LA. VOIE DE BODHI
Longue, très longue est la voie de la délivrance, et tant difâcultueuse ! Innombrables les degrés d'une telle ascension, et inimaginables la quantité des obstacles et leurs proportions. Effroyables les hostilités qu'il faut affronter et désarmer pour s'emparer de cette Toison d'Or et de ce Graal, pour étreindre ce Rameau cVOr et cette Branche d'Acacia, pour accomplir ce Grand-Œuvre, de s'élever Silsi Bodhi, Gnose intégrale, dessillementd'Avidya, à VApararga, émancipation du Samsara.
Quiconque entreprend le chemin de la quatrième vérité — Arya-Marga — doit dès l'abord se munir d'un viatique sans lequel le seuil n'est point franchissable : les Sept Puretés :
1° Pureté de corps, exemption aussi parfaite que possible de toutes infirmités et affections morbides ;
2° Pureté de mœurs, continence rigoureuse, au mental non moins qu'au corporel ;
3° Pureté d'intention, recherche de la spiritualité non pas tant pour en recueillir une satisfaction personnelle, que pour répandre en bénédictions sur l'universalité des êtres attardés dans la souffrance;
4" Pureté de croyance, assimilation irrévocable de la conception du Karma ;
5° Pureté d'attitude, calme intrépidité en face de toute éventualité, y inclus la mort ;
6° Pureté d'intelligence, perception intuitive de l'Absolu ;
7° Pureté de jugement, détachement absolu de l'objectif et saine appréciation de ses rapports avec le subjectif.
Et ces dons ne peuvent être obtenus que par les propres efforts du Tshela, sans la moindre assistance étrangère.
Lorsque le novice est parvenu à dompter les Quatre Ennemis: Sharira, la chair, Indriya, les sens, Dosha, le péché, Dukha, la douleur, il choisit un Guru, de qui il sollicite Diksha, l'initiation.
Quels que soient le sexe et l'âge de l'initiand, il y a bien des chances pour que l'initiateur soit un
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homme, et un homme plus que mùr. Cependant le cas se rencontre maintes fois, d'un vieillard, ou de plusieurs, dirigés par un adolescent ; car la philosophie buddhique n'a cure des accidents de sexuation et de rythme annuel : devant elle la culture intellectuelle et morale vaut seule, et s'il est des êtres qui n'atteignent celle-ci que lentement et péniblement, il en est aussi à qui un laps court suffit pour la ravir, ou mieux la recouvrer.
Diksha consiste simplement en un petit nombre d'instructions concises et précises, et toutes orales, qui ne sont que des thèmes à méditations, — moins encore : des points de départ, des sortes de signaux agités pour indiquer à la pensée une direction où s'élancer, et dans la poursuite de laquelle on l'abandonne à son initiative, sans autres freins que ceux dont elle détient en soi la virtualité, sans autres repères que ceux dont ses facultés intimes lui offrent licence de soi-même jalonner sa course, sans autres bornes que celles dont son degré d'évolution lui imposera la fixation.
Il est évident qu'une telle sévérité souffre quelques infractions, et que le maître ne cesse d'envelopper son fils spirituel d'une sollicitude qui;, pour être occulte, n'en est pas moins efficace, et qui sait se
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trahir, aux instants de péril extrême du corps et de la raison, par des averlissements, des conseils, et des gestes de soutien et de protection. D'ailleurs, il est un enseignement, le plus fécond de tous, qui ne fait jamais défaut au disciple : l'exemple.
Ainsi se transmet l'Iddhividhanâna ou théorie et pratique des œuvres hyperphysiques. C'est la science d'asservir à ses volitions toutes les fonctions des deux Upadhis inférieurs, en soi-même d'abord, puis en autrui, par conséquent: de réduire au strict indispensable les besoins de son Sthulopadi ; de créer et de détruire en soi et en autrui les quatre conditions de Prafia ; d'exercer sur soi et sur autrui, par l'influx psychique, une action thérapeutique ; de contraindre le Bhuta d'un trépassé à s'objectiver par alliance avec le Bhuta suscité hors du Sthulopadhi d'un vivant intransé ; de projeter son propre Bhuta hors de son propre Sthulopadhi pour raccomj)lissement de desseins déterminés ; de développer en soi le sixième sens ; de pénétrer la substance et de la dissocier pour la ramener à la diffusion atomique et saisir et maîtriser et gouverner à son gré les énergies élémentales qui la constituaient, — ces dynamismes que la légende alchi-
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mique anUiropomorphie eu Salamandres, Sylphes, Oiulins et Gnomes.
Mais la route est bifurquée, et le Tshela se trouve exactement dans la situation d'Hercule en face des deux déités. Il sait que l'une des branches est une impasse terrible, du fond de quoi l'on ne s'échappe qu'au prix de plusieurs septains de renaissances misérables, et que l'autre se perd dans Tinfini — et il ignore encore laquelle des deux aboutit au mur, et laquelle à l'abime — et il lui faut choisir.
L'impasse, c'est le Lankika, dont les adeptes combinent en drogues néfastes les essences soporifiques et hallucinatoires, se communiquent des talismans et décrivent des signes comme condensateurs de la volonté, psalmodient des Mantras et scandent des Dharanis en guise de véhicules de la suggestion. Les Quatre Ennemis, imparfaitement soumis, ont repris l'offensive, aussi les sectateurs de ce sj^stème n'usent-ils de leurs pouvoirs que dans des buts passionnels , égoïstes : inconsciemment ou non, ce sont des sorciers.
Le Lokottara au contraire (1) prohibe tout ad-
(1) La différence entre le Lankika et le Lokottara est, on le
juvanf extérieur, procède exclusivement par entraînement méthodique des facultés en croissance ou en germe, s'attaque aux sources vives immanentes en tout être, canalise et régit leurépanchement, accumule leur trop-plein en prévision des nécessités futures. Et ses fidèles se vouent de grande ferveur à alléger de tourments leurs frères en existence.
L'aspirant à Bodhi, dès qu'il a mûri dans le Lokottara, perd sa qualité primordiale de Sukkhavipassaka pour revêtir celle de Samatliayanika, c'est-à-dire qu'il s'élève du stade négatif de compression à celui de l'activité, de la dilatation. Le titre de Tshela ne saurait désormais lui convenir, à son tour il est apte à l'office de Guru. Il est déjà Arhat du degré Srota-Apanna ^ il n'est plus susceptible que de sept renaissances karmiques.
Devant lui s'ouvrent les Six Bodhiangas ou Sentiers de la Connaissance :
, 1° Sihi, la ceyHitude que la Vérité est ;
2" Darmarisha, Xd^recherche des causes ;
3° V iry a ^\di fermeté ;
voit, la môme que celle établie par les Gnosliques alexandrins entre la Goétie et la Théurgie, la Magie noire et la Magie blanctie.