‹ Essai sur la philosophie des sciences;Chapitre 50 sur 70 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

ffCUHCES KOOLOGIQUBS QUI OHT POUR OBJET L'ÉTUPB DEI SOCIÉTÉS BVMAIKSS ET TOUTES LES CIRGOKSTANCES I>8 LEUR EXIST£liCB

PASSER OU prbse:«te.

Dans les deux chapitres précédens , nous avons considéré les hommes vivant en société, mais nous les avons considérés indwiduellement. Dans le pre- V mîer, nous avons étudié la pensée humaine pour la | connaître y dans le second, nous nous sommes occupés des moyens d'agir sur cette même pensée , soit en enseignant aux hommes ce qu'ils ne savent pas encore , soit en leur inspirant des sentimens ou des passions, soit en dirigeant leur volonté vers ce qui est bien, et en établissant les principes de morale sur lesquels ils doivent régler leurs actions. Une nouvelle carrière s'ouvre actuellement devant nous. Ce ne sont plus les individus que nous aurons désormais à considérer, ce sont les sociétés en masse, que nous avons, dans ce troisième chapitre, à étudier, seulement pour les connaître; et dans le suivant nous nous occuperons des moyens par lesquels les sociétés subsistent et prospèrent, repoussent les dangers qui les menacent au dehors , et font régner au dedans Tordre et la tranquillité publics.

Cette étude des sociétés humaines succède naturellement à celle des moyens par lesquels les hommes communiquent leurs idées , leurs seutimens , leurs passions, puisque c'est à l'aide de ces moyens que les sociétés se forment , et que naît entre les individus qui les composent cette union de pensée et de volonté, par laquelle une collection d'individus devient une nation.

Sciences du troisième ordre relatives à la distribution des sociétés humaines sur la surface de la terre et aux diverses races d'hommes dont elles ont tiré leur origine.

La première chose à connaître dans l'étude des nations , ce sont les lieux qu'elles habitent ou qu'elles ont habités, et les différentes races d'hommes dont elles ont tiré leur origine. De là, les sciences de divers ordres dont nous avons à traiter dans ce paragraphe , en commençant, comme nous Favons toujours fait, par celles du troisième ordre.

a. Énomération et définitions.

I . Ethnographie, La science que nous placerons ici avant toutes les autres est celle qui, d'un coté,

(îécrit les nalioDs aujourd'hui répandues sur la surface de la terre , les lieux qu'elles habitent, les villes, les ouvrages des arts et les monumens les plus remarquables; qui, de l'autre, indique les principaux traits du caractère des habitans , leurs mœurs , leur religion, leur gouvernement , elc. : de même que, dans la zoographie , on ne décrit pas seulement les caractères extérieurs des animaux, mais leurs mœurs, leurs habitations , les alimens dont ils se nourrissent, etc. Je nomme cette science Ethnographie, description des nations , d'è'Ovo:. nation. J'ai cru devoir préférer celle dénomination, dt^à employée par plusieurs auteurs, à celle de géographie dont on se sert ordinairement, parce que, dune part, cette dernière comprendrait la géographie physique , science toute différente , qui a trouvé sa place dans le premier règne •, et, de l'autre, parce qu'elle n'indiquerait point les notions sur les mœurs , le caractère, etc., des différens peuples, qui doivent trouver place ici ; comme Font bien senti ceux «jui , tout en se conformant à l'usnge de nommer cette science géographie y n'ont pas laissé d'y comprendre ces diverses notions, ainsi qu'on peut le voir dans les ouvrages des géographes les plus célèbres.

7.. Toporistique. Après la description d'un lieu vient la détermination de sa situation. C'Hte situation dépend de trois élémcns: longitude, latitude, élévation au dessus du niveau de la mer. Combien de

villes, depuis long-temps florissantes, avaient ëlé décrites par ceux qui les avaient visitées avant mcme qu'on eût les moyens de déterminer ces trois inconnues! Combien y en a-t-il encore à l'égard desquelles celle détermination n'a point été faite ou ne l'a été que d'une maifîère très incomplète! Les travaux déjà exécutés à ce sujet et ceux qui ne le sont point encore (i), appartiennent à une science du troisième ordre, à laquelle je donnerai le nom de toporisnque ^ de tôtto; , lieUj opîÇw ^ je détermine.

On se tromperait fort si de ce que je la place après l'eilinograpliie on tirait cette conséquence absurdeque j'en tends exclure, de la description que celle-ci fait d'un pays, l'indication de la longitude, de la latitude et de l'élévation au dessus du niveau de la mer, des villes qui se trouvent dans ce pays, pour la reporter dans la toporistique. Ce n'est nullement là mon idée: mais

(i) Il se pourrait que quelques lecteurs fussent surpris de voir comprendre dans la toporistique , des travaux qui ne sont point encore faits ; cela viendrait de ce qu'ils se feraient d'une science en général , une idée toute différente de celle que j'en ai. Pour moi , une science n'est pas la réunion des vérités déjà découvertes relativement à un objet déterminé , mais l'ensemble des travaux que les hommes ont exécutés , qu'ils font actuellement et auxquels ils continueront de se livrer , en sorte qu'on puisse dire non seulement à quelles sciences ds ma classification appartiennent les ouvrages que nous possédons, mais encore à laquelle de ces sciences doivent être rapportés les travaux et les découvertes qui se font actuellement , et ceux qui se feront à l'avenir.

je ne vois pas dans cette indication un emprunt de connaissances lait par Tellinographie à une science suivante. C'est seulement un emprunt de résultais obtenus sans que l'etlinographie ait besoin de savoir comment ils Font été j précisément comme le mathématicien et le physicien empruntent à la technologie les instrumens dont ils ont besoin , sans s'inquiéter des procédés mécaniques par lesquels ces instrumens ont été construits \ comme la technologie elle-même demande à l'oryctotechnie, à l'agriculture et à la zootechnie les matières premières qu'elle se propose d'approprier à nos besoins. De même, ce que j'ai peut-être oublié de dire à la page 120, l'agriculture bornée à l'étude des moyens par lesquels nous nous procurons les matières végétales, se sert des engrais fournis par divers animaux et emploie des boeufs et des chevaux pour labourer, sans qu'on puisse considérer cela comme un emprunt de connaissances fait à la zootechnie , qui 11e vient qu'après elle dans Tordre naturel des connaissances humaines. Il est facile en eû'et de voir :

1° Que pour faire usage des engrais des animaux, pour savoir à quel sol , à quel genre de culture convient particulièrement tel ou tel engrais animal, il n'est pas plus nécessaire de connaître la manière d'élever et de nourrir ces animaux, qu'il ne l'est, pour employer un engrais végétal ou minéral et connaître dans quelles circonstances il doit être employé,

de savoir comment le premier a été produit par la décomposition de divers végétaux, comment le second a été, par exemple, extrait d'une carrière de plâtre , comment la pierre à plâtre a été calcinée, etc., etc.

2° Que l'agriculture emploie les animaux de trait â labourer, comme la partie de la technologie qui s'occupe du transport des marchandises, les emploie à ses chariots; comme Tune et l'autre pourraienl employer une machine à vapeur appropriée aux travaux qu'elles ont à exécuter.

3. Géograpliie comparée. Les mêmes régions ont été occupées successivement par difïérentes nations, les limites des empires ont souvent changé, les villes les plus puissantes ont été ensevelies sous l'herbe, d'autres villes se sont élevées. Toutes les vérités qui résultent de la comparaison des changemens que les diverses régions ontéprouvés composent la science du troisième ordre que tout le monde désigne sous le nom de Géographie comparée. C'est ce nom que je lui conserverai. Mais je crois devoir faire ici une observation qui n est pas sans importance. La description des lieux habiles par les nations actuellement existantes doit , comme je viens de le dire , comprendre, pour être complète, l'indication des ouvrages des arts et des monumens les plus remarquables. Dans la géographie comparée , en décrivant l'état où se trouvait, aux différentes époques, le pays dont on s'occupe, ou ne peut de même se dispenser d'indi-

quer les ouvrages des arts , et les monuinens construits par les peuples qui riiabilaient alors; mais ces monumens ofTreut un sujet d'étude qui n'a pas lieu à l'égard des monumens récens. On sait dans quelles vues ces derniers ont été élevés et quels sont ceux qui les ont fait construire, etc. C'est ce qu'on ignore le plus souvent à l'égard des anciens monumens , et ce qu'on ne peut découvrir que par des recherches presque toujours aussi longues que diflSciles. Doit-on comprendre ces recherches dans la géographie comparée? C'est ce que je ne pense pas, et en cela je ne fais que partager l'opinion commune qui les a toujours considérées comme l'objet d'une science à part, dont je vais bientôt parler sous le nom généralement adopté à' archéologie,

4. EihnogéTiie. Il reste encore à étudier l'origine des nations , à savoir comment d'un petit nombre d hommes réunis, tantôt par des liens de famille, tantôt par une croyance ou des intérêts communs , est souvent sorti un grand peuple; quels sont les divers pays qu'une même nation a pu occuper successivement dans ses migrations, etc., etc. On est principalementguidédansces recherches parla connaissance des différentes races d'hommes qui ont été étudiées dans la zoologie, et par celle des analogies plus ou moins marquées des diverses langues qui Tout été dans la glossologie comparée.

J ai donné à la science dont il est ici question , et

qui vient nalurellemenl à la suite de la géographie comparée, dont elle est en quelque sorte le complément, le nom d'£'//i^20genze.

(• Classification.

Ces quatre sciences du troisième ordre renferment toutes les vérités qui concernenl la dislribuiion des sociétés humaines sur la surface de la terre; elles forment par leur réunion une science du premier ordre à laquelle je donnerai le nom d'ETHNOLOGiE. Cette science se divisera en deux du second ordre-, la première, composée de l'ethnographie, qui ne se rapporte qu'aux nations actuellement existantes, et de la toporistique qui détermine la position précise, sur la surface de la terre, de points remarquables, qu'on doit aussi considérer comme existant actuellement, lors même que nous n'aurions à nous en occuper que parce que nous y trouverions des monumens , des ruines provenant de nations qui ne sont plus. C'est pourquoi je donnerai à celte première science du second ordre le nom d'ethnologie proprement dite. Quanta la seconde, qui comprend la géographie comparée et l'ethnogénie, comme elle est en général relative à des peuples passés et non aux nations qui existent aujourd'hui , j'ai fait pour la désigner un nom composé de deux mots grecs rraXaiô; , antique, et de

TtônfAi, poser, ce nom est palétliétique. C'est ce qu'on voit dans le tableau suivant:

Science du x^^r ordre . | Sciences du 2* ordie, I Sciences du Z* ordre,

i Ethnographie.

Page 1