‹ Essai sur la philosophie des sciences, ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines (volume 2)Chapitre 23 sur 39 · ZOOTECHNIE · texte numérisé non relu

ZOOTECHNIE

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i OEcionoini*.

( Thrcp»iologic .

Observations. Là iootecknie est rfelativement à la tooîogîé ce que l'agriculture est par rapport à la botanique. La considération des mômes points de vue donne ici naissance à des divisions absolument analogues; Il serait superflu de les expliquer en détail.

Définitions et classification des sciences du pre-* mier ordre relatives aux êtres vivons, végétaux ef animaux.

Reprenons maintenant le» quatre sciences du premier ordre que nous venons de parcourir , pour justifier l'ordre dans lequel nous les avons rangées, déterminer avec plus de précision le caractère distinctif de chacune d'elles , et les limites qui la parent des autres.

a. Ènnmération et définitions.

1. Botanique. La botanique est suffisamment définie quand on a dit que c'est la science qui a pour objet la connaissance des végétaux. Je me bornerai à remarquer ici que ce n'est pas parce que Ton a toujours placé les végétaux entre les corps inorganiques et les animaux, que je leur ai assigné cette place. Il est aisé de voir que , dans l'ordre naturel, les végétaux doivent précéder les animaux., La vie n'y est, pour ainsi dire, qu'à son premier degré : ce n'est que dans les animaux qu'elle atteint tout son développement par la sensibilité et la locomotion. D'ailleurs, l'on conçoit très-bien que la terre a pu être couverte de végétaux sans qu'il y eût un seul animal, tandis que les animaux ne peuvent exister sans les végétaux. Enfin, le botaniste peut se faire une idée très-nette djan végétal , sans penser aux animaux qui s'en nourrissent ; tandis que le zoologiste , pour avoir une connaissance complète des animaux , doit savoir de quels végétaux se nourrit le ruminant ou le rougeur , sur quelle plante vit l'insecte dont il étudie les moeurs. Comment parler du ver à soie , sans dire quel est l'arbre dont la nature a destiné les feuilles à lui servir d'aliment ?

2. Jgficulture. C'est encore là une science suffisamment définie, quand on a fait connaître le but qu elle se propose. Elle est d'abord distinguée de la botanique , parce qu'au lieu de s'occuper seu-

lerrunt de la connaissance des végétaux , elle a pour objet d'en retirer l'utilité ou l'agrément qu'ils peuvent nous procurer. Elle se distingue delà zootechnie , dont nous allons parler , et qui a été confondue avec elîè dans la plupart des ouvrages sur 'agriculture , en ce qu'elle doit être restreinte à la culture et à Futilité que nous retirons des végétaux, comme la zootechnie à l'éducation des animaux et aux avantages qu'ils nous procurent. La seule difficulté que puisse présenter la circonscription de cette science , c'est la détermination précise de la limite qui la sépare de la technologie. On pourrait se demander à laquelle de ces deux sciences appartiennent les procédés par lesquels on fait du vin avec du raisin , on retire l'huile des substances oléifères , etc.. Nous dirons, comme lorsqu'il a été question des limites de l'oryetotechnie , que ces procédés doivent appartenir à l'agriculture , dans laquelle on doit comprendre tous les travaux dont les substances végétales sont l'objet, jusqu'au moment où les produits sortent des mains de l'agriculteur pour passer dans celles du consommateur , ou pour être livrés au commerce et a l'industrie. On a vu , dans l'article de la géoponique , que j'y comprends également les procédés pour se procurer les substances que produisent les végétaux que la nature stfle fait naître dans les lieux où l'homme n'a pas étendu son empire ; parce que ces procédés sont aussi des moyens de se procurer des substances végétales. 11

faut peut-être pour cela donner an mo^agriculture nne acception un peu plus étendue que celle qu'il a ordinairement ; mais , comme je l'ai déjà dit , je ne fais en cela que suivre l'exemple de ceux qui ont écrit sur cette science. Quelques auteurs ont cru au contraire devoir restreindre l'acception du mot agricukure , en n'y comprenant que les travaux relatifs à la culture des céréales ; cette restriction n'est pas seulement contraire à l'usage , elle l'est aussi à l'étymologie du mot agriculture; ager est le terme générique, c'est arvum qui a le sens restreint dont il est ici question , et si l'on veut désigner cette partie de l'agriculture , il faut adopter le mot d'arviculture , comme on a donné celui <T horticulture à une autre partie de la même science. Il est évident que ces subdivisions de l'agriculture ne peuvent être considérées que comme des sciences du quatrième et du cinquième ordre, dont je n'ai point à m' occuper.

3. Zoologifi. La distinction entre la zoologie et les deux sciences précédentes est assez déterminéee par la diversité des objets dont elles s'occupent ; mais ici se présente entre ces dernières et la zoologie quelque chose de semblable à ce que nous avons vu quand , après l'arithmologte et la géométrie , nous avons passé à la mécanique. Dans l'arithmologie , il n'était question que de la mesure des «grandeurs en général; dans la géométrie , de la mesure dune espèce particulière de grandeur,

l'étendue: mais, dans la mécanique, à ces considéra^ tions de grandeur sont venues se joindre des idées de mouyemens et de forces. Au lieu d'examiner des rapports abstraits de grandeur , ou les propriétés de Tétendue vide et immobile, elle a porté ses regards sur la matière, sans laquelle on ne peut concevoir ni mouvement , ni force , ni celte propriété d'inertie par laquelle se conserve le mouvement une fois imprimé* De même, dans la botanique, on étudie les végétaux en général , ces êtres où la vie est en quelque sorte réduite à ses termes les plus simples, naître, croître, se reproduire, mourir; dans l'agriculture , on ne s'occupe que de certains végétaux, ceux qui peuvent nous être utiles : mais dans les animaux, objet de la zoologie, à ce premier degré de la vie viennent se joindre ces mouyemens spontanés, ces forces locomotrices qui les distinguent des végétaux , et la sensibilité sans laquelle la faculté de se mouvoir serait inutile.

C'est dans la zoologie que l'homme , qui ne s'est montré jusqu'ici que comme étudiant les objets dont il est entouré et leurs rapports mutuels', ou exerçant sur eux son industrie pour les approprier à ses besoins , commence à devenir lui-même un des objets de ses études ; mais il ne Test encore ici que sous le rapport de son organisation , plus parfaite mais de même nature que celle des animaux , entre lesquels il est placé à son rang par le zoologiste. A mesure que nous avancerons dans

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r échelle des connaissances humaines, il acquerra toujours plus d'importance. A» peine dans la psycho* logie y aura-t-il encore une faible partie de cette science consacrée aux animaux ; et bientôt l'homme considéré sous le rapport de ses plus nobles attributs deviendra Tunique objet des sciences qui nous resteront à parcourir.

L'importance que l'homme a dû attacher naturellement à l'étude de sa propre espèce , et surtout le but qu'on se proposait en s 'occupant de la partie de cette étude où il est question de sa description et des fonctions de ses organes, d'en appliquer les résultats à l'art de guérir, a fait confondre les limites qui séparent la zoologie des sciences médicales, dont je parlerai dans le chapitre suivant. Ce qui précède suffit pour faire cesser cette confusion : mais elle a eu des conséquences sur lesquelles je dois appeler l'attention du lecteur. i°* Dans les ouvrages où, sous le nom de zoologie, on s'est surtout occupé de zoographie et de zoonomie , la division de ces sciences a été empruntée à celle des animaux eux-mêmes » On a donné les noms d ornithologie , ichthj ologie , entomologie, etc., à la description et à la classification des oiseaux , des poissons , des insectes , etc. Dans ma classification , où la zoographie est distinguée de la zoonomie , on ne pourrait admettre cette division qu'en partageant la première en sciences du quatrième ordre, qu'on nommerait ornithographie , ichlhyographie , enlo*

biographie , etc. ; et la seconde en omiihonomie , ickthyonomw , entomonomie , etc. Je suis loin de penser que de telles divisions dussent être admises dans la science > et je ne vois aucun inconvénient à conserjter les dénominations reçues , afin que celui qui ne veut traiter que d'un des groupes du règne animal , puisse indiquer , par le titre même de son ouvrage , quel est le groupe dont il s'occupe. Je pense seulement que ce serait trop restreindre le sens des mots tels qu'ornithologie, ichthyologie , entomologie , etc* , <jue d'en borner l'emploi à la description et à la classification des animaux compris dans ces divers groupes. Chacune des sciences ainsi dénommées devrait contenir quatre subdivisions; l'une pour les descriptions, l'autre pour l'anatomie des animaux qui en seraient l'objet ; une troisième pour leur classiâcation et les lois générales qui s y rapportent , et la dernière pour tout ce qui est relatif aux fonctions de leurs organes.

i°. Au contraire , ceux qui ont écrit sur l'anatomie et la physiologie, s'occupant surtout de l'homme , ont tiré les subdivisions qu'ils ont établies dans ces sciences d'une tout autre considération , celle des diflercns organes étudiés , soit en euxmêmes , soit dans leur formation et leurs développemens successifs ; et c'est ainsi qu'on a divisé l'anatomie animale en ostéologie , névrologie , splanchnologie , etc* , et qu'on a distingué dans

ht physiologie animale Vorganogénie des* autres partie» de la science , celle-ci se subdivisant naturellement en ostëogènie , névrogénie , etc. Il en est de ces dénominations comme de celles des diverses 'parties de l'anatomie. Bien loin de croire qu*ba doive les rejeter , je les regarde comme présentant un véritable a vanta je , par la nécessité où Ton est , quand une science est fort étendue , d'en traiter les différentes parties dans des ouvrages spéciaux, surtout quand il se rencontre un de ces hommes rares que le développement d'une seule idée conduit à des découvertes tellement nombreuses et tellement multipliées, que de leur ensemble résulte en effet une science nouvelle, comme nous avons vu naître Yorganogènie des recherches d'un des plus grands physiologistes dont la France s'honore.

Mais il est évident que toutes ces subdivisions de la zoologie correspondantes aux divers groupes d'animaux, ne peuvent être admises dans une classi fi cation générale des sciences , parce que rien n'en détermine le nombre , et qu'on pourrait l'étendre ou le restreindre , pour ainsi dire, à volonté. Celui qui publierait un ouvrage sur les singes seulement , pourrait , par exemple , donner le nom de pilhécologie à là partie de la science dont il s'occuperait. Le bel ouvrage de M. Dejean prendrait le nom de coléoptérologie , etc. Chaque monographie pourrait devenir une science. Les divisions de l'anatomie animale se: ai en te gaiement

arbitraires : l'étude des organes respiratoires, comparés dans toutes les classes d'animaux, pourrait également être considérée comme une science à £art, etc. , et il n'y aurait pas de raison pour ne pas établir des divisions semblables dans l'anatomie végétale , en considérant , par exemple , sous le nom de carpoîogie, les travaux de Gsertner et des autres botanistes qui ont pris le fruit pour objet spécial de leurs recherches,

4. Zootechnie. Quant à la zootechnie, les caractères qui la distinguent de l'agriculture et de la zoologie étant déjà déterminés , sa circonscription ne peut souffrir de difficultés qu'£ l'égard de la limite qui la sépare de la technologie. Cette limite doit encore être fixée à l'instant où , soit les produits des animaux , tels que la laine , la soie , le lait , le miel , Ja cire , soit les animaux eux-mêmes , ou leurs dépouilles , passent des mains de ceux qui se les sont procurés dans celles qui les transformeront pour les approprier h nos besoins.

J'ai déjà remarqué qu'on a presque toujours réuni la zootechnie avec l'agriculture , et moi-même je ne les avais pas séparées dans mes premiers tableaux des connaissances-humaines. Un de nos agronomes les plus distingués (1), dont je m'honore d'être l'ami , me fit le premier observer que puisque

(1) iyi. de Gasparin , correspondant de l'Institut.

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je séparais la zoologie delà botanique, rien ne pou?? vait m'autorisera ne pas séparer de même la zootechnie c^e l'agriculture ; il me dit que , dans un ouvrage sur tous les travaux de la campagne , dont il s'était long-temps occupé , il avait cru devoir traiter à part de l'agriculture proprement dite , et de tou\ ce qui est relatif à l'éducation des animaux domestiques , ainsi qu'à la chasse et à la pèche. Je me refusai d'abord à cette distinction» dont j'ai reconnu plus, tard la justesse.

On pourrait diviser la zootechnie en plusieurs sciences analogues aux subdivisions qu'on peut, comme nous venons de le dire, faire dans la zoologie, en partant, soit des diûerens groupes d'animaux auc l'homme aonroDrie à ses besoins, soit des divers genres d'utilité qu'il en retire; distinguer, par exemple, la zootechnie des mammifères de celle des oiseaux, des poissons, des insectes, etc.; parler dans l'une du soin des troupeaux, dans l'autre de ceux qu'exigent la basse-cour, le colombier, le vivier, le rucher on la magnanière; ou bien, séparer l'art d'engraisser les animaux qui servent à notre nourriture, de l'art de dompter et de soumettre au travail ceux qui nous sont utiles sous ce rapport ; traiter à part des moyens de chasse ou de pèche, et les subt diviser même, d'après les divers groupes d'animaux, comme quand on a voulu faire une science sous le nom barbare à'ayicepiologie. Mais de telles subdivisions ne sauraient être admises dans une clas-» siÇcation générale des sciences.

b. Cluiificatioo.

Ces quatre sciences du premier ordre, qui ont pour objet général l'étude des êtres organisés , forment un embranchement bien distinct des précédens , par le grand phénomène de la yie qui se manifeste dans ces êtres. Je lui ai donné le nom d'embranchement des SCIENCES NATURELLES.

J'ai déjà remarqué combien c'est mal à propos qu'on a réuni la minéralogie avec la botanique et la zoologie sous le nom d'Histoire naturelle ; et j'ai indiqué la nécessité de faire d'un caractère aussi profondément tracé que Test celui des phénomènes de la yie , le caractère qui partage en deux sousrègnes le règne des sciences cosmologiques. Je remarquerai à ce sujet que si on avait fait plus d'attention à l'étymologie du mot nature , on n'aurait peut-être pas songé à comprendre la minéralogie dans les sciences dites naturelles. Ce mot dérive de natus , nasci , né , naître ; il ne devrait donc s'appliquer qu'aux êtres qui naissent , et , par conséquent , croissent , se reproduisent et meurent. Le mot monde , dans son acception propre , ne devrait, suivant moi, comprendre que l'ensemble inorganique de l'univers , et celui de nature devrait être restreint aux êtres organisés qui l'habitent. Le monde , la nature , l'homme embrassant l'univers dans sa pensée et s élevant par elle jusqu'à son créateur, les sociétés humaines enfin , tels seraient alors

les quatre objets auxquels se rapporteraient toutes nos connaissances.

L'embranchement des sciences naturelles se divise évidemment en deux sous - embrancbemens : celui des SCIBNCBS PHYTOLOGÏQTJES , et celui des

SCIENCES ZOOLOGIQUES PROPREMENT DITES ; la restriction exprimée par ces derniers mots est nécessaire, parce qu'autrement le nom de sciences zoologiques comprendrait non - seulement celles dont il est ici question, mais encore tout l'embranchement suivant. Voici le tableau de cette classification.

Embranchement ■ 1 S(m$~cmbranehement. \ Science » du \**ordrti.

| Sout^e*nbranchemen$. | ,

{Botanique.

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