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dents, par ce principe que la comparaison, ou tournera à leur profit et les consacrera définitivement dans les esprits et dans les cœurs, ou bien les induira à corriger leurs propres erreurs, à combler leurs propres lacunes, de telle sorte que soit serrée de plus en plus près la Vérité, seul but vers quoi doivent converger toute les forces d'une religion.
La tbéosopbie de Lao-Tseu, toute astrologie et alchimie et pneumatologie, sollicitait exclusivement un certain ordre de facultés intellectuelles et psychiques, dans l'exercice desquelles l'homme n'a généralement trouvé jusqu'ici que dccevances affreuses, heureux quand il n'y a pas laissé sa vie, quand la folie ne s'est pas emparée de lui, quand ses passions, libérées comme ces serpents assoupis que découvre un roc soudain levé, ne l'ont point jeté à la sorcellerie pure. Pour les cerveaux rudimentaires cette mystique se transmutait en un animisme quelconque et en un inextricable réseau de pratiques divinatoires et surtout préservatrices, à travers quoi le dévot ne cheminait que lent et ombrageux.
11 ne fallait pas moins de minutieuses précautions pour ne s'engluer point au lacis compliqué
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des rites Konfuciens. Le code de Kung-Tseu, élaboré pour une société en phase élémentaire, d'ailleurs ne s'occupant guère que des formes mondaines de l'éthique, et adapté strictement à ce « bon sens ami du juste milieu, » à ce scepticisme digestif, à cet individualisme narquois, à cet esprit dictonnier, que l'on comprend sous la dénomination typique de morale éclectique et tempérée, ne satisfaisait plus aux exigences toujours croissantes de l'évolution collective, et ne s'adressait ni aux aspirations supérieures de ràme,ni à la pensée.
Le Buddhisme par sa simplicité s'offrit assimilable aux intelligences primitives, et en même temps sa profondeur attira les intelligences assoifées de transcendantal ; et son grand cri de compassion et de justice émut ensemble les cœurs ardents et les cœurs nonchalents. Aussi son succès fut-il rapide et sûr, et puissante son influence sur ses deux rivaux. Tandis que le Tao, peu à peu purifié, continuait à être pratiqué comme religion, et que le Yu, ouvert à l'altruisme, ne cessait d'être observé comme convention sociale, le Buddhisme fut reçu comme philosophie morale.
C'est ainsi qu'en France par exemple, les enseignements du Christianisme, les ordonnances du
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premier Empire elles démonstrations de la science expérimentale, en principe contradictoires , se concilient tinalemenl dans l'esprit de beaucoup de personnes.
Mais, pour poursuivre une analogie, moins superficielle qu'elle n'en a l'air, de même qu'en France la Science tend à transformer le Christianisme et le Gode Napoléon, de même en Chine le Tao et le Yu s'absorbent de plus en plus dans le Buddhisme.
Les fils de Han interprètent la Doctrine selon dix-huit sectes, dont les plus importantes sont le Zen-Siu, fondé par Ta-Mo (Dh arma-Radjah), le Sin-Gon de Keï-Gua, le Ten-Dai, dii à E-Mon, le Thèn-Thaé, instauré en 580 par Tsé-Khaé, le Ho- So, constitué par Hiuen-Tsang, le Djio-Do-Siu de Zen-Do, le Ri-Siu, le Woo-Weï-Keau. Dans le sud, l'Islam, au cours des deux derniers siècles, a enlevé un certain nombre de fidèles à Gautama.
Lorsque, en l'an 200, Zingu, impératrice du Nippon, eut conquis la Korée, elle ramena dans ses états des prêtres buddhistes, qui eux-mêmes avaient reçu leur foi de missionnaires chinois ; en 552, le roi de Korée envoya au Mikado une ambassade solennelle avec une grande statue de Sa-
kya-Muiii et des livres sacrés. Ce sont là les deux premiers souvenirs précis que l'ont ait gardés sur l'introduction du Buddhisme dans l'Archipel du Soleil Levant. A partir de celte époque, beaucoup de jeunes gens allèrent étudier en Chine auprès des bonzes (1) renommés, et à leur retour prêchèrent la Loi, dont le Shiogun, et à son imitation les Daïmios, favorisaient la propagation par esprit d'opposition contre l'empereur, pontife suprême du culte autochtone.
Le peuple japonais, avec son caractère tout de netteté et son tempérament inquiet et primesautier, n' avait j amai s donné prise aux superstitions Taoïstes ni au formalisme Konfucien. Le Shin-To, naturisme austère, ne satisfaisait point l'objectivisme à quoi se réduit l'intellectualité au pays des Chryzanthèmes. Aussi est-ce parson appareil esthétique que le Buddhisme séduisit d'abord les insulaires, et par son rationalisme rigoureux qu'il les retint. A présent il est professé par les trois quarts de la population. En face, le Shin-To ne subsiste que parce qu'il s'est décidé à rivaliser avec lui de profusion ikonique, de magnificence
(Il Japonais Buzu, prèlre.
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architecturale, do somptuosité cérémonielle. Entre les deux communautés, — est-il besoin de le dire, puisque nous sommes en Orient, — règne une concorde parfaite, et lorsque, par la révolution de 1868, le Mikado a récupéré la puissance temporelle dont les Shioguns ne lui avaient laissé, depuis plusieurs siècles, que l'illusion, loin de manifester de Tanimosité pour une religion dont ces maires du palais s'étaient servi contre lui, il la reconnut officiellement au même titre que celle dont il est le chef spirituel, le dieu vivant.
Bien que leBuddhisme japonais soit fils du Buddhisme chinois, il s'est conservé beaucoup plus pur que celui-ci ; il n'a pas eu à capituler avec •des émules redoutables comme le Tao et le Yu, et €e qu'il s'est approprié des traditions nationales u'étaitni de nature ni de valeur àaltérer son essence.
Douze sectes, subdivisées elles-mêmes en trentecinq sous-sectes, se partagent au Nippon les zélateurs de Gautama . Les unes reflètent assez exactement leurs origines continentales, commeleTendai', importé par Den-Nioo-Daïshi, le Zensiu, par Doguen, le Hosso, par Dosho (653), le Djiodosiu, par Honen (xii^ siècle), le Singon, par Kukaï ou Kooboô-Daïshi (ix"' siècle) ; les autres ne les rap-
pcUoiil que inédiLiteineiit, comme le llokkesiu, anciemie sous-secte du Tendaï fondée par Niliren au XI* siècle, et le Sinsiu, ancienne sous-secte du Djiodosiu fondée par Sinran, — la dernière venue de toutes et en même temps celle qui compte le plus grand nombre d'adhérents. Le Riobu, qui avait tenté une fusion entre le Buddhisme et le Shintoïsme, a été aboli par décret impérial en
Une des ^iauses^qui ont contribué le plus eftica- cément à l'expansion du Buddhisme, ressort de l'attitude de cette religion à l'égard du Bhon, du Tao, du Yu, du Shin-To : à savoir, un développement merveilleux des facultés d'assimilation. Le Christianisme, et même l'Islanisme, ne sont pas aussi profondément empreints de ce cachet d'universalité. Théisme et athéisme, unitéisme et dualisme, polythéisme et panthéisme, fétichisme et animisme, la loi de Gautama s'assouplit à toutes les catégories ; iconolàtrie et iconomisie, adora tisme et préservatisme, imploratisme et quiétisme, elle légitime toutes les formes; et elle est à l'aise avec tous les dieux et tous les diables, tous les génies blancs et tous les génies noirs, tous les saints, tous les héros, tous les svmboles, toutes
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les anthropomorphies et toutes les tliéoniorphies, tous lesparadis et tous les enfers, et les purgatoires exempts do délices autant que de terreurs, avec tous les êtres et les états et les mondes d'en haut et avec tous les êtres et les états et les mondes d'en bas.
Mais alors il convient de se demander si c'est bien là UNE religion, au sens exact du mot.
Le terme sanskrit 6a?^(i/^am?^ par lequel peut être exprimé ce que les Occidentaux entendent par i^eligion, c'est-à-dire une certaine relation entre l'homme et quoi que ce soit de supérieur à l'homme, n'a jamais été employé par les Buddhistes pour désig'ner leur croyance. Celui dont ils se servent, agama, signifie simplement venue, a'p^roche: Buddhagama, c'est Vachemi7ie7nent vers la Lumière selon les enseignements du Buddlia.
Le Buddhisme en effet n'est rien autre chose qu'une doctrine philosophique et morale, sur laquelle s'est greffée, à une date peu éloignée des origines, un système de métaphysique, ei.enj^rmcipe, il n'a jamais présenté aucun des caractères constitutifs d'une religion. Nous verrons par la suite qu'iPuImpose nul Dogme et n'exige point la Foi, que dans l'infini il ne conçoit au-dessus de
l'homme l'existence de quelque être que ce soit, et conséquemment, ce qu'il pense de la Chute et de la Rédemption, de la Récompense et du Châtiment^ comment il comprend la Prière, pourquoi il n'admet ni la Révélation ni la Grâce et interdit le Sacrifice, enfin ce que traduit son Culte.
Ce culte, est aussi glorieux et raffiné dans son appareil qu'élémentaire quant à son fond.
Des tintements de gongs annoncent les offices. Sur des bronzes de moins forte résonnance et sur des cuivres, des tambourins, des pots de terre, des servants spéciaux frappent, durant tout le cours de la cérémonie, avec des baguettes de tek que de loin en loin ils choquent l'une contre l'outre plusieurs fois de suite, et de la sorte ils soutiennent, selon un rythme complexe, le plainchant nasillard des prêtres. Ceux-ci, vêtus, pardessus une longue robe unie, d'une chasuble aux couleurs éclatantes et brodée somptueusement, et coilïés d'une mitre ornée de joyaux, officient devant une espèce d'estrade appelée mandala, où. les statues et les lampadaires, qui sont généralement des œuvres jl'art d'une grande valeur, se rangent et s'étagent en une hiérarchie mystique. Une baguette de parfum est plantée droite dans les
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cendres qui remplissent une sébile aux pieds de
Sakya-Muni, et l'abbé, ou l'évêque, Talluniaj l'éteint, la renouvelle, à des moments ûxés. Dans chaque temple d'ailleurs, une lumière au moins est entretenue jour et nuit (1). Deux diacres d'abord, portant, f'un un vase d'où jaillissent des fleurs, l'autre une coupe chargée de h^uiis habituellement feints, accomplissent des rites savants, tandis que leur doyen, sans quitter une tige de lotus qu'il tient en sa main, forme avec ses doigts une série de signes rapides et cependant très précis, intelligibles pour les seuls initiés, et qui développent symboliquement toute une cosmogonie. Lorsque fleurs et fruits ont été déposés sur le devant de • l'autel .)) l'abbé se prosterne, puis, ses deux servants exécutant à leur tour une mimique hiératique où la dactylologie domine, il promène du feu, dans une cassolette d'or, trois fois de suite vers chacun des huit quartiers latitudinaux du ciel (nos quatre points cardinaux et leurs composés intermédiaires), l'élève, puis l'abaisse vers chacun des deux ^wartiers longitudinaux (le zénith et le nadir), en fait
(1) Les prêtres consacrent aussi de l'eau, qu'ils emploient eu aspersions pour bénir, purifier ou exorciser les ouailles.
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enfin l'offrande (1). Après quoi il tombe de nouveau eri adoration, et ne se relève que pour, appuyé sur une crosse incrustée de gemmes et enrubannée, prendre la dernière place dans une procession qui, chantant et s'accompagnant de timbres argentins, lentement se déroule autour du Mandala.
Ce Mandala, sur la constitution et l'ordonnance de quoi j'aurai lieu d'insister plus loin, recouvre souvent, de même que la table du sacrifice dans d'autres cultes, des reliques. Ou bien celles-ci, encloses dans quelque châsse en santal inaltérable, odorant et beau, ou en métaux précieux, sont installées au centre d'édifices magnifiques à elles expressément consacrés, et c'est en face d'elles que s'éploient les solennités. Ossements et dents que les Disciples et les princes Malivas et les cités saintes se partagèrent sitôt incinéré le cadavre de Sakya-Muni, ongles et cheveux des premiers patriarches de la Confrérie, menues choses ayant appartenu aux Arhats (2) célèbres ou ayant joué
(1) Le Woo-W( ï-Keau iaterdit toute autre offrande que celles du pain et du thé.
(2) Aux restes des Artiats sont généralement consacrés des monuments spéciaux appelés Stupas, qui sont des colonnes cylindriques creuses et peu élevées reposant sur un socle cubique et sommées d'une calotte hémisphérique.
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un rôle dans leur vie, ou simplement se reliant à leur mémoire par quelque particularité, et dont nul n'oserait contester l'authenticité, tels sont ces objets d'une vénération, dont l'analogue se retrouve dans tous les cultes, — et ici j'étends ce mot à son sens le plus large, car c'est dans toutes ses piétés, religieuses, nationales ou politiques, familiales ou passionnelles, que l'homme est remué du besoin de s^ cramponner à de ces parcelles de transitoire, au cœur de quoi il lui semble que vibre toujours un peu des êtres perdus.
Et comme ces catastrophes psychiques à issue heureuse que l'on appelle des miracles thérapeutiques, se produisent aussi stupéfiantes et aussi fréquentes auprès des châsses buddhiques qu'auprès des chasses hinduïques, chrétiennes ou musulmanes, c'est de tous les diocèses du monde fidèle que Ton entreprend vers les temples sanctifiés par leur possession, des pèlerinages longs et pénibles.
Les localités illustrées par quelque circonstance mentionnée aux annales sacrées ou conservée par la tradition orale, sont également le but de voyages dévots, ainsi que certains arbres fameux, tels que les deux rejets du figuier sous lequel Gau-
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tailla aUuiyiiit la Connaissance, l'un verdoyant encore parmi les ruines de Buddha-Gaja, l'autre, apporté à Ge^dan par Sanghamitta et planté à Anuradliapura, « le plus ancien arbre historique du g-lobe, » et plus vigoureux que jamais.
Ne sont pas moins révérées ces empreintes merveilleuses^ ordinairement pédiformes, constatées en beaucoup de contrées^ mais abondantes surtout en Asie, et que chaque secte, successivement ou simultanément, attribue à son héros favori, par exemple l'empreinte de Buddha-Gaya, revendiquée par les Buddhistes pour Gautama, mais aussi par les Hinduïstes, soit pour Vishnu, soit pour Siva, par les Musulmans pour Mohammed, par les Chrétiens pour saint Thomas, et celle visible sur la montagne synghalaise que les Européens nomment pic d'Adam, et les habitants, en tamul : Samanala, ou en sanskrit : Sripada (marque du pied) et prêtée à Sakya-Muni par la Doctrine, à Adam par l'Islam, à saint Thomas par une autre légende.
La seule profession de foi que le Buddhisme exige de ses adhérents n'est pas moins élémentaire que le fond de son culte. Elle consiste en la prononciation de la formule Trisarama ou des Trois
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Guides, par laquelle le catéchumèue exprime, d'abord, sou admiratiou, son respect, et son amour pour le caractère et la vie du Buddha, et sa résolution de méditer sur les enseignements de celuici. puis son désir de s'instruire dans la Loi, et enfin son vœu de ne désormais modeler sa conduite que sur les exemples et selon les conseils de la Confrérie (Congrégation, Ordre, Clergé, Église) :
^ Buddham sartinam gacchami, ^'^' Dhammam saranam gacchanii, ur>'^'***^'^anghain saranam gacchami.
{Leçon pâlie).
Au Buddha comme à mon Guide je vais,
A la Loi comme à mon Guide je vais,
A la Confrérie comme à mon Guide je vais.
Encore cette salutation des Trois Joyaux (sanskrit Ti'iratna, japonais Sam-bo), est-elle réduite par certaines sectes jusqu'à déchoir en une sorte d'incantation magique qu'il suffît de répéter chaque jour le plus grand nombre de fois et avec le plus de volubilité possible, pour gagner Sukha- vati, région céleste similaire des paradis chrétien et niusulman, et présidée par le Buddha éternel Amitàbha (thibétain Od-Pag-Med, chinois 0-Mi-
To-Foh, japonais Amida) ; telles sont, au Japon, cette phrase du Djiodosiu et du Sinsiu:
Naniii Amida Bulsu, Adoration au Buddlia Amida.
(Buddha en japonais devient Butsu), et celte autre, du Hokkesiu:
Namu Mioho Renguokio, Adoration au Lotus de la Bonne Loi.
En outre de l'acte d'adhésion, l'Upàsaka prononce les Cinq Vœux généraux (Pantsha-Sila) :
1° Ne tuer ni blesser aucun être humain, et autant que possible aucun animal ;
2° Ne dérober le bien d'autrui ni prendre ce qu'autrui ne donnerait pas de bon gré ;
3° S'abstenir de tout commerce sexuel contre nature, et ne séduire ni la femme, ni la fille, ni la pupille de son prochain, ni en général aucune des femmes que protège la maison de ce prochain ;
4° S'abstenir du mensonge, de la tromperie, de la calomnie ;
5° S'abstenir de toute boisson enivrante autre que le vin et la bière, dont un usage modéré est