LE NIRVANA
Ce qui a commencé doit finir. A quelque degré que ce soit de son évolution, nul être n'a pouvoir de rester immuable, et la cessation de l'évolution est la cessation de l'être.
Pour qu'une individualité n'ait plus à se personnaliser, il faut que son Karma ait été effectué entièrement. Mais, que cette effectuation soit achevée, cela ne signifie-t-il pas que se sont neutralisées les deux incitations dont l'opposition constituait le Karma. Or, cette relation entre deux forces, c'est l'existence même. Donc, si le Buddlia n'a plus à se personnaliser, son individualité nécessairement s'abîme en Sunyata.
D'ailleurs, en aucune phase du Samsara, cette individualité ne s'est offerte distincte, isolée, exempte d'éléments hétérogènes, puisque l'exstinc-
tien de chaque personnalité équivalait à la surrection d'une nouvelle. Elle n'était qu'un lien subjectif nouant l'une à l'autre les personnalités, et elle n'existait que relativement à la succession de ces entités. Il y avait là encore un dualisme, et la loi est que si d'un binôme un terme est supprimé, celui qui subsiste n'est plus fonction que de 0. L'individualité meurt par conséquent avec la dernière personnalité.
Gest le néant, dans l'acception rigoureuse du mot, s'il s'agit du Prati/eka Buddhn^ de celui qui n'a, en recherchant l'Apavarga, aspiré à délivrer que soi-même, et qui s'est ingénié aux œuvres de justice et de paix uniquement parce que la Bodhi ne se révèle qu'aux très bons, de celui qui se trouve satisfait dès que les portes de diamant s'entrebâillent assez pour le laisser pénétrer, lui seul. Mais le Buddha parfait, sans ignorer que plus généreusement il vit, plus tôt il sortira de la vie, comble autrui de ses bénédictions afin que, la voie s'adoucissant aux attardés, des êtres et des êtres communient avec lui en la Vérité. Ses vœux ne tendent rien moins qu'à l'affranchissement universel, à l'irruption par les portes précieuses, grand ouvertes, de la multitude.