‹ Essai sur la physionomie des serpens (volume 3)Chapitre 52 sur 66 · BOA CONSTRICTOR · texte numérisé non relu

BOA CONSTRICTOR

de nombreuses petites taches noires et anguleuses , plus abondâmes sur les parties inférieures, et augmentant en étendue vers les lianes et le dessous , où elles forment un dessin très élégant, réticulaire , mais irrégulier. On observe sur les côtés de la tête une large raie d'un brun noir, qui descend en massue derrière les narines ; elle se prolonge en serpentant sur le cou, et règne ensuite le long des flancs, s'élargissant à des intervalles réguliers pour se réunir avec celle de l'autre côté : elle descend sur ces points de réunion en angle , à la base desquels on entrevoit la teinte du fond sous forme d'une raie longitudinale ; la figure au contraire qu'elle forme sur le dos ressemble à celle d'une croix. Les larges taches dorsales, formées par cette réunion des raies latérales , offrent un bel ovale alonofé et échancré aux deux bouts : ces taches diminuent vers les parties postérieures à mesure que les figures en croix augmentent en étendue , mais les dernières prennent le dessus sur la queue et sont elliptiques à leur tour, tandis que la teinte du fond forme des rubans assez étroits. Les taches sont très foncées sur ces parties , d'un rouge pourpre tirant sur le brun et à bords noirs: on peut les comparer à de grandes gouttes de sang coagulé. Une suite de taches en œil, perpendiculairement alongées , règne le long des flancs ; elles confluent quelquefois avec les dorsales: dans d'autres individus elles sont moins régulières , et il y en a où l'on en voit une d(mble suite de plus petites et alternes^ elles deviennent également plus foncées sur les parties postérieures et ont leur centre d'un beau rouge de brique au lieu d'être blanches. On voit le plus souvent une tache foncée au dessous de l'œil, et deux autres à la lèvre inférieure. Une raie de la même teinte, naissant au bout du museau, se prolonge sur le sommet de la tête et s'élargit en massue sur la nuque.

Il sera superflu de dire qu'un dessin aussi varié que celui du Boa constricteur est sujet à beaucoup de variétés , dont il est impossible de se faire une idée au moyen de descriptions.

380 BOA MURINA.

Les teintes varient également dans les tliiférens iiuliviclus el selon l'époque de l'année : elles sont par exemple beaucouj) moins vives avant le changement rie peau. Conservé dans la liqueur forte, ce Boa perd beaucoup de sa beauté primitive.

Le crâne de ce Boa est plane et très large entre les orbites ; la partie postérieure au contraire est assez étroite; les caisses sont larges et les apophyses de la mâchoire inférieure assez développées. Les dents sont plus longues que dans l'espèce suivante ; mais moins développées que dans les Boa hortulana et canina.

2Esp. LE BOA RAJIVORE. BOA 3IURÏIVA.

PI. XIV fig. I et 2.

Il est probable que Linnaeus (f) a suivi l'exemple de Seba (2) , en donnant à cette espèce un surnom assez vague que les auteurs cependant ont conservé. Le même savant a fait mention d'un Boa (3), qu'il faut évidemment rapporter à l'espèce du présent article , quoique la figure de ScHEUCHZER (4) qu'll clte , représente la coiionelle corail. Quelques auteurs modernes (5) ont décrit ce Boi. comme espèce nouvelle et sous plusieurs noms.

Le Boa ratlvore est le plus grand ophidien de l'Amérique, et peut-être surpasse-t-il par sa taille tous les serpens dont le globe que nous habitons est peuplé. C'est à cette espèce qu'il

(i) Styst. nat.p. 374. — (2) Thés. Il PL 29/] i ; d'autres figures se trouvent dans Seba // il>. \ et dans Scheuchzer PL 606. i. — (3) boa SCYTALE. — {[^ BihL sacra 'j^'j f. i. — (5) boa gigas Latr. voL 111 p. i36; BOA anaconda Daudin voL V p. 161 PL 63 Jig. 2; boa aquatica, Neuw. Abb'dd. Livrais . 11 PL 6 et Beitr. p. aaG; ce Boa (ait parti du genre e u n e c t e s de Wagler Syst. p. 167.

BOA MUIUNA. 381

faut rapporter la plupart des contes en grande partie exagérés , que les voyageurs ont répandus sur la taille énorme, sur les mœurs féroces et sur la voracité des serpens monstrueux du nouveau monde. Nous avons déjà dit que les savans ont embrouillé l'histoire des Boas, en appliquant ces observations pêle-mêle à diverses espèces, confondues souvent avec les Pythons; ceci regarde particulièrement les ouvrages de plusieurs naturalistes français et de Schneider.

Les recherches que le Prince de Neuwjed a faites par rapport aux habitudes de cette espèce sont précieuses; mes lecteurs me sauront gré d'en avoir extrait le passage suivant: « ce Boa porte au Brésil le nom de c u cur iu r a,ou de eu curiu, les Botocudes le désio^nent sous celui de k etom eniop. J'en ai vu des individus de 20 pieds de longueur totale, et les habitans assurent qu'il parvient à une taille beaucoup plus forte dans les lieux incultes et inhabités. Il passe la plus grande partie du jour dans les eaux, tantôt nageant entons sens, tantôt flottant à la surface et se laissant emporter par le courant des grands fleures sans se remuer; il plonge avec dextérité et reste souvent assez longtemps au fond des eaux , ou , si elles sont peu profondes, le Boa s'y repose, n'exposant à leur surface que la tête. Etendu près des bords des rivières , sur le sable, sur des troncs d'arbre ou sur des rochers, il guette la proie qu'il va poursuivre dans les eaux ou quil surprend même dans cet élément: elle consiste en Cabybaras, en Agoutis, enPacas et en autres mammifères ; on dit qu'il se nourrit aussi de poissons. Ce Boa s'accouple en été, depuis le mois de Novembre jusqu'au Février; c'est alors qu'il .ie montre le plus souvent , et à ce que l'on m'a dit , fait entendre un mugissement sourd au Brésil il ne s'engourdit pas en hiver. Il est très timide , et toujours sur ses gardes , de sorte qu'on ne peut le surprendre que par hasard; les indigènes le tuent partout où il se trouve, à coups de fusil ou de flèche, et l'assomment à coups debàton lorsqu'ils en rencontrent à terre

382 BOA MURIIVA.

où ses mouvemens sont très lents ; il a la vie tenace , et le corps se remue souvent encore après que l'on a ôté les intestins et enlevé la peau , dont on se sert pour faire des couvertures, des valises et des bottes ; la graisse est également mise à profit par les indigènes, et les Botocudes mangent la chair de ce Boa.

Le Boa rativore se trouve en abondance à Surinam , d'où on en apporte souvent en Europe j notre Musée doit un bon nombre d'individus aux soins de M. Dieperink, qui nous a fait parvenir entre autres une femelle adulte dont la longueur totale est de i8 pieds. Cet amateur éclairé m'écrit que cet individu appartient au nond)re des plus grands que l'on ait jamais tué dans cette colonie, où il est connu des esclaves nègres sous le nom d\ b om a. Cest évidemment à un individu de la même espèce, que Stedman (i) a fait la chasse; le récit dont il à orné à ce propos la relation de ses avantures , paraît un conte fait à plaisir. Fermin (2) fait mention de ce reptile sous le nom de boiguacu, et dit avoir vu un individu de 23 pieds et demi de longueur qui avait dévoré à la fois un paresseux , un leguan et un mangueur de fourmis. Daudin a reçu un individu de Cayenne. Gtt.milla, d'AzzARA , von Humboldt et d'autres voyageurs qui font mention dans leurs relations de grands Boas, ont probablement dressé leurs observations sur l'espèce du présent article.

On voit par ces données que le Boa murina est répandu dans la plus grande partie de l'Amérique intertropicale, et que les observations récentes s'accordent peu avec les contes que plusieurs voyageurs ont débité au sujet de la taille monstrueuse de ces serpens. J'ignore les dimensions de ceux que l'on conserve peut-être dans le Musée de Londres; en Hollande, pays de curiosités en histoire naturelle, on cherchera

(1) J^oy. 11 p, 215 suw. — (2)/?. 34. — dans Marcgraf p. 281 cette espèce porte le nom dcAMOREPiNiMA.

BOA MURINA 383

en vain de trouver de plus grands Boas que ceux dont nous avons parlé , et M. Lichtenstein (i) cite un individu de 20 pieds du Musée de Berlin comme étant d'une taille extraordinaire.

Le Boa rativore a les formes plus élancées que le précédent ; le tronc esl par conséquent moins gros , la queue en occupe environ le cinquième: elle ne diffère point pour la conformation de celle du boa constricteur. La te te au contraire, est chez le Boa rativore beaucoup moins grosse, plus effilée et presque d'une venue avec le cou ; le museau est voûté vers les côtés, peu large, alongé, arrondi au bout et terminé par une plaque en pentagone et profondément échancrée en dessous. L'ouverture de la bouche est droite et assez ouverte; on compte environ i5 lames écailleuses à la lèvre supérieure ; elles ont plus d'étendue que celles du Boa constricteur; il en est de même de celles dont le museau est revêtue , et qui méritent plus particulièrement le nom de plaques. Les nasales se touchent par leur bord interne : les narines se trouvent conséquemment au sommet du museau près de son extrémité , et indiquent l'habitant des eaux, tant par cette position que par leur petitesse; elles sont en forme de croissant et susceptibles d'être fermées quand l'animal veut plonger. L'espace entre les yeux est saillant; ces organes sont peu volumineux , dirigés en avant et un peu vers le ciel , et à pupille verticalement alongée : ils sont entourés d'un tour de 6 plaques dont l'antérieure est très large ; on voit également des plaques superciliaires , deux frênaies dont l'antérieure est petite, et une paire de frontales qui sont assez alongées. Le reste du museauestrevêtu de plaques dont la forme est assez irrégulière et peu constante; on distingue quelquefois une frontale postérieure impaire , accompagnée de plusieurs autres plaques et on voit souvent deux ou plusieurs lames au lieu de la verticale. Les écailles du tronc ont la même conformation que

(i) Mus. p. 77.

384 BOA MURIIVA.

celles du boa. constricteur, mais elles sont moins petites et disposées sur 4y rangées; elles occupent également les parties postérieures et le dessous de la tête, et une de leurs rangées s'avance entre les plaques labiales et orbitales jusqu'aux côtés du museau. On compte le plus souvent de 240 à 260 lames abdominales très étroites; celles qui garnissent le dessous de la queue sont tantôt au nombre de 56, tantôt de 7 5.

Le Boa rativore a les teintes moins variées que l'espèce précédente. Le dessus est d'un brun fuligineux, tirant à l'olivâtre sur la tète; les côtés de celle-ci sont marqués d'une raie d'un jaune brunâtre, bordée par deux autres raies noires, dont l'inférieure, naissant derrière l'œil , se prolonge sur les côtés du cou. Deux rangées de taches orbiculaireîi et noirâtres, quelquefois coniluenles et tlisposées alternativement, régnent le long des parties supérieures de l'animal; le dessous est d'un jaune d'ocre; les flancs , de la même teinte, sont ornés d'une double suite détaches en œil , souvent alternes, irrégulières, très incomplètes , et dont les bords se confondent avec les nombreuses taches carrées dont le dessous est varié. Les teintes deviennent plus claires par l'action de la liqueur forte.

Les os du crâne sont njoins vigoureux que dans 1 espèce précédente: le front est beaucoup plus étroit, la mâchoire inférieure offre des apophyses très peu développées, les caisses sont peu larges. Cette espèce a les dents plus courtes que les autres du genre.

Le Boa rativore est yivipare: j'ai trouvé dans le ventre d'une femelle, envoyé de Surinam par M. Dieperink, une vingtaine d'œufs dont chacun contenait un foetus presque complètement développé , et offrant des teintes très vives quoiqu'au reste semblables à celles de la mère : ces foetus étaient longs d'un pied à 18 pouces.

BOA CEXCimiA. .385

3 Esp. LE BOA PORTE- JNNEAVX. B. CENCHRIA.

PI. XIV fig. 3, 4et5.

Le Boa qui doit nous occuper dans Tarticle présent a quelque analot;ie avec le précédent, par la disposition des teintes, et par son port: il s'en distingue facilement par sa taille moindre, par une queue plus courte, et particulièrement par la conformation du museau et des narines, ainsi que par la position des yeux et par la présence de petites fosses aux plaques labiales.. , fefîfcb

Les renseignemens que je vais communiquer sur ses habitudes sont encore dus aux zèle du Prince de Neuwied (i). Ce célèbre voyageur a rencontré ce Boa sur plusieurs points de la côte orientale du Brésil, au Nord de la rivière Espirito Santo. On l'appelé jiboya, nom sous lequel on désigne aussi le Boa constricteur, dont il a, à ce qu'en disent les indiofènes , les moeurs et les habitudes. Le Prince a observé des individus Je six pieds de longueui- totale. Ce Boa grimpe sur les arbres et s'établit souvent dans des creux du sol, mais il ne fréquente jamais l'eau; sa nourriture consiste en mam-;' mifères de moyenne taille.

La figureque le Prince a donnée de ce 15oase trouve dans la Lior. /^/des Abbtldiuigen^ elle a été faite sur le vivant: en la comparant aux individus conservés dans les collections, on voit que les teintes de cette espèce ne changent guère après la mort. Merrem en a publié précédemmeni uneautre liguiel (2), eton en trou\e déjà plusieurs dansSfiBA: //. 28. 2 , figure médiocre d'unjeune individu; //. 54- /• 3, fig. passable du jfune; //. 88. f. i,fig. abominaI)le; //. 98, figure reconnaissablede l'adulte, et quia servi de type au col. dubius de G.melin (3) ; /. 56. i, fig.

(i) Beitr. p, iily suiv, — (a) Annal. Weitet. vol^ II p. 5i PI. 9. — ij^) Syit. naf. p. ïo86.

îj

38r> BOA CEiVCHRlA.

Hiedlocre du jeune; les ii<][ares //. 102 et/. 62. r enfin, qui représentent une variété à tnches conlluentes en cliame, ont été regardées par Shaw comme appartenant à une espèce nouvelle, qu'il nomme roa regia (i): teu Boie (2) a fiofuré un individu de cette même variété, sous la dénomination de boa lateristriga, et est allé jusqu'à constater , d'après les données incertaines rl'un marchand (r<)l)iets d'histoire naturelle, qu'elle habite 1 île de Java. Wagler (3) , dont les travaux reposent en grande partie sur les observations de Boie, rend la confusion complète en plaçant la même espèce dans trois genres divers, et en empruntant du boa cari- NÀTA les caractères qu'il assigne à la première de ces coupes imaginaires. Schneider (4) et D\udin (5) ont commis plusieurs erreurs dans les descriptions qu'ils ont données de cette espèce: ils l'ont confondue, à cause <le l'analogie des teintes, avec le Boa muriiia: on parviendra facilement à débrouiller ce qui a rapport à l'un ou à l'autre de ces deux ophidiens.

Ce Boa a été observé par plusieurs voyageurs à la Martinique comme le constatent les sujets conservés au Musée de Paris. Il n'est pas rare à Surinam, d'où M. Dieperink nous en a envoyé une douzaine d individus de tout âge. Plusieurs d'entre eux sont de la variété ci-dessus mentionnée, que l'on nous a aussi adressée du Musée de Vienne sous le nom de Boa regia. Le plus grand sujet que j'aie jamais vu est delà grosseur d'un bras d'enfant sur une longueur totale de 1,18 -+-0,18: on voit par ces données, que la queue de cette

(i) Gen. Zool. III. IL p. 347. — (2) Erpct. de Java PI. 26. —

y)Syst.p» l66 Slliv. ; EN YGR U s , EUNECTES Ct EPICRATES.

(4) Syst. arnph. Il 201. — (5}" Rept. F p. i32. /*/• 62. /•' 2 tronçon du corps; PI, 59 y. 1 et 1 (têlej: boa aboma, nom du Boa mm ina à Surinam ct emprunté de Stedman ; il faut aussi rapporter ici son boa ANifULiFRiv vol. V p, 202 PI, 63yi 3; (tronçon du corps).

BOA CEi\CIlRlA. 387

espèce est excessivement courte; ce membre très conique et toujours courbé en dedans est terminé par une pointe phis ou moins obtuse, et offre des dimensions peu constantes , comme cela résulte du nondjre des plaques, qui est tantôt de 36 tantôt de 60. Celles qui revêtent l'abdomen sont plus larges que chez le boa m urina et se trouvent au nond)re de 218 ou de 260. Les écailles de ce Boa ont beaucoup plus d'étendue que celles des espèces précédentes, quoiqu' elles n en diffèrent point pour la forme: c'est pourquoi leur nombre est beaucoup moins considérable ; l'on n'en compte que 33 ou Sj rangées. Elles s'avancent aussi sur la tête et sur le sommet du museau où, augmentant un peu en étendue, leur forme cesse d'être symétrique: une seule paire de lames écailleuses, qui succèdent au nasales et que l'on peut comparer aux frontales antérieures, méritent le nom de plaques. La superciliaire et Toculaire antérieure sont exiguës ; la dernière offre à sa base une autre plaque qui est plus petite; on voit une rangée de 3 écailles au dessous de la frênaie et 4 plaques postorbitales. Les labiales sont assez petites, au nombre de douze à la lèvre supérieure ; toutes sont creusées , à leur bord interne, d'une légère fossette, dont l'ensemble forme une espèce de canal , particulièrement sensible derrière l'œil; les premières plaques de la lèvre inférieure se prolongent sous le menton. La tête est, comme celle du 13oa nrurina , presque dune venue avec le tronc, petite, étroite, alongée, conique et à sommet applati; elle se confond insensiblement avec le museau qui est très comprimé , et à bout un peti proéminent en forme de nez; les narines, assez ouvertes et latérales, se trouvent très rapprochées de son extrémité, vu que les plaques qu'elles percent se touchent par leur bord interne. La plaque rostrale est plus haute que large, échancrée en dessous et en pentagone. L'œil n'est point dirigé en avant et vers le ciel, comme dans le Boa rativore , mais la pupille est égaleinent alongée dans le sens vertical.

38S BOA CEXCIIRIA.

Ce Uoa a le poumon assez alongé; mais le lobe gauche est «le moitié plus court que celui du coté droit.

Le Boa porte-anneaux est très remarquable par les belles teintes dont sa livrée est ornée. Un beau roux brun tirant sur le jaune, tantôt plus foncé tantôt plus clair, occupe le fond ; une double série de taches rondes, d'un jaune brunâtre et bordées de noir, régnent le long des parties supérieures : mais elles confluent le plussouvent pour former une seule série de taches très larges. On voitsur les flancs trois autres suites détaches, diminuant en étendue vers l'abdomen , linférieure étant quelquefois incomplète et peu distincte de sorte que Ton ne compte quedeux rangées de taches: ces taches sont d un brun noirâtre, et celles qui avoisinent le dos, ont toujours leur partie supérieure marcjuéed un trait blanc, en forme de croissant. Nous avons déjà dit que cette distribution des teintes, n'est pas toujours aussi régulière que nous venons de la décrire ; qu'elles sont au contraire quelquefois confluentes, et que l'ensemble forme alors un dessin en chaîne qui laisse à peine entrevoir les taches orbiculaires: cette variété a les flancs souvent rayés, et n'est pas rare dans les collections; on en voit plusieurs beaux individus de grande taille chez M. Klinkenberg à Utrechl. Le sommet de la tête est toujours divisé longitudinalement par une raie brune; deux autres raies de la même teinte se prolongent depuis l'œil jusqu'aux côtés du cou. Le dessous de l'animal est d'un blanc jaunâtre, quelquefois varié de brun. Les petits ont les teintes constamment plus vives que les adultes.

4 Esp. LE BOA CAISINE. BOA CANINA.

PI. XIV fîg. 8 et 9.

Ce Boa est très reconnaissable à ses belles teintes verte et

BOA CAIVIAA. 389

jaune. Il vient de Surinam où il est assez rare ; Spix (i) cependant l'a aussi observe près du Rio negro. Ce voyageur assure qu'il atteint jusqu'à 12 pieds de longueur , mais je doute qu'il parle d'après l'autopsie. Ce Boa nage avec beaucoup d'agilité; un individu, pris par M. Spix en traversant les eaux du Rio negro, s'entortillait autour de son bras, le serrait fortement, et enfonçait ses longues dents dans un morceau de bois, ne Sachant pas même prise après avoir été mis dans l'esprit devin. Ce Boa a en effet les dents antérieures beaucoup plus développées que les autres espèces; et cette circonstance, ainsi que sa large tcte en cœur, prêtent à sa physionomie des traits assez sauvages, ce qui a sans doute engagé Linnaeus (2) à donner à cette espèce l'épithète de canine.

Elle a les formes plus effdées que les espèces de Boa dont nous avons traité jusqu'à présent, son tronc est extrêmement comprimé, le dos en carène, l'abdomen très étroit el un peu anguleux aux côtés, la queue enfin est alongée. Le corps est particulièrement conformé pour se rouler en spirale, et les individus conservés dans la liqueur, ont presque toujours gardé cette position. La tête est plus alongée et plus grosse que dans les autres espèces , et l'occiput assez distinct du tronc; elle est un peu anguleuse aux côtés, applatie au sommet et môme un peu concave entre les yeux; ceux-ci sont latéraux, ainsi que les narines: les premiers un peu plus grands que chez les autres Boas; les dernières très ou- / vertes, horizontalement alongées, dirigées en avant et rapprochées du bout du museau. Cette partie n'est pas aussi conique que dans les autres Boas , elle a au contraire le bout large et arrondi: la plaque dont elle est terminée est assez étroite mais haute; le sommet est garni de trois ou de quatre

(1) Serp. bi'as, p. 4^ PI. 16. xiphosoma araramkoya: ce dernier nom est celui que porle l'espèce chez les Indiens, habitant les bords du Rio negro. — (2) Mus, Ad, Fi: PI. 3; Syst. mit. p, 373.

390 BOA CAAmA.

plaques (le forme peu constante, et que l'on petit comparer à (les frontales. On voit au frein 5 ou 4 lîi'ges plaques, accompaghees postérieuiement et en dessous de plusieurs autres qui sont moins grandes; Toeil est bordé d'un tour de petites écailles. Les lariiesqui revêtent le reste de la tête, ne se distinguent des écailles du tronc, que par leur forme moins symétrique; celles du sommet particulièrement sont très irrégulièies et en polygone. Il serait sup(;rflu de dire que des lames écailleuses d'une forme si peu constante sont très sujettes à varier, tant par leur disposition que par leur étendue et leur configuration. Les plaques labiales de cette espèce , au nombre de 12 environ à la lèvre supérieure, sont creusées, dans leur centre, d'un sillon assez large, formé par des échancrures en guise de fossettes, particulièrement profondes au bord postérieur des plaques, de sorte que leur bord antérieur s avance en anj'le ai<jfu. Ces fossettes se trouvent tout autour des lèvres, et la plaque rostrale offre, outre les fossettes de ses côtés, ime profonde cavité au centre et une échancrure à son bord inférieur.

Les écailles du tronc , plus alongées que chez les espèces précédentes, très imbriquées et pointues au bout, sont disposées environ sur 53 ranimées lons^iludinales.

Le crâne de ce Boa offre un front assez convexe, les mastoïdiens sont courts; le maxillaire est courbé en S , et le crâne très large à sa partie postérieure. La bouche est garnie en avant de dents extrêmement longues et crochues. Le poumon est beaucoup plus alongé que chez les autres espèces du genre; mais la plus grande partie de ce viscère ne forme qu'un sac spacieux et dépotjrvu de cellules: le lobe gauche, quoique étroit, est de la moitié de la longueur de celui du côté droit.

Les teintes de cette espèce sont moins susceptibles de s'altérer dans la liqueur forte que celles des autres Boas ; elles deviennent seulement un peu plus obscures après la mort. T n beau vert de mer foncé occupe les parties siipé-

BOA CAIVIAA. ^^\

rieures ; le tléissous est jaune: cette couleur s'avance un peu sur les flancs , qui sont plus ou moins distinctement nuancés de marbrures et de taches. Le dos est orné d'une suite de taches blanchâtres, en lozange , et qui descendent sur les flancs sous la forme de bandes transversales déchiquetées ; elles sont quelquefois indistinctes , irrégulières , souvent séparées et disposées alternativement 5 les plaques enfin qui les bordent sont toujours mouchetées d'innombrables petits points noirs , dont le dos est quelquefois entièrement parsemé^ et qui contribuent assez à relever la beauté du dessin.

En comparant la livrée des jeunes à celle des adultes , on s'aperçoit que les teintes de cette espèce éprouvent de grands changemens avec le développement de l'individu: car la couleur du fond est, dans la jeunesse, d'un jaune orange plus ou moins foncé ; les côtés et le sommet de la tête sont ornés de taches brunâtres de diverse étendue et presque toujours orbiculaires ; on remarque deux raies sur le museau et une derrière fœii j les taches dorsales enfin sont très agréablement piquetées et bordées de noir. Linné (i) , et après lui un grand nombre de naturalistes , ont considéré le Boa canine à cet âge, comme une espèce particulière ; il est probable que leurs recherches ne sont fondées que sur les figures qu'en a donné Seba (2). Laurentius a changé le nom de cette espèce nominale en celui de boa exigu a (3), et s'est servi de deux autres figures de l'iconographe (4) que nous venons de citer, pour en former ses boa AURANTiACACtTHALASSiNA, . Deux mauvaises figures , une de l'adulte et l'autre du jeune, se trouvent sous le nom de h^pnale, dans Lacépède (5). On voit déplus une figure du jeune dans Scheuchzer (6), et celle de l'adulte dans Guérin [y).

(1) BOA HYPNALE S) st, liât. p. Z'^Z. — (l) ThcS. II. PI. '^l\Jlg.

\et 1. — (3) Syn, p. 89. — (4) //. 81. i et 96. 'i. — (5j Quad. ovip, II PL i6f.i eiPl i-j fig. 1. —(6) Bihl. sacra. PI. 628/^. E. — {7) Ico/iof/: PL 19/1 2.

302 BOA HORTLLAjVA.

Le Musée des Pnys-Bas possède une belle série de ce Boa , composée d'itullvldus de tout âge etdont l'adulte mesure environ 6 pieds; d'auties ii'oftVent que 0,76 + 0,20 et les petits ne surpassent guère o,3o H- 0,08. Nombres des plaques ; 188 -4- 64 ou 2o5 + 76.

5 Esp, LE BOJ BRODÉ, BOA HORTULANA.

PI. XIV £ig. To et II.

La diagnose queLiNNÉ(i) a donné de celte espèce dit expressément , que son nom est dérivé du dessin élégant dont elle est ornée. 11 est impossible de la confondre avec aucune autre du genr(^; car sa (jueue est beaucoup plus longue , relalivement au tronc , qui est très grêle et assez effilé , et les fossettes des lèvres forment, derrière l'œil, un creux très profond et triangulaire. Linné cependant, attacbant trop d'importance au caractère tiré de la disposition des teintes, qui varient extrêmement chez ce Boa, a formé d'une de ces variétés une espèce nouvelle qu'il nomme boa en y dris (2). Il estétonnantque Merrem (3),en publiant une figure de cette variété, l'ait encore décrite sous un nom différent, et qu'il ait établi des caractères pour la distinguer du boa canina, sans même penser à la comparer au Boa de cet article. Mais il est plus étonnant que tous les successeurs de ce savant aient adopté ses idées, sans y rien changer, que Schneider (4) ait conféré un troisième iiom à cette variété, que Daudin (5) l'ait élevée au rang des

(ij BOA HORTULANA SySt. nat, p, 874. (l) ?^'

(3) STUMPFRÔPFIGER SCHLINGER. Beitf. 11 p. l3 PL 1' —

(4) BOA M ERRE Mil SySL II p, 2^9. (5) CORALLUS OB-

TUsiRosTRis ; RepL vol. V p. 269 PL G 4 fig. 3 et PI 5 y fig,

5 et (>.

BOA IIOKTULAIVA. 3î)3

genres , parceque l'individu de Merreni offrait les premières lames abdominales divisées , que Wagler (i) enfin l'ait figuré sous une cinquième dénomination. En passant en revue les autres synonymes de ce Boa on verra que Daudin (2) , après l'avoir décrit trois fois, fait encore une nouvelle espèce d'un individu rapporté de Surinam par Levaillant, que Wagler (3) en a publié sous un nouveau nom une figure outre celle déjà citée ; que Laurentius (4) enfin l'a introduite dans le système d'après Sera (5), comme deux espèces nouvelles du genre Vipère, placées dans le genre c olurer par Gmelin (6). On n'a pas mis à profit plusieurs autres figures de ce Boa qui se trouvent dans Scheuchzer (7) et dans Sera (8) , on en voit aussi une abominable dans Lacépède (9).

Nous avons au Musée une suite complète de cette espèce r elle est due en grande partie aux soins de M. Dieperink à Paramaribo , et composée d'une douzaine d'individus de tout âge, qui montrent le passage des deux variétés principales que nous allons décrire. Les adultes mesurent i,4îa+o,36; les petits 0,42 4- o,i4 ou 0,37 + 0,11. Le nombre des plaques varie depuis. 256 + 110 jusqu'à 291 + 124. Un sujet du Musée de Paris est originaire de l'île de St. Vincent.

J'ai trouvé dans l'estomac de plusieurs individus des oiseaux , tels que des Tangaras; un autre figuré par Sera IL 8. i. avait dévoré une souris , et Spix rapporte que ce Boa fait la chasse aux animaux de petite taille, les poursuivant même dans les eaux. Ce voyageur a observé le Boa brodé sur les bords du fleuve Salimoëns.

(l) XIPHOSOMA DORSUA LE Sei'p. brUS.Pl. l5 p. 4^. (2) BOA

E L E GA N S. Rept. K p. 123 PL 63 /". 1 Ct PI' 6t ^g. 32 et 33. —

(3) XIPHOSOMA ORWATLM. Se/J). hvdS. p. ^O Pi. l4 fig' ï.

(4) VIPERA BITIS et MADERENSIS Syn. p. I02. — (5) Tlies,

jl i6. I et /. 54. 1. — (6) Syst. nat. p. 1092. — (7) Blbl. sacra. 661. 9. — (8) Thes' Il PL 8/ i ; // 5o. i ; //. 74 et // 84. i. (<jl Quad. ovip, II PL. 17 Z'"^'. 2.

394 BOA UORTULAAA.

On serait plutôt tenté de croire que ce Boa habite les arbres, Vu ses formés ei'iilées, et la délicatesse de ces parties- Le tronc étant exessiveinent comprimé, il s'ensuit que l'abdomen est très étroit , un peu anguleux aux colés, et occupé en entier par des lames plus larges que dans les autres espèces; le dos est relevé en carène. La queue est très alongée et s'amincissant insensiblement en pointe conique vers le bout. La tète ressemble , pour sa conformation , à celle du boa canina, quoiqu'elle soit moins lourde , et que le museau soit plus alongé et plus conique. Les plaques labiales diffèrent, en ce que celles du milieu sont plus petites , et dépourvues de fossettes ; les postérieures au contraire en offrent de très profondes, et celles de la mâchoire supérieure sont creusées d'un sillon en forme de fente, à ouverture large et triangulaire. Les narines et les yeux ne dilfèrent des mêmes parties chez le Boa canine, qu en ce que les premières sont plusorbiculaires ; on ne voit que deux paires de plaques frontales peu larges , deux frênaies et une oculaire antérieure. Le reste de la tête est revêtu de très petites écailles polygones , de forme peu constante , et augmentant en étendue à mesure qu'elles avancent vers le museau. Les écailles du tronc sont beaucoup plus alongées que chez le Boa canina et presque lancéolées ; mais le tronc du Boa brodé étant beaucoup moins élevé dans le sens vertical que celui du Boa canina , les écailles ne surpassent point en étendue celles de cette dernière espèce , quoique le nondjre de leurs rangées ne s élève qu'à ^g. L'ouverture de la bouche est moins droite que dans les autres Boas et forme une ligne en S assez prononcée.

Le Boa brodé a ses flancs ornés d'une suite détaches rondes ou en lozange, d'un brun roux noirâtre, et qui s'étendent vers l'abdomen en s'élargissant; on observe le plus souvent entre ces taches une rangée de taches plus petites , alternes , moins régulières et dont le nombre est quelquefois augmenté du flouble ou du triple. Toutes les taches , et particulièrement

BOA HOUTULAAA. 395

celles du dos , ont une telle étendue qu'elles laissent à peine entrevoir la couleur du fond qui est beaucoup plus pâle : elles sont bordées de blanc et de jauiie chez les jeunes, et ces bordures forment alors un dessin aussi élégant que varié, mais dont la disposition est peu constante. Le sonunet de la tête est orné de nombreuses raies claires , qui se confondent en tous sens ; on distingue deux larges raies foncées derrière Tœil , et deux autres bordant le sommet du museau. Le dessous est varié des deux teintes principales.

La variété dont nous avons parlé plus haut a les teintes l>eaucoup plus sombres et moins variées. La couleur du fond est le plus souvent d'un brun pâle et grisâtre; les taches sont petites , confluentes , effacées , peu distinctes et souvent en œil ; on ne voit sur le son)metde la tête que quelques raies foncées qui forment une figure en croix sur l'occiput. Quelques individus offrent des teintes presque uniformes (i). INous possédons de jeunes sujets qui sont d'un jaune sale; cette couleur passe chez d'autres au brun ou au roux. Nous nous bornons à indiquer ces variétés, qu'il ne convient pas de décrire minutieusement dans notre ouvrage.

Le crâne de cette espèce offre des formes un peu disparates : il est bombé au dessus et presque partout de même largeur ; la mâchoire inférieure est droite. Les mastoïdiens sont très courts ; les caisses larges , vigoureuses et courbées, ce qui donne au crâne une configuration toute particulière. Les dents antérieures sont assez développées, fortes et courbées.

(i) A. ce nombre appartient le boa modesta de Rruss : Mus. Senk, 11 p. 129 , originaire de la province Ilhéos au Brésil.

3i)6 BOA DUSSUMIEUI.

6 Esp. LE BOA DE DUSSUMIER. B. DUSSUMIRI,

Outre un oplilrlien anomal originaire do l'île de Cuba , il nous reste à traiter de trois espèces du genre Boa, toutes habitans de Tancien monde : elles s'éloignent sous plusieurs rapports de celles de l'Amérique, particulièrement par leur petite taille et par leurs écailles carénées ; on ignore leur manière de vivre.

Celle que nous allons décrire d'abord , est inédite et a été observée dans l'île ronde, près de Maurice , par M. Dussumier, voyageur infatigable et ami éclairé des sciences , auquel 1 histoire naturelle doit de nombreuses découvertes.

On n'en connaît qu'un seul sujet, probablement jeune encore, et qui mesure o,3i 4- o, ii.

L'espèce du présent article se rapproche du boa hortu- LANA, qu'elle paraît représenter dans l'ancien monde, par ses formes effdées et par la longueur de sa queue : la disposition des plaques de la tête , le manque de fossettes labiales et les écailles carénées offrent cependant des traits trop saillans, pour la confondre avec le Boa de l'Amérique, dont nous venons de parler.

La tête du Boa de Dussumier ressemble à celles des autres Boas de l'ancien monde ; c'est à dire , elle est alongée et très déprimée , mais elle offre un museau qui va en pente vers les côtés, au lieu d'être anguleux comme chez le Boa caréné ; ce museau en outre est revêtu de 2 paires de plaques assez grandes, qui sont précédées d'une rostrale obliquement tronquée. On voit une rangée de très petites frênaies , une oculaire antérieure très développée, et 4 «u 5 oculaires postérieures. Les labiales , outre la terminale et les écailles gulaires, sont également petites , mais on distingue parmi les dernières une paire de mentales qui sont très effilées.

Les narines, assez étroites, sont placées près de larostrale, et offrent une position un peu verticale, mais les yeux sont parfaitement latéraux.

BOA CARIjVATA. 397

Cette espèce offre comme les autre Boas un tronc assez alongé et comprimé , mais elle a cette partie très (l(;licate et terminée par une queue assez déliée et un peu prenante, dont le dessous est revêtu de 128 lames simples : celles de l'abdomen en occupent toute la largeur, et sont au nombre de 238. On compte 39 ranimées d'écaillés extrêmement petites et toutes surmontées d'une forte carène.

Cette espèce a les teintes assez uniformes: les dessus est d'un gris brunâtre ; le dessous tire sur le jaune: on voit plusieurs taches noires sur la queue.

7 Esp. LE BOA CARÉNÉ. BOA CARÏNxVTA.

PI. XIV fig. 12 et i3.

Voisine de la suivante , l'espèce du présent article est beaucoup plus commune dans les collections et mieux connue que celle-là. Elle offre une teinte d'un brun roux, varié de larges taches anguleuses plus foncées, entre lesquelles on voit d'autres taches irrégulières noirâtres , et des marbrures blanches qui forment quelquefois des bandes sur la queue \ mais ce dessin est très indistinct, peu constant et les taches , souvent confluentes, forment plusieurs raies longitudinales assez larges.

On voit les figures de ces deux variétés chez Seba //. 28. y. 5 et 6 ; une autre se trouve chezMERREw: Annal. Wetter. IL /?. 6op/. 9;zusAMMENGEDRÙCKTER scHLiNGER. Schneider a examiné plusieurs individus de cette espèce; conf. Syst,

Amph. IL p. 161 '^ BOA C A R I N A T A.

Nos voyageurs ont adressé au Muséum un bon nombre d'individus de ce Boa , qu'ils ont observé dans les îles d'Amboine, de Saparua et sur la côte occidentale de la nouvelle Guinée. Nous devons au pinceau de feu van Oord la figure d'un adulte, faite

398 BOA <:ARL\ATA.

sur les lieux; elle nous a a démontré que les t(Mntes sont peu sujettes à l'influence de la liqueur forte.

Les adultes de ce Boa ne mesurent queo,43 |oo85; le nombre des plaques est peu considérable et surpasse rarement i8o^r)o; on trouve au contraire des sujets qui n'en oflrent que i6o + 48.

Le tronc est peu large et assez comprimé , le dos en carène , l'abdomen étroit et garni de plaques convexes , plus grandes que celles des autres Boas. La queue est peu longue et un peu conique. La tête est excessivement déprimée , assez distincte du cou , effilée, un peu en cœur et à sommet applati. Le museau est conique , alongé, anguleux aux côtés , arrondi et tronqué obliquement au bout. Les lèvres sont enflées et bordées de ii plaques, plus larges par devant ; l'ouverture de la bouche est indiquée par une ligne à-peu-près droite. Les yeux sont médiocres etieur bord est assez saillant , particulièremeiità larégion surciliaire ; l'iris est jaune. Les narines sont étroites , orbiculaires, rapprochées de l'extrémité du museau, et latérales, ainsi que les yeux. La plaque roslrale est presque carrée , la terminale de la lèvre inférieure assez larjje et trianoulaire. Le reste de la tète est revêtu de petites plaques , qui ne diffèrent des écailles du tronc , que par leur forme irrégulière : elles sont souvent en polygone, et un peu plus larges sur le sommet du museau. On compte 27 rangées d'écaillés carrées et toutes surmontées par une forte carène.

Le crâne de cette espèce est assez déprimé et alongé : les caisses et les mastoïdiens sont moins développés qu'à l'ordinaire ; il en est de même des apophyses de la mâchoire inférieure; la supérieure est en forme d' S. Cette espèce a le bout des mâchoires garni de plusieurs dents assez longues. Le canal alimentaire est très long , ce qui fait que les intestins se trtuivent reserrés vers les parties postérieures: ils sont légèrement plissés. Le poumon forme deux lobes presque égaux en longueur ; mais les proportions de ce viscère varient d'un individu à l'autre. Les reins sont très courts et ramassés.

150A COKICA. 39i^|

8 Esp. LE BOA A QUEUE CONIQE. B. CONICA.

Comme je n'pii pas été à portée d'examiner cette espèce d'après nature, je me vois obligé d'avoir recours , pour ma description , îiux détails fournis par Russel (i) et Schneider (a).

Elle habite les grandes Indes. Voisine de la précédente, elle s'en distingue facilement par sa queue conique et très courte , par un nombre divers de bandes abdominales et sous-caudales , enfin par le système de coloration.

Ce Boa atteint un pied et demi de longueur totale. On lui compte U09 -r 19 plaques. Le dessus est d'un brun foncé-,' relevé par une bande longitudinale , large , noire et faisant de nombreuses sinuosités; elle est bordée de blanc et accompagnée sur le flancs d une suite de taches noires , irrégulières et souvent en forme de points. Le dessous est couleur de nacre. .]

9 Esp. LE BOA A QUEUE NOIRE. BOA MELANURA

En rangeant cet ophidien inédit à la suite des Boas, nous avons voulu indiquer (ju'il est , plus qu'aucune autre , éloigné des espèces tvpes du genre. \\ se rapproche de ces dernières par son corps et sa queue, doués l'une et l'autre d'une grande force prenante, mais sa tète rappelle celle des Boas de l'ancien monde, avec lequel il a aussi de coujuiun des écailles carénées; ses formes totales le feraient plutôt prendre pour un Tortrix ; il a le

( 1 j Serp. I PL \ p. 5 ; p A D A I n-c ootoo oumonsol i-p a m po o,; sur celle figure reposent les boa v i p e r> i iv a Shaw Gen. Zool. vol, lil p. II p. 355 et le boa o r n a t a de Daupin Rept. V p. 210. ■^' il) Denkschr. Munich, vol. I' II PL ^ fi^. 1 ]K itQ, figure faite d'après un individu conservé dans la colleclion defeuBloch ; cette espèce compose chez WACT.Kft * SYft, p. 392 , le £;enr« 'G O N G ¥ l n p h r s.

400 BOA MELAi\URA.

sommet de la tête revêtu de plaques , comme les Pythons • mais le défaut total de crochets à l'anus le distingue également et des Pythons et des Boas.

M. Ricord a découvert ce Boa à l'île de Cuha. Le seul sujet envoyé par ce voyageur au Musée de Paris mesure 0,42 -H 0,06. Les plaques sont au nombre de 206 -f- ^^8 : elles ont peu de largeur et sont partout simples. Les écailles, plus grandes que chez les autres Boas, sont carrées , surmontées d une forte carène, et disposées sur 25 rangées.

Ce Boa a les formes très ramassées ; le corps est robuste , comprimé, assez gros au milieu , mais il va en s'amincissant considérablement vers les deux bouts, et se termine par une queue fortement prenante , mais très courte , mince et un peu conique. Le dos est en carène; 1 abdomen au contraire est convexe.

La tête , petite et un peu distincte du cou, présente des formes alongées : elle est déprimée , conique et terminée par un museau allant en pente sur les cotes, et obliquement tronqué au bout, qui est un peu saillant, en forme de nez. Les lames de la tête offrent une disposition toute particulière: on voit deux nasales qui se prolongent sur le sommet du museau ; elles sont suivies des frontales antérieures , dont l'angle inférieur descend sur les cotés du njuseau; les frontales postérieures sont très développées ; on observe une verticale et des surciliaires assez larges; les occipitales au contraire, sont petites. Il existe deux grandes écailles derrière l'œil , et deux petites au bord inférieur de cet organe, qui est de moyenne grandeur, un j eu saillant et latéral. Les narines sont peu ouvertes et assez rapprochées du bout du museau. Vue rangée de très petites écailles se voit sur le frein ; les labiales sont nombreuses et presque toutes de semblable étendue; le menton enfin offre deux paires de plaques plus grandes que le reste.

Ce Boa a le dessous d'un jaune d'ocre clair ; mais cette teinte se change en gris jaunâtre vers les parties supérieures, qui tirent

BOA MELAXURA. 401

sur le brun ou sur l'olivâtre. Une rangée de taches rondes , noires, et assez clair-semées, borde les côtés de l'abdomen; mais elles deviennent plus larges , quoiqu' indistinctes, sur les parties postérieures , et se réunissent à d'autres taches ou bandes dorsales trèspeu sensibles , pour occuper toute la pointe de la queue, €t y former une teinte noire uniforme.

iG

2 Genre. LES PYTHONS. PYTHON.

On comprend sous le nom de Python (i) tous ces Boas de grande taille de l'ancien monde, qui offrent à Tintermaxillaire plusieurs dents, semblables à celles des mâchoires ; qui ont le dessus de l'orbite formé par un os particulier, enchâssé entre les trois frontaux et que Cuvier a appelé surorbitaire ; enfin, qui ont le dessous de la queue garni de plaques divisées, ce qui est cause que la plupart des naturalistes ont classé les Pythons dans le genre Coluber, quoiqu'on trouve souvent des individus où un bon nombre des plaques sous-caudales ne sont pas divisées, de sorte qu'elles forment alors de simples bandes, comme dans les Boas proprement dits. Tous les Pythons ont les lèvres creusées de fossettes plus ou moins profondes , et les plaques de la tête le plus souvent de forme plus régulière que celles des Boas proprement dits. Lebrun, le jaune et le noir sont les couleurs riominantes. Quelques espèces sont très répandues ; d'autres au contraire , sont bornées entre des limites assez étroites. D av di^ (^Rept, f^ p- 226) a établi ce genre.

(1 J Wagler a changé cette dénomination en celle de constrictor, réservant le genre Python pour la seule espèce de la Nouvelle Hollande j voir Syst. p. 168.

PYTHOIV BIVITTATÎJS. 403

1 Esp. LE P. A DEUX RMES. P. BIVITTATUS.

PI. XV fig. 1 , 2 , 3 et 4.

L'histoire de ce Python nous offre une preuve de la légèreté avec laquelle plusieurs naturalistes ont introduit des espèces dans le système, sans s'inquiéter de les comparer à celles qui étaient déjà connues antérieurement. Les savans me sauront gré d'avoir débrouillé la synonymie de cette espèce; quoique le sacrifice d'un temps précieux, qu'on perd dans de pareilles recherches , ne vaille pas le fruit réel qui en résulte pour la science.

J'ai conservé à cette espèce , la dénomination sous laquelle feu KuHL (i) l'a décrite, dénomination qui a été adoptée par la plupart des Musées de l'Europe. Ou trouve déjà l'indication de ce Python dans Linné/?. 887 : c'est indubitablement son col. MOLURUs; Lacépède (2) a donné la description et la figure d'un individu de cette espèce, long environ de y pieds, sous le nom de MOLURE. La figure qu'en a publié Latreille (3) convient parfaitement à notre Python , mais cet auteur a ajouté à sa description celle de la Couleuvre tachetée de l'Amérique du Nord. Schneider (4) a déjà senti la nécessité de rapprocher le Molure des Boas; mais l'ophidien , qu'il décrit à la suite de ces articles (5) , appartient au genre hom a lo psis (6), et a été fort mal-à-propos placé par Merrem (7) dans le genre p yth o n. 'L'ouvrage de Sera contient plusieurs ligures du Python à deux raies; telles sont par exemple /. S^. i ; //. 99. 2 , qui est le type du COL. SEBAE dc G.MELiN (8j et du COL. sPECiosus dc

(i) Beitr. p. 94. -7: (2) Ouadr. ovip. II p. 218 PI 10 f. i. — (3) Rfpt. IF p. 107 avec fig. — (4) Bist. amph.p. 269 et p. l'jG. — (5) ib, p, 279. (6) Voir notre article de I'h o m a l opsis s c h N e i i) e Fx i.— {^) Tent.. p, 90. — (8) Syst. nat. IL p. 1118.

404 PVTH<)\ RÏVIJTATIJS.

BoNNATERRE (i) ; //. io4 , SUT laquelle est fondée en partie le coNSTRicTOR RE\ S E K p E xN T u M (Je La-ureîhtius (2) ; enfin //. 27. ï , que Schneider (3) cite à Farticle tl3 son boa hiero- GLYPHicA, rangé parmi les pythons par Merrem (4), qui y ajoute Sera //. 19. i. On voit égalernent dans le bel ouvrage de Russel (5) plusieurs portraits de notre Python , dont on a fait sept espèces nominales. Schneider (6) les a désigné sous les noms de boa r, inerea, castanea, ALBicANS et orbiculata; Daiidin (^) sous ceux de python TiGRis et bora; Shaw (8) sous celui de coluber boaeformis. Indépendamment de ces descriptions, presque tous <"es auteurs en ont encore donné d'autres sous de nouveaux noms , mais évidemment dressées sur des individus de ce Python: le boa ordinata de Schneider (9), dont Daudin (10) a fait un python, appartient à cette catégorie; CuviER (11) conserve à notre Pytlion une dénomination locale, inventée par Shaw. On trouve dans les Mcinoïres de la société de Batai)ia (\i) la description d'un grand Python puhhée par WuRMB, description qu'il faut probahlementrapporter au Python de Schneider: elle a servi de type à la couleuvre jaune et BLEUE de Lacépède(i3), que Merrem (i4) ^^ t^'^s mal-à-propos réunie au boa amethystina de Schneider (i 5) , qui forme une espèce particulière du genre Pvthon: Cuvier enfin . d'après la seule circonstance, que l'ophidien décrit par Wurmb porte le nom d'LiLAK Sawa, nom que les indigènes appliquent

(i) Ophiologie p. 17 n.*' 3o. — - (2) Syu. p. 107. — ("5) Hl.st. Jmph. 11 p. Q.ÇtQ. — (4) Tent. p, 90 — - (5) TruL Serp. PL 20, a3 , 24 et 29. — (6) Le. p. l'jo à 276. — {'•j) Rept. P' p. 236 el/?. 241. Pt ^kf- i et/'/. ^^ Jig. 4. — \^) Gen. ZooL lU P. Il p. 5 11. — (g) Hcst. amp/i. 11 p. 260. — (10) JRept. vol. V p, 252. — (11) Kègn, an, 11 p. ^o'- python JAVANiCTJs, nom employé par Kuiil pour désigner l'espèce suivante. (12) ^/î/z. 1781 /?. 391. — (i5) Quac/. oiip. 11 p. i5i : col. flavocoERULEus; Latr. Bept. iV p^ 264. — (i4) Tent, p. 89. — (i5) Hist. amph. 11 p. 264.

PYTHON BIVITTATUS. 405

indifféremment aux deux grands Pythons de Java , a rapporté toute cette synonymie à l'espèce du présent article.

Les nombreux récits touchant des serpens monstrueux de l'ancien monde, dont les ouvrages des anciens et des voyageurs sont ornés , doivent être en grande partie rangés ici ; les naturalistes ont souvent attribué ces contes à des espèces différentes et particulièrement au boa constricteur; Lacépèdb et ses successeurs ont même rapporté à une vipère (i) tout ce que disent plusieurs voyageurs , relativement au culte que les nègres de la côte de Guinée rendent à notre Python.

Il suffira de faire l'énumération des contrées, d'où des individus de ce Python nous ont été adressés, pour justifier le rapprochement des synonymes tel que nous l'avons proposé.

Tous nos voyageurs qui ont exploré l'île de Java ont observé ce Python , dont ils ont fait parvenir souvent les dépouilles au Musée des Pays-Bas. M. Reinwardt a rapporté un squelette de cette espèce, dont la longueur excède 17 pieds; je trouve dans le manuscrit de ce savant le passage suivant : « Les Ma- >» lais de Java appelent ce Python oular-savta ouoular mrava; il habite les lieux bas, ombragés , marécageux ou w inondés , et se plait particulièrement dans les champs de riz; M on dit qu'il atteint jusqu'à 25 pieds de longueur totale, mais » le plus grand que j'ai vu , ne mesurait que 17 pieds; les indi- » gènes tirent un bon augure du voisinage de ce serpent; j'ai V quelquefois trouvé dans son estomac des sabots de cerfs, et il » attaque aussi des cochons. M. Diard a trouvé en Septembre «1820 dans le ventre d'une femelle des œufs presque orbicu- » laires, blancs et revêtus d'une membrane coriace mais élastique, » et cédant à l'impression la plus légère : ils étaient au nombre » de trente et un. »

Il paraît que le Python à deux raies est plus rare à Java que

(i) LE DABOiE Lacép. Qiiad. ovip. II p, 255; consultez notre atticle

de la VIPÈRE ÉLÉGANTE.

4ÔG PYTHON BIVITTATUS.

1 espèce suivante , qui a été envoyée en plus grand nombre à notre établissement. Les notes de Kuhl et Boie ne disent rien à cet égard; ce dernier voyageur me mande dans une de ses lettres ce qui suit : « ce Pytbon atteint quelquefois une taille V énorme; il attaque même des cochons et le cerf Munljac, mais "les hommes n'en ont rien à craindre; sa force musculaire est » étonnante; un individu de la grosseur d'une cuisse, que l'on » venait de prendre, s'échappait d'une cage destinée à contenir w des animaux sauvages, en brisant le trellis de fer qui lui défenw dait le passage; les individus d'une taille aussi considérable " sont très rares. »> On 'nous a cependant adressé tout récemment un individu de ce Python , long de 20 pieds.

On a apporté en Europe, du Bengale, il y a plusieurs années, quelques sujets du Python à deux raies; ils étaient de très grande taille; l'un , qui est mort à la Ménagerie deM. van Aken , mesurait i3 pieds, d'autres n'en offraient que 7 à 10 pieds de longueur totale. J'ai soigneusement comparé ces Pythons aux individus que nous possédons de l'île de Java , et •je n'ai pas trouvé la moindre différence entre eux. La figure de l'adulte, que M. Temmink a bien voulu faire faire d'après le vivant , offre précisément la même distribution de teintes , que l'on voit à celui que le peintre du professeur Reinvvardta fait à Java. En comparant ces Pythons aux figures que Russel a données des Pythons du Bengale , je ne vois pas de différence entre tous ces animaux, si ce n'est dans de petites disparités de forme dans les plaques de la tête, et dans les teintes: on sait cependant combien ces caractères sont fugitifs, et c'est à tort que quelques auteurs en ont tiré des traits distinctifs , pour caractériser les espèces nominales, inventées par les commentateurs de Russel (i). Les figures delà tête de ce Python , que l'on trouve dans son ouvrage, où la forme des plaques est bien rendue, offrent la preuve de ce que nous venons d'avancer sur les variétés nombreuses que l'on rencontre , et la série que

(0 Voyez : Wiegmann his 1829/?. 616.

PYTHON BIVITTATUS. 407

possède le Musée de ce Python , sert à constater nos assertions: en suivant les principes proposés par les auteurs pour distinguer les espèces , on serait obligé de faire des variétés de tous les individus, vu qu' aucun ne ressemble parfaitement aux autres sous ce rapport. Je crois que les faits allégués justifieront l'ordre que j'ai adopté en rapportant au Python à deux raies, toutes les prétendues espèces que l'on dit avoir découvertes au Bengale; car il paraît que celle de Schneider n'a point encore été observée dans les grands Indes.

Les Pythons à deux raies que l'on a montrés ici en public , étaient d'un caractère doux, très lents dans leurs mouvemens, et ne mordaient jamais , même quand ils étaient provoqués. On les gardait dans une caisse où, enveloppés de couvertures de laine , ils se tenaient tranquillement , souffrant avec calme qu'on les en retirât pour les montrer aux nombreux spectateurs , qui venaient visiter la ménagerie ; ils paraissaient plongés dans un abrutissement des sens continuel , car ils ne faisaient jamais la moindre attention atout ce qui se passait autour d'eux. On présentait à manger à ces Pythons tous les huit jours , quoiqu'ils ne fussent pas toujours disposés à s'emparer des animaux qu'on leur livrait , et qu'ils refusassent quelquefois de les attaquer pendant deux ou trois jours. On était même quelquefois ' obligé de les exciter à mordre, en leur présentant un lapin vivant; enfin , quand l'envie leur en prenait , ils cherchaient à saisir leur victime avec les dents : à peine s'étaient-ils assurés de leur proie , en lui enfonçant ces armes dans la tête, qu'ils l'entortillaient dans les replis de leur corps roulé en dedans, et la serraient si étroitement , qu'on la voyait expirer presqu à l'instant. Après l'avoir ainsi fait périr, ils la léchaient quelquefois, avant de l'avaler et ne se hâtaient jamais en exécutant cette opération, que j'ai vu durer deux ou trois heures. Ils commençaient toujours par la tête , et parvenaient à introduire leur proie dans !e gosier, par les efforts de tous les muscles des parties antérieures mis en jeu simultanément: cette action n'étant

408 PYTHON BIVITTATUS.

répétée qu'à des intervalles très grands, il s'ensuit que l'acte de la déglutition occupe un espace de temps assez considérable.

Les observations de Russel (i) diffèrent des nôtres, en ce qu'il dit que ce Python s'empare de sa proie , en la serrant entre les circuits de sa queue. Ce savant rapporte également que ces serpens s'entortillent souvent autour du bras des hommes qui jouent avec eux, qu'aucune provocation peut les disposera mordre et que leur morsure n'a jamais les moindres effets ; qu'ils s'introduisent quelquefois dans les maisons, et que les indigènes ne les redoutent nullement. Les anglais de la colonie appelent ce Python kock-snare (ser p e nt de r o c h e r) , et il porte les noms de pedda-poda et de bora parmi les indigènes. Russel n'a point vu d'individus excédant lo piedsde longueur totale; ceux ([uils a figurés étaient originaires de Vizagapatam , de Ganjain et des environs de Calcutta.

L'infortuné docteur Beierlein , voyageur au service du Musée des Pays-Bas , et mort après une résidence de neuf mois à St. George d'Elmlna sur la côte de Gui née, nous a fait parvenir de cette possession hollandaise deux dépouilles d'un grand Python, qui ne diffèrent par aucun caractère essentiel, de celles que nous avons reçues des Indes orientales. Feu Boie, ne se doutant pas de liileutité de deux animauxhabitant des contrées aussi distantes l'une de l'autre, a considéré ce Python comme une espèce distincte, et y rapporte les synonymes réunis dans Merrem p. 20, sous son python hieroglyphicus: ces vues cependant ne reposent sur aucune base solide, et j'ai eu le plaisir de voir confirmer mon opinion parle professeur Eschricht à Copenhague, qui a bien voulu me céder un jeune individu de ce Python recueilli aux environs du fort danois à la côte d'or, lequel ressemble à tous les égards à d'autres sujets pris dans l'île de Java.

(1) Iiul' Serp. I p, 1'] ^ p. 3o et/?. 4^.

PYTHON BIVITTATUS. 409

Il est évident qu'il faut rapporter ici tout ce qui se trouve clans l'ouvrage de Bosman (i), relativement aux grands serpens quila vus dans les environs de St. George d Elniina, fort hollandais à la côte de Guinée. Ce voyageur dit qu'il a observé des individus de i4 jusqu'à 20 pieds de long (2) , que ce Python est vénéré chez les indigènes comme déité principale , en honneur de laquelle on érige des édifices particuliers , où leur race est soignée par tles prêtres , et que les ministres de ce culte ont une telle influence sur les grands de l'état et sur le roi, que tout le monde s'empresse à certains temps de l'année à venir rendre hommage à ce dieu, en apportant de nombreux et magnifiques présens de toute sorte. Les jeunes filles que les prêtres désignent comme possédées du mauvais esprit, dès que le serpentdieu les a touchées , sont obligées de passer un certain temps dans le temple, pour en être délivré; le nombre des victimes qui subissent ce traitement honteux , s'élève quelquefois à plusieurs milles; sorties du lieu de leur détention, il leur est défendu sous peine de mort de révéler les secrets de leur guérison mystérieuse. La.cépÈde (3) rapporte à son article du Daboie le même fait, tiré de Desmarchais, qui décrit ce culte chez les nègres du royaume de Juida ; on trouve dans la relation de ce voyageur plusieurs autres passages, qui prouvent que notre Python est en tel respect chez les Nègres de la côte d'or , qu'il décide du sort des batailles et que sa présence est nécessaire pour sanctionner le choix que l'on a .fait d'un nouveau roi. C'est encore ici qu'il faut ranger, selon toutes les probabilités, les faits allégués par plusieurs autres voyageurs , relativement aux Boas qu'ils ont vus à la côte occidentale de l'Afrique. Ces grands serpens habitent suivant Lopez (4) et Maxwell (5) les royaumes de Cong o et Loango , où on les voit

(1) p. Si et p. ] 59. — (2) Il fait aussi mention des ergots à la base de la queue : /?. 5i. (3) Qund. ov. p. 258 suiv. (4) Hist, gén. d. voy, vol. XV U p. 249 suiv. (5) James. Ed. Journ, vol. V p^ 268.

410 PYTIIOX BIVITTATUS.

souvent nageant dans les rivières. Adanson (i) en a observé plusieurs de très grande taiileà l'île du Sénégal, où ils se tiennent dans les lieux humides etproches des eaux ; les habirans de Bissao lui racontaient, qu'ils se rencontrent aussi dan^ leur pays. Matthews (q) enfin les a trouvés à Sierra Leone.

Mais il paraît que notre Python est répandu dans la plus grande partie de l'Afrique : Bruce par exemple parle d'un grand Boa, qu'il a observé dans les vastes étangs que forment les rivières dans l'Abyssinie inférieure. On trouve dans Diodore DE Sicile (3) un conte merveilleux de la chasse d'un serpent monstrueux , habitant les bords des eaux , et qu'on avait anjené à Alexandrie, sous un des Ptolomées ; il est probable, que cet ophidien était de la même espèce que celle dont nous traitons. Aucun des voyageurs modernes qui ont parcouru l'Afrique septentrionale, ne font mention de Pythons qui habitaient, du temps des anciens romains , jusqu'à la côte de la Méditerranée, où leur race paraît exterminée aujourd'hui: car nous n'hésitons pas a placer encore sous la rubrique du Python à deux raies le récit que fait Pliîve (4) d'un énorme serpent , que les soldats de Régulus rencontrèrent près du fleuve Bagrada, lors de la guerre punique; mais nous reléguons parmi les fables enfantées dans ces siècles grossiers et avides de merveilleux, les données de ce polygraphe sur la taille de ce serpent et sur la manière chevaleresque que les guerriers du général romain employèrent pour s'en rendre maître.

Nous avons déjei dit que le Python à deux raies est très commun dans les grandes Indes et à Java; nous avons lieu de croire qu'il est encore répandu sur toute l'Asie intertropicale : car le pimberaou serpent de rocher de Ceylan, dont Davy (5) fait mention , appartient évidemment à notre espèce;

(i) Toy.p. i52 suiv. — (2) f'oy.p, 43. —(3) Hist. III. 19, — (4) /. /. lUph.. — (5) Jccount. p. 45.

PYTHOIV BIVITTAtUS. 411

plusieurs voyageurs ont observe de grands Boas au Malabar (i)et le Musée des Pays-Bas vient de recevoir un individu de notre Python , pris dans les environs de Canton en Chine. Nos voyageurs ont découvert l'espèce a l'île de Sumatra. Il reste à savoir si les Boas des îles Philippines (2) doivent être rapportés à notre espèce ou à la suivante.

Le Python à deux raies se distingue de toutes les autres espèces du genre par la disposition des teintes; sa tète est plus grosse que chez les Pythons améthyste et de Schneider , mais elle le cède en largeur à celle du Python de Pérou ; les lames qui la revêtent offrent des formes plus symétriques que celles de la tête de cette dernière espèce , et ressemblent à celles du Python de Schneider , mais elles sont moins régulières que celles du Python améthyste; la queue de notre Python est environ de la longueur de celle du Python de Pérou , qui l'a moins effilée que les a.itres espèces ; les écailles du tronc enfin se distinguent de celles du Python améthyste par leur forme plus alongée, et de celles duPython de Schneider au contraire par leur étendue , car cette dernière espèce les a plus petites que toutes les autres.

Le Python à deux raies a à-peu-près le port du Boa rativore, mais son tronc est plus comprimé et le museau plus effilé. La tête est un peu distincte du tronc , passablement large , alongée, conique, et terminée par un museau étroit, convexe, un peu canaliculé sur les côtés, età bout conique et arrondi. La tête, quoique haute et grosse, est cependant déprimée et à sommet tout plane ; cette partie est revêtue de plaques écailleuses de formes très diverses et peu constantes : on distingue aisément trois paires de frontales , dont les antérieures sont plus étroites et plus alongées que les postérieures , qui renferment

(1) VisscHER. Malah. hriev, p. 298 ; Dellon , Hisu gén, d. voy. j, xxxxiiip. 345- — (a) GiTMiLLA IIJ p. 48 et Eschholtz dans Kotzeb. Reise /?• 3 1 .

412 PYTHON BIVITTATLS.

souvent plusieurs petites plaques impaires ; on voit entre les superciliaires, qui sont quelquefois divisées, une paire de plaques verticales peu développées , tantôt polygones tantôt oMongues, et de forme assez irrégulière. Tout le reste de la tête est revêtu d'écaillés, qui ne se distinguent de celles du tronc que par leur forme moins déterminée: elles sont un peu plus larges sur l'occiput, où elles deviennent très irrégulières; on voit souvent à la place des occipitales une ou plusieurs plaques impaires très petites, autour desquelles se rangent les autres comme les rayons d'une étoile. Les narines, dont la large et ronde ouverture est dirigée en arrière, percent les grandes plaques nasales à leurs bords postérieur et supérieur: elles sont peu distantes Tune de l'autre , vu le sommet étroit du nuiseau. L'œil , qui est j)resque latéral et un peu dirigé en avant , est bordé d'un tour de six à buit plaques, dont celles qui avoisinent les superciliaires sont plus larges que les autres. Les freins sont marqués par un sillon profond , qui stx prolonge entre les plaques labiales et oculaires inférieures ; il est garni de deux ou trois rangées de petites plaques , dont le nombre et la forme sont peu constans. Les plaques labiales sont assez développées et au nombre de douze environ à la lèvre supérieure ; la plaque du museau est très large , voûtée, profondément écliancrée en dessous, et creusée de cbaque coté d'un sillon linéaire, moins profond que celui des deux premières plaques labiales ; le reste en est dépourvu , mais on voit deux larges fossettes transversales à quelques unes des avant-dernières plaques de la lèvre inférieure. Les plaques dont cette dernière partie est revêtue, sont au nombre de i6 à i8 de cbaque côté, étroites et plus liantes vers le bout de la lèvre inférieure , qui est terminé par une large })laque triangulaire. L'ouverture de la boucbe est presque droite et assez fendue. Les écailles du tronc sont de forme rhomboïdale, disposées sur 69 jusqu'à 67 rangées , et très petites, mais elles augmentent en étendue à

PYTHOIV WVITTATUS. 413

mesure qu'elles se rapprochent des lames abdominales , qui sont assez étroites , et dont le nombre varie depuis 260 jusqu'à 282. La queue est beaucoup moins grosse que le tronc, peu longue , un peu conique et revêtue en dessous d'environ 70 paires de plaques ; le plus grand nombre des individus cependant que j'ai vus , offrait quelques plaques sous-caudales simples , dispersées irrégulièrement parmi les divisées (i). La queue occupe environ le sixième de la longueur totale , comme on peut le voir par les dimensions suivantes, prises sur deux jeunes individus: 0,61 } 0,09; et 0,88 + 0^145.

Le crâne de ce Python présente des os assez vigoureux : sa partie antérieure est conique ; vue en dessus elle offre la forme triangulaire ; la partie postérieure est étroite (2). On doit à M. Retzius (3) une description détaillée et exacte de l'anatomie de ce Python. Feu Meckel (4) en a figuré les glandes de la tête, et M. Duv£Rnoy(5) une partie ducanal alimentaire av^c les organes voisins. Nous avons fait usage du travail de M. Retzius dans les généralités. Ce Python aies glandes salivaires plus développées que d'ordinaire et on lui voit une lacrymale. Les intestins sont spacieux et pourvus d'un petit cœcum; lasuiface interne delà plus grande partie de l'intestin grêle est comme frangée de plis très fins et serrés • mais ils se perdent dans le gros intestin , qui est pourvu de plusieurs valvules conniventes et prononcées.

Le Python à deux raies est orné de teintes très vives.

(i) Voici le nombre des plaques de quelques uns de nos individus, orifjinairesde la côte de Guinée , de Java et de la Chine: 276-4- 3 paires H- 3 simples -\- 65 paires ; 268 -t- 57 p. -|- i3 s, ; 277 -h 7 p. .4- 4 s. + 58 p. ; 276 -f- 5 s. -f- 60 p. ; un des sujets , figurés par Pvussel en offre 265 H- 36 p. -h 28 s. 3 p. - (2) Voir : Cuv. liègne an. PL 9Ji,ç. 1 , 2 et 3. — (3) Isis i832/j. 5ii suiv. tiré des Ferhandi d, Schwed. Jcad. i83o/?. 81 à 1 16 — (4) Archw, I PL 1 Jlg. 5. — (5) Ann. d. se. nat. XXX PL 2 fig^ 1 et 2.

414 PYTHON BIVITTATUS.

Un brun de café jaunâtre et pâle occupe le dessus , et s<^ perd dans les nombreuses marbrures d un gris sale, dont les flancs sont ornés, et qui laissent à peine entrevoir la belle couleur jaune du fond, qui se répand plus ou moins uiiiformément sur toutes les parties inférieures. La tête est bigarrée de rougeâtre; une tacbe carrée, d'un brun noir, très large et plus ou moins distincte , occupe les côtés du museau ; une autre de forme deltoïde se trouve au dessous de l'œil; une troisième très large et en massue se prolonge derrière l'œil jusqu'au cou. Le sommet de la tcte est en grande partie occupé par une large tacbe , naissant au bout du museau et s'élargissant sur l'occiput en massue, se resserrant ensuite et se prolongeant sur la nuque sous la forme d'une raie séparée sur le dos en un grand nombre de taches extrêmement larges , carjées , en lozange ou irrégulièrement écliancrées, quelquefois divisées et à bords dentelés. Une ou plusieurs suites de taches semblables mais de moindre étendue, dont les inférieures sont plus pâles et moins distinctes, s'étendent le long des flancs qui sont surchargés de nombreuses petites taches et de points, les quels forment en confluant un dessin en chaîne assez irrégulier et fugitif: cette circonstance a particulièrement lieu sur la queue, où la teinte du fond paraît sous forme d'une raie longitudinale régnant sur le dessus , depuis sa base jusqu'à l'extrémité. La belle livrée de ce Python est encore relevée par la couleur du fond , qui en s'approchant des taches, change au jaune, et parce que les taches mêmes deviennent plus foncées vers leurs bords. Celle qui occupe le sommet de la tête, renferme à sa partie grosse un trait linéaire jaunâtre; les bords de cette tache étant parallèles aux côtés de la tête, la couleur du fond se montre sous la forme de deux raies latérales , qui ont donné lieu à la dénomination de l'espèce. L'iris est d'un jaune d'or.

Les variétés accidentelles dans la distribution et dans les nuances des teintes, sont aussi nombreuses que difficiles à

PYTHON SCHIVEIDERI. 415

décrire. Les adultes ont les teintes beaucoup moins vives queles jeunes^; elles perdent beaucoup de leur éclat après la rnort et deviennent plus foncées; le jaune enfin et le rouge s'effacent en grande partie.

2 Esp. LÉ PYTHON DE SCHNEIDER.

PYTHON SCHNEIDERI.

. PL XV fig. 5 , 6 et 7.

Pour distinguer ce Python des autres espèces du genre , il suffit de faire attention aux caractères suivans : des écailles du tronc fort petites , un nombre très élevé de lames abdominales, une tête alongée à museau gonflé au bout , enfin une raie étroite et noire sur le sommet de la tête et une autre derrière l'œil : ces raies s'élaigissent sur le tronc, pour former un dessin réticulaire très élégant.

Le Python de Schneider a les formes plus effilées que l'espèce précédente ; son corps par conséquent est moins gros que chez celle-ci , la queue est plus longue, et les écailles carrées sont plus petites , quoique le nombre de leur rangées ne soit pas plus élevé que dans le Python à deux raies.

Les individus de 12 a i4 pieds de longueur totale ne l'emportent guère en grosseur sur celled'unbrasd'homme; plusieurs jeunes sujets de notre collection , dont le tronc est environ d'un pouce de grosseur, mesurent 0,72 -| 0,1 3. Le nombre des plaques varie depuis 3i6 + 82 jusqu'à 824 + 96; il n'est pas rare de trouver des individus à plaques sous-caudales de deux sortes, comme on peut le voir par les données suivantes, prises d'après plusieurs individus de notre collection : 822 -{- 16 paires -H 2 'simples -4-12 p. -f 4 s. + 26 p. -H 5 4- s. -|ï9 p: 322 + 6 s. -f. 78 p. ; 3i6 H- 4 p- "*" 2 -1- 62 -i- 2 H- 26.

4I(; PYTHON SCHIVEIDERI.

La tête du Python de Schneider est heaucoiip moins alongée , moins grosse et plus étroite que celle de Tespèce précédente. La hase du museau est concave , ce qui fait que son hout est renUé et gros. Les yeux sont latéraux. Les 1 aines écailleuses , qui revêtent le dessus de la tête, ont à-peu-[)rès les mêmes formes que celles du Python à deux rnies : mais la troisième paire des frontales est petite et accompagnée, sur les côtés, d'une ou de plusieurs autres paires de plaques; on ne voit que trois ou quatre plaques au frein , qui sont disposées sur une seule série; la plaque du museau est plus étroite et offre des fossettes très profondes ; le nomhre des plaques de la lèvre supérieure s'élève jusqu'à i5, dontles 4 l^i'dnères de chaque coté sont creusées d'une fossette; la lahialequi est située innnédiatement au dessous de l'œil est large, et touche à cet organe, de sorte qu'il ne reste de la place que pour deux plaques oculaires antérieures et autant de postérieures ; le sillon à la lèvre inférieure s'étend sur huit des dernières plaques; les écailles enfin qui revêtent l'occiput, sont très irrégulières, plus larges que longues , et d'une étendue plus considérable que celles du tionc.

Le crâne de cette espèce offre à-peu-près les mêmes formes que celui de la précédente, excepté qu'il est un peu plus étroit. Les glandes salivaires sont très peu développées. Le lobe gauche du poumon , quoique beaucoup moins spacieux , est presque de la même longueur que celui du côté droit.

Le Python de Schneider offre un système de coloration aussi varié que joli. Les parties supérieures sont d'un brun jaunâtre assez pâle et tirant sur le gris ; la tête est plus claire et le dessous d'un jaune presque uniforme. Le sommet de la tête est divisé en deux moitiés égales par une raie noire et étroite , qui s'élargit sur l'occiput en bouton ou en massue; une autre raie semblable naît derrière l'œil et descend vers la commissure des lèvres : ces raies se prolongent sur toutes les parties supérieures, se croisant en plusieurs sens et s'étendant

PYTHON SCHNEIDERI. 417

le long du dos, elles forment une suite de taches larges, irrégulières , en lozange ou divisées, de soite qu'il en résulte une double suite de taches triangulaires. Une suite de taches semblables règne le long des lianes; elles se réunissent par leurs angles supérieurs aux angles inféiieurs des taches dorsales : ce point de réunion est marqué par une tache blanche et oblongue. La couleur du fond des flancs est variée et mouchetée de noir , particulièrement vers l'abdomen.

La description de la livrée de ce Python est faite d'après plusieurs individus conservés au Musée; j'ignore les changemens que les teintes peuvent avoir subi après la mort, nos voyageurs ayant négligé défaire des portraits d'après le vivant ; j'ai cependant lieu de croire qu'elles sont peu sujettes à être altérées par l'esprit de vin.

Les petits ont les teintes plus vives que les adultes et la distribution en est plus marquée.

J'ai observé plusieurs variétés de ce Python , particulièrement dans la disposition des plaques frontales , des frênaies et des occipitales, ainsi que dans la distribution des couleurs.

Le Python de Schneider atteint jusqu'à 12 ou 16 pieds de longueur totale. J'en ai examiné une vingtaine d'individus de tout âge, recueillis en grande partie par nos voyageurs aux Indes orientales. L'espèce est, à Java, plus conmiune que la précédente, avec laquelle les indigènes la confondent souvent sous la même dénomination : c'est là l'origine des erreurs commises par les naturalistes , qui ont rapporté à l'espèce précédente la description que Wurmb (i) a publiée du Python de Schneider.

J'ai vu un individu de ce Python , recueilli par le lieutenant demarineM.Leemans, à l'île de Banka, et on vient de nous adresser un autre individu recueilli à l'île de Sumatra.

On conserve dans la collection de la société d'histoire natu-

('} Verb. V, h. Bat. Genooîsch 1791 «o/. lU p. ^91 suiv.

418 PYTIIO.\ SCHNEIDEUI.

relleà Altenbourg en Saxe, la peau d'un Python de Sclineider, lon-T de i3 pieds environ , dont M. M. les docteurs Winkler etSachse ont bien voulu me connuuniquer le portrait et la description. Ce serpent a été tué en 1680 dans les environs de Ma lace a, où il s'était introduit dans une petite maison de campagne isolée.

M. M. Reinwardt , Macklot et MiUler ont observé le Python de Schneider à l'île d'Amboine, où il porte le nom de GULAR PÉTOLA, ce qui veut dire: serpent peint, dénomination dérivée delà ressemblance de sa livrée avec la toile dont les malais se servent pour faire leurs habits. Les individus , que nos voyageurs nous ont adressés de cette île , ressemblent parfaiteuient à ceux que le Musée a reçu de Java, à l'exception que les teintes sont un peu plus foncées dans les premiers.

Les figures de ce Python données par Seba (i) , sont très reconnaissables ; il est d'autant plus étrange que les naturalistes aient rapporté ces figures à plusieurs espèces diverses: cette inexactitude a causé beaucoup d'erreurs , dont il faut imputer la plus grande partie à ScriNEioER , qui a décrit notre Python sous plusieurs noms divers (2). J'ai conservé celui , que Mer- REM a proposé (3). Guerin (4) a donné dernièrement une figure de ce Python.

Le Python de Schneider se nourrit , d'après Wurmb, d'oiseaux, de souris et de rats (5).

(i) Thcs. 11']^. I ; 80. I ; et / 62. 2 ; quelques unes de ces figures ont servi de type au boa phrygia de Shaw Gen. Zool. 111 p.

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