‹ Essai sur la philosophie des sciences; ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humainesChapitre 10 sur 34 · ETHIQUE · texte numérisé non relu

ETHIQUE

ETBtQCK Iti MtltTAlRI. . . .

\ Physiognomouie.

(Morale pratique, f E

Ethogenic.

Observations. Le lecteur a sans doute fait ici de lui-même l'application des quatre points de vue a l'objet spécial de ces sciences. Lithographie, toute fondée sur robservation immédiate, est aùtoptique; la physiognomonie qui recherche une inconnue, est cryptoristique ; la comparaison des divers systèmes des moralistes et des écoles philosophiques , et les règles de conduite que prescrit la morale pratique, font reconnaître dans cette science Iè point de vue troponomique. Enfin Féthogénie , qui se propose de découvrir les causes des divers caractères, sentimens, passions des hommes, constitue évidemment le point de cryptologique de l'objet spécial de Véthique.

S iv.

Sciences du troisième ordre relatives à la nature réelle de la volonté, au devoir et à la fin de V homme.

De toutes les facultés de l'homme, celle qui joue le rôle le plus important, à laquelle toutes les autres •ont en quelque sorte subordonnées, c'est la volonté. L'examen de cette faculté et des questions qui la concernent , a toujours occupé une place considéra-

ble dans les ouvrages des philosophes ; ce sera l'objet des sciences que nous allons parcourir dans ce paragraphe.

a. Énnmération et définition*.

1. Thélésiographie. Qu'est-ce que la volonté? Quelle est sa nature ? Est-elle libre, et en quoi consiste sa liberté? Ne faut-il pas distinguer la liberté de vouloir de la liberté de faire ce que Ton veut ?.. . La réponse à ces questions et autres analogues, puisée dans la simple observation intérieure des faits , l'exposition des diverses opinions des philosophes sur cette grave matière, sont l'objet d'une science du troisième ordre , à laquelle je donne le nom de thélésiographie, de GéWiç, volonté*

2. Dicéologie. De même que l'intelligence a besoin de discerner le vrai du faux , et que la logique • lui apprend à faire cette distinction, de même la volonté a besoin de distinguer le juste et l'injuste. Sur quoi est fondée cette dernière distinction? Peut-on la faire reposer sur l'intérêt, sur la tendance au bonheur qui existe dans tous les hommes , sur une simple convention sociale ? ou ne faut-il pas , au contraire , reconnaître qu'elle est indépendante des opinions des hommes, comme les vérités mathématiques le sont des formes et de la nature de leur esprit, et que Dieu a créé l'homme pour accomplir le bien, comme pour connaître le vrai? Toutes les vérités qui résultent de l'examen de ces questions, constituent

une science du troisième ordre que je nomme Dicéologie, de to ô\'xaiov, le juste*

3. Morale apodictique. Viennent maintenant les lois du devoir et les règles de conduite à suivre dans toutes les circonstances où l'on peut se trouver, fondées non plus sur l'intérêt personnel , mars sur l'amour du juste. Ces lois , dérivées de la comparaison de ce que l'homme peut faire, de ce qu'il doit faire, et de toutes les conséquences de ses actions, forment une science à laquelle je donne le nom de morale apodictique, du grec àîro&iy.rtxôç, démonstratif,

4. Anlhropotélique, En partant de ce que les diverses branches de l'ontologie nous ont fait connaître sur la nature de 1 ame humaine et les attributs de Dieu, on arrive, par une conséquence nécessaire, à

. la consolante perspective de l'immortalité de l'âme. Toutes les vérités qui se rapportent à cette question composent une science du 'troisième ordre, à laquelle j'ai donné le nom d' Anthropotélique3 des deux mots* grecs «vôpwiroç, fiomme, et têXwo;, relatif à la fin.

b. Classification.

L'objet spécial des quatre sciences du troisième ordre que nous venons de définir, était de faire connaître la nature de la volonlé , les fondemens et les règles du devoir, la fin de l'homme*, elles embrassent, dans leur ensemble , tout ce qui tient à ces grandes questions , et forment par leur réunion la science du premier ordre que j'appelle THELESIO-

LOGIE. Celle-ci se divise en deux sciences du deuxième ordre -, Tune, sous le nom de thélésiologie élémentaire, comprend la thélésiographie et la dicéologie, qu'on peut considérer comme des études préliminaires à celle de la morale apodictique et de l'anthropotélique. Ces deux dernières réunies forment la seconde science du second ordre comprise dans la Thélésiologie, et à laquelle je donne le nom de thélésiognosie , parce qu'elle renferme une connaissance plus approfondie de ce qui est l'objet de ces sciences. Voici le tableau de cette classification :

Science dm" ordre. | Sciences du 2e ordre. | Sciences du 3« ordre.

f Thélésiographie.

f TuKLKSIOLOGlB KLâvtNlre. <

, ' \ (Dicéologie.

THELESIOLOGIE. . .1

à t Morale apodictique.

\ Tbklssiognosie *

I Authropotélique.

Observations. La thélésiographie est le résultat de la conscience que nous ayons de notre liberté ; et quoiqu'elle s'occupe aussi des opinions opposées à ce que nous révèle cette vie intérieure de nous-mêmes, elle n'en doit pas moins être considérée comme le point de vue autoptique de la thélésiologie , puisque, ainsi que je l'ai dit , lorsqu'il est question des sciences noologiques, on doit regarder les opinions même erronées comme faisant partie de la science. La dicéologie est , par rapport à la thélésiologie , ce que la logique est à l'égard de la psychologie ; elle constitue , comme cette dernière et pour les mêmes raisons, le point de vue cryptoristique de la science du premier ordre dont elle fait partie. Quant à la morale apodictique qui diffère essentiellement de ce que j'ai nommé morale pratique, en ce qu'au lieu de reposer sur des bases subjectives, elle est fondée sur la réalité objective des devoirs imposés à tout être libre,- devoirs

dont la T^rité étemelle ne peut être comparée qu'a celle des rapports mathématiques de l'espace infini et nécessaire. Elle forme, par les lois générales qu'elle établit , le point de vue troponomiquede la tbélésiologie. L'anthropotélique, lorsqu'on scrute la nature des vérités dont elle s'occupe , a pour objet la solution des questions relatives au but de notre existence , solution qui, fondée sur l'enchaînement nécessaire des causes et des effets , pénétre dans ce que la nature humaine a de plus caché et de plut mystérieux; et l'on ne peut méconnaître ici le point de rue cryptologique de la tbélésiologie.

Définitions et classification des sciences du premier ordre qui ont pour objet ? étude des facultés «*tellecluelles et morales de l homme*

Après avoir parcouru toutea les sciences du premier ordre qui ont pour objet général l'étude des facultes intellectuelles et morales de l'homme , pour nous conformer au plan que nous avons suivi dans la première partie de cet ouvrage, nous nous arrêterons un instant pour montrer les limites respectives de ces sciences , les rapports qu'elles ont entre elles, et pour les classer à leur tour en embranchement et sous-embranchemens.

a, Énnmération e\ définitions.

i. Psychologie. J'ai adopté le nom de psychologie pour me conformer à l'usage presque universellement adopté aujourd'hui de désigner sous ce nom l'étude de la pensée, fondée sur cette observation intérieure que les philosophes ont appelée réflexion ou cons-

cience. Le nom d'idéologie, que Ton a voulu substituer à celui de psychologie , est évidemment trop restreint, les idées ne faisant qu'une partie des objets qu'ér tudie la science dont il est ici question et qui ne s'occupe pas seulement des idées et de leur origine, mais encore des jugemens , des raisonnemens et des méthodes. Au reste, les faits intellectuels dont l'observation lui sert de base et toutes les déductions qu'on tire de ces faits sont absolument indépendans des diverses opinions qui ont été émises sur la nature de ce qui pense en nous. Ces faits sont les mêmes pour le spiritualiste et le matérialiste , quand ils portent dans leur examen le même soin et qu'ils y procèdent également par la méthode qu'on doit suivre dans toutes les sciences et qui consiste à enregistrer les faits avant de les comparer, à les comparer et à déduire de cette comparaison des lois générales qui puissent nous servir à remonter à leur cause. C'est à 6 la science suivante, à l'ontologie, qu'appartiennent les recherches sur. la nature de la substance pensante, comme celles qui sont relatives à la réalité de l'espace, de la matière, à l'existence et aux attributs de la puissance infinie, cause première de tout ce qui esu a. Ontologie. Par tout ce que j'ai dit sur les quatre sciences du troisième ordre comprises dans l'ontologie j'ai suffisamment fait connaître l'objet de celle-ci ; mais il me semble nécessaire d'ajouter une remarque importante sur les caractères qui la distin

guent de la seconde partie de la psychologie : la logique. Celle-ci soumet à l'examen les jugemens que nous portons tous les jours, et ceuxquenous avons portés à des époques dont nous pouvons nous souvenir 3 elle apprécie la valeur des divers motifs de ces jugemens , le sens intime , l'évidence , le témoignage des sens , le témoignage des hommes , etc., et elle détermine les conditions qu'exigent ces motifs pour donner de la certitude à nos jugemens.

Mais quand nos croyances sont dues à des jugemens qui ont précédé toutes les époques dont nous avons conservé la mémoire , on ne peut pas remonter à ces jugemens pour les examiner; les croyances ne sauraient alors être justifiées que par une autre analyse et d'autres moyens. D'ailleurs, comme toutes les croyances fondamentales de l'intelligence , l'existence des corps , celle des substances immatérielles et celle de Dieu même se trouvent dans ce cas , l'examen de ces croyances doit être élevé au rang des sciences du premier ordre.

Une chose qui me semble digne de remarque, c'est qu'entre les deux sciences dont nous venons de parler, il y a des rapports analogues à ceux que j'ai signalés, à l'article des sciences mathématiques, entre l'arithmologie et la géométrie: en ellct, Farithmologie peut se concevoir dans un monde purement phénoménique , puisque non seulement les phénomènes sont susceptibles d'être comptés , mais qu'ils

le seraient encore , lors même que les objets qui les produisent en nous n'existeraient pas, et que ce sont des phénomènes que nous comptons réellement, quand nous acquérons les idées des divers nombres , de même que la psychologie observe dans le monde de la conscience les phénomèues de notre sensibilité et de notre activité , indépendant-

ment de leurs causes.

La géométrie est une application de l'arithmologie à une grandeur spéciale : l'étendue; et cependant elle a dû être considérée comme une science du premier ordre, non seulement à cause que la propriété appartenant exclusivement à l'étendue d'avoir trois dimensions donne à cette espèce de grandeur une importance toute particulière, et multiplie extrêmement le nombre des théorèmes dont elle e$t l'objet, en multipliant celui des rapports qui existent entre les diverses parties, mais surtout à cause que l'étendue objective dont il s'agit ici est la condition d'existence de te>ut ce qui peut être mesuré, et que, comme nous l'avons déjà remarqué page 67 de la première partie, les ve'rités géométriques ne se rapportent pas à l'étendue phénoménique, où Reid a montré que des triangles qui se présenteraient à nous comme terminés par trois droites pourraient nous offrir trois angles droits, et même trois angles obtus, mais bien à l'étendue réelle existant hors de nous et indépendamment de nous.

De même, l'ontologie est l'application de la psychologie à une conception spéciale : celle des substances matérielles et immatérielles; application qui mérite de même d'être considérée comme une science du premier ordre , non seulement par l'importance et la difficulté des recherches dont elle se compose, mais surtout parce que l'ontologie a pour objet la réalité objective des substances , comme la géométrie celle de l'étendue.

3. Ethique. Dans les deux sciences que nous venons d'examiner, l'homme a pour but de connaît tre ; c'est l'intelligence qui est principalement en jeu: elle s'étudie elle-même ou étudie ses connais* , sances relativement à leur réalité objective. Ici on étudie non seulement l'homme agissant, déployant à la fois sos facultés intellectuelles et morales, mais encore les divers sentimens, les différentes passions» et, en général , tous les motifs qui peuvent tlé terminer les actions. Il est aisé d'ailleurs de remarquer l'analogie frappante qui existe entre l'éthique et la mécanique placée au même rang dans les sciences cosmologiques.

4* Thélésiologie. Après avoir étudié dans les sciences précédentes les facultés de l'âme en général , on en considère ici une en particulier, maïs cette faculté domine toutes les autres : c'est la volonté. C'est elle qui est réellement la cause de toutes nos actions; c'est par elle que l'homme, susceptible de mé*

rite ou de démérite, est seul appelé, de tout ce qui ▼it sur la terre , à une autre existence.

La thélésiologie , science du premier ordre, tient , parmi les sciences noologiques , la même place qufc l'uranologie parmi les sciences cosmologiques. Les théorèmes de la mécanique n'ont pas seulement besoin , comme ceux des mathématiques proprement dites, d'une étendue réelle, mais vide et immobile, pour être réalisés objectivement ; fis ne le sont que là où il y a de la matière douée de mobilité et d'inertie, susceptible d'éprouver l'action des forces. Et de même qu'on peut ainsi regarder l'uranologie comme la mécanique objective, on doit considérer la thélésiologie comme l'éthique objective , en ce qu'elle déduit, de rapports éternels, indépendamment des sentimens, des passions et de tout ce qu'il y a de phénoménique en nous , la distinction du bien et du mal, le devoir et l'existence à venir, où tout être Hbre doit trouver la récompense , ou la punition de l'emploi qu'il a fait de sa volonté.

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