‹ Essai sur la philosophie bouddhiqueChapitre 7 sur 44 · S.VKY.V-MUNI, S.V VIE ET SA LEGENDE · texte numérisé non relu

S.VKY.V-MUNI, S.V VIE ET SA LEGENDE

Asvàdji, condisciples qui s'étaient rapprochés de lui d"al)()rd par affinité de caractère, mais qui n'avaient pas tardé aie reconnaître pour leur guru (supérieur, initiateur), il s'en fut dans la djungle, en un lieu que l'on a appelé depuis Buddha-Gaja (Herraitage du Buddha), et s'y mortifia, six années durant, de terrible façon, se condamnant à un mutisme absolu, jeûnant jusqu'à arriver à n'absorber plus qu'un grain de riz par jour, se privant de sommeil, s'immobilisant pour un temps de plus en plus long en des poses de plus en plus pénibles, fermant ses sens au monde extérieur, s'interdisant toute cogitation. Si bien qu'un soir il perdit connaissance et s'affaissa épuisé, mourant. Maya parut devant lui, le rappela à la vie, lui remontra la folie de ses efforts, qui avaient failli le tuer, sans profit pour sa salvation, et au contraire avec menace d'une renaissance, et d'une renaissance malheureuse.

Dès lors il se réhabitua peu à peu à manger tous ses repas réguliers et complets et à dormir toutes ses nuits, et respecta son corps. Ce que voyant, ses cinq tshelas (disciples) le jugèrent retombé en proie aux affections sensuelles et l'abandonnèrent, méprisants.

Loin de se désespérer, Sakya-Muni résolut de ne plus suivre que ses propres inspirations. Aussitôt une exaltation prophétique lui donna à pressentir qu'il approchait du but. Il commença de pénétrer en soi-même, développant par un entraînement méthodique les puissances transcendantes de son cerveau, et travaillant à dégager l'intuition confuse et lointaine qu'il entendait vivre au fond des abîmes de sa pensée.

Par une vesprée calme et comme attentive, il se dirigea, s'estimant suffisamment préparé, vers le lieu que l'on a appelé depuis Bodhimanda ; chemin faisant, il se désaltéra au courant de la Naïrandjana et s'y baigna, plus loin accepta des mains d'une jeune fille nommée Sudjata un peu de riz accommodé au lait miellé, puis de celles d'un faucheur huit poignées de l'herbe Kusa. Arrivé au terme qu'il s'était fixé, il répandit ce gazon sur un tertre au pied de l'arbre Bô et s'assit en cet endroit, face à l'orient, décidé à ne se relever pas avant d'avoir atteint la Bodhi (connaissance parfaite, Gnôsis).

Au cours de la première nuit il revit l'innombrable série de ses existences antérieures, et lorsque l'aube pointa, l'aube d'un mercredi selon

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les écritures en l'an 2513 de Kali Yug-, il avait saisi la cause des renaissances et la possibilité et le moyen d'y échapper. La taie se déchira, qui voilait son œil intérieur. Son àme s'épanouit comme un lotus au souffle du matin : il était Buddha.

Il ne bougea de sept jours, extasié dans l'illumination de l'absolue science enfin conquise. Puis il se rendit sous l'arbre Adjapâla.

A peine avait-il transporté là sa méditation encore éblouie de la clarté découverte, et chancelante au-dessus des profondeurs aperçues, voici que surgit Màra le Tentateur, et avec lui les hordes terribles : penchants et désirs terrestres non radicalement arrachés, séduction des formes qui changent et des êtres qui passent, et le doute chuchota, et chatoyèrent tous les fastes et toutes les gloires, et flamboya l'empire sur tous les royaumes du monde, l'empire du Tshakravartin, et s'offrirent tous les amours, et implorèrent toutes les suavités de la famille. Mais au milieu des tourbillons ténébreux et hurlants le Sage restait inébranlable. Les haleines embrasées ne troublaient point son sang, et d'un geste de miséricorde immense sa main écartait les tourmentes suprêmes.

Les peuples mauvais bientôt renoncèrent, s'éparpillèreht effarés et lourds comme vols d'oiseaux de nuit, et Màra, attardé seul auprès du Buddha, prosterna son front dans la poudre; puis il s'approcha, et tout bas :

— Puisque te voici consacré par un tel triomphe, éteins-toi. Seigneur, prends possession de la paix éternelle. Maintenant que la Vérité est tienne, que ferais-tu sur celte terre? L'humanité s'agite dans les instincts vils, et elle y trouve sa joie. Jamais elle ne pourra s'élever à entendre l'ordre immutable des univers, ni à remonter correctement de l'effet à la cause; jamais elle n'écoutera une loi qui lui dise de vaincre les passions, d'extirper les désirs, d'abolir la soif de vivre. N'essaye donc point d'annoncer la doctrine, éteins-toi, Seigneur, entre dans le Nirvana.

Mais lui : — Retire-toi, toi le dernier. Je ne connaîtrai le Nirvana que lorsque j'aurai édifié indéfectiblement la doctrine sur le cœur de disciples choisis, lesquels iront par tous continents répandant le verbe libérateur.

Màra s'éloigna, et le Buddha demeura solitaire, élucidant la Loi pour en coordonner les principes selon une forme définitive, accessible à l'universa-

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