S.VKYA-MUNI, SA VIE ET SA LEGENDE
Le rire insouciant des babies ne Iroubla jamais son visage sérieux, et déjà triste un peu. Il ne se plaisait à aucun jeu, et fuyait les compag-nies bruyantes pour, au fond de quelque bosquet solitaire et sombre, s'abîmer en la contemplation subjective, — maintenant ainsi continuellement présente à l'esprit du roi la prédiction. Et ce père se désolait à l'idée que son héritier pût dédaigner un trône qui lui assurait une puissance et une gloire de Tshakravartin, pour se vouer à une existence misérable, et à la recherche hasardeuse de béatitudes négatives. Il s'ingénia pour nouer son fils au monde par des liens aussi solides, aussi étroits, aussi nombreux que possible. Il le maria dès l'âge de seize ans à la ravissante Yasodhara (ou Gopa), fille dii roi Suprabuddha (ouDandapanij, et il leur fit don d'un palais pour le beau temps, d'un autre pour les mois froids, d'un autre encore pour la saison des pluies, et tous trois décorés et meublés avec une magnificence, un goût, un confort, peu communs, et tous trois entourés de parcs immenses où jaillissaient des sources glaciales et s'égrenaient des cascatelles irisées, où des jets d'eau susurraient en des vasques précieuses, où des ruisselets sillonnaient d'argent le velours de pelouses, où des
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fleurs presque inconnues, aux nuances intraduisibles, exhalaient des parfums extasiants, où des ombres dormaient sous des frondaisons sereines, où, sur des lacs à peine effleurés de cygnes cérémonieux et blancs, s'épanouissaient des lotus, où des paons promenaient la somptuosité de leur parure éployée, où des rossignols par les claires nuits disaient tout l'amour, où babillaient rieuses des vols de jeunes tilles choisies entre les plus belles des familles nobles du royaume, et toutes habiles au chant, à la danse, à la musique, où des myriades de serviteurs silencieux et furtifs prévoyaient les souhaits du maître. Sept enceintes fortifiées, garnies de troupes sûres, entouraient chacun de ces domaines, dont l'accès était d'ailleurs interdit aux vieillards, aux malades, aux mendiants, aux religieux.
Or, une fois qu'en son char conduit par Tshanda l'écuyer favori, Siddharta, accomplissantsa vingthuitième année (selon les écritures, 2506 de Kali Yug), se promenait par les féeries d'un de ses parcs, un Deva parut au tournant d'une allée sous la figure d'un homme chauve dont la peau jaune et sèche moulait os et fibres, et qui malaisément cheminait reployé sur soi-même à la nuque, aux