SAKYA-MUM, SA VIE ET SA LEGENDE
Et dès lors il s'abstint de tout plaisir, et i)lus rien et plus personne ne le put distraire de sa désolation. Et la vie lui soulevait le cœur de dégoût, et un désespoir immense le déchirait, parce qu'on lui avait affirmé qu'avec la douleur et la décrépitude et le trépas renouvelés à chaque existence, il n'est au monde nul moyen d'en finir à jamais.
Une dernière fois le Deva se montra, haillonneux mais illuminé de spiritualité.
— Qui es-tu, ô homme au regard profond ? Une mansuétude infinie émane de toi, et la sérénité de ton front semble surhumaine. Es-tu donc exempt de la souffrance, ignores-tu la mort ?
— Je sais leur cause, et je che.-che leur fin. Les biens de cette terre ne sont point désirables. Ce qui passe est néant. Je vais seul, détaché de tous liens, et je médite sur la Délivrance, car nulle science n'en saurait enseigner la voie, accessible seulement à l'homme livré à soi-même.
Et le sage s'éloigna.
— Tshanda, cette voie, je la trouverai, et je l'annoncerai aux hommes.
Être hors du séjour merveilleux où son père le tenait emprisonné, fut désormais la préoccupation unique du prince.
Sucldliodana, mis au courant des rencontres fatidiques que son fils avait faites, et de l'impression qu'elles avaient produite sur lui , était éperdu d'inquiétude. Le nombre des gardes décuplé, les rondes multipliées, des peines terribles menaçaient ceux des officiers à rinvigilance desquels serait attribuable la fuite de l'héritier royal. Les filles des Sakyas ne quittaient plus celui-ci, vers qui toutes les ivresses se déchaînaient en un appel suprême.
Une nuit cependant l'heure de la fuite sonna.
Siddharta s'éveillant considéra autour de lui ses femmes endormies dans l'atmosphère lourde des parfums dont était pétrie leur peau. Les cheveux épars, vautrées deci delà parmi les coussins sous la lueur faible et comme funéraire des lampes de nuit, elles offraient leurs corps demi-nus et immobiles en les attitudes abandonnées où le sommeil les avait surprises. Et il lui sembla contempler un charnier.
Il pensa à Yasodhara son épouse, la très douce et la très aimée, et à Rahula, l'enfant tant souhaité qu'après treize ans d'attente elle venait de lui donner. Mais comme il redoutait qu'à les voir, simplement à les voir reposer calmes et confiants.
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son courage ne faiblit, il s'abstint. Et là certes fut la seule poignance qu'il éprouva de son délaissement du monde.
Il se leva, éveilla Tslianda, fit seller Kanthaka son cheval ami. Les De vas invisibles ouvraient toutes portes et ne soutîrirent que nul garde s'éveillât, que nulle clarté sidérale troublât les ténèbres . Sans obstacle ayant franchi une à une les sept enceintes, le prince et son suivant s'élancèrent par \a campagne, dans la direction de la rivière Anoma. très loin,
Lorsqu'après une chevauchée effrénée ils mirent enfin pied à terre, le jour se levait. Siddharta dégaina son épée, s'en servit pour couper sa lourde et soyeuse chevelure. Puis cette chevelure et cette épée, en même temps que ses bijoux et ses somptueux vêtements, en même temps que le bon Kanthaka, il les livra àTshanda, ordonnant à celui-ci de retourner à Kapilavastu, mander de sa port au souverain son père et à la princesse son épouse, que nul ne fût rendu responsable de sa fuite, les Devas seuls l'y ayant aidé, et de plus, que l'on ne tentât en aucune manière de le faire revenir sur une décision longuement mûrie et que rien au monde n'était en puissance de fléchir.
D'un cadavre qui passait abandonné au lîl de l'eau selon la coutume hindue, il prit le suaire souillé de vase et de sang, et ce fut son manteau. En cet endroit il demeura sept jours, savourant la joie d'avoir rompu les chaînes de toutes servitudes et se consultant sur la sainte recherche.
Ensuite il marcha vers Radjagriha, capitale du Magadha, parce qu'auprès de cette cité, à Uruvilva, des Brahmanes vivaient, réputés pour leur sapience. Sous le nom d'indrabhuti Gautama retenu par la tradition djaïna, il fut quelques mois l'auditeur de Alàra-Kalàma et de Rudraka-Mahàvira, le Tirthàmkara. Ils enseignaient que l'homme obtient son salut seulement en attirant sur soi, par des prières, des sacrifices, et autres pratiques cultuelles, la grâce divine, sans que néanmoins, étant donné l'arbitraire dont ils faisaient l'attribut principiel de leur Etre Suprême, l'on put être certain que cette grâce daignât toujours se débiter à l'acheteur en proportion des débours de celui-ci.
Gautama, écœuré de l'inanité d'une telle doctrine, prêta l'oreille aux leçons d'autres maîtres, lesquels affirmaient que la délivrance s'acquiert à force d'ascétisme et de tortures volontaires. Avec Kaundinja, Bhaddriya, Vâppa, Mahanàma et