SAKYA-MTNI. SA. VIE ET SA LEGENDE
litë des intelligences divines et humaines, et appropriable à l'éternité des races terrestres et extraterrestres. Après avoir siég-é six fois sept jours à l'ombre de l'arbre Adjapàla, sans s'être accordé un instant de sommeil, sans avoir pris la moindre parcelle de nourriture, sans avoir absorbé d'autre boisson que quelques becquées d'eau dont les oiseaux du ciel venaient de loin en loin humecter ses lèvres, le Béni se leva, s'écriant : — Que la porte du Salut soit ouverte à tous!
A ce moment passèrent deux frères, les riches marchands Trapusha et Bhallika qui voyageaient avec une suite nombreuse. Saisis de vénération à l'aspect de l'auréole lumineuse irradiée de l'Omniscient, ils s'arrêtèrent, adorant. Lui leur dit la Loi, et ils s'en allèrent convertis. Ce furent ses premiers disciples laïques.
Il se rappela les Cinq, et leur ardeur à quérir la Vérité. Malgré leur injuste abandon, il alla à leur retraite de Mrigadâva (ou Ishipntana), aux environs de Bénarès. Quand ils le virent venir de loin, ils n'avaient pas assez de dédain pour lui, et ils s'excitaient entre eux à le lui manifester sévèrement. — « Nous resterons assis à nos places, murmuraientils, et notre bouche ne s'ouvrira point, et nos yeux
ne quilteront le sol. » Mais à mesure qu'il approchait, une grande émotion les étreignait, de plus en plus irrésistible. Et la face du Buddtia resplendissait d'un tel éclat, et un tel charme émanait de sa présence,, qu'ils se levèrent pour se précipiter au-devant lui, éperdus d'un respect qui marquait assez leur repentir, et leur résolution pour l'avenir de croire en leur maître aveuglément.
Il prononça pour eux le Dharmatshakra-pavattana Sutra, ou Discours de la fondation du règne de la Loi, et peu après le vieux Kaundinya, grâce à son intelligence parfaite des principes et à son observance rigoureuse des préceptes, obtint le premier l'état d'Arhat. Ses quatre compagnons ne tardèrent pas à suivre son exemple. De Bénarès vinrent d'abord le jeune Yasa et son père, homme noble et opulent. Au bout de cinq mois, les fidèles se trouvaient au nombre de soixante, sans compter les Upâsakas (auditeurs, adhérents laïques).
C'est alors que, les jugeant suffisamment instruits, il les assembla autour de lui et, les ayant exhortés une dernière fois, leur dit :
— Allez, et publiez la doctrine de Vérité par toute la terre. Que tous les peuples, quelle que soit la couleur de leur peau, quelle que soit la religion
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par eux professée jusqu'ici, soient ensemencés de la Loi. Que l'iiomme et la compagne de l'homme se pénètrent de la Loi. Que le vieillard mang-é de regrets en reçoive consolation, et que l'homme mûr écœuré de déceptions en apprenne l'espoir ; qu'elle éclaire sur son ivresse l'adolescent vibrant à tous mirages, et qu'elle ouvre aux choses de l'infini l'entendement de l'enfant. Que le Brahmane attaché à approfondir des erreurs et le Pandit (1) égaré parmi les complications et les subtilités et les ingéniosités et les raffinements des controverses, soient initiés à la Loi de simplicité ; que le Radjah superbe et le Kshattriya cruel soient domptés par la Loi do douceur ; que la Loi de renoncement enseigne le calcul au Vaïsya cupide; que la Loi d'humilité révèle leur grandeur au Sudra des villes et au Sudra des champs, et qu'après avoir compris la Loi d'équité le Tshandala n'envie plus.
Les frères se dispersèrent pour commencer leur
(I) On sait que les Pandits sont des Brahmanes hors de pair pour leur érudition en matière de théologie, de jurisprudence, de philologie, etc., que les Kshattriyas constituent la caste des guerriers, les Vaïsyas celle des marchands, les Sudras celle des artisans et des agriculteurs, les Tsbandalas enfin, la plus infime catégorie des hors-caste, bien au-dessous des Pariyas, — moins que beaucoup d'espèces danimaux.
apostolat. Le Buddha retourna à Uruvilva, y attira à sa philosophie plusieurs de ses anciens condisciples et même de ses premiers maîtres, et quantité de leurs tshelas. Puis il vint à Senani. Des Védisants vivaient là dans la djungle, veillant sur le feu sacré en des temples qui n'étaient que de misérables huttes de bambus et acccomplissant pieusement les sacrifices prescrits par les textes révérés. Il n'eut pas de peine à se susciter parmi eux nombre de zélateurs. De là il gagna Radjagriha, où Bimbisara, roi de Magadha, et sa cour et son peuple, confessèrent la Doctrine. Ensuite il s'achemina vers Kapilavastu. Or il y avait deux ans qu'il avait atteint la Bodhi, neuf ans qu'il avait quitté sa ville natale.
La renommée de sa sainteté et de ses conversions multipliées le précédait, et les Sakyas l'attendaient pleins de joie. D'accord avec la règle par lui-même fixée, il n'entra point dans la capitale, mais s'installa, au milieu des fidèles qui l'accompagnaient, en un bois à proximité des remparts, et le lendemain malin, prenant sa sébile, il alla par les rues quêter sa nourriture. Le roi, informé, sortit à sa rencontre :
— Mon fils, pourquoi me fais-tu un pareil
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affront que de chercher ta subsistance de porte en porte?
— Ilhistre monarque, tel a de tous temps été l'usage de ceux de ma race.
— Nous sommes, s'écria Suddhodana, issus d'une antique lignée de princes, desquels aucun jamais n'a mendié.
Le Buddha sourit et :
— Certes vous vous glorifiez à bon droit, toi et les tiens, de cette ascendance royale. Quant à moi, je ne reconnais pour ancêtres que les Buddhas des âges passés.
Son père se tut, et le conduisit au palais, où ils s'entretinrent longuement.
Le même jour, le Béni, escorté, ainsi qu'il est ordonné, de deux frères, se rendit chez Yasodhara. Lorsque celle-ci vit devant soi celui qui avait été son époux, et lorsqu'elle le vit pâli, amaigri, mal couvert de haillons, la barbe et les cheveux coupés ras, elle tomba k ses pieds en sanglotant, sans pouvoir parler, et elle lui embrassait les genoux. Il la releva, doucement l'exhorta, l'apaisa, et jeta en son cœur les germes de la sapience.
Gomme il s'en allait, Rahula le joignit, que sa
•M ESSAI SrR LA PHILOSOPHIE BOUDDHIQUE
mère venait d'haljiller de ses vêtements les plus magnifiques.
— Mon père, dit l'enfant, puisque tu as renoncé au trône, qu'il te plaise me consacrer ton héritier, afin que je puisse un jour régner sur les Sakyas.
LeBuddha ne répondit point, lepritpar la main, l'emmena au bois de Nigrodha où il s'était établi, et là:
— L'héritage que tu réclames est méprisable, et je n'en ai point de semblable à te transmettre. Mais que soit tienne la Vérité acquise par moi sous l'arbre Bô, et jamais nul père n'aura légué à son fils trésor aussi sublime.
Rahula fut donc reçu dans la Congrégation, dont Ananda, neveu de Gautama, devint parla suite le chef suprême. D'autres membres de la même famille, Aniruddha, Utpali, Devadatta, prirent bientôt rang parmi les dix-huit disciples favoris, à côté de Shariputra, le plus profond des méditateurs et le plus éloquent des énonciateurs, de Maudgalyâyana, le plus habile des thérapeutes et le plus puissant des réalisateurs de phénomènes transcendantaux, de Kasyapa, de Revata, de Bharadvaga, de Gavampati, de Kaladitya. Le roi enfin, et à son exemple les principaux des Sakyas,