît donne lieu à des rapprochements curieux avec le culte assyrien. La Doctrine ne conquit que longuement et difficultueusement sa place à côté de ces vestiges profondément imprimés dans l'inlellectualité autochtone. Et loin de détruire le Bhon, professé intact jusque de nos jours, par mainte tribu du Bod-Yul, ce n'est qu'en se l'assimilant qu'elle a pu s'assurer une suprématie durable, bien qu'illusoire. Florissante au vif siècle grâce au roi Srongstan- Gampo, déchue après la mort de ce prince, relevée vers la fin du viif siècle, sous le règne de Thisrongde Tsan, parle moine PadmaSambhava, retombée de nouveau par la suite, elle fut entin restaurée, en 1417, par Tson-Khapa, supérieur du couvent de Galdan à Lhassa. Mais tandis que les sectateurs de cet homme de génie, dits bonnets jaunes^ gouvernent spirituellement et temporellement(lj le Tibet, et spirituellement la Chine septentrionale, la Mantshurie, la Mongolie, beaucoup

(I) La suzeraineté de la Chine n"est que de nom, depuis qu'en 1640 les lamas, avec l'aide des Mongols, ont détrôné le vice-roi son vassal.

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de peuplades sibériennes, et en Russie d'Europe même, un groupe important de Kalmuks, les bo)i- )icfs rouges se refusent encore à reconnaître sa réforme et s'en tiennent toujours à l'ancien Buddhisme, singulièrement amalgamé de Bhon,

Dès la fin du iii^ siècle avant J.-C, des fidèles pénétrèrent en Chine et s'efforcèrent d'y implanter la Doctrine, maisleur tentative ne semble pas avoir réussi. Vers 61 de notre ère, l'empereur Ming-Ti, cédant aux instances de son frère et de quelques-uns de ses courtisans, gagnés depuis plusieurs années à la nouvelle philosophie, dépêcha dans la « plaine pâle » des commissaires qui revinrent avec des prêtres, à la tête desquels Dharma-Radjah avec des images de Gautama, avec des livres sacrés chargés sur un certain cheval blanc resté vénérable dans la tradition. Une petite communauté fut fondée qui végéta modestement jusqu'à ce que, en 312, leur culte fût reconnu officiellement. Un échange continu de pèlerins et de missionnaires s'établit alors entre le pays de llan et l'Inde. Fa-Hian, envoyé par l'empereur Yao-Sing, voyagea dans la vallée du Gange de 400 à 415, et Shi-Mang en 419 suivit ses traces. En 460, cinq moines passèrent de Geylan aux bords

du Yang-Tsé-Kiang. De518à 521, sur l'ordre de la reine douairière de Wei, Sung-Yun visita le pays d'origine de la Loi. En 526, Bodhidharma, le vingt-huitième patriarche, se rendit en Chine. lliuen-Tsang parcourut pendant dix-sept années (629-645) l'Hindustan, où I-Sing vint peu après (671).

Il était impossible que le Buddhisme ne s'acclimatât pas au milieu du peuple tolérant par excellence. A aucune époque le Tao et le Yu n'ont vu en lui un adversaire, et il est permis de croire que dès le début ils l'ont au contraire accueilli comme le frère attendu par qui devait se compléter et s'unifier la synthèse nationale. En Europe, où il est de mode de ne considérer de toute chose qu'une seule facette et de mépriser quiconque s'inquiète d'envisager à la fois le plus grand nombre possible des plans de cristallation, on moque indulgemment ces (( bons Chinois, qui mènent trois cultes de front ». Il est de fait aussi que, chacune des doctrines familières à nos races ayant coutume de revendiquer pour soi, et avec une énergie trop connue, l'infaillibilité absolue, nous nous figurons malaisément qu'il puisse en exister d'autres, empressées à accepter qu'on leur juxtapose des systèmes dissi-

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