CHAPITRE PREMIER
SCU5CE» >00LOGIQrB9 QUI ONT POUR OBJET L'ÉTCDB DES FACULTis IHTELLECTUBLLBS ET MO&àLES VB L'HOMMB.
J'ai réuni dans ce chapitre toutes les sciences qui sont l'objet d'un cours ou d'un traité de philosophie. Les divisions et subdivisions que j'établis entre elles ont été, pour la plupart , faites depuis long- temps ; mais comme je l'ai déjà remarqué, les noms donnés aux diverses sciences qui résultent de ces divisions , ont des sens très divers, selon les difierens systèmes des auteurs. Je vais lâcher de fixer les limites de chacune de ces sciencss et de les ranger dans l'ordre le plus naturel, de manière que chacune d'elles naisse eu quelque sorte de la précédente. J'appellerai ainsi successivement Tattention sur les principales questions dont les philosophes se sont occupés, sans chercher toutefois à les résoudre : ce qui serait l'objet, non d'un ouvrage du genre de celui-ci, mais d'un traité complet de philosophie.
Sciences du troisième ordre relatives à l'étude de la pensée considérée en elle-même.
Avant d'étudier la pensée dans ses rapports avec les cires qu'elle nous fait connaître, avant d'examiner les diverses modifications qu'elle éprouve dans les dilTérens hommes , suivant la diversité de leurs
caractères, de leurs sentimcns, de leurs passions, etc., on doit la considérer en elle-même.
a. Énnmératioa et définitions.
I. Psychographie. Le premier pas à faire dans la carrière où nous entrons, c'est de reconnaître, par Tobservalion intérieure que l'homme, se repliant sur lui-même , peut faire de sa propre pensée , tous les faits ihleîlectuels dont elle se compose et toutes les circonstances que présentent ces faits, de décrire les uns et les autres , tels que nous les observons , sans s'inquiéter de leur origine , ni de la vérité ou de la fausseté des jugemens et des croyances qui font partie de ces faits.
Je prends ici le mot de croyances dans le sens le plus général ; j'y comprends tout ce que nous croyons vrai, soit que nous nous en soyons assurés nous-mêmes, soit que nous nous en rapportions à l'autorité d'autres hommes , soit qu'ayant admis une chose comme vraie à une époque antérieure à toutes celles que nous retrace la mémoire , nous persistions à la regarder comme telle, par suite d'une habitude profondément imprimée en nous , sans que nous puissions nous rappeler les circonstances où nous avons commencé à croire , ni les motifs qui nous y ont portés.
Ces diverses sortes de croyances doivent ici être signalées et décrites j quant à l'examen de leur vérité
ou de leur fausseté, il appartient n d'antres sciences dont nous nous occuperons bientôt.
Celte étude, par simple observation, des faits intellectuels, conduit riiomme à distinguer en lui diverse^ facultés , et Ton sait combien les philosophes ont varié sur le nombre de ces facultés, les uns voulant les réduii e à une seule, les autres en en admettant plusieurs • d'autres encore, tels que le docteur Gall et son école, eu les multipliant bien davantage*.
De là d'interminables disputes, qu'on aurait peutêtre prévenues, en constatant d'abord l'existence des dhers faits inieîlecluels, tels que nous les observons, el en déduisant ensuite de ces mêmes faits la définition des facultés qu'ils supposent. Qui ne voit, en elTct, que la distinction des diverses facultés n'est réellement qu'une classification de ces faits en groupes naturels , chacun de ces groupes étant rapporté à une faculté dont nous n'avons d'idée nette que par ridée même que nous nous sommes formée de ce groupe. Plus une telle classification est détaillée et les caractères sur lesquels elle repose multipliés, plus le nombre de ces groupes el par conséquent celai des facultés correspondantes augmentent.
Quoi qu'il (il soit, relativement a la manière dont on doit procéder dans celte première étude de la pensée humaine, le résultat de toutes les recherches qui s'y rapportent constitue une science à laquelle je crois devoir donner le nom de psychographie, du
mol grec Tu/yj qui m'a paru plus propre que tout autre à désigner Tenscmble des faits intellectuels , conformément à l'emploi qu'on en a déjà fait dans la composition du mot psychologie généralement adopté.
2. Logique* Il est de la nature même de la pensée humaine de ne concevoir, aux premières époques de son développement , un objet quelconque que comme existant, ou, si l'on veut, de le croire, par cela même qu'on le conçoit. C'est l'expérience qui apprend à l'enfant que des choses qu'il a conçues comme existantes peuvent souvent ne pas l'être ^ et ce n'est qu'à mesure que sa raison se développe qu'il apprend à se défier de celte tendance d'abord irrésistible, qui lui est souvent si utile, mais qui lui fait croire aveuglément tout ce qu'on lui dit et tout ce qui se présente sponlanément à son imagination. C'est ce qui arrive nécessairement dans le sommeil, où les lumières de l'expérieHce et de la raison ne nous éclairent plus; tandis que l'homme, trop souvent trompé, finit quelquefois par tomber dans l'excès opposé. Le grand problème de l'intelligence humaine , c'est de distinguer, entre ces différentes idées, ces divers jugemens, ce qui est conforme à la vérité de ce qui n'est qu'un préjugé ou un jeudc rimaginalion. Lors» qu'il s'agit d'idées que l'homme a reçues ou de jugemens qu'il a portés à des époques que sa mémoire lui retrace , cette distinction se fait en examinant la
manière dont il a acquis ces idées , les circonstances et les molifs qui ont déterminé le jugement qu'il en a porté, et c'est là l'objet de la science du troisième ordre, qui a reçu le nom de logique, que je lui conserverai.
Mais quand il s'agit d'idées, de crojances qui ont précédé toutes les époques que notre mémoire peut nous retracer, telles que celles que nous avons de la matière, et de l'existence, dans d'autres hommes, d'intelligences semblables à la nôirCj ce n'est plus sur l'examen des circonstances et des molifs qui les ont déterminées , que le même discernement du vrai et du faux peut être fondé , puisque nous n'avons plus aucun souvenir de ces circonstances et de ces motifs. Il ne doit. donc plus appartenir à la logique et devient l'objet d'autres sciences dont il sera question dans le paragraphe suivant, et qui comprennent non seulement les idées et les croyances dont nous venons de parler, mffis encore tout ce qui est relatif à la distinction entre les substances inertes et matérielles, et les substances motrices et pensantes, entre les êtres créés et l'Etre infini et éternel dont ils ont reçu l'existence.
3. Méthodologie. Une autre science que l'on réunit ordinairement à la logique , mais que je crois devoir en distinguer, a pour objpt d'enchaîner, d'une part, nos connaissances pour les disposer dans l'ordre le plus convenable, de l'autre, les jugemeus qui
is
dérivent les uns des autres pour conclure Je nouvelles vérités de celles qui nous sont connues. De là, les méthodes de classification , de raisonnement , d'induction, d'enseignement, etc.
Soit qu'il s'agisse de classer, de raisonner, de déduire ou d'enseigner, ou peut suivre diverses méthodes; il est alors nécessaire de les comparer dans la vue de choisir celles qu'il convient de préférer suivant le but qu'on se propose d'atteindre et la nature des objets auxquels s'appliquent ces méthodes : ce qui nous conduit à conclure de ces comparaisons les lois générales d'après lesquelles le choix doit être fait. Je donnerai à cette science des méthodes le nom de Méthodologie.
4. Idéogénle. Mais quelles soûl la source et l'origine de nos idées ? Ne sont-elles que des transformations de nos sensations, comme Condiliac a cherché à l'établir, ou bien, comme l'a dit Locke, ontelles deux origines bien distinctes, dont l'une, la sensibilité , nous donne toutes les idées que nous avons des objets extérieurs , et dont l'autre , qu'il a nommée réflexion^ nous fait connaitre la nature et les phénomènes de la pensée ? Par ce mot réjlexion Locke voulait exprimer que, dans l'exercice de cette faculté, la pensée se repliait sur elle-même et acquérait ainsi les idées de sa propre existence , de ses actes et de ses facultés. Pcien ne pou\ait être plus mal choiîi que ce mol pour désigner la faculté dont
il s'agît, parce qu'il a un sens tout dîflfc'rent dans le langage ordinaire, où il signifie l'allenlion concentrée pendant un temps plus ou moins long sur un sujet de quelque nature qu'il soit , que nous nous proposons d'étudier à fond. Au lieu de cette expression , on emploie aujourd'hui celle de conscience ; et il est bien à regretter, pour les progrès de la science , que Locke ne s'en soit pas servi , parce que ce mot conscience ne se serait pas prêté à toutes les équivoques auxquelles a donné lieu le double sens du mot réflexion, et à l'aide desquelles on est allé jusqu'à présenter comme identiques les opinions que les deux philosophes dont il est ici question se sont proposé d'établir sur l'origine de nos connaissances, quoiqu'il n'y eût réellement dans ces opinions que celle seule analogie : qu'elles rejetaient Tune et l'autre la chimère des idées innées. Pour celui qui , bien convaincu que toutes nos idées sont acquises, cherche , indépendamment de tout système préconçu , et dans le seul but de connaître la vérité, quelle» sont celles de nos facultés auxquelles nous devons ces idées , il est évident qu'il y a une opposition complète entre deux doctrines, dont l'une distingue deux sources de connaissances, et l'autre n'en admet qu'une. Enfin, outre ces deux opinions, ne pyurrait-on pas être amené , par une analyse plus exacte de la pensée , à reconnaître qu'il y a enrore d'iulres facultés par lesquelles nor.s acqui''ron% des idées qnî ne sont ni sen-
sibles, ni réflexives , lellee, j. ar exemple , que |a faculté de concevoir des rappot^s, ou des causes , a la^quelle nous devons les diverses espèces de conceptions doQt j'ai parlé dans la note placée à la suite de la préface de cet ouvrage ? Telles sont les questions dont s'occupe une quatrième science du troisième ordre qui a pour objet de rechercher l'origine de toutes nos idées et de discuter les diverses opinions des. philosophes sur ce sujet; et c'est à cette science que je donnerai le nom à'idéogénie, b, GlassifîcatioQ.
Ces quatre sciences du troisième ordre embrassent toutes les questions que les philosophes peuvent agiter, toutes les vérités que l'homme peut connaître, relativement à la pensée considérée en elle-même 5 c'est pourquoi je les réunirai en une science du premier ordre, qui sera la PSYCHOLOGIE. En prenant ensemble les deux premières seulement, comme elles préparent la voie à l'étude des deux dernières, je les appellerai Psychologie élémektâire, et je donnerai le nom de Psychognosie à la réunion de la méthodologie et de Tidéogénie qui forment le complément de nos connaissances relatives à l'objet dont il est question. Yoicile tableau de celte classification :
Science du i" ordre. 1 Sciences du a^ ordre, i Sciences du 3« ordre.
! Psychographie.
Logiq
PSTCHOLOCII BLSMENTAIBB.
ique PSYCHOLOGIE
Méthodologie.
■"JTCBOCKOSII
ÎraeiDoaolOj Ide'oge'nie,
Obsebtâtiois. Nous aroii» vu jusqu'à présent les diTÎsions et subdivisions de la classification naturelle des sciences du premier régne résulter des quatre divers points de vue sous lesquels un objet peut être successivement considéré. Le même principe ex* pliquera et justifiera celles de la classification des sciences d** second régne ; mais, comme je l'ai remarqué aux pages 43 et 4 de la première partie de cet ouvrage , ces quatre points de vu sont susceptibles de se modifier suivant la nature des objets auxquels ils s'a^pliquent. C'est en passant de l'étude du monde à celle de la pensée humaine , que ces modifications sont plu* marquées , ainsi qu'on devait naturellement s'y attendre ; c'es ce qui m'engage à placer ici les remarques suivantes :
1° Les sciences cosmologiques étudiant des objets dont l'existence est indépendante de l'esprit qui les connaît , les erreurs , quelque dominantes qu'elles aient été à de certaines époques , ne peuvent être considérées comme faisant partie de ces sciences; et ce n'est que quand il peut rester des doutes , soit sur les faits , soit sur leur classification ou sur leurs causes , qu'il est bon de rapporter les diverses opinions qui ont été émises à ce sujet , en attendant que les doutes soient dissipés. Mais il n'en est pas de même dans les sciences dont nous allons nous occuper. Comme elles ont pour objet l'étude des facultés intellectuelles et morales de l'homme , les erreurs mêmes font ici partie de l'objet qu'on étudie. De là , la nécessité dans ces sciences de signaler les erreurs comme les vérités ;
2° Le caractère d'observation immédiate qui distingue le point de vue autoptique est moins marqué dans les sciences du second règne , parce que, à l'exception des faits intellectuels et moraux aperçus immédiatement par la conscience, oo est dans ce règne bien plus souvent que dans le premier, obUgé de suppléer à l'observation par d'autres moyens de connaître les vérités qui appartiennent néanmoins à ce premier point de vue. Telles sont, par exemple , toutes celles que nous ne connaissons que sur le rapport d'autrui ; mais à cet égard il n'y a point de différence réelle entre les sciences noçlogiqucs et les sciences cosmologiques,
puisque, à l'exception de celles des rérités de rembranchement des sciences mathématiques, dont chacun peut s'assurer par soi-même , nous ne pouvons en général connaître que sur le rapport d'autrui , les faits dont se compose la partie autoptique de» autres sciences du premier ordre comprises dans le premier régne;
30 Quoique le point de vue cryptoristique présente toujours son caractère propre de recherche des choses cachées dans les objets que nous étudions , il se trouve souvent modifié en prenant une torme interprétative que j'ai déjà signalée à l'endroit de mon ouvrage que j'ai cité tout à l'heure, et dont on verra par la suite de nombreux exemples, lorsqu'il s'agira de l'interprétation des écrits et des monumens que nous ont laissés des peuples qifi ne sont plus , des lois qui régissent les nations , des traités qui les lient , etc. , etc. ;
4"' Quant au point de vue troponomique , il prend, dans les sciences noologiques encore plus souvent et plus complètement que dans les sciences cosmologiques , le caractère de discussion entre divers systèmes, que nous avons déjà signalé dans la première partie pour un grand nombre de ces dernières sciences. Ainsi , dans celles qui avaient pour objet l'utilité que nous retirons des corps inorganiques ou organisés que nous offre la nature, le point de vue troponomique avait constamment pour but le choix des moyens les plus propres à les faire servir à nos besoins; dans la botanique et la zoologie, ce même point de vue comprenait la comparaison des diverses méthodes de classification des végétaux et des animaux, afin de choisir celles qu'on devait préférer ; dans riiygiéne , la nosologie et la médecine pratique , le but qu'on se proposait, lorsqu'on s'y occupait du troisième point de vue , était de déterminer le régime physique et moral le plus convenable à la santé , le traitement le mieux approprié aux diverses maladies en général , ou à chaque maladie en particulier, eu égard à l'état où se trouvait le malade et à toutes lea circonstances de son idiosyncrasie.
Enfin, dans les sciences noologiques, le caractère distinctif du
DBUSJBUB PARTIS. S
point de vue cryptologique consiste toujours tantôt à remonter aux causes des faits connus , tantôt à déterminer les effets qui doivent résulter de causes connues ; seulement la recherche des causes se réduit plus souvent à celle des circonstances et des événemens qui ont amené les faits qu'il s'agit d'expliquer ; et c est pourquoi les noms de plusieurs des sciences du troisième ordre correspondantes à ce point de vue , ont dû prendre dans le second règne la terminaison génie , ï laquelle il n'avait pas été nécessaire de recourir lorsqu'il s'agissait des iciences cosmologiques.
La plupart des modifications dont nous venons de parler ne le manifestent point encore dans la psychologie. La psychographie présente le point de vue autoptique de cette science , sans qu'on puisse dire que le caractère de ce point de vue soit modifié. Seulement, ce n'est plus ici l'œil du corps qui observe comme dans la phytographie , par exemple , ou l'œil de l'intelligence comme dans l'arithmographie ; mais l'œil de la con science se repliant sur elle-même pour voir «-a propre pensée et distinguer tous les élémens dont elle se compose.
Le caractère du point de vue cryptoristique se retrouve aussi •ans modification dans la logique qui a pour objet de résoudre cette question si importante de la psychologie : la t^crùé ou la fausseté de nos jugemens. La méthodologie, où il est question de la comparaison de diverses méthodes de classer , de raisonner, de déduire ou d'enseigner, est évidemment le point de vue troponomique de la psychologie. Quant aux recherches qui se rapportent à l'origine des idées , et dont se compose l'idéogénie, elles présentent le point de vue cryptologique de la science de la pensée humaine, tel précisément que nous l'avons reconnu dans toutes les sciences dont nous nous sommes occupés dans la première partie de cet ouvrage.
Sciences du troisième ordre relatives à C étude de la ■pensée dans ses rapports avec la réalité des êtres.
Jusqu'ici, en étudiant rintelligeuce humaine, on a dû admettre, comme dans toutes les autres sciences, l'existence du monde , tel que nous le concevons , celle d'intelligences semblables à la noire , dans les hommes avec lesquels nous vivons, et auxquels nous devons et les signes qui servent à exprimer et à analyser la pensée , et toutes les connaissances qu'ils nous transmettent à l'aide de ces signes. Mais après avoir ainsi étudié la pensée , on est conduit à se demander sur quoi est fondée celte conviction que nous avons de l'existence réelle de ce qui n'est pas nousmêmes. Toutes les écoles de philosophie ont examiné cette grandequestion, et deux circonstances la rendent surtout difficile à résoudre ; l'une est que dans le sommeil, quelquefois même lorsque nous sommes éveillés, celle conviction a lieu aussi pour des choses qui n'ont aucune réalité ; i'aulre est que les premières croyances de ce genre , base de touies les autres , remontent à une époque dont la mémoire ne peut rien nous retracer. Celte époque est-elle celle même des premières sensations, ou lui est-elle postérieure ?^ Doit on refuser à ces croyances toute valeur objective, et les considérer comme des produits subjectifs; des formes de la sensibilité, des caîgéoiies de l'en-
icnclemcnl? Doit-on, suivant l'opinion d'un grand nombre de philosophes , les admcltre , en îcs regardant néanmoins comme inexplicaljlcs, on clicrcher, nu contraire, à en rendre raison, comme d'autres 1 ont tenté? Ces questions ne sont pas les seules que le phiiosopîie ail à résoudre rcîaiivement à la réalité de tout ce que nous regardo:îS comme existant hors de nous. Les questions les plus élevées (et sur les- (juellcs on a éciit de si nombreux ouvrages) relatives à la clisiinction de la substance matérielle et de la subsuince pensanie, à rexisicnce et aux ailribuls, non seulement de rame humaine, mais de Dieu même ; tonle ceite partie de la philosophie donne lieu à des recherches aussi profondes que multipliées , qui supposent la connaissance de louL ce que les diverses branches de ja psyciioiogie nous apprennent sur la nature de rintelligence même par laquelle nous nous élevons à la contemplation do ces grands objcHs.
La diÛicuiié et Fimporlance des recherches cpie nous \e:;ons d indiquer, le nombre des questions qu'elles soulèvent, m'ont fait reconnaître que l'ensemble des résultats auxquels elles conduisent devait être considéré comme une science du premier ordre. Elle se divise en quatre sciences du troisième ordre, dont nous allons nous occupr;r successivement. a. ÉDuméralion et dé&nilioni.
I. Ontollictiqac, Cette conviction de î'exisicnce d'èlres diflrrens de nous-mêmes, qui nous maîtrise
inTÎnciblcment sans quo 7jous puissions la justifier par aucun raisouuemenl.^ cl qui sembl*^ d'aulani p^iX^5 mystérieuse qu'on Tcx?. mine davantage, doit ê'Lre signalée dans la ps^xliographie comme un si'aipie fait intellecluel parmi tov.s les autres et dont il conviciU de renvoyer ici rexarjien. D'ailleurs,^ il faut admettre provisoirement Vf.xistence védie de nos organes , des corps qui nous environnent, et des autres hommes, dans les quatve scieuccsdu troisième ordre dont se compose la piSychologîe, ainsi qu'elle a été ad^nisc dans toutes Ifjs ^sciences du règne cosmologiqufj • car elle est nécjss.-àiremeiit supposée , quand la ^psychographie étudie les sensations et ks circonstances organiques qui en déterminent l'apparition, et qui, dans le cas où plusieurs sensations nous apparaissent simultanément, font qu'elles se confondent dans uno sensation unique ou sont aperçues séparément , contiguës ou isolées les unes des autres; quand la logique s'occupe des moyens de discerner le vrai du faux dans les jugemens que nous portons par inductions ou sur le témoignage d'autrui ; quand la méthodologie nous enseigne à déduire les conséquences des laits que nous avons observés', et à classer les corps d'après l'ensemble de leurs propriétés , et les rapports naturels qui existent entre eux ; quand, ea- Cu, l'idéogénie s'occupe de l'origine des idées sensibles que nous devons à l'action mutuelle des corps extérieurs et de nos organes.
Maintenant, il 5'agit de i éprendre celle conviciion *t de ^'examiner en elle-môi ne sous les quatre points •de vue c'°''^'^'^Pondans à ces q ualre parties de la psychologie j du" ^^^^rcber, sous lep.rcmicr, de quelles idées clémeniaires e*. *^ se compo.se 5 sous le second, quels jugemens d'indut lion ont pu Ii^i donner naissance • ^sou's le troisième , quel/<^' me'thodi ^ de raisonnement peut la justifier; sous le quatrième» enfin, quelle est ron\'^ine de ces mêmes idée? élémentaires dont elle est foi'mée.Ce sont autant d'cmpruul^^ qu'elle a faits à la psj'cliographie, à la logique, à la" aiélhodologîe, et à ridéogénie. On parvient ainsi à n;ontrer que toutes les Ciircon s tances des faits subjectifs que nous observons dans le mondo pliénoménique ^e 13 sensî« bililé et de la conscience, ^e pourraient pas s'ytuanîfester, si les oLjeis de celte conviciion n'étaient pas réellement tels que nous les concevons , comme les mouvemens apparcns que nous observons dans Télen' due phénoraénique, que nous appelons le ciel, ne pourraient avoir lieu, si les mouvemens du système planétaire découverts par Copernic , les lois qui les régisseni établies par Kepler, et les forces auxquelles ils sont dûs, que nous a révélées New^lon, n'existaient pasréellement dans l'espace. En sorte que si, pour tous ceux qui ont examiné la question, rexistence réelle de ces mouvemens, de ces lois, de ces forces, est complètement démontrée par ce mode de raisonnement , qui , pour être indirect, n'en est pas moins concluant
et auquel j'ai donné le nom de synthèse inverse, l'exisleuce de la matière et celle des substances motrices et pensantes se trouvent démontrées aussi couiplétement et de la même manière.
Je sais que ce n'est point ainsi que les pliiîosopliL.^ considèrent en général la question dont il s'agit ici 5 mais comme je suis persuadé que les progrès des sciences pliilosophiques les amèneront nécessairement à l'envisager sous ce rapport , je n'ai pas hésilé à former une science du troisième ordre de ce genre de recherches à laquelle j'ai donné le nom de ontothétique du mot wv, ovto;, être, et de ôio-t;, l'action de poser, d'établir.
Mais , pour tracer d'une manière précise la ligne de démarcation qui dislingue l'ontothélique des autres sciences dont nous nous occuperons dans ce chapitre, et en particulier de celles dont nous parlerons bientôt sous le nom à'hyyarxtologie , il faut faire attention que l'on to thétique se borne à expliquer comment nous découvrons qu'il existe autre chose que nous-mêmes et nos propres phénomènes, sans qu'elle décide rien sur la nature et les attributs de ce qui est ainsi hors de nous-, qu'il n'est pas question, par exemple, dans l'ontothélique de savoir si la substance qui nous résiste est de la même ou d'une autre nature que celle qui meut notre corps, qui sent el qui pense en nous. Les sectateurs d'Epicure admettaient bien , comme distinct du reste du corps , un
moteiîr «fontant ci nrnsnnt , maii ils le crovaienl éiL-utlii cl uiatéiicl, comme loin ce qui peut tomber sous nos sens. L'oiitolhélique ne va pasjusqu'à ngitei' une |aieillc question. Celte science aurait été la luèmc pour ces philosophes et pour ceux qui admettaient Topinion spirilualislc opposée à la leur. Ce n'est que quand on est arrivé à l'hyparctologie, où il s'agit, non plus de l'existence des cires hors de ïious, mais de la nature et des atlributs de ces êtres , qu'une pareille question peut se présenter. Ainsi, la distinction précise entre ces deux sciences , est qne l'une ne s'occupe que de rexislence des êtres dont nous parlons, et que l'autre en recherche la nature et nous en fait connaître les attributs.
9.. Tlicologie naturelle. Nous ne pouvons observer que les œuvres du Créateur -, c'est par elles que nous nous élevons jusqu'à lui. Comme les mouvemens réels des astres sont cachés par les mouvemens apparens , et que ce sont cependant ces mouvemens apparens qui nous font découvrir les mouvemens réels j de même Dieu est en quelque sorte caché dans ses ouvra j ges, et c'est par eux que nous remontons jusqu'à lui , et que nous cntrevoj'Ons même ses divins attributs. Depuis que les hommes se sont occupés de philosophie, jusqu'à Tépoque où nous vivons, les preuves de l'cxislcnce de Dieu ont été le sujet de travaux d'un grand nomljre d'auteurs, parmi lesquels s'offrent d'abord Platon, Descartes, Clarke , Fénelon , J,-J,
Rousseau, etc. Viennent ensuite les rccheiches moins brillantes, mais non moins utiles des auteurs qui , s'appuyant sur tout ce qu'une étude approfondie des sciences cosmologiques nous fait connaître à ce sujet, se sont particulièrement appliqués, parmi les preuves qu'on donne ordinairement de l'existence de Dieu, à en développer une des plus frappantes: celle qui résulte de l'accord admirable des moyens par lesquels l'ordre de l'univers se maintient et les êtres vivans trouvent dans leur organisation tout ce qui est nécessaire pour se conserver, se multiplier et jouir des facultés physiques et intellectuelles dont ils sont doués.
Ce sont les résultats de ces divers travaux qui forment la science du troisième ordre à laquelle on a donné le nom de théologie^ naturelle , que j'ai dû lui conserver.
3. Hypajxtologie. L'ontothétique avait pour objet de décrire celte espèce particulière de conception que nous avons de l'existence, hors du champ de la sen- . sibilité et de la conscience, soit des corps, soit d'une substance qui meut nos organes , et est en même temps le substratiim commun de nos sensations , de nos idées, de nos sentimens, de nos jugemens, du moi phénoménique et de la volonté, ainsi que de substances semblables et d'intelligences pareilles à la nôtre dans les autres hommes 5 de montrer comment nous arrivons à ces conceptions , et d'établir qu'ellefi
ta
sont différenles dans les divers individus , suivant le degré de connaissance auquel ils sont parvenus. 11 reste à étudier parmi ces diverses manières de concevoir les substances, quelle est celle qui est conforme à la vérité , ce que nous pouvons démontrer relativement aux caractères qui distinguent la substance matérielle de la substance spirituelle , à l'action réciproque qu'elles exercent l'une sur l'autre , aux lois de celte action, etc. Comme, dans la science dont nous allons nous occuper, des rccberclies semblables doivent avoir lieu à l'égard de celte autre conception, objet de la tliéologie naturelle, par laquelle Thomme sort de tout ce qui est fini pour s'élever à son créateur, il est nécessaire, quand il s'agit de donner un nom à la science dont il est question dans cet article , de la tirer d'un mot qui désigne exclusivement les substances créées. J'ai d'abord été embarrassé à en trouver un convenable. Je me suis arrêté au mot (ïhyparctoîogie qui m'a paru précisément avoir cette signification , l'adjectif vTraozTÔç désignant ce qui subsiste, ce qui existe, en tant qu'il a un commencement et qu'il se trouve dessous, comme la substance matérielle c?t censée exister sous les phénomènes sensitifs, et l'âme humaine sous le moi phénoménique, puisque ce mot yrapxTÔ; vient du verbe itTzioyjà qui est formé delà préposition vttô, dessous, el àçx^'î commencement , principe.
Ceux qui s'occupent de celte branche de nos con-
naissances agitent encore des questions qui étaient déjà un objet de discussion chez les philosophes de ranlîquité. Une chose qu'on n'a peut-être pas assez remarquée , et que bien des lecteurs regardent sans doute comme un paradoxe, c'est que si plusieurs de ces questions sont restées jusqu'à présent sans solution , cela vient de ce qu'on les a traitées indépendamment des sciences du premier règne qui, seules, pouvaient fournir les données nécessaires pour les résoudre ; de ce que les philosophes ont fait abstraction des résultats auxquels les mathématiciens et les physiciens ont été conduits relativement à l'existence et aux propriétés de la matière. Pour faire comprendre ma pensée à ce sujet, je crois devoir ajouter ici quelques réflexions sur la dépendance mutuelle qui, quoique méconnue, existe entre les questions ontologiques et ces résultats.
Si , d'abord, nous prenons pour exemple l'uranologîe, nous verrons qu'elle se réduirait à l'uranographie, s'il n'existait réellement que des phénomènes et des rapports entre ces phénomènes. En effet , cette voûte bleue semée de points brillans , ce disque éclatant qui périodiquement nous ramène le jour, cette lumière plus douce, qui se montre chaque nuit sous une forme nouvelle, auraient la même existence phéuoménique. Mais, comme le mouvement de la terre et des planètes autour d'un soleil un million de fois plus gros que notre globe , n'existe nulle part
dans le inonde des phénomènes , que dans ce monde les planètes ne décrivent pas des ellipses, que les aires n'y sont pas proportionnelles au temps, qu'il n y a point d'attraction en raison inverse du carré de la distance, etc., les trois autres parties de l'uranoîogie n'auraient pas même de réalité pliénoraénique , et ne seraient que des fantaisies de notre imagination.
On a dit souvent que l'idéalisme deBerckley, que celui deKuntjdeFiclite, etc., qui, dans ses conséquences, ne difïère pas du premier, anéantissaient toutes les sciences cosmologiques en niant la réalité de la matière -, mais trop souvent on ne s'est point aperçu que ces sciences n'étaient pas moins anéanties, lorsqu'on admettait avec Dumarsais et tous les philosophes qui ont répété son étrange assertion : Que les rapports ne sont que des vues de notre esprit, au lieu de distinguer la conception du rapport qui fait eilectivement partie de la pensée, de ce rapport lui-même, en tant qu'il existe à la manière dont existent les rapports entre les substances, avant que nous les ayons découverts. Autrement, il faudrait soutenir que ce n'est que depuis Kepler que, quand la dislance d'une planète au soleil est quatre fois plus grande que celle d'une autre , le temps de sa révolulion est huit fois plus grand; que ce n'est que depuis Newton que les planètes s'attirent en raison directe de leur masse , et en raison inverse du carré de leur
distance, etc. ^ conséquences qu'aucun mathématicien, aucun pliysicien ne sera tenté d'admettre.
Examinons maintenant une question agitée par les philosophes depuis Empédocle et Epicure jusqu'aux écoles rivales des Bescarles et des Newton. Suivant les uns, l'étendue était un attribut de la matière, et n'existait que là où existait le sujet de cet attribut', eu sorte que la matière était nécessairement <:onlinue et qu'il ne pouvait}^ avoir ni espace vide, ni mouvement absolu, mais seulemeut des mouvemens relaliiâ. Suivant les autres , l'existence de l'étendue était indépendante de celle de la matière*, celle-ci était loiinée d'alomes n'occupant qu'une portion de l'espace inCîii et immobile, où ils étaient séparés par des intervalles absolument vides, et où ils se mouvaient en occupant successivement diiurentes parties de cet espace. Sans doute, c'est de cette dernière mav.'icve que l'univers est conçu par tous ceux qui cultivent aujourd'hui les sciences cosmologiques. Mais ce cju'ou n'a peuL-ètre pas assez remarqué, c'est que la question dont il s'agit ici n*a été complètement résolue que depuis que, d'une part, les expériences dcFresnel ont prouvé que la lumière était produite par les vibrations d'un fluide , et que ces vibrations étaient transversales, c'est-à-dire, perpendiculaires à la direction du rayon lumineux*, et que, d'autre part, le calcul a démontré que cette sorte de vibralion éLait impossible dans un fluide continu, où les
vibrations devenaient nécessairement longitudinales, tandis que les vibrations transversales pouvaient avoir lieu, si le fluide était composé d'atomes tenus à distance les uns des autres par des forces répulsives (i). Il est évideut que, dans l'état actuel de nos connaissances , la seule ressource qui reslàt aux sectateurs d'Empédocle et de Descartes , pour défendre la continuité de la matière, était de supposer que le fluide lumineux est continu, et remplit complètement les intervalles qui se trouvent entre les atomes de tous les autres corps 5 or, c'est précisément cette ressource que leur enlèvent les expériences et les calculs dont nous venons de parler.
(i) Dans un fluide ainsi discontinu le calcul donne les deux espèces de vibrations ; et comme il résulte de rexpérience que les seules Tibrations transversales agissent sur l'organe de la vue, il faut admettre ou que cet organe n'est pas sensible à l'action des vibrations longitudinales , ou que par suite de quelques circonstances tenant à la nature de Véiher, il n'y a point dans ce fluide de vibrations longitudinales. Il me semble que cela pourrait bien venir de ce qu'il n'y a pas de pression ; car les vibrations longitudinales sont produites par les condensations et raréfactions alternatives des diverses parties de Tétber, et dépendent par conséquent de la force élastique développée par ces condensations et raréfactions ; et il est évident que quand il n'y a pas de pression , cette force élastique est comme infiniment petite relativement à la valeur qu'elle aurait pour un même changement de volume dans le cas où le iluide serait soumis à une pression. Les vibrations transversales au contraire ayant lieu sans que la portion de l'éthcr où elles existent change de volume, leur intensité ne Murait dépendre que de la presàion.
SI
Enfin, le principe sur kquel repose la raécanique , et par conséquent toutes les sciences cosniologiques qui s'appuient sur elle , savoir : que la matière ne peut changer d'elle-même son état de mouvement ou de repos , exige que l'on admette une substance immatérielle et motrice, partout où il y a mouvement spontané. On découvre ensuite que c'est dans cette suLslance que réside la pensée , quand on voit que les mouvemeus spontanés de l'homme et des animaux lui obéissent.
La substance matérielle et la substance motrice et pensante ne nous sont connues que comme causes des phénomènes qu'elles produisent : les phénomènes sensitifs pour l'une, et ceux de la personnalité phénoménique pour l'autre. Mais les propriétés qu'elles ont de produire deux sortes de phénomènes nous sont immédiatement manifestées par la conscience que nous avons de ces phénomènes. La cause des causes, la substance créatrice et toute puissante, ne nous est connue, au contraire , (jue médiaiement par ses œuvres. C'est pourquoi j'ai borné, ainsi que je l'ai dit tout à l'heure, à Tétude de la nature de la matière et de celle de l'àme humaine , la science du troisième ordre dont nous nous occupons maintenant \ et j'ai réservé pour la science suivante tout ce qui est relatif à l'existence de Dieu.
4. Thtodlcée. Après que la théologie naturelle nous n conduit à reconnnîlre rexislcnce de l'Etre
tout-puissant qui a créé l'iionimo ot le monde , un nouveau sujet de recherches s'oflire au philosophe : jusqu'à quel point peut-il , par les seules lumières de la raison, s élever à la connaissance des attributs du Créateur j quels son iccsal'ribuis, et comment peut-on les concilier avec rexistencc du 7nal physique , et surtout du 77ial nioj-al P Ces hautes questions, si admirablement développées par Clarke , Leibnitz , '^^ olf, etc., sont Tobjet d'une quatrième science du troisième ordre, complément des liois précédentes, et que, conformément à l'usage, je nommerai théodicée,
b, ClaisiûcalioD.
Toutes les vérités que nous pouvons connaître relativement à la réalité des objets existant hors de nous sont comprises dans les quatre sciences du troisième oidrc que je viens de définir, et dont je fais une science du premier ordre sous le nom (ïontoîoj^ie. Elle se divise en deux sciences du second ordre. La première est formée par la réunion de rontothéliquc et de la th.éologie naturelle -, je lui donneiai le nomd'oKTOLOGii: KLÉMENTAinE.Lasecouuecoraprend rhvparctologi- et la ihéodicéc 5 et comme ces dernières sciences se composent de connaissances plus étendues et plus relevées , je désii;nerai la science qui les réunit sous le nom d'oKTOGNOSiE, c'est-à-dire , connaissance approfondie dej êtres.
Le tableau suivant présente ]cs classiiications des
diverses sciences dont nous avons parlé dans ce para-
graphe.
Science du l^' ordre. \ Sciences du oe ordre. | Sciences du 3« ordre.
Ontothe'tique.
Ontologie Élé.me.vtaire.