‹ Essai sur la philosophie bouddhiqueChapitre 17 sur 44 · LE BUDDHISME COMME PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

LE BUDDHISME COMME PHILOSOPHIE

seuils murés et de poursuivre toujours des fan-

tômes jamais atteints ; indignation contre Finiquité cynique de dogmesjprometteurs de peines immenses en expiation d'erreurs légères, dispensateurs de pardon et d'oubli pour la faute suivie d'un holocauste, et confîrmateurs de suprêmes béatitudes en échange de quelque donation au sacerdoce ou de quelque crime commis en vue de ses intérêts ; mépris pour des prêtres cupides, ignorants et dissolus, et exaspération contre leur tyrannie ; — tels furent les mobiles de la grande effervescence qui, vers le v^ siècle avant notre ère, détermina au sein de la religion brahmanique tant et de si profondes dissidences, et lui suscita au moins deux adversaires si puissants, qu'elle faillit succomber sous leurs efforts et ne put se relever plus tard qu'en s'appropriant leurs innovations.

A cette réforme, Kapila, Sankaratsharya, Gautama, Mahavira contribuèrent chacun pour une large part. Mais il n'importe pas tant de savoir lequel parmi eux jeta la première protestation, et si tel des autres, ou tous les autres, ne furent point affiliés à lui par des relations de disciples à maître, et, dans ce cas, quelles furent la nature et la mesure de leurs emprunts, que de rechercher les

causes qui arrèlèrent les doctrines de certains d'entre eux à divers degrés d'évolution, tandis que le système de tel autre allait se développant sans cesse, en une expansion prodigieuse qui, aujourd'hui même, après 2400 ans, est encore loin d'avoir atteint ses limites extrêmes.

Sans pousser ici une étude qui ne serait point à sa place, il est permis d'indiquer quelles ont dû être ces causes. Lé Samkhya et le Vedânta s'étaient restreints à des spéculations cosmologiques et ontologiques où seuls pouvaient les suivre des esprits très cultivés et peu sentimentaux. Le Djaïnisme, bien que moins abstrait et davantage préoccupé d'éthique, ne fut en principe que l'insurrection d'une caste, lesKshattriyas, très ardente à débarrasser soi-même de la suprématie des Brahmanes, mais ne s'inquiétant point d'en délivrer aussi ses deux sœurs cadettes. Le Buddhisme au contraire, s'il ne tarda pas à surpasser ses rivaux pour le transcendantalisme de la métaphysique, s'affirma dès le début, comme, par-dessus tout, doctrine morale, et si jamais il ne s'éleva contre la loi des castes ^11 l'abolit implicitement, d'abord en ne la comprenant point dans un enseignement qui, médiatement, embrassait tout, puis en constituant le

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Sangha de telle façon que la valeur individuelle seule en ouvrît l'accès et en lëgitimât la hiérarchie, entin en la rendant incompatible avec l'essence même de sa théorie. En un mot lui seul s'offrit au soleil populaire ; celui-ci, prodigue de ses rayons pour aussi peu que l'on se tourne vers lui, ne les ménagea point à une philosophie si avide de s'y baigner, et c'est ainsi que cette dernière rapidement grandit et projeta en tous sens des rameaux fleuris.

Jiisiice, telle est donc la formule qui fit la fortune sociale du Buddhisme, et tel est en effet le signe où convergent tous les traijs de son caractère moral. Et encore ce mot, à peine troublé, Justesse, peut être le schéma de son procès dans l'ordre intellectuel. Car, lorsqu'il s'avance au-delà des limites où s'exerce le contrôle positif des sens, ce que d'ailleurs il ne fait jamais qu'à regret, il ne cesse point d'obéir^^x exigences rigoureuses dÊ la raison, et sa subtilité extraordinaire n'est pas plus un ingénieux dilettantisme, que les abîmes, ignorés de tout autre, où degré par degré il entraîne la pensée, ne sont les vapeurs d'une malsaine rêverie. Et comme il ne reconnaît pas de puissance supérieure à la volonté humaine, sa sérénité en

face des lois universelles est aussi éloignée de la passivité que de la superbe, demêmequele sérieux dont il envisage la nature, ne saurait être interprété ni en indifférence, ni en tristesse.

Getteattitudemalheureusementa été faussée dans des sens divers, parfois tout à fait abandonnée, par beaucoup de sectes.

Le nombre énorme de ses adhérents, la variété des races auxquelles ils appartiennent et des cultes par eux antérieurement pratiqués, condamnaient le Buddhisme à un fractionnement, que du reste toute religion apprend à connaître dès qu'elle est sortie de la phase constitutrice, et qui va se multipliant à mesure que l'idée essentielle mûrit et se propage.

Le premier schisme. et. le j^lus grave^ probablement virtuel dès la fin du premier siècle de l'évangélisation, paraît avoir été officiellement consommé vers l'époque d'Asoka. Le monde buddhique se trouva alors divisé en deux écoles, celle du Hjnayana ou du petit développement, et celle du Mahâvana ou du grand développenient.

La première, qui eut pour Pères Vasubhandha et Asvagosha, s'en tenant à l'enseignement de Gautama, consacré parles concilesdeRadjagriha,

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