DÉFINITION ET CLASSIFICATION DES SCIENCES NOOLOGIQUES
Je viens de classer toutes les vérités qui se rapportent au monde matériel; je vais maintenant faire lin travail semblable à l'égard des vérités relatives à la pensée (i), considérée , soit en elle-même, soit dans les signes par lesquels les hommes se transmettent leurs idées, leurs senti mens, leurs passions, etc. ; soit dans tous les développemens qu'elle prend à mesure que les sociétés humaines se développent elles-mêmes. Les divisions et subdivisions de ces vérités forment les sciences auxquelles j'ai donné le nom de noologiques. La plupart de ces divisions du
(i) On a tu , page 28 , quel est le sens très général dans lequel je prends ce mot.
DBTXIÙMR PARTIE. A
second règne présentent, avec celles qui leur correspondent dans le premier, des analogies fort remarquables ; sur lesquelles j'appellerai plus tard l'attenlion du lecteur.
Mais je dois d'abord faire observer que quelles que soient ces analogies, il y aurait de graves inconvéniens à vouloir, qu'à l'égard des noms qu'on est obligé de créer pour désigner des sciences qui n'en ont point encore reçji, Ja formation de ces noms se fit exactement de la même manière dans les deux règnes : j'ai déjà remarque, page i3y, qu'une circonstance particulière à Ternira nçhemenl des sciences médicales oblige à adopter^ relativement à ces sciences, un inode de nomenclature assez différent de, celui que j'avais suivi pour les sciences des embranchemens précédens. Lorsqu*il est question de sciences noologiques, la nature du sujet exige encore d'autres changémens, sans lesquels les mots dont on ferait choix ne désigneraient pas avec assez de précision les sciences auxquelles ils doivent élre*appliqués , et surtout n'indiqueraient pas, à l'aidé des idées accessoires que l'usage a jointes à ces mots, le vrai caractère de chaque science. ' ' '
Je crois devoir m'arrêter un instant sur le mode de formation que j'ai suivi jusqu'ici, et sur les changement que je pefurrai être obligé d'y apporter par la suite.
i° Dans la formation des noms que j'ai cru devoir
adopter pour des sciences qui n'en avaient pas, j'ai employé la terminaison logie, d'abord pour des sciences du premier ordre, et ensuite pour des sciences du second et du troisième , seulement quand le mot qui précède cette terminaison n'avait point été employé dans ]e nom d'une science d'un ordre supérieur. C'est elle, en effet, que l'usage a consacrée pour désigner l'ensemble de toutes |es vérités relatives à la connaissance de l'objet exprimé par ce mot. Ainsi , la zoologie, science du premier ordre, est la science qui comprend toutes les vérités relatives à la connaissance des animaux, comme la zootechnie réunit tout ce qui est relatif â Yutilité que nous en retirons. La sémiologie, quoique du second ordre, a pu avoir un nom de même terminaison, parce que le mot ffTjfxuov n'a pas été employé dans la science du premier ordre dont elle fait partie; et il en a été de même de la traumatologie qui est du troisième ordre , parce que le mot rpaû/za n'est pas entré dans la composition de ceux qui désignent les sciences du premier ou du second ordre dans lesquelles est comprise la traumatologie. À l'égard de cette terminaison en logie , je continuerai à suivre la même règle. * »
a0 Jusqu'à présent, je ne me suis servi de la terminaison en gnosie, que pour désigner des sciences du second ordre comprenant seulement les vérités qui résultent d'une é(ude approfondie de l'objet que
considère dans son ensemble la science du premier ordre dont celle du second fait partie. J'ai reconnu que tout en continuant de remployer dans ce cas, je devais, en outré, m'en servir pour les sciences du troisième ordre , lorsqu'elles faisaient partie d'une science du second terminée en logie, mais toujours pour désigner la partie de cette dernière où l'bkjét dont elle s'occupe est étudié d'une manière approfondie.) Ainsi f lorsque je donnerai le nom de glossologie à la science du premier ordre qui comprend tout ce qui est relatif au langage parlé ou écrit, celui de glossognosie désignera la science du second or* dre, où Ton s'occupe des connaissances plus approfondies sur les langues, qui ne font pas partie dé la glossologie élémentaire ; tandis que quand j'aurai jugé convenable; Remployer le mot bibliologie pour désigner unescieneedu second ordre cobi prisé dans la science du premier, a laquelle j'ai donné le nom de littérature, je me servirai de la dénomination de bibliognosie pour la seconde des deux sciences, du troisième ordre comprises dans la bibliologie. > '
Je regrette beaucoup de n avoir pas songé plus tôt à ce dernier emploi de la terminaison gnàsie, et d'avoir en conséquence adopté paf analogie la terminaison oriêtique pour une science de troisième ordre dont cette terminaison n'exprime l'objet que d'une manière incomplète* Cette science est celle que j'ai nommée crasioristique et a laquelle j'aurais dùdou-
fier le nom de crasiognosie. En effet % la crasiologie, science du second ordre, qui a pour objet d'étudier toutes les modifications qu*apporlent dans l'organisation non seulement les températnens proprement dits, mais encore toutes les différences d'âge, do sexe, etc., se divise naturellement en deux sciences du troisième, dont la première se borne à décrire ces modifications telles qu'on les observe , c'est la crasiographiei et dont Va seconde étudie ces mêmes modifications d'une manière plus approfondie.
Sans doute cette étude plus approfondie* surtout pour objet de déterminer d'une manière plus précise la valeur des signes auxquels on reconnaît les tempéramens, de distinguer ceux qui sont vraiment caractéristiques , et ceux qui ne sont en quelque sorte qu'accessoires; mais elle doit comprendre aussi d'autres recherches sur les tempéramens, comme, par exemple, celles des causes qui peuvent leur donner naissance, et dont il est inutile de former une science à part , tu le petit nombre de vérités qui y sont relatives*
3° On a pu remarquer qu'au lieu de me servir • d'un mot terminé en gnosie, pour désigner la seconde des deux sciences du second ordre comprises dans une science du premier, j'ai fait usage du nom de cette dernière en y joignant 1 epithète : comparée* Tout en conservant ce mode de nomenclature pour des sciences du second ordre, je l'étendrai aussi , lors-
que cela nie .paraîtra nécessaire, à des sciences du troisième \ mais, pour que ces deux emplois de iépiihète comparée ne paissent être confondus tje m'astreindrai constamment à la règle suivante.
Toutes les fois que l'épi thète comparée se trouvera jointe à un nom employé pour désigner une science du premier ordre , la réunion de ce nom et de l'épiihète comparée indiquera, unu science du second ordre ; lorsque , au contraire, la même épithète sera jointe à un nom qui n'aura été employé pour désigner aucune science du premier ordre, la même réunion servira 4 dénommer une science du troisième placée au troisième rang parmi celles dont se compose la science du premier ordre , a laquelle elle appartient -, soit que le nom auquel est jointe l'épithète comparée désigne une science du second ordre , comme on en verra uu exemple dans l'emploi que je ferai de la dénomination de législation comparée; soit que ce nom , emprunté à l'usage ordinaire , n'ait été employé dans ma classification pour aucune science du premier ordre ou du second ordre ; c'est ce dont on verra des exemples dans l'usage que je ferai des expressions : géographie comparée, et histoire comparée, que j'ai adoptées pour des sciences qu'il ne m'a pas paru possible de désigner aussi bien par aucune autre expression.
4° La terminaison graphie sera, dans la suite de cet ouvrage, comme dans la première partie, consa-
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crée exclusivement aux sciences du troisième ordre, où Ton ne considère dans l'objet qu'on étudie , que ce qui est susceptible 4>l)sefyaliân immédiate.
5° Dans le second règne, comme dans le premier, je n'emploierai la terminaison oristique que pour des sciences dû troisième ordre , bù l'on cherche à déterminer <]es inconnues o^ue la nature des objets dont on s'occupe dérobe à l'observation ifamédiâtc; Mais je serai beaucoup plus rarement dans le cas d'avoir recours à Celte terminaison, parce qu'elle se trouvera (d'après l'extension que, suivant ce que je viens de dire, je donnerai dorénavant à l'emploi de la terminaison gnosic) remplacée souvent avec avantage par cette dernière.
6° Je continuerai de réserver la terminaison nomie pour les scierices du troisième ordre , où il est question de déduire , de la comparaison des fàits , les lois générales qui président aux changemens bbserves dans les objets qùe l'on considère.
7* On trouvera, dans ce qui suit, une nouvelle terminaison consacrée exclusivement aux sciences du troisième ordre, qui s'occupent de la formation ou de l'origine dés objets qu'elle* étudient. C'est )a terminaison génie, que j'ai employée à l'imitation de M. Serres, quand il a donné les noms d'osteogénie , iïorganogénie, etc., à dés sciences qui n'ont été établies sjir leurs véritables bases que par les travaux de ce grand physiologiste.