‹ Essai sur la philosophie des sciences;Chapitre 58 sur 70 · POLITIQUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE

Srnciaûnqci.

PoLiiiQCK raoricM. citi

Elbnodtcée.

Diplomatie.

Cyl>«rnetiqu«i Théorie du pouvoir.

Observations. Il est aisé de voir dans l'ethnodicée la partie de la politique donnée immédiatement par la simple lecture des traités et des conventions , c'est-à-dire le point de vue autoptique de l'objet spécial de la politique ; dans la diplomatie , la recherche d'une inconnue : le véritable sens des traités et les moyens les plus propres à résoudre les difficultés qui peuvent survenir entre les peuples. Ce sont bien là les caractères du point de vue cryptoristique. On reconnaît avec la même facilité ceui du point de vue troponomique dans la cjbernétique , qui est , à l'égard du gouvernement des nations , ce qu'est la stratégie relativement à la conduite d'une armée. Enfin , c'est dans la théorie du pouvoir, qui s'occupe de causes et d'origine , que se trouve le point de vue cryptologique de l'objet spécial de la politique.

Définitions et classification des sciences du pieniier ordre relatives aux moyens par lesquels les nations pourvoient à leurs besoins, à leur défense et à tout ce qui peut contribuer à leur conservation et à leur prospérité.

Conformément au plan que je me suis tracé, je vais maintenant reprendre les quatre sciences du premier ordre relatives à la conservation et à la prospérité des sociétés. Ces sciences terminent la série des connaissances humaines. Il ne me reste donc plus, pour remplir la lâche que je me suis imposée, qu'à en former un emhranchement et à montrer quelles sont les limites qui les séparent, ainsi que les

raisons qui m'ont fait adopter Toi die dans lequel je les ai présentées.

o. Ûnnméralion et défîDitions.

I. Economie sociale. De même que c'est par l'ethnologie que j'ai dû commencer rembranchement des sciences ethnologiques , c'est Téconomie sociale qui doit èlre placée la première parmi les sciences comprises dans le présent paragraphe. S'il ne peut y avoir ni archéologie, ni histoire, ni hiérologie, avant qu'il n'y aitdes nations, ilfautbien aussi qu'un peuple ait les moyens de subvenir à ses besoins pour qu'il puisse lever des armées , obéir à des lois et se donner un gouvernement.

On a souvent restreint l'économie sociale à ce que j'ai appelé l'économie sociale proprement dite, c'està-dire à Télude de ce qui existe, sans s'occuper de cette autre parlie de la science où l'on examine comment les divers modes de distribution des richesses et tant d'autres circonstances influent sur le bonheur des individus, la puissance et la prospérité des nations. C'est évidemment oublier le but final de réconomie sociale ; c'est comme si, dans les sciences industrielles, on se bornait à la partie élémentaire de ces sciences, c'est-à-dire à la connaissance des procédés usités et des profils qui en résultent , sans rechercher quels lont les meilleurs procédés et les rai-

8on& pour lesquels ils doivent être préférés. Ce but a été étrangement méconnu par une école trop célèbre qui s'est efforcée de substituer aux pensées généreuses généralement admises avant elle, des vues contraires à toute amélioration dans l'élat social. Mais , déjà une nouvel:e école revient à des idées pins saines, et ses travaux conduisent à faiie concourir toutes les parties de Téconomie sociale vers la solution de celte grande question : faire vivre sur un terrain donné le plus grand nombre d'honunes, avec la plus grande somme de bonheur possible .

2. yJrt mililaire. L'économie sociale ne s*orcupe que des movens de prospérité intérieure; mais la conservation et l état florissant d'une nation ne dépendent pas seulement de ces moyens, qui lui suffiraient , si elle n'avait à redouter aucune attaque du dehors. Elle a , en outre , besoin de pouvoir repousser ses ennemis et de faire respecter son indépendance. De ià , i'art militaire que l'on peut regarder comme une sorte de complément de l'économie sociale, puisqu il est, ainsi qu'elle, un moyen de conservation et de puissance. La place que je lui assigne ici parmi les sciences politiques, ne pout donc présenter aucune difficulté. D'ailleurs, l'art militaire ne doit venir qu'après les sciences dont il emprunte des secours^ or, ce n'est pas seulement à la géométrie, qui lui fournit des plans de fortification , à la mécanique, qui lui apprend à juger des eflfets des

»ICXlàlll PAITU. io

projectiles , à lu technologie ^ qui lui procure les vaisseaux et les instruuieus de guerre de loul genrn , qu'il doit avoir recours, c'est encore à la conuaissance du cœur humain et des moyens d'agir sur l'esprit des guerriers, à la géographie, tant physique qu'ethnologique , qui lui fait connaître , d'une part ,' tous les accideus Ju terrain qui doit èire le théâtre de la guerre, de l'autre , les points qu'il convient d'aliaquer on de défendie, les dispositions des habiians , etc., à riiisloire enfin , où il trouve tant de reuseignemens sur les circonstances (|ui peuvent déterminer la perte ou le gain d'une bataille.

Quant aux limites qui le séparent des autres sciences , elles sont tellement tranchées par la nature même de l'objet spécial dont il s'occupe, qu'il me parait iiîutile d'euircr dans aucun détail à cet égard.

3. Nomologie, L'économie sociale et l'artmilitaire n'embrassent , pour ainsi dire , que les élémens matériels de lexistence, delà prospérité et de la puissauce des nations. Celles-ci ont d'autres besoins qu'on pourrait appeler moraux et auxquels les lois d abord ,et subsidiairementlesgo'ivernemens charges de les faire exécuter, ont pour objet de satisfaire (i).

(') Je crois devoir appeler Pattent'on du lecteur sur une corre«-pondance remarquable entre la manière dunt nouâ avons di- TÎM les scieoces elbuologiques ea deux •ous-embraucbemeos ,

Cette considératioij place la noniologie immédiatement après les deux sciences dont nous venons de parler. De toutes les branches des connaissances humaines dont il a été question jusqu'à présent, c'est avec riiiérologîe qu'elle paraît au premier coup d'œil avoir le plus d'analogie; et c'est ce qui m'avait porté dans un premier essai de ma classiGcation publié en 1882 dans la Redite encyclopédique , à rapproclier ces deux sciences sous le nom de sciences insliiulionnelles; mais de nouvelles réflexions me montrèrent bientôt que cette analogie était plus apparente que réelle; que non seulement ces deux sciences ne devaient pas être aussi intimement rapprochées, mais que l'hiérologie appartenait, ainsi que nous l'avons vu, à l'embranchement des sciences ethnologiques, tandis que les lois faisant partie des moyens par les-

comprenant, Tud, rethnolojîie et rarchéoîogie, l'autre, Thistoire et rhîérolo<;ie , et la di?ision semblable en deux suus-embranchemens , des sciences dont nous nous occupons ici , qui résultera de ce que nous disons d^ns ce paragraphe. En effet i>ous ayons vu, déjà, que relhnologie et l'archéologie s'occupaient du matériel des nalions, tandis que l'histoire et l'hiérologie en étudiaient la partie morale ; et nous trouvons de même dans les sciences du premier ordre relatives aux moyens par lesquels les nations pourvoient à leurs besoins , à tout ce qui peut contribuer à leur conservation et à leur prospérité , que réconomie sociale et l'art militaire ont pour objet ceux de ces moyens qu'on peut appeler matériels, tandis que la nomologie et la poliiquese proposent de subvenir aux besoins moraux de ce« mèoies natiooi.

quels les nalions pourvoient à leurs bt^soins , à Irur défense et à tout ce qui peut contribuer à leur conservation et à leur prospérité , il fallait ranger la noniologie dans l'embranc hement dont nous nous occupons actuellement. Comme il s'agit ici d'un r.ipj.ort existant entre deux sciences d'cmbrancbcmenL dilî'érent, c'est au cliapiîrc V qu'il convient de renvoyer l'examen de celte question.

4. Politique, Vient enfin la politise, qui a le double objet : i" de régler de la manière la plus avantageuse les relations de chaque nation avec les autres, et de juger dans quelles circonstances celte nation peut se trouver forcée d'avoir recours aux armes pour défendre ses droits 5 2° de concourir au développement de tous les genres d'industrie et de tout ce qui peut contribuer à la félicité publique, de faire respecter les lois et régner l'ordre dans toutes les branches de l'administration , par le choix des hommes les plus propres à bien i emplir les fondions qui leur sont confiées. Cette science est dans le règne noologique , par rapport aux trois précédentes, ce que la médecine pratique est dans le règne cosmologique , relativement aux autres sciences médicales. C'est elle qui règle l'emploi des moyens que lui fournissent les premières, comme la médecine pratique celui des moyens qui a]>partienntnt aux dernières.

h. Classification.

La reunion de ces quatre sciences du premier ordre, toutes relatives à un objet commun, mais considéré sous des points de vue difïérens, constitue un embranchement auquel je donne le nom de SCIEN- CES t*OLITIQUES. Cet embranchement est composé de deux sous-embranchemens : le premier comprend l'économie sociale et l'art militaire 5 c'est celui des SCIENCES PHYSICO-SOCIALES , qucj'appello ainsi parce qu'elles s'occupent des moyens physiques de conserver et de faire fleurir les sociétés. Le second sous- embranchement est formé de la nomologie et de la politique. L'analogie me portait à réunir ces deux sciences sous le nom de sciences politiques proprement dites*, mais j'ai craint qu'en adoptant les dénominations d'embranchement des sciences politiques, de sous-embranchement des sciences politiques proprement dites, de politique, et de politique proprement dite, il n'en résultât quelque confusion 5 c'est pourquoi j'ai préféré, pour les deux sciences du premier ordre dont se compose ce dernier sous-embranchement , la dénomination de sciences ethnégé- TiQUEs (i), formée de sGvoç , nation , et de ^7>jfxa , conduite, gouvernement.

(1) Ces deux sous-embraDchemens ne sont pas composés des mêmes sciences du premier ordre que dans mon ancien tableau. Le premier l'était de U nomologie et de Tart militaire ) que je

Voici le tableau de cette classifîcatioa

Embranchement .

SCIENCES POUTIQUE.S.

Soiii-enibrancheniens. 1 Sc'.ences du i«* ordre. i Economie sociale.

'Si-isNctf rarsico-S 'Cj^tES.

Art militaire.

S•~IL^CKS Kli

fNomologie.

I Politique-

Obse&tatio!<s. Nous avons déjà tu que la considération des

réunissais sous le nom de sciences etbnorrtiqups, de tJttc, nation, et de ^-j-riyç. qui vei le à la conservation, entendant par là que les lois et les forces militaires étaient les deux grands moyens de conservation des sociétés ; tandis que je nomme sciences ethnégéliques , réconomie sociale et la politique , malgré le peu d'analogie qui existe entre ces deux sciences. Je ne puis guère m'expliquer pourquoi je les avais ainsi réunies dans un même sous-embranchement, si ce n'est par l'influence que conservait »ur mon esprit le rapprocheinent que j'en avais fait à l'époque où je donnais, conformément à l'usage à peu prés général alors, ainsi qu'on l'a vu dans la préface, page xtii, le nom d'économie politique à la première. C'était une analogie qui était plus dans les noms que dans \.\ nature des choses. Au contraire, en réunissant , comme je le fais ici , l'économie sociale avec l'art militaire, et la nomologie avec la politique, on forme, de ces quatre sciences, des groupes vraiment naturels, ainsi qu'on le voit par ce que je viens de dire. La dénomination : sciences phjsicO'SO' ciales, se présente alors comme de soi-même pour désigner les deux premières, et il est aisé de comprendre que l'expression sciences ethncgéiiqucSj convient aussi bien à la nomologie qu'à la politique, et beaucoup mieux qu'elle ne pouvait s'appliquer ^

réconomie soci^e.

quatre points de Tue ne s^appliquait pas seulement à la dirision des sciences du premier ordre en sciences du troisième , mais encore à celle de chaque embranchement en quatre sciences du premier ordre. Nous en retrouvons ici un exemple frappant. Seulement, il ne faut pas oublier qu.^ les caractères de ces points de Tue doivent alors être pris dans un sens plus large. Dans ce sens général on ne peut méconn>iilre le point de vue awoptique dans l'éconoaiie sociale , dont toutes les données sont d'observation immédiate. Quant à l'art militaire, scn but est de découvrir les armes que Ton doit préférer, la meilleure manière d'organiser les armées , les opérations militaires par lesquelles le général conduit ses soldats à la victoire , et enfin les causes qui ont déterminé rbsue des batailles que nous raconte Phistoire. Ce sont là autant d'inconnues qui caractérisent le point de vue cryptoristique auquel l'art militaire appartient, précisément parles mêmes raisons que lui appartiennent la technologie, l'oryctotechnie, l'agriculture, etc. Les actions par lesquelles un homme cherche è nuire à ses semblables , les désordres et les crimes qui troublent l'ordre public, sont à la vie sociale, ce que sont les maladies à l'égard de la vie animale; la nomologie étudie d'abord les lo^s qui ont pour objet de les réprimer, et ensuite choisit entre ces lois , celles qui sont les plus propre^ à atteindre ce but ; comme la nosologie étudie d'abord les maladies, et puis les raeillt'urs moyens de les guérir. La nomologie, qui est fondée, d'ailleurs, sur la comparaison des causes perturbatrices du bon ordre , et des moyens de les combattre, présente donc le point de vue troponomique de l'objet général des sciences comprises dans cet embranchement. Enfin , la politique s'occupe spécialement d'étudier les causes qui influent sur la prospérité des nations, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, et de prévoir les etTets utiles ou nuisibles qui peuvent en résulter, pour se guider dans le chuix des mesures à prendre relativemf nt à toutes les parties de l'administration des états ; elle emploie pour cela toutes les données qui lui sont fournies par les trois sciences précédentes. Cette étude des causes , cette prévision des effets qui doivent en résulter, constituent évidemmeot le poÎQt de vue cryptologiqoe du même objet géaéraL

Page 1