‹ Essai sur la physionomie des serpensChapitre 10 sur 32 · o,Si. — 1 y Rangées d'écaillés · texte numérisé non relu

o,Si. — 1 y Rangées d'écaillés

Cette espèce a été trouvée en grand nond^re à St. Jago au Cliilé par M. M. Quoy en Galmard; un deuxième sujet que je viens de rapporter de Paris ui'ottre 1^5 + loi plaques.

M. WiEGMANN (i) a donné tout récemment une figure de cette espèce , qu'il confond avec le col. c ii a m i s s g n i 1 de Hemprich, originaire du Brésil et qui forme une variété de climat de I'erpétodryas mnbatus.

M. Gaudicliaud a rapporlé de Callao au Chilé deux jeunes sujets d'un psam3iophis tout-à-fait semblables au Psammophis de Temminck , mais dont le nombre des plaques monte à 209 + 121 ou 214 + 122 et qui offrent une distribution de teintes parfaitement analogues à celle de la coronella RHOMBEATA du Cap: CCS faits cependant ne me paraissent pas suffir pour en former une espèce distincte.

Il faut , selon toutes les probabilités , encore ranger dans ce genre le condanarouse de Russel (2), serpent originaire de Ganjam ; mais qui me paraît assez voisin du psam- MOPHis MONiLiGER répandu sur presque toute l'Afrique.

(l) CORONELLA CHAMISONIl. Nov. Jctfl XVII P. I PL I9

p. 3.46 suiv. — (2) Serp, 1 p. ^2 PI. 27 : c o l. c o n d a n a r u s Merr. Tent.p. 107.

►a^gw

4 Jam. £fô ôfrpctts îi':3lr|jrf.

1 Genre. LES DENDROPHIS.

DENDROPHIS.

Nous avons réservé le nom de Dendroplils à tous ces serpens d'arbre qui se rapprochent, par leur organisation , des couleuvres, mais dont ils se distinguent principalement par leurs formes élancées et délicates. Ils tiennent en quelque sorte le milieu entre les deux autres genres de la famille, les di psa s et les DRYioPHis; vu qu'ils n'ontni la tête grosse, large, courte et la pupille verticale comme les premiers, ni la taille élancée, le museau alongé en pointe et la pupille horizontale comme les derniers. Ils atteignent le plus souvent une taille de 4 ^ 5 pieds de longueur totale sur une grosseur semblable à celle du petit doigt. On voit par cela, qu'ils ont le corps beaucoup moins gros que les Couleuvres de forme élancée: aussi cette partie est-elle beaucoup moins comprimée, et en pentagone presque régulier. L'abdomei: est , pour les mêmes raisons , assez étroit et revêtu de lames au nonjbre de i8o environ qui montent sur les flancs , en formant le plus souvent un angle très prononcé , quelquefois échancré et saillant. Le bortl des lames, ainsi interrompu, forme, poui' ainsi dire , trois bords convexes, tandis qu'il se présente en ligne droite chez les autres serpens. Comme les côtes s attachant précisément à cet angle des lames, il en resuite que cette disposition est à ces animaux d'un grand secours pour s'appuyer contre les branches des arbres , entre lesquelles ils se glissent avec agilité: cette espèce de locomotion est d'ailleurs assez facilitée par l'intervalle considérable, qui sépare les côtes les unes des

DEIVDKOPIIIS. ±2i

autres , et qui s'iiw]i(ine déjà à l'exlérieur \k\v la longueur des lames abdominales. 11 suit néeessalreinenl de celte ruèuie orj^anisatiou que les vertèbres sont plus alon^^ées et que les côtes, attendu le diamètre peu considéral)le du tronc, sont plus courtes qu'à l'ordinaire. Tlne autre conséquence de la largeur des lames est la grande étendue des écailles du tronc dans le sens longitudinal ; mais comme cette partie est peu élevée et comme la ligne, qui termine les bords postéiieurs et antérieurs des écailles, se dirige beaucoup plus en arrière que celle qui détermine le bord supérieur et Tinférieur , il en résulte (|ue ces écailles soient très étroites, en rlK)nd)e,cxtrémemen( a longées ou presque linéaires et peu nombreuses. La peau cependant étant susceptible d'une grande dilatation , ces écailles, à l'élat de la contraction de cette partie, sont conciliées les unes sur les autres en guise de tuiles , de sorte que leur contour latéral ne peut s'observer que dans la paire qui est voisine de l'abdomen , ou quand la peau est distendue. Les écailles sont toujours pointues, lisses dans les uns , carénées dans les autres ; on en observe, cbez plusieurs espèces, une rangée dorsale plus large que le reste. La que u e , par sa longueur, par sa forme déliée , grêle , orbiculaire ou applatie en dessous , n'est pas moins faite pour aider à ces animaux à s'accroclier aux brancbes d'arbres, et s'y suspendre pour guetter leur proie et appuyer lélan qu'ils font sur elle , afin de l'entortiller et de l'étouffer par leurs nombreux replis. Le nombre élevé des plaques souscaudales , excédant le plus souvent une centaine, annonce que la queue des Dendropliis offre ces dimensions longitudinales considérables, propres à la plupart desserpens d'arbre.

La tête ressemble par sa forme à celle des er péto dr y as; mais elle est beaucoup moins grosse, plus délicate dans les proportions, et plus distincte du cou qui est assez mince et comprimé. Les lames, dont elle est revêtue, ne se distinguent de celles des Couleuvres que par leur forme alongée ; les occipitales ont le plus souvent peu d'étendue. L'œil, qui est assez

222 DEIVDROPHIS.

^rand et à pupille orbiculaire, est bordé par devant d'une seule plaque , par derrière au contraire de deux ; l'espèce du Cap cependant en offre trois. On voit une seule plaque au frein , qui ne manque constamment que chez le Dendrophis liocercus, tandis que l'absence cle cette plaque chez les autres espèces doit être regardée connue accidentelle. Le museau est alongé , un peu conique, à bout légèrement tronqué ou arrondi et terminé par une plaque rostrale assez large et de forme déprimée; les narines sont latérales, assez ouvertes et rapprochées du bout du museau. Quoique les Dendrophis aient l'ouverture de la bouche large et que les plaques surciliaires soient voûtées et un peu saillantes, leur physionomie n'offre rien de farouche ; ils l'ont au contraire assez douce.

On observe de nombreuses petites dents aux mâchoires et au palais; les dernières de la mâchoire supérieure sont souvent plus grosses que le reste, quelquefois même très longues et sillonnées. Les orbites sont asse^ spacieuses ; les caisses moyennes. Le cran e présente des formes alongées ; les os, qui le composent , ainsi que ceux du squelette sont remarquables par leur délicatesse; les apophyses le sont par leur peu de développement. La glande lacrymale des Dendrophis est petite et presque entièrement cachée sous les muscles ; ils ont toujours une glande rostrale ; la nasale est quelquefois assez volumineuse; les salivaires sont le plus souvent minces, mais celles de la mâchoire supérieure se terminent toujours par derrière en un lobe assez développé. Le poumon est parfois pourvu d'un petit lobe accessoire , en guise de réservoir aérien : le Dendrophis colubrina m'a offert cette construction. Les intestins sont assez grêles et on ne leurs voit pas d'inflexions profondes.

Les Dendrophis sont souvent ornés de teintes très vives, et élégamment disposées , ce qui contribue autant que leurs formes agréables à leurs assigner un rang parmi les plus jolis des ophidiens. Le dessous est presque toujours jaunâtre, tirant tantôt sur le brun ou sur le rouge, tantôt sur le vert ou

DEIXDROPHIS. 223

sur le bleu: le dessus au contraire ofïre dans les uns une teinte couleur de bronze , chatoyante et d'un reflet niétalbque; d'autres ont ces parties phis foncées ou joliment dessinées de noir , de rou^'e et de jaune; d'autres encore sont d'un vert brillant uniforme. L épideiine cependant offusque en grande partie les couleurs splendides dont est ornée la peau qui , lorsqu'elle est dépouillée de la tunkjue extérieure, l)rille de l'éclat des pierres précieuses réfléchissant toutes les teintes de l'iris. Ce sont particulièrement les individus dans cet état dont la beauté a excité l'iniaginalion du poète naturaliste; aussi les a-t-il dépeints en phrases pompeuses qui, laissent loin derrière elles la nature elle même.

Les jeunes ressemblent le plus souvent aux adultes ; ils ont quelquefois des teintes plus vives. On observe chez plusieurs espèces des variétés accidentelles , dues tantôt à un nombre divers et à des formes différentes des lames écailleuses, à la distribution des coideurs , etc. —

Tous les Dendrophis connus habitent les régions intertropicales des deux mondes; la seule espèce, qui se trouve à la pointe australe de l'Afrique, s'éloigne des autres par l'ensemble de l'organisalion. Une espèce est répandue sur la plupart des pays tropiques situes entre les gn^ndes Indes et la Nouvelle Hollande: les individus de ces différentes contrées présentent de légères différences dans les teintes et ont donné lieu à l'établissement de quelques variétés de climat.

Les Dendrophis sont très lestes dans leurs niouvemens, et grimpent avec une agUilé extrême. Ils ne quittent jamais les forêts où ils habitent les buissons et les arbres, autant pour se reposer sur les feuilles gigantesques des végétaux de la zone torride que pour attraper les animaux dont ils se nourrissent et qui préfèrent un séjour send)lable, tels que des oiseaux, des, reptiles sauriens des genres Lophyre, Galéote et Dragon, etc. On a aussi trouvé dans leur estomac des restes de crapauds, de grenouilles, de souris etc. et voilà certainement une des raisons qui engagent les Dendrophis à se

224 DENDROPHIS LIOCERCUS.

rendre quelquefois à terre. J'ignore si toutes les espèces sont noeturnes. Les Dendrophis pondent des œufs de forme plus alongée que ceux des Couleuvres.

On n'a connu jusqu'ici que deux ou trois espèces du genre Dendrophis: j'y ajoute plusieurs autres qui sont inédites. Ce genre a été subdivisé par mes devanciers en plusieurs autres, suivant la présence de dents maxillaires sillonnées ou d'une rangée d'écaillés dorsales plus grandes que le reste; on a aussi éloigné les espèces, qui offrent des écailles carénées, de celles qui les ont toutes lisses: c'est sur de tels caractères que reposent les coupes secondait es de bu cep h al us de Smith et dispholides deDuvERxoY, celles de dendrophis et de CHRYSOPELEA de Boie et en partie celle de L E p T o p H 1 s de Bell.

1 Esp. LE DE/VDROP/IfS .^ QUEUE LISSE.

DENDROPHIS LIOCERCUS.

PI. IX fig. I et 2.

Les naturalistes français ont donné à cette espèce le nom de BoiGA (i) et celui d'ahaetulla, dénomination barbare sans autorité, que Linné (2) a appliquée a une espèce indéterminable du genre Dendrophis, citant à la fois trois figures de Séba qui représentent autant de serpens de genres tout-àfait différens. 11 me semble mieux de conserver }e nom , inventé par le prince de Neuwied (3) , qui a figuré l'adulte ,

(1) Lacép. Quad, ov/p. vol. II p. i'i\ PL 11/ i ; Daudin vnl. Fil p. 63 Pi, 8/| ; Lati\. vol. IF p. 1 1 'x av. Cvs ; c'est aussi la c o ii l f. u v a e

n E RICHARD BORY DE St. VlNC. Jutl. il. SC. IKlt. J\<ril 182/i /?.

408 et Dict, cla.ss. t. IF. p. 588 PL iii. — [i] Mus. Ad. Fr. p. 35 PL 11 f.Z) Syst, nat. p. 387. — (3;, BeHr. p. ^65; Jbbild. Llvr. XIF PL 4. —

BEM3ROP1ÎIS Liocmicus. 22:)

dont ii a bien voulu communiquer un individu au Musée des Pays-Bas. C'est particulièrement cette espèce qui ^ dépouillée de l'épidernie, brille des plus vives teintes de l'arc en ciel , parmi lesquelles on admire le plus beau bleu d'azur et le blanc de nacre argenté à reflets d'or. La figure d'un individu dans cet état, mais coloriée d'une manière bizarre, a été publiée» par Séba(i); cette malbeureuse figure a donné lieu à bien des erreurs: Linné en a commis la principale , en la citant à sujet de son COL. ORDINATUS, cspècc identique avcc Ic c o L. bipunc- T ATUS de Latreille (2) ; il a été suivi presque unanimement par tous les autres erpétologistes. Le Dendropbis à queue lisse compose le genre a h a e t u l l a de Gray (3) et celui de l e p- TOPHis dans le sens de Wagler (4).

Le manque total de la plaque du frein offre aux amis des systèmes artificiels un caractère assez trancbant pour reconnaître ce Dendropbis. Il a les angles des lames abdominales moins écbancrés que la plupart des autres espèces du genre. Les yeux sont assez grands. La plaque verticale est étroite par derrière; les frontales postérieures descendent sur les côtés du museau, qui sont un peu canaliculées. On observe i5 rangées lonofitudinales d'écaillés, toutes de la mémeétendue et surmontées d'une forte carène ; celles , qui avoisinent le ventre , sont de forme rbomboïde et lisses; celles des flancs sont assez alongées et lancéolées.

Cette espèce atteint jusqu'à 1,0 -\.ofi^. Le nombre des plaques varie depuis i5o + ï4o jusqu'à 160 H- i5o.

La teinte du dessus est , à l'état de la vie , un beau brun de bronze resplendissant des couleurs métalliques; elle passe au vert sur les parties antérieures , tandis que le dessous est d'un beau blanc argenté ou de nacre , tirant sur le vert de mer. On observe une raie noire derrière l'œil ; les carènes des écailles sont dautant plus apparentes qu'elles offrent le plus souvent une couleur foncée. Les jeunes ont les mêmes teintes que leurs parens.

(i) Thes> Il PL lofig. 2. — (2) Consultez notre article sur le t u o p i-

DONOTUSBIPUNCTATUS. — (3) 6JW. ofRept.p. i6. (/j) Syf, p, j 83.

226 DEMDROPHIS CATESBYI.

Ce Dendrophis aies dents très délicates; celles, que l'on voit au bout postérieur du maxillaire , sont à peine plus grosses que le reste. Les vertèbres sont très alongées et n'offrent que des vestiges d'apophyses. Les glandes salivaires sont moins développées que la nasale.

Cette espèce appartient au nombre des plus communes à Surinam , d'où les batimens hollandais en apportent souvent en Europe; les collections en sont abondament fournies ; nous en devons une grande quantité aux soins de M. Dieperink à Paramaribo. Le Musée de Paris possède des sujets tués àCayenne et à la Trinité ; M. D'orbigny vient d'en recueillir une jolie variété toute verte au Chilé; M. Plée enfin l'a découverte à la Martinique , mais l'individu qu'il a rapporté est d'un vert bleuâtre uniforme , et long de 0^96 + 0,5^ : il offre 164 + i^g plaques. Le Prince deNeuwjed l'a observée sur les bords du Parahyba, .de l'Espirito santo et près du Cap Frio. Les indigènes du Brésil la désignent , ainsi que plusieurs autres serpens d'arbre , sous le nom de cipo. Cette espèce se plaît sur les arbres, où elle glisse par les branches avec beaucoup de dextérité; elle se . nourrit de reptiles , particulièrement de batraciens anoures et de souris (i). J'ai trouvé dans son estomac les débris de plusieurs espèces d'oiseaux et Wagler (2) en a retiré un Tangara et un Pluvier.

2 Esp. LE DENDPiOPHIS DE CJTESBY. D. CATESBYI.

Habitant l'île de St. Domingue où elle a été découverte par

M. llicord , cette nouvelle espèce du genre Dendrophis est

absolument semblable à la précédente; aussi laurais-je réunie à

celle-ci , si elle n'offrait pas le caractère distinctif assez tran-

, chant d'avoir toutes les écailles à surface unie et disposées sur

(t) IVf.itw. Beitr. ^.270. — (5.) Syst. /J. .279.

DENDROPIIIS AIJRATA. 22^

iW séries. La queue est en outre un peu plus longue relativement aux proportions du tronc , comme on peut le voir par les dimensions de ces parties , qui sont de 0,62 H- 0,4,9 ^^ V^^ ^^ nombre des plaques dont on en compte 170 H- 184.

Le beau vert d'herbe uniforme du dessus olfre une légère teinte de brun ; mais le vert bleuâtre dont le dessous est orné , passe sur le jaune vers les parties antérieures de l'animal. Ces deux teintes se trouvent séparées par une raie blanchâtre , bordée de noir sur les côtés de la tête , mais qui s'évanouit sur ceux de la queue.

3 Esp. LE DENDROPHÎS DORÉ. 1>. AURATA.

Voici certainement un des ophidiens les plus jolis, également remarquable par la délicntesse de ses formes que par la beauté des teintes. Une conformité totale de ces dernières avec celles duDRYioPHis DORÉ, etdei'ANOLius DORÉ reptile saurien du môme pays, rend notre petit serpent d'autant plus digne de l'attention du naturaliste philosophe , qu'il reconnaît une loi de la nature jusqu'aux couleurs des animaux. Le beau rouge , qui orne les flancs de l'ÉM Y DE a long cou et qui est absolument le même dans ceux du naja porphyrea, deux reptiles de la même contrée dans la Nouvelle Galle du Sud , est-il dû à l'accident ? Je me borne ici à fixer l'attention des naturalistes sur ses phénomènes , et je rapporterai dans un autre lieu les nombreuses observations, relatives à cette question intéressante.

M. Dieperink à Paramaribo a bien voulu céder au Musée le seul individu connu de cette espèce inédite, qui appartient au nombre des plus rares à Surinam. Cet individu est à peine de la grosseur du tuyau d'une plume d'oie très mince sur une longueur totale de 0,29+0,28. Cette extrême délicatesse des formes, l'abdomen convexe et nullement anguleux, ainsi que le système

228 DEi\DROFHi8 PICTA,

de coloration rapprochent ce Dendrophis du Dryiophis dore, dont il se distingue autant par la forme de la tête que par un nombre différent des plaques abdominales et des rangées d'écailles.

Le corps du Dendrophis doré est un peu comprimé et revêtu de i3 rangées d'écailJes lancéolées et lisses, dont celles qui occupent la ligne médiane du dos, sont à peine plus larges que le reste. La tête a à-peu-près la forme de celle de l'espèce précédente; mais les écailles occipitales et la verticale sont beaucoup plus larges , et le museau est plus court et moins obtus ; on voit une plaque de frein assez grande , et trois plaques postorbitales. Les yeux sont grands; la plaque surciliaire est assez voiitée.

Une belle teinte bronze, finement mouchetée de brun et respleiKÎissant l'éclat de l'or , occupe indifféremment tontes les parties de l'animal ; le dessous des parties antérieures seul est plus clair et d'un beau blanc de nacre irisant au vert ; cette dernière teinte occupe aussi la lèvre supérieure sous la forme de plusieurs taches. i44 + ^^^'

4 Esp. LE DENDROPHIS PEINT. D. PICTxi.

PI. IX fîg. 5 , 6 et 7.

On ne connaît d'autres Dendrophis du nouveau monde que les trois espèces que nous venons de décrire. Nous passons maintenant à celles de l'Asie , ajoutant à la fin les espèces africaines , dont celle du Gap s'éloigne à plusieurs égards.

L'espèce du présent article a un grand rapport de formes avec le DENDROPHIS LiocERCUs, dout elle sc distingue facilement par la rangée médiane d'écaillés plus grandes et à pointe tronquée, par le défaut total d'écaillés carénées, par un nombre plus élevé de plaques abdominales tandis que l'on en

rDEXDROPIlîS PÏCTA. 229

compte moins de soiiscaiidales, par les angles*'de1'ab(lomen e tde la queue plus saillans et plus échancrés , enfin par une tète plus lari^eà la base, moins along'ée et plus conique, par des yeux moins grands, et par la présence de plaques du frênaies.

L'ouverture de la bouche est très arquée; le museau peu long- et plus conique que chez les autres espèces. Les plaques de la tète ne présentent rien de particulier; il Faut cependant observer, que les voccipitales ont rarement le bout arrondi, comme le montre notre 5"" fioiire.

La mâchoire supérieure est un peu arquée, on voit qiîelques dents plus grosses au bout postérieur du maxillaire. Le reste de la charpente osseuse ne diffère point de celle du Dendrophis liocercus, il en est de môme des glandes de la tète. En disséquant plusieurs individus de cette espèce , j'ai trouvé dans leur estomac les restes d'un Gaiéote, le Gaieotes gutturossus de Merrem.

Cette espèce a le dessus d'un brun plus ou moins foncé, tirant tantôt sur le vert , tantôt sur l'olivâtre et refléchissant la couleur de bronze. Une raie d'un jaune de citron vif, bordée par la raie noire qui occupe les côtés de la tète , s'étend le long de la rangée d'écaillés, voisine des plaques abdominales. Le dessous est d'un blanc jaunâtre ou argenté. Les côtés du cou sont souvent ornés d'une suite de bandes de bleu et de noir, alternes el se dirigeant obliquement en arrière. L'iris est rougeâtre.

Il s'en faut cependant bien que tous les individus offrent la même livrée. La bordure noire des flancs est souvent très peu apparente; dans d'autres individus elle est formée par une rangée de points, dans d.'autres ellemanque totalement. Le job dessin sur les côtés ducoune s'aperçoit quelquefois nullement j tandis que d'autres individus ont cette partie richement ornée de diverses couleurs. La plus belle des variétés est celle que M. Reinvi^ardt a nommée par cette raison col. poi.y chr ou s : le dessus de la tète et les écailles dorsales sont d'un jaune rouge très vif d'autant plus relevé que les flancs sont rayés alternativement de brun noir tirant sur le pourpre et le bleu , dessin qui

230 BENBROPHIS PICïA.

s'évanouit vers les parties postérieures , qui sont cVun v er taiinâtre comme le reste des flancs. Le dessous est jaune. D'autres individus ont les couleurs très pâles et quelquefois elles sont même très sombres et uniformes, particulièrement dans le temps du changement de la peau.

Cette espèce nous a été envoyée en grand nombre de l'île de Java. Le M usée des Pays-Bas en a également reçu plusieurs individus de B e n ga 1 e , qui m'ont démontré leur identité avec ceux dont on trouve les figures chez Russel 11 PL 47) et 46: figures qui représentent deux variétés , l'une verdâtre, l'autre jaunâtre et c|ui ont servi aux types aux dendrophis maniar et chaire K A KO s de BoiE, etauLEPTOPHis MANCAsde Beli. (i). Deux autres portraits de la variété du Bengale ont été publiés parGRAY dans Ylndinn Zoologie sons les noms dcAHAETULLA BELLii et CAUDOLINEATA. Feu Boie a vu chez le docteur Smith au Gap de B. E. des sujets du Dendrophis peint, recueillis àCeylan. L'infortuné Macklot et son compagnon de voyage M. Mùller , ont retrouvé ce Dendrophis sur la petite île Samao près de Timor, et sur les bords de la rivière Outanata à la côte occidentale de la Nouvelle Guinée ; les individus de ces régions éloignés ont les teintes plus sombres que ceux de Java et du Bengale; au reste , ils ne diffèrent en rien de ceuxci : on ne leurs voit point de bandes bleues sur les côtés du cou , et le jaune du ventre est le plus souvent assez terne ; ces circonstances me font croire qu'il faut rapporter ici le serpent découvert par King (2) dans le Careeningbay à la côte boréale de îa N o u V e 1 1 e Hollande. Mon voyage à Paris m'a appris que cette espèce est beaucoup plus répandue que je ne lavais cru d'abord. On voit au Jardin des Plantes la série la plus complète de cette espèce , composée d'individus recueillis au Sénégal, à Pondichery, au Bengale, à Geylon, à la Cochin chine, à Manille, à Amb oin e , à Wai-

'^'{^) ^-<^ol. Journ. Il p. 329. — (aJLEPTOPHIS PUNCTULATUS

Gray : Narrât, of a Sim'ey, ^^pp.

DENDROPIÏIS PICTA. 231

g i o u et à la Nouvelle Irlande. Un examen superficiel suffit pour reconnaître riclentité de tous ces animaux.

Le Dendropliis peint atteint jusqu'à 0,88 -I- o,4o. On compte 160 + 100 ou 192 -H i56' plaques au dessous du ventre et de la queue.

On voit la figure de ce serpent chez Boie Erpét. PL 34 et chez ScHEUCHZER PL 629G.-G\iEHN (i) en a fait mention d'après les descriptions qu'en ont publiées Gronovius et Boddaert. C'est en outre le colub. filiformis de Linné (2), le fil et la D ou BLE' RAIE de Lacépède (3), le colub er deco- RUS de Shaw (4) , le b u n g a r u s f i l u m de Oppel (5) , et le DiPSAS scHOKARi dc KuHL (6). ScHNEiDER (^) parle d'un serpent du Bengale, auquel il donne le même nom et les mênies mœurs assignées par Russel à notre espèce: c est son e l ap s b i- LiNEATUs; le petit nombre des plaques souscaudales et les écailles carénées , caractères propres à cette prétendue espèce , conviennent peu avec la nôtre: certainement il y a ici un double emploi.

Russel dit que ce Dendropliis s'appele au Bengale cumbe- RiMAKEN , nom qui exprime son agilité de grimper sur les arbres. C'est de ce repaire , comme le dit la croyance populaire , qu'il jouit du plaisir malicieux d'être témoin de la consomption sur le bûcher des malheureuses victimes , auxquelles il vient donner la mort.

(i) Syst. nat, p, iii6; col. pictus. — (i) Mus» Jd. Fr. PL 17 fig. 1. jun. (3) Quad. ov. II p. 110 PL 10 fiij\ 1 el p. 2'34. PL 2 fig. 2 jeun. — (4) Gen. ZooL III Par. II p. 538 ; observez que M. GravenïïORST a employé ce nom pour désigner le xenodon rhabdoce- PHALUs. — (5) Aux galeries du Musée de Paris. — (6y Beitragep. 80. — (7) Hlst. Amph, II p. 299; col. bilineatus. Daud. Fil

p. l65 ; c o L. ARBOREUS MeRR. /?. l3l.

232 DEXBiiOPIilS FOKMOSA.

5 Esp. LE DEISDROPHÎS JDONIS. D. FORMOSA.

PI. IX fig. 2 et 3.

Le Professeur Reiwwardt a fait la découverte de cette espèce à Vile de Ja va , où elle est assez rare. Elle convient sous beaucoup de rapports avec la précédente. Pour la distinguer de celleci, il faut observer qu'elle a les écailles du dos plus étendues , la tête plus grande, les yeux extrêmement volumineux , le museau plus obtus , les plaques labiales moins élevées et les occipitales assez ramassées. D'ailleurs ses teintes sont toutes différentes , et la rendent certainement un des plus beaux serpens. La couleur de la peau dépouillée de l'épiderme , est un vert d'éméraude très brillant et tirant sur le bleu ,* le dessous est plus clair et quelquefois couleur de nacre; on voit le long des flancs deux raies noires souvent conliguës sur les parties antérieuies et se réunissant à la raie noire qui naît aux côtés du museau. Les écailles sont quelquefois bigarrées de blanc ou bordées de noir, particulièrement celles qui avoisinent l'abdomen , et dont l'ensemble des bordures forme alors une troisième raie. Une raie noirâtre vh^ne le long* de la suture des plaques abdominales. L'épiderme offusque d'un côté les belles teintes du fond ; mais de l'autre côté , il leur prête un éclat métallique aussi magnifique que celji des plumes des colibris ou des oiseaux-moucbes. Les petits ont les teintes plus claires et les raies noires prononcéees de sorte que le corps est raie alternativement de noir et de jaunâtre.

Le Mu;ée des Pays-Bas possède 5 individus de cette espèce , dont le plus grand mesure 0,96 -h 0,4^. On leur compte i j8 -h i38 ou 182 4- i44 plaques et i5 rangées d'écaillés.

l)E.\mvOPIlIS RllOÎ)OPLEURO\. 233

G Esp. LE DENDROPHIS A FLANCS ROUGES. DErVDIlOFIlIS lVnODOPfJ:URON.

PI. XI fig. II, 12 et i3.

A l'instar de la précédente , cette espèce inédite de Dendrophls est le iVuit des recherches mnhipllées du professeur I\ein- WARBT dans les îles du grand Archipel indien : M. M. Macklot et MûLLER Font retrouvée dans l'île d'Amboine, d'où ces voyageurs ncjus ont adressé une dizaine d'individus. Les plus i^rands mesurent i,o5 + o,jo ; le nombre des plaques varie tiepuis 206 + 148 jusqu'à 214 + 180. On voit par ces données que cette espèce a une queue de la moitié de la longueur du tronc , et que ses formes sont plus élancées que celles du DET^DROPHis LiocERCus, auqucl elle ressemble sous plusieurs rapports. Sa tête cependant est plus déprimée , l'oeil plus petit et les narines sont plus spacieuses ; elle a les dents maxillaires postérieures plus larges et sillonnées , et les angles de l'abdomen très saillans et échancrés; les plaques de la tête sont plus étroites: les écailles du tronc enfin sont moins alongées et disposées sur \n rangées mais également surmontées par une forte carène.

Les teintes sont également toutes différentes. Un rouge pourpre pâle occupe le fond ; il est plus clair en dessous , marbré quelquefois de noirâtre et variant au jaune, au vert et au brun, suivant les individus. Les écailles sont le plus souvent bordées de noir , couleur qui , dans quelques individus , prend tellement le dessus que les parties supérieures deviennent d'un noir presque uniforme , ayant seulement les carènes des écailles relevées par une raie claire. Les côtés du cou offrent quelquefois des bandes obliques noirâtres semblables à celles que nous avons observé chez le Dendrophis peint. Le ventre tire souvent sur le jaune. La queue est très aplatie en dessous et a la ligne médiane marquée d'une raie noii âtre.

234 DEI^DROPHIS ORIVATA.

J'ignore, s'il faut rapporter ici Seba /. PI. logfig. i et Russel 2wl I PL 3i p. 36 : cette dernière figure a été tracée d'après un individu mutilé et desséclié: nonobstant le vague dans cette publication , quelques naturalistes (i) en ont fait une espèce particulière. Voir aussi le dipsas rubescens de ÏLidi'a/t Zoology,

7 Esp. LE DENDROPHIS ORNÉ. D. OliN^lTA.

PI. IX fig, 8 et 9 ; fîg. lo yar.

On peut à peine se figurer un système de coloration aussi pompeux que celui de l'espèce dont nous allons traiter dans cet article. Elle est élégante sous le double rapport des formes et des teintes dont les deux principales, le jaune et le noir , sont si agréablement disposées qu'elles présentent des dessins aussi beaux que variés. La première couleur occupe le fond ; elle est extrêmement vive et passe souvent au verdàtre sur le dessous, tandis que les parties supérieures resplendissent quelquefois du rouge vermillon le plus éclatant. Cependant , comme les bordures noires des écailles sont le plus souvent très larges, il en résulte que la couleur du fond ne s'entrevoit que sur le centre des écailles; d'autres individus ont ces bordures irrégulières et dans d'autres encore, elles sont pi us fortes et tondues sur le dos: de là les innombrables variétés dans les traits qui ornent le dos , et qui se montrent tantôt sous la forme de petites étoiles ou de fleurs, tantôt sous celle de bandes transversales et alternes de noir et de jaune, quelquefois rapprocliées deux à deux , ou séparées par des bandes rouges ; les jeunes offrent toujours cette dernière disposition des taches, ce qui les a fait considérer par BoiE comme espèce particulière: c'est le de n-

(l) COL. T R 1 s T I s DaUDIN VOl. VI p. 43o ; COL, SCANDENS

Mkrk. Tent. p. 129.

DENDROPllIS ORiXATA. 235

DROP31IS cHR\socHi. GROS de 11eiinwa.rdt. On observe également trois Jjandes étroites et transversales sur le sommet de la tête; elles sont séparées par d'autres bandes moins distinctes et composées de petites taches. L'iris est jaune ou brun. Le rouge et le jaune perdent beaucoup de leur éclat par l'action de l'esprit du vin.

Pour se faire une idée des variétés que nous venons de décrire , il faut comparer les figures de cette espèce, données par RussEL (i),Séba(2) et ScHEUCHZER (3). Plusicurs de CCS figures ont servi de types aux coluber ornatus de Merrem y?. 109 , et au col. ibiboboca de Davbiis. i>oL P^I p. "iiy.

Le Dendrophis orné a la tête beaucoup plus déprimée queles autres espèces, de là vient que les lames labiales sont très étroites. Le museau est un peu tronqué au bout. La plaque du frein manque dans un individu de notre collection , ce qui a engagé feu BoiE d'en faire une espèce qu'il a représentée sur la PL 35 de V Erpétologie de Java sous le nom de chrypopelea PARADisii (4). Notre Dendrophis a à-peu -près le port du dendr. peint; son tronc est cependant un peu plus gros et la queue moins longue. Aucun serpent n'a le dessous aussi aplati et les angles de l'abdomen et de la queue aussi saillans que celui dont nous parlons. Les écailles , disposées sur 17 rangées, soiit de forme rhomboïde, moins obliques et moins alongées que celles des autres espèces : on voit , au lieu de carènes, une ligne noire.

Les adultes mesurent environ 0,90 + o,3o. Les galeries de notre Musée présentent une suite complète de cette espèce ; quelques sujets n'offrent que 180 -|- 96 plaques, tandis que leur nombre s'élève chez les autres jusqu'à 223+128. Les uns sont dûs au zèle de nos voyageurs à Java, qui les ont trouvés dans l'intérieur de cette île ; feu Boie nous en a fait parvenir plusieurs originaires de Sum atra, etil ena vuauCap recueillisàCeylan;

(1) Jnd. Serp. Il PI. 2 pas{. /, ; kaixa-jin. -- (2) Thés. I. 94. 7 ; II. 7. 1 ; //. 5G. I et //. 61. 'i. — (3). Phys. .mcm UGoG C. (ij Fig^. 10 P/, TX (\c notre atlns.

236 DEIMDEOPHIS PRAEORAATA.

d'autres nous ont été envoyés du Bengale; le docteur Witt enfin, abien voulu me céder un sujet rapporté de la presfju'îlHde Mal ac ca. Nous possédons quatre dessins de ce replile, faits sur les lieux. On ne sait rien par rapport à ses mœurs. Son squelette ressemble à celui des espèces voisines , mais les vertèbres sont moms alongées et par conséquent les côtes plus serrées : aussi sont elles pins longues qu'à l'ordinaire. Les dents sont très aiguës et de semblable longueur ; le maxillaire est assez arqué.

8 Esp. LE DENDROPHIS PJRÉ. B. FRAEIIMI^^ATA.

J'ai donné à cette espèce nouvelle un nom qui rappelé à la fois la beauté de sa livrée et la grande analogie qu elle a sous ce rapport avec la précédente. En effet , on la prendrait au coup (l'œil pour une variété du dendrophis orné; mais un examen détaillé fournit des caractères qui servent à l'établissement de ce bel animal comme espèce nouvelle.

Recueillie sous les broussailles dans le pays de Walo au Sénégal , un seul individu en a été rapporté au Musée de Paris par M. Perroteï Cet individu mesure 0,21 5 -1- 0,21. On lui compte 178 T 125 plaques et i5 rangées d'écaillés en rliombe et à surface unie.

Outre cette petite différence dans le nombre des plaques , cette espèce se disliugue de la précédente par son corps mince, qui offre un abdomen convexe ou si peu anguleux qu'on ne s'appercevrait pas de ces angles , si la place n'en était pas indiquée par une rangée de points noirs extrêmement délicats. La forme de la tête et des plaques dont elle est revêtue , est absolument la même que dans le Dendropijis orné.

TJn bt-au jaune de citron forme la couleur du lond. Le dessus est orné de bandes transversales noires dont on compte .'S sur la tète; mais sur le cou , ces bandes se fondent pour

DElVDÏlOniIS SMARAGDÎiXA. 237

former des taches noires qui , se réunissant à leur tour en 3 raies longitudinales noires , ne se perdent que vers le bout de la queue et dont les latérales bordent les flancs de l'animal. Celle du dos est lon<^temns imparfaite et ne consiste alors que dans les points noirs centrais des écailles de la ligne médiane. La teinte du fond change au gris pourpre à mesure que le dessin du cou devient moins distinct, et cette ternie occupe tout le reste du dessus de l animal.

9 Esp. LE DENDROPHIS EMÉRAVDE.

DEXDEOPillS SMx\FiAGî>INA.

Les angles saillans de l'abdomen et un port très analogue à celui du DENDROPHIS FOR M OSA servcut a distinguer le Dendrophis éméraude des autres serpens dont le corps offre un teinte verte uniforme. Cette espèce a les écailles du tronc lancéolées , disposées sur i5 rangées , toutes semblables et relevées par une très forte carène. Sa tête est moins alongée et plus conique que celle du Dendrophis formosa; le reste, excepté les plaques occipitales qui sont plus grandes , est le même dans les deux es[jèces. Le beau vert qui orne toutes les parties, est plus foncé sur le dessus, plus clair sur le dessous. De petites bigarrures de blanc se voient quelquefois sur les côtés du cou. Les;;individus , pourvus de l'épiderme, sont plus foncés ; leur teinte tire sur le brun et a un fort reflet métallique.

Feu BoiE a décrit le Dendr. éméraude dans son Erpétologie de c/rf^^a d'après un individu provenant de l'ancien Cabinet. J'en dois plusieurs autres à la bonté du professeur deFremery à Ltrecht. La patrie de cette belle espèce que l'on ignorait jusqu'à présent, vient d'être constatée par M. Eschricht : il a bien voulu m'en céder deux sujets envoyés récemment de la Côte d'or. i56 H- 122 ou 174 + i44- — Longueur totale d'un individu à l'âge

238 DEIVDROPHIS COLUBRIIVA.

inoyen 0,47 +0,28. L'espèce parvient à une taille de 3 pieds et demi.

Elle a le bout postérieur du maxillaire garni de plusieurs dents très longues; aussi la glande salivaire fornie-t-elle à cet endroit un lobe très développé.

10 Esp. LE DENDROPHrS CO LU BRIN.

DENDROPHIS COIAJBHIKA.

PI. IX fîg. 14, T5et 16.

'Presque tous les voyageurs fi) , qui ont parcouru la colonie du Cap de Bonne Espérance, font mention de cette espèce, assez connue des babitans sous le nom de boom s lange; mais aucun n'a songé d'en faire une description scientifique. J'ai cru reconnaître notre opbidien dans la figure 3 PL 68 uoL H de Sejba; ce serait ainsi le col. caracakas de Gme- LiN Srst. liât. p. II 17. M. Smith (2) directeur du Musée au Cap a donné très récemment la description de plusieurs variétés de ce Dendropbis, formant autant d'espèces nouvelles de son genre bucephalus, genre qui ne repose lui-même que sur cet opbidien. M. Duvernoy (3) enfin en a fait son genre d ispholides, y ajoutant Tépitbète de lalandii.

Ce Dendropbis intéressant s'éloigne sous beaucoup de rapports des autres espèces du genre. Il atteint une taille plus considérable (4) et toutes ses formes ainsi que son port sont plutôt celles d'une couleuvre; sa manière de vivre cependant , l'organisation de ses écailles , la queue longue et plusieurs autres caractères suffisent pour lui assigner une place dans le genre Dendropbis.

(i) LicHTENSTEiN Reisc. I p. 257 ; TnuNB. voy. p. 7 5- — (l) Znol. Journ. 1829 vol. IV p. Î\L\\. — (3) Jnnal, d. se. nat. Tome XXVI p. i5o et T. XXX PL 3. — (4) M. Rlinkcnbcrg à Utrecht possède un inclivitlu environ de six pieds de longueur.

DEXDROPIIÏS COLIBRIXA. 239

L'abdomen est très large et convexe; le tronc en pentagone, un peu comprimé et revêtu do 19 à 2^ rangées décailli^s de semblable grandeur , assez alongées, presque linéaires, étroites et toutes surmontées d'une forte carène. La tête est très distincte du tronc , courte, ramassée et obtuse; les lames , qui la revêtent, ont la même forme; les occipitales et les frontales antérieures sont petites. L'œil est très grand , bordé postérieurement de 3 plaques ; les narines sont ouvertes. On ne voit que y plaques à la lèvre supérieure qui est courte, l'ouverture de la bouche est par conséquent étroite.

On observe les mêmes formes dans les os du crâne , qui sont très délicats pour la taille de l'animal. Les caisses suspassent en longueur celles des autres Dendrophis , les mastoïdiens au contraire sont beaucoup plus exigus. On observe à chaque bout postérieur des maxillaires deux ou trois dents excessivement longues et pourvues en avant d'un profond sillon. Cet os étant très court , ces dents sont situées immédiatement au dessous de l'œil, ce qui peut contribuer à les prendre pour des crochets. La mâchoire inférieure est très arquée. Les apophyses des vertèbres sont plus développées que chez les autres espèces et les côtes beaucoup plus longues. Pour la taille de l'animal , les glandes salivaires ne sont pas volumineuses; mais il existe une nasale assez développée qui remplit l'intervalle laissé entre les os frontaux antérieurs et les nasaux. Les intestins sont beaucoup plus spacieux que chez les espèces précédentes , dont celle du présent article s'éloigne encore par la présence d'un lobe pulmonaire accessoire. M. DuvERNOY 1. c. XXX PL 12 a donné de belles figures du canal intestinal de ce Dendrophis.

Longueur totale : 1,10 4- 0,89 ; Nombre des plaques 180 -h 106 ou 197 + 120. —

Un brun verdâtre ou olivâtre très foncé et tirant quelquefois sur le noir occupe le dessus ; le dessous est d'un jaune verdâtre, les bordures des plaques sont foncées. J'ai observé parmi une sixaine d individus, envoyés au Musée par M. M. Boie et van HoRSTOK plusieurs variétés intéressantes. L'une a le centre de

240 DEi\I>ROPHIS COLUBEÏÎVA.

toutes les écailles d'un beau vert malachite ; l'autre est d'un brun marron uniforme; une troisième a îè dessous presque noir. Nous en devons un dessin fait sur le vivant à Pvî. Boie, qui a observé en 1826 cette espèce dans les environs de la ville du Gap. En comparant cette figure aux individus conservés dans la liqueur forte , on voit que les teintes changent peu après la mort.

Le docteur van Horstok me mande , que le dendrophis c o L u B R ï N habite particulièrement ies environs de Rondebosch et qu'il fait la chasse aux oiseaux , en se mettant en embuscade sous les feuilles des arbres. M. Lichtenstein (i) a trouvé, dans l'estomac d'un grand individu, six jeunes hirondelles à demidigérées.

Feu KiTHL a rapporté à notre dendrophis peint un serpent du Y e m e n , décrit par F or s k a l, Descr. p. 1 4, sous le nom de col. shokari. Je n'ose disposer de cette desciiptionqui me parait plutôt tracée d'après un ophidien inconnu , intermédiaire entre les psammophis et les dendrophis: celle de KuHL est faite d'après le dendrophis picta.

2 Genre. LES DUYIOFJlfS.

DllYIOPinS.

Par rapport à leur organisation , les Dryiopliis forment un des genres les plus intéressans clans la grande tribu des ophidiens non venimeux. Aucun des reptiles apodes n'offre des formes aussi élancées que ces serpens d'arbre. Leur corps souvent long de quatre à cinq pieds, n'est quelquefois que de la grosseur du petit doigt; la queue également grêle ei très mince, occupe presque constannuent la moitié de la longueur du tronc ; la tête enfin , extrêmement alongée et étroite , se termine toujours par un museau effilé, pointu et pourvu à son bout d'une plaque rostr a l e proéminente et souvent alongée en forme de trompe. On peut présumer que cette partie sert à ces animaux conmie organe du toucher et que ses mouvemens, ainsi que ceux du museau , concourent puissannnent à faciliter l'exercice des fonctions des narines , qui sont peu ouvertes et qui percent la petite plaque nasale t\ès alongée et placée latéralement près de l'extrémité du museau. La forme très effilée et étroite des pi aques qui revêtent la tête, est la conséquence nécessaire de l'alongement de cette partie : les frontales postérieures offrent particulièrement ces dimensions ,• les occipitales ont le plus souvent peu d'étendue, la verticale est toujours très étroite. Les plaques temporales ont une étendue considérable ; les labiales au contraire sont moins larges, variant en nombre de 6 à 9 à la lèvre supérieure. On ne voit de pla([ues frênaies que chez le dryiophis prasina. L'œil est entouré à son bord antérieur d'une seule plaque , à son bord postérieur de

242 BîlYiOPeiS.

tleiix. Les côtés du museau sor/c presque toujours concaves , ei: forment près de i'œil un canal plus ou moins profond , suivant que les plaques superciliaires sont plus ou moins saillantes. Cette dernière circonstance et la largeur de l'ouverture de la bouche , à bord arqué ou échancré dans plusieurs espèces, rend la physionomie des Dryiophis un peu farouche. Le regard sauvage , particulier à la plupart de ces opliidiens , est dû en grande partie à la conforuiation sinj^Mlière de leur pupille , qui est horizontalement alongée et entourée d'un bord de l'iris plus clair : organisation unique dans l'ordre des ophidiens. Mais il s en faut bien , que ces caractères soient constans dans tous les Dryiophis : les Dryiophis du nouveau monde par exemple, ont la pupille orbiculaire ; leurs dents sont en outre presque toutes de la même grosseur , au lieu que les Dryiophis de l'ancien continent offrent un système de dentitiini différent et tout particulier. On voit manifestement que les espèces américaines lient les Dryiophis au genre précédent , et que l'on peut fort bien leur appliquer le nom de faux- ])ryiophis , pour exprimer en même temps et leur nature différente et les rapports qu ils ont avec les autres espèces, que l'on peut désigner sous le nom de vrais-Dryiophis. Ceux-ci n'ont pas seulement des dents plus longues et sillonnées à l'extrémité postérieurede la màchoiresupérieure,mais on voit en aussi quelques unes de beaucoup plus robustes près du bout antérieur des deux mâchoires. Les glandes salivaires, plus volumineuses dans ces endroits , paraissent y conduire une quantité de salive proportionnellement plus grande que chez les autres serpens à dents d'égale grosseur.

La forme du crâne des Dryiophis correspond avec celle de la tête : tous les os qui le composent sont assez étroits et etfdés mais robustes ; les nasaux spécialement offrent des dimensions longitudinales peu communes. L'orbite est peu spacieuse, vu que les yeux sont plutôt petits que grands ; lintermaxillaire est très étroit et déprimé; les caisses sont larges, mais peu

DUYIOPIIIS. 243

longues. Les iiiaxillnires sont plus gros à la place où se trouvent les longues dents , et écliancrés iniinédiatenient derrière elles; le reste des dents, ainsi que cel'es du palais, sont assex petites et dirigées en arrière. On pourrait appeler canines les longues dents fixées près du bout antérieur de la mandibule supérieure (i) , vu qu'elles se trouvent immédiatement au devant l'oeil , et qu'elles sont précédées par plusieurs autres dents, qui diminuent en longueur à mesure qu elles s'approchent de Textréunté du museau; ces canines oitVent quelqueibis un faible sillon a leur face antérieure. Les nasaux sont réunis aux autres os du crâne au moyen d'une membrane ; de là la mobilité du museau. Le squelette des Dryiophis, excepté le crâne , ressemble beaucoup à celui du genre précédent. Ces serpens ont le lobe postérieur des glandes salivaires d'autant plus volumineux que leurs dents sont plus développées ; la partie de la glande qui se trouve au dessus des canines est également pi us grosse que le reste de ces organes. La glande lacrymale est très petite; il parai't qu'il n'existe pas de nasale, la rostrale est très peu développée. Les Dryiopbis offrent, comme la plupart desDendrophis, un seul sac pulmonaire. Ils ont les viscères beaucoup plus grêles que tous les autres ophidiens : les inflexions du canal intestinal sont si peu apparentes qu'elles paraissent sous forme d'étranglemens.

Le tronc des Dryiophis est en pentagone très comprimé ; tandis que le diamètre de la queue offre un triangle sphérique presque régulier. L'abdomen ne présente jamais des angles latéraux : il est au contraire étroit et plus convexe que le dessousde la queue. Les vertèbres étant assez alongées et les petites côtes éloignées les unes des autres comme dans les Dendrophis, il s ensuit que les plaques du dessous sont très longues, et que les écailles du tronc ont également une étendue assez considérable dans le sens longitudinal. Mais comme les lignes qui terminent le bord postérieur des écailles sont assez obliques, il résulte

(i) Ces dents ont été considérées comme crocheis par phisieurs auteurs.

244 DRYIOPHIS.

que ces organes sont très étroits , et qu'ils affectent la forme linéaire ou lancéolée, particulièrement sur les parties antérieures de Tanimal. Les d r y i o ph i s de c a t e s b y et l a n g a h a ont les écailles du dos carénées, tandis que le dryophis NASiQUE seul en offre une ran^rée dorsale plus grandes que le reste. On compte chez toutes les espèces , à lexception du Dryioplîis de Catesby qui en a 17,15 rangées longitudinales d'écaillés sur les parties antérieures du tronc.

Les couleurs des Dryiophis qui varient du vert au brun, annoncent que ces animaux passent la plus grande partie de leur temps sur les arbres , où la conformité des teintes les confond avec les branches ou avec le feuillage j elle leur prête , pour ainsi dire, une arme négative pour se soustraire aux poursuites de leurs ennemis , tandis qu'ils ont eux-mêmes Tavantage de s'approcher de leur proie sans en être aperçus. Les parties inférieures sont le plus souvent raiées longitudinalement de jaune ou de blanc. Les Dryiophis , de même que les Caméléons , les Anolis, les Poly.hrous, les Galéotes et beaucoup d'autres reptiles , ont la faculté de changer la couleur de leur peau, phénomène du au pouvoir des passions qui agitent ces animaux, à la nature des objets qui les environnent , à l'influence du jour ou des rayons du soleil.

Les formes et les couleurs sont sujettes a varier comme celles de tous les autres ophidiens. Quelques individus ont sur les côtés du cou plusieurs suites débandes obliques, composées de raies noires : ces bandes sont entremêlées de lignes blanches chez d'autres La plaque rostrale varie considéraldement d'un individu à l'autre quant à sa configuration, notamment dans les dryiophis PRASiNAetNAsuTA. La belle coulcuT vcrtc dont la plupart sont ornés , se trouve dans toutes les nuances depuis le vert bleu jusqu'au vert de mer, passant tantôt au jaune , tantôt au rouge-pourpre (i). L'esprit de vin affecte peu

(i) Voyez les figures de variétés analogues chez Seba // 82. 3 et chez RUSSEL /PI, i3.

DUYIOPIIIS. 245

l'éclat (les teintes 5 touteiois le pigment vert se déteint et se couiniunique à la liqueur.

Les petits ne difTèreiU tie leurs parens que par leur taille qui s élève souvent, (liez les adujtes , jus([\r à 5 ou 6 pieds de longueur totale. Le nombre moyen des plac|ues est de 200 4- i5o.

Les Dryi(")pliis sont des hahitans de la zone torride ou des régions voisines des tropes. Ils n'ont été observés jusqu à présent que dans les deux Amériques et en Asie. L île de Java nourrit une belle variété de climiit du Dryiophis nasique , qui est rénandu sur la plus grande partie de l'Asie méridionale jusqu'aux Philippines. Les autres espèces ont les bornes de leur patrie plus circonscrites. L'espèce propre à IMadagascar offre une organisation aussi anomale que la plupart des autres productions du règne animal de cette grandeile. Les Dryiophis font la chasse aux grenouilles et à d'autres reptiles. Ce genre remarquable a été peu étudié. Les icomjgraphes ayant le plus souvent négligé de comparer les différentes espèces , d'en indiquer la patrie et d'établir leurs caractères distinctifs, il règne une grande confusion à l'égard de la détermination des espèces , et ce n'est ou avecinccrtitude, que l'on peut rapporter les figures existantes à leur tvpe ; à cette catégorie appartiennent celles , publiées par ScuEuciizER PI. 655/. y et PL 63o ^ (i); celles de Seba 7/82, I et 3; 77 23. 2 (->.); celle de Daudin 2-0/. ^/P/. 8o(3), de Litreilll; (4) 2^^^^. I^ p- 122 , enfin celles de Linné 3'Jiis. .Ad. Fr. PI. 5 et Pf. 19. /i 2 (5). 11 est cependant manifeste , que la plus grande partie de ces figures ont été faites d'après

les DRYIOPHIS NASUTA et PRASINA.

(i) Cette dernière figure est le type du col. scheuchzerii Mf-rh. /?. 120 , auquel ce dernier savant rapporte Skba 77 53. 3 elles col. ruLGinus de Daudin , n as utus et purpura s cens de Shavv. — fi) C'est le NATRix FLAG EL Li FOR M 1 s Lalr./;. 79 : dénomination différemment employée par Merrem/?. 1 16. — (3) col. ru lgidus. —

( 4 ) C O L. N A s U T U s. — (5) COL. M Y C T E R I / A N S.

94G DRYIOPHIS IVASUTA.

Mer REM , toutefois en laissant quelques unes des espèces clu genre Dryiopbis parmi celles du genre natrix, en a distrait d'autres et les a reunies dans son genre dry i nus, dénomination changée, à ce que je crois par M. Dahlm\n, dans un des rapports annuels fait à l'académie de Stockholm en celle de DRYiormset adoptée ensuite par Jjoie et par d autres naturalistes modernes. L'espèce de Madagascar a été introduite dans les méthodes sous le nom de Lanoaha, comme faisant une coupe générique à part dans la famille des Serpens venimeux. On a très récemment subdivisé le genre Dryiophis en plusieurs autres , ce qui a donné origine à ceux de p a s s e r it a de Gray (i), de t-epïophis de Bell (2) , do x y b élis et de TRAGOPS de Wagler (3).

Les Dryiophis appartiennent au nombre des serpens rares dans les Cabinets.

On peut adopter deux divisions géographiques dans ce genre. Les Dryiophis de l'a n ci e n monde, dont nous traiterons d abord, ont des dents canines assez développées et la prunelle de l'œil horizontalement alongée.

I Esp. LE DRYIOPHIS N^JSIQUE. 1>. Nx\SUTA.

PI. X lîg. 1 , 2 et 3 , var. de Bengale ; fîg. 4 et 5, id- de Java,

II faut consulter les fii^ures du passeriki de Piussel ^^4^ pour se faire uueidée de cette espèce, r(q)andue surune grande étendue de pays; car j'en ai vu au Musée de Paris des sujets pris à Malabar , à Ceylan , à Pondichery , au Bengale, à Java, aux îles Philippines et aux Mariannes. J ai représenté (5) la

(i) Syn. p. î8, — (7.) Zool. Journ. Il p, '\ii. — ('')) Syst.p. 18':) et i84. — (0 ind. Scrp. PL ix el i'3. — (5) /V. A/i', i , 1 et 3.

DUYÏOIMIIS .^ASUJ.^. 2i7

tête He rindividu décrit par Lacépède (i) , et qui lait actuellement partie de la colieclioii du Musée des Pays Bas.

Ce Dryiophis a le museau liés aigu et termiiu' par une appendice mobile, charnue et proéminente en Ibrme de petite trompe, pliée sur les côtés et canaliculée en dessous; mais dont la longueur varie cpielquefois d Un individu à Vautre: nous en possédons où cet organe est très injparlaltement développé. Il est emboité par les plaques nasales, qui sont très effilées et qui ont leur bord supérieur saillant , de sorte que le dessus du iimseau s'enfonce entre ces bords. Les plaques frontales antérieures sont pointues , les occipitales peu larges. On voit à la lèvre supérieure huit plaques, dont celle qui se trouve avant ] œil est le plus souvent divisée en deux ou en trois petites plaques. Les narines percent lextrémité postérieure des plaques nasales. La rangée médiane des écailles du dos est un peu plus grande ([ue le reste.*

Un individu adulte de notre collection mesure 0,90 -+-0,61. Les plaques du dessous sont tantôt au nombre de 1^2+ i4o tantôt de 188 + 166.

Cette espèce est d'un beau vert d'herbe avec les parties inférieures plus claires ou marbrées de rougeàtre. Une raie blanchâtre ou jaune naissant derrière l'œil se perd à la comniissure des lèvres, une autre très distincte règne le long de chaque côté de labdomen et de la queue. J en ai vu plusieurs variétés, indiquées dans les généralités.

Elle vient des grandes Indes où elle est, suivant Russel (a), très commune , notamment dans les environs de A izagapatam.

Elle est connue dans ce pays sous le nom de passeriki- PAM , de PASTiLETTi et de bo ttl a-p asser i k i. Elle habite les arbres, et a les mœurs très féroces. En attaquant, elle fait entendre des sifflemens aigus , élève la tète, épanouit

(1) I. A >ASIOliK , COL. NASUTUS Qua(^. Ovlj), Il p, 277 PL A

jig. i, (2) l p. i(j et siiiv.

948 DUVIOPHIS LANGAHA.

la peau du cou et mord indistinctement tous les objets qu'on lui offre. La morsure n'a aucune autre suite que la douleur produite par la blessure. Le vulgaire de ces contrées prétend que ses attaques sont principalement dirigées contre les yeux des passans.

Un individu envoyé des îles Mnriannes, au Musée des Pays- Bas ne diffère point de ceux du Bengale. Nos voyageurs en ont rapporté un grand nombre de l'île de Java, où on la nomme ouLAR gadon: les individus de cette île ont le dessous orné de quatre raies longitudinales très larges, ce qui a engagé Cuvier (i) d'en faire une espèce à part. J'ai représenté la tête de cette variété, sur la PL ^ fg. 4 ^t.^- Les raies abdominales moyennes se trouvent aussi , quoifjue moins distinctes, dans les individus du Bengale et des Mariannes.

2 Esp. LE DRYIOPHIS UNO AH J. D* LANGAHA.

Eprouvant un sort semblable à celui du Fennec, le renard à longues oreilles des déserts de l'Afrique (Caniscerdo), leDryiophis dont nous nous proposons de traiter, a été longtemps méconnu et placé dans plusieurs genres dans le voisinage de reptiles très différetis des Dryiophis. Je l'avais réuni à ce geni-e avant de connaître l'animal en nature , et je vois que je ne me suis nullement trompé, après avoir eu sous les yeux les deux individus de Langaba rapportés dernièrement de Madagascar par M. Sganzin: ils sont les seuls connus dans les collections et font partie de celle du Jardin des plantes. La description que je vais en donner ici et la figure que je publierai dans un autre lieu , montreront combien sont peu exactes les seules

vi) COL. p \ V o N IN us (lu Musée de Paris.

DRYIOPMIS LAIVGAHA. 249

notions que Ton avait jusqu'à présont sur ce curieux reptile: ce sont celles de Rriguièuks (i).

Le Dryi()[)liis Lanj^aiia est un des mieux caractérisés du genre. II a des loriues moins élancées que les autres espèces; son système dentaire est le même riue celui des Dryl(^phisde l'ancien monde; coujine ceux-ci ses yeux offrent une prunelle horizontalement alongée ; mais il partage seul avec la grande espèce américaine le caractère d'avoir les écailles du dos carc'mées.

Son museau terminé par une appendice mo'le en forme d'alêne et presque de la longueur de la icte , offre un trait qui sert à distinguer ce Dryiopliis , non seuh'ment de toutes les autres espèces du genre, mais aussi de tous l(\s autres reptiles.

D'autres caractères établis par Bruguières , comme d'avoir la tête revêtue en partie d'écaiiles , une queue entourée de bandes simples et recouverte vers le bout de petites écailles, la nuance des couleurs blancbàlre tirant sur les lilas etc., me paraissent purement ir.iagir.aires ; du moins ils n'existent pas dans nos individus. La tête au contraire est garnie de jilaques analogues à celles des autres espèces ; la queue offre, sur le dessous des plaques divisées toutes semblables et les couleurs, au lieu d être très pà'.es , sont assez vives et foncées.

Un beau brun rougeàtre ardent occupe les parties supérieures; le dessous est d'un laune foncé très vif et moucheté de brun , particidièrentent sous la queue. On volt de chaque côté des lianes une raie très large et un peu plus foncée que la couleur du fond : cette raie paraît être composée de deux raies rapprochées.

Cette espèce offre un corps moins comprimé et plus robuste que les autres ; le ventre est un peu anguleux. On compte 19

(i) Journ. de Physique, vol. XXIF p. \'6i sitiv. PL 1/ — Synon :

LANGAHA MADAGASCARTENSIS. LaC. II p. ^69 LANGAYA NA-

s u T A Sha \\ Gen. Zco/. Il l PI. II p, 571. a m p u i s b a e n a l a n g a h a

SCHNEID. Illst, Jmph, Il p. l5l.

250 DRYIOPHIS PRASli\A.

rangées d'écailles lancéolées et toutes surmonlées par une forte carène. On voit 2 plaques frênaies enchâssées entre les deux oculaires antérieures et entre !a nasale qui est orhiculaire , latérale et percée par des narines peu ouvertes de la même forme, il existe souvent une ou deux plaques surnuméraires entre les surcilaires et les frontales postérieures. Les frontales antérieures peu développées sont précédées par 4 f>u 5 petites plaques , rangées autour de celles-là. \iennent enlin celles de l'appendice charnue du museau qui sont en grand nombre et qui méritent plutôt le nom d écailles. Lœil est garni postérieurement de 4 plaquas, auxquelles succèdent les temporales sous forme d'écaillés.

Le Langaha parvient problablement à une taille plus forte que les individus que j'ai sous les yeux et dont lun mesure 0,5 1 -t-o,3v35; l'autre a la queue mutilée. Les plaques du dessous sont au noudjre de 148 -f- i56.

3 Esn. LE DRYJOPHIS COULEUR DE POIREAU. DRYIOPHIS PRASÏNA.

PI. X fîg. g et 10 ; fig. 1 1 el 12 var.

On peut également appliquer l'épithète que porte l'espèce du présent article , aux autres vrais Dryiophis , dont la plupart offrent un système de coloration analogue, c'est à dire d un beau vert plus ou moins foncé. Le dessous est plus clairet séparé des flancs par une raie jaunâtre. Cependant on observe des variétés plus claires tirant sur le jaune ou sur le rouge, et les cotés du cou sont souvent raies obliquement de noir, de bleu ou même de blanc. La placjue rostrale , plus petite chez cette espèce que chez les autres mais àl)ord saillant, est adossée obliquement au dessous du bout du museau: elle varie

DRYIOPIIIS PRASliXA. 251

en grandeur et en forme suivant les individus ce qui , conjointement avec quelcjues raies abdominales de plus , a l'ait considérer cette variété accidentelle comme espèce distinct<; (i ): peut être faut-il attribuer cette dilïérence au sexe.

Notre Dryiophis se distingue d'ailleurs de tous les autres par la présence de deux petites plaques frênaies , par des narines rapprochées du bout du museau et par le développement des dents , celles de la mâchoire supérieure cjue nous avons comparées à des canines , étant très longues et sillonnées. Cette conformation a ]K)ur suite un prolongement des lèvres sur ce point: de là la forme irrégulière des 'j plaques qui la revêtent, et la légère ressemblance de la physionojnie de ce Dryiophis avec celle d'un chien dogue, ressemblance moins sensible dans les jeunes individus qui ont les dents peu développées. .

i,o4 + o,5o ; i86 + i38 ou 212 + \r(\.

Le Dryiophis couleur de poireau a été découvert à l'île de Java par M. Reinwardt. Nos voyageurs nous en ont fait parvenir un grand nombre d'individus. Le Musée des Paris possède des individus recueillis au Bengale et en Cochinchine par M. Diard. L'île de Ce lèbes profluit un Dryiojdiis, sen)b!able sous tous les rapports à celui du présent article; les quatre sujets rapportés de Manado par M. Strauss font partie du Musée des Pays-Bas: ils m'ont offert un noinbre assez grand de lames abdominales et souscaudales, ce qui m "engage à regarder les individus de Célèbes conime appartenant aune variété constante. Dimensions : 0,^3 -f- 0,44 <^u 0,176 H- 0,46. — Iliaques: 220 + 198 et 226 + 218. — On voit une belle figure de l'adulte dans Russel // PL 24.

(l) DRYIOPHIS X A N T H O Z O NI A. El'pélol. (le JfH'a PL 36.

252 DRYÏOPHIS CATESBYI.

4 Esp. LE DRYIOPHIS DE CAIËSBY. D. CATESBYI.

\iennent maintenant les D R Yi o PII I s D u nouveau monde, qui olfrenl deux caractères faciles a saisir , savoir: une prunelle orbiculaire et des dents moins développées , que le sont celles des autres nryiophis.

Je n'ai pu me résoudre à donner )a préférence à aucune des dénouiinations , proposées par les naturalistes pour désigner le Dryiophis de Cateshy. Leurs descriptions offrent toujours un mélange inextricable des deux ou trois espèces voi ines du genre Drjiopliis ; il me paraît même que celle du présent article n'a été examinée par aucun naturaliste depuis Cateshy (i). En changeant ces anciennes dénominations ,j'ai voulu simplement indiquer fauteur auque! il faut s'adresser pour l'original des descriptions: il se trouve chez Catesby p. 4y -, avec figure. Ce voyageur dit que le Coach-wlilp-snake est aussi agile qu innocent , qu'il habite les arbres et qui! vil d insectes. Le nom anglais qui lui est conféré chez Caiesby , est probablement appliqué indifféremment à plusieurs serpens de forme grêle.

Ce Dryioplîis habite les provinces méridionales des Etats-Unis de l'Amérique de Nord , d'où M. Bosc l'a rapporté au Musée de Paris. Ce même étaî)lissement en doit des individus à M. Plée , qui a retrouvé l'espèce à la Martinique. Mais elle vit aussi à Caj'cnne, comme le prouvent les envois faits de cette colonie aux Musées de Paris et des Pays-Bas.

Elle se reconnaît au premier abord à la forme du museau qui est très déprimé, assez conique et pourvu au dessous d'une plaque alongée, presque ovale et horizontalement adossée au bout du nez. La grande lame qui occupe la région des tempes , offre un autre trait facile à saisir. Les teintes vertes

[i) Wagler vient d'en donner une figure médiocre: Icônes Pi. lo:

DRYÏOPHIS FULGIDUS.

DRYÏOPHIS ARGEIVTEA. 253

Véloi'ment des espèces suivantes et diiLangaha, et elle se (listlng-ue des autres Dryiophls qui offrent un pareil système de coloration , par ses égailles carénées, par la prunelle orbiculaire et par un système dentaire moins développé.

Les narines se trouvent au centre de la plaque nasale. On compte 9 lames au bord de la lèvre supérieure. Celles du sommet de la tête n'offrent rien de particulier et imitent les formes extérieures. La ligne (pii détermine l'ouverture de la bouche est profondément courbée en S. On n'observe point cette grande différence dans lalongueur desdents comtnecbezla précédente, à la quelle celle du présent article ressemble parfaitement à l'éiiard des teintes.

Nous voyons par ces données que cette espèce lie les vrais Dryioplîis aux espèces suivantes, vu qu'elle a !e port, les couleurs et la forme de la tète îles premiers ; tandis que la conformation de l'œil et des dents conviennent davantage avec ces organes chez les faux-Dryiophis.

Les lames abdominales sont de 198 ou de 210. La queue étant mutilée dans nos individus, nous ne saurons assigner avec certitude à cette espèce le nombre des plaques souscaudales. L'un , d'eux dont pointe de îa queue seulement est enlevée, en offre i4o. La longueur totale est de 1,08 + o,5o.

5 £sp. LE DRYÏOPHIS ARGENTE. D. ARGENTEA.

PI. Xfig. 14 et i5.

La description de cette espèce n"a été publiée que par Dau- DiN (il: c'est sa couleuvre argentée.

Notre Musée en a reçu plusieurs individus de Cayenne ;

(1) Rept. vol. VI p. 327.

254 DRYIOPHfS ARGENTEA.

d'autres ont été cédés à cet éLal)lissenieiit par le professeur de Fremery àUtrecht (i). Un de ces derniers mesure 0,^78 4- 0,46 ; d'autres n'offrent que 0,07 + 0,24 ; on \'oit par ces données , (Hie la longueur de la queue est très sujette à varier , ce qui est encore plus manifeste par le nombre peu constant des plaques qui varient depuis 189 + 112 jus(ju'à 207 +3 siinpl. + n6 divis. Cette espèce a les formes plus délicates que le dkyiophis DE c ATESBY, auqucl cllc ressemble un peu pour le port. Elle offre également une pupille arrondie et des dents pres([ue d'é'^ale orosseur; mais sa lèvre supérieure est bordée de six pla- (fues seulement; ses écailles sont lisses, moins aiongées^ lancéolées et disposées sur i5 rangées ; sa plaque verticale est plus étroite et la rostrale a beaucoup moins d'étendue: aussi les teintes sont-elles toutes différentes dans le Dryiophis argenté qui offre, sous ce rapport, une analogie frappante avec le

PSA.IVIMOPHIS ÉLÉGANT.

Un beau blanc argenté finement moucheté et marbré, occupe le fond- deux raies d'un bleu d'azur profond, naissant au bout du museau régnent le long des cotés du dos ; deux autres plus larges séparent l'abdomen des flancs, qui sont ornées de plusieurs autres raies très peu visibles. Le dessous est orné de trois raies éo^alement bleues , dont les latérales sont beaucoup moins larfyes (lue la moyenne, qui s'efface vers les deux bouts de 1 animal: on voit à sa place, sur le dessous du cou, de petits points noirs qui s'avancent jusqu' aux lèvres , où ils sont souvent très foncés. Le beau dessin de cette espèce est quelquefois peu distinct et doit subir de grands changemens, si la peau est pourvue de son épidémie d un brun de bronze à reflet métallique , et qui ne s'est conservé que sur la tête d'un de nos individus.

L'affinité que présente ce Dryiophis avec le p s a m m o p h 1 s E I. É G A N T est assez frappante : nous avons énuméré, à l'article

(2) M. Klinkenberg à Utrecht possède également des sujets de ce joli Uryiophls,

DRYIOPIIÏS AUllATA. 255

(le ce dernier opliidien, K^s irails qui servent à disting^uer deux, êtres aussi voisins pour le coup d'œil.

6 Esp. LE DiiYlOPIJiS DOUÉ. D. AURATA.

PI. X fig. i6, T7 et i8.

Nous avons déjà fait mention , à l'article de noire dendro- PH is DORÉ, de la grande analogie qui existe entre les teintes de celte espèce et celle du présent article et de TAnolis qui porte le même nom. Les figures du Dryiophis doré, publiées par le Prince de JNeuwied (i) , par Wagler (2) , par Bell (3), et celle que M. Dieperiînk a lait faire à Surinam d après le vivant, prouvent assez que la belle couleur de J)ronze doré (juiorne toutes les parties de cette espèce brille, à Tétat de la vie, de tout l'éclat des teintes de Tiris ; tandis que les individus conservés dans la liqueur forte n'offrent qu un gris pourpre uniforme, parsemé d innombrables petits points noirs , et moucheté ou bigaré de blanc quifornje souvent des marbrures assez étendues. Les points noirs sont souvent agrégés sous la forme de taches plus grandes ou sous celles de lignes, réunies en séries obliques sur le cou.

Ce Dryiophis est le plus svelte du genre : son tronc n'offrant qu'un diamètre de la grosseur d un tuyau de plume de cygne sur une longueur totale de 0,80 4- o, 54- Le nombre des plaques est de i83 -h j54ou de 196+ i^4' Le museau est plus ellilé que celui de l'espèce précédente à laquelle il ressemble

(i) Jhbilcî. Livr. 1^1 F PL i:col. acuminatus. — [1) Serp. bras. PL 3 ; d f^ y 1 n c; s a e v e u s ; il en a fait plus tard le genre o X Y B E L I s , voir Syst p, i83. — dryinus auratus Zoo/. Journ, II p. "^ïS.

25G DRYIOPHiS ALRx\TA.

sous beaucoup des rapports ; ses dents canines sont encore moins développées que chez le Dryiophis argenté , et l'ouverture de la bouche, quoique large , est peu arquée. Les glandes saiivaires sont beaucoup moins développées que chez les vrais Dryiophis.

Ce Dryiophis est répandu sur la plus grande partie de l'Amérique intertropicale. Le Prince de Neuwied (i) la observé près de^la rivière Espirito-Santo , Spix dans les forêts aux bords de la rivière Sabmoëns. M. Dieperink nous en a envoyé en quantité de Surinam. M. Plée en a rapportés de la JMiîrtinique au Musée de Paris. L'individu décrit par Bell était originaire du Mexique. La circonstance que cette espèce est distribuée sur des pays si éloignés, méfait présumer que le coach-whip- SNAKE (2) de Ca-tesby pi. 54, doit être rapporté ici : assertion d'autant plus vraisemblable qu'on sait que les Flondes nourrissent plusieurs animaux propres au Mexique ; de plus , les données de Gatesby coïncident parfaitement avec nos observations. Cet auteur et le Prince de Neïjwied assurent que le Dryiophis doré est très agile et qu'il habile les arbres.

1^1) Beitr. p. 3a2, suiv. — (2) c o ach- wh i p-sn akf, , ce qui signifie serpent fouet de coclier , nom anglo-américain , appliqué sans distinction à plusieurs ophidiens à formes svelles. Les auteurs ont attribué la Iraduction latine de cette dénomination indifféremment aux deux espèces de Dryiophis de l'Amérique du Nord.

3 Genre LES DIPSAS.

DIPSAS.

Le troisième et deinier «enre de la famille dont nous traitons, est d'un tiers plus riche en espèces que les deux précédens pris ensemble. Je comprends sous la dénomination de Dipsas (i) tous les serpens d'arbre, qui se rapprochent des Couleuvres proprement dites par leur port et les proportions volumineuses de leurs parties : une tête ramassée et très obtuse, une pupille verticalement alongée, un corps comprimé et une queue souvent très effdée servent à distinguer les Dipsas à la fois de celles-ci et des genres Dryiophis et Dendropliis. J'ignore si tous les naturalistes justifieront les vues qui m'ont dirigées, en réunissant dans ce genre un si grand nombre d'espèces qui offrent souvent des caractères très disparats ; mais je n'ai pu me résoudre à dévier du principe que je me suis proposé dans cet ouvrage , nommément de réduire la science aux élémens les plus simples. L'expérience m'a démontré qu'aucun caractère générique isolé ne peut être appliqué , avec précision, même sur une seule espèce de ce genre. En retirant par exemple , des autres Dipsas, les espèces qui offrent une série dorsale d'écaillés plus grandes que le reste, on en éloigne les dipsas iriiegularjs, colu-

(i) DIPSAS mot grec , dérivé de âiy\>a , so if: c'était chez les anciens un serpent dont la morsure , à ce qu'ils disaient , causait au blessé une soif ardente.

258 BÏPSAS.

BRIN A et AEGYPTiACA, espècesclcs mieux caractérisées du genre et ressemblant sous tous les autres points au reste. KuHL et BoiE ont séparé les Di PSAS la e vis, carinata et B o A sous le nom cI'a m b t. y c e p h a l u s , vu que ces espèces ont les dents petites et toutes semblables, caractère qui convient aussi au Dipsas Weigeîii , Catesbyi et à d'autres • mais l'un des Amblycephales a les écailles lisses , l'autre les a carénées, le troisième enfin a la série dorsale des écailles plus larges que le reste, sa queue est munie en dessous de plaques simples, la pupille estorbiculaire, etc. : le premier offre des formes massées et un port semblable à celui des Calamars, tandis que le dernier présente une taille des plus élancées. On observe de plus, dans le genre Dipsas, trois ou quatre espèces à écailles carénées, qui se distinguent encore entre elles par d'autres caractères particuliers quoiqu'assez vagues. La forme des plaques de la tête varie extrêmement et est aussi peu constante que celle des autres parties, assertion dont on peut se convaincre parla comparaison de nos figures des dipsas bucephala,

CATESBYI, CARINATA, BOA, NATTERERI, etC. Il me

paraît inutile d'alléguer encore de nouvelles raisons à l'appui de ma manière devoir. L'expérience est le meilleur précepteur: elle m'a suffisamment démontré que le succès qu'on se promettrait par la distribution des serpens en sous-genres , ne repondra que faiblement aux espérances que plusieurs naturalistes ont conçues d'un pareil travail. Wagler par exemple, a subdivisé le genre Dipsas en six sous-genres différens qui ne renferment que la moitié des espèces connues: en examinant ces coupes de plus près, on voit que cinq d'entre elles, qu'il nomme

PAREAS, TELESGOPUS , RïilNOBOTHRIUIM, DRYOP^ÎI-

LAx et THAMNODYNASTES uc Contiennent chacunc qu'une seule espèce et que, pour être conséquent, il fallait distraire de son genre Dipsas, le d. irregularis qui n'a pas d'écaillés dorsales plus grandes , comme le dit ladiagnose: j'omettrai les autres erreurs que ce novateur a commises dans sa

BIPSAS. 950

<îifignose à la tête du genre Dipsas, comme d'avoir une pupille orbiculaire etc (1).

Les Dipsas ont un tronc beaucoup plus gros que les autres serpens d'arbre, mais il est tellement comprimé que le diamètre offre un ovale alongé, dont les dimensions lono-itudinales surpassent les transversales du dou!)le ou du triple: cette forme du corps a pour suite que l'a b d o m e n n'est ordinairement pas anguleux comme chez les autres serpens d'arbre ; il est au contraire assez convexe et très étroit. Les lames , qui le revêtent et dont le nombre s'élève le plus souvent jusqu'à 25o , montent plus ou moins sur les flancs. Le dos est, chez la plupart, en carène et quelquefois muni d'une rangée d'écaillés plus grandes que le reste ; ces écailles ayant le bout tronqué , leur forme offre un hexagone presque régulier. Les lignes, qui déterminent les bords des écailles, étant beaucoup moins obliques que chez les deux genres précédens et les lames de l'abdomen moins larges , il s'ensuit que les Dipsas ont des écailles moins alongées que les Dendrophis et les Dryiophis: elles sont au contraire carrées, en rhombe ou un peu lancéolées et pointues au bout ^ lisses chez les uns, carénées chez les autres ou ornées simplement d'une petite ligne foncée au lieu de carène, et le plus souvent disposées sur 21 ou 28 rangées , quoiqu' on observe plusieurs espèces qui n'en offrent que 17 ou i5 ou même i3.

Le tronc des Dipsas s'amincit insensiblement vers les parties postérieures ; la queue est moins déliée que chez les deux genres précédens , quoique plusieurs espèces l'aient très longue et grêle : de là les différences con sidérables dans le nombre des plaques souscaudales , qui est quelquefois de i5o, tandis que d'autres n'en offrent que 80 ou même

(i) FiTZiNGER. C/ass. p. 6g a formé son genre sibon aux dépens de celui de dipsas: il v réunit les di p s. tr i g onat a , n F. b u-

LATA et ANNULAT A.

2G0 DIPSAS.

moins. Une espèce de ce genre, le dipsas boa, à conslamrnent des lames simples sous la queue ; une autre-, le Dips. iRREGULARis cn oftre qui sout très sujctt cs à Varier à cet égard , et on lui voit des plaques simples et divisées ,?mêlées dans toutes les proportions. Le diamètre de la queue est de forme spliérique plus ou moins régulière, qui se rapproche de l'orbiculairevers le bout de ce membre.

Le tronc des Dipsas étant excessivement comprimé , il résulte que la tête, plus grosse chez les Dipsas que chez tous les autres serpens dont nous avons traité jusqu'à présent , est assez distincte du cou. Elle est très large à la base, un peu conique , ramassée et se termine par un museau gros, obtus , arrondi ou tronqué au bout et le plus souvent de forme trapue. La plaque , qui termine cette partie , n'est jamais proéminente, et toujours en pentagone assez large. Les narines latérales et rapprochées du bout du museau sont plus ouvertes que chez les autres serpens d'arbre. La forme trapue de la tète et sa hauteur considérable déterminent la forme des plaques dont elle est revêtue, lesquelles sont très larges et ramassées , au lieu d'être effilées et étroites comme celles des deux genres précédens. Les frontales antérieures et les occipitales sont moins développées que le reste ; le nombre des temporales et des labiales varie suivant les espèces , dont quelques unes sont dépourvues de plaques du frein, tandis que d'autres en offrent plusieurs. La plupart des Dipsas cependant ont, devant la plaque du bord antérieur de fœil, une frênaie plus ou moins large. On voit le plus souvent derrière l'œil deux plaques qui, chez quelques espèces , sont liées aux infraorbitales par d'autres petites plaques. Les lames du dessous de la tête présentent parfois des formes extraordinaires : c'est particulièrement chez les dipsas bu c e-

PHALA, CATESBYI, CARINATA, LAEVIS et:BOA,rque

les mentales sont assez larges et développées aux dépens des labiales et des écailles mentales ; ces dernières se trouvant

mPSAS. i2(i 1

en petit nombre , vu que les lames gulaires très larges s'étendent assez en avant. L'œil est toujours cVun volume considérable, quelquefois assez saillant, et oiTre une prunelle verticale , de forme lancéolée : règle constante qui ne souffre d'exception que dans les d i p s a s boa et de d i e p e r i n k. L'ouverture de la bouche est large et quelquefois un peu arquée. La forme obtuse du museiui , la grosseur disproportionnée de cette partie relativement à sa brièveté , et une lèvre supérieure le plus souvent montant brusquement vers le museau : tous ces caractères prêtent à la physionomie des Dipsas quelque analogie avec celle des chiens-dogues; les yeux saillans et à pupille verticale ne contribuent pas moins à rendre leurs traits plus farouches.

Les os, qui composent le squelette des Dipsas, sont beaucoup plus robustes que ceux des autres serpens d'arbre. Les côtes sont plus longues , moins distantes les unes des autres, et plus arquées. Les vertèbres sont plus ramassées et munies d'apophyses épineuses assez développées ; une espèce, le dipsas ANNULATA offrc dcs apopliyscs transversales d'une forme toute particulière. Le crâne est très trapu; l'intervalle entre les orbites est profondément échancré en dessous; les nasaux sont larges et courts , les caisses moyennes et quelquefois longues. L'apophyse coronoïde de la mâchoire inférieure est beaucoup plus développée que dans les Dryiophis et dans les Dendrophis , où elle est presque réduite a rien. La mâchoire supérieure, quelquefois tournée en dedans , est peu longue et armée, pareillement que l'inférieure et le palais, de dents dont la conformation varie assez d'une espèce à l'autre. Ces dents sont exiguës dans les unes, serrées, d'égale longueur et disposées en peigne; d'autres en offrent déplus grandes mais moins nombreuses; celles du bout antérieur des deux mâchoires sont tantôt plus grandes que le reste, et tantôt c'est le bout postérieur du maxillaire (|ui est pourvu de plusieurs dents plus longues ou même sillonnées.

262 DÏPSAS. ^

La plupart des Dipsas que j'ai disséqués, ne m'ont pas offert de gl an des nasales; la rostrale, lorsqu'elle existe, est assez petite; la lacrymale est presque toujours cachée parles muscles de la manducation; mais on voit des salivaires qui s'étendent le long du maxillaire et dont le lobe postérieur est ordinairement très développé; celles de la mâchoire inférieure offrent , dans quelques espèces, un volume considérable. La disposition des parties molles varie d'une espèce à /autre : quelques unes ont le poumon pourvu d'un petit lobe accessoire; chez d'autres cet organe se prolonge en avant du cœur sur les memi>ranes de la trachée artère; d'autres encore et, à ce qu il parait , la plupart n'offrent qu'un seul sac pulmonaire. Les intestins sont plus spacieux que chez les deux autres genres de la famille et le plus souvent profondément plissés, particulièrement i intestin grêle; on distingue toujours un intestin gros ou un rectum assez large.

Plusieurs espèces de ce genre parviennent à une taille de 5 à 6 pieds , tandis que d'autres restent si petites qu'elles ne surpassent guère i4 pouces en longueur totale.

Les Dipsas sont ornés de teintes très variées suivant les espèces , de sorte qu'il est impossible d'en tirer un caractère pour les reconnaître ; l'observation cependant que ces teintes sont en quelque sorte analogues à celles du tronc des arbres, de l'écorce et des branches se nrésente involontairement à l'esprit. Le brun plus ou moins foncé et nuancé domine chez plusieurs espèces; la plupart ont le corps orné de bandes transversales , de taches ou de marbrures. Les couleurs subissent chez quelques unes des changemens considérables avec l'âge. Les sujets, conservés dans la liqueur forte , ne m'ont pas présenté des signes extérieurs de différence sexuelle.

Les Indes orientales et l'Amérique méridionale sont la véritable patrie des Dipsas. Une espèce , que nous plaçons également dans ce genre quoiqu'elle s'éloigne considérablement des autres ,niabite l'Egypte et la Dalmatie.

DIPSAS DEXDUOPJIILA. 2(13

Les vrais Dipsas se tiennent continuellement sur les arbres, où leurs formes leurs prêtent une grande facilité à s'enfoncer dans le feuillage épais des végétaux des tropiques. C'est de ce repaire qu'ils fondent avec la vitesse de l'éclair sur leur proie, qui consiste particulièrement en oiseaux, en reptiles sauriens et batraciens. Quelques espèces ont la faculté de vibrer leur queue par un mouvement latéral extrêmement rapide; d autres s'en servent pour s'accroclier aux objets qui les environnent , ou pour saisir leur proie en entortillant ce membre autour du cou de la victime. Je crois que tous les Dipjas sont des animaux nocturnes.

1 Esp. LE DÎPSAS DENDROPHILE.

DIPSAS «ENDIIOPHILA.

PI. XI fig. I , 2 et 3.

OuL4R-iMA.NOK OU o Tj L A R-B o u R o IN G cst Ic nom malais que porte cette espèce à Java , où elle peuple les bois en abondance , se trouvant jusqu'au jardin botanique de Buitenzorg, résidence du gouverneur bollandais. Sa morsure, n'ayant point de suites factieuses , ce beau serpent n'est redouté de personne, nonobstant sa taille considérable et ses dents sillonnées; tandis que le dipsas multimaculata, espèce assez petite et à dents délicates de semblable grosseur, est réputé un des plus venimeux. Je tiens ces observations du manuscript de feu Kuhl : elles démontrent à l'évidence combien peu on doit se fier aux contes du peuple , dont la superstition attacbe plus d'importance aux récits transmis par leurs ancêtres qu'au témoignage de leurs propres sens.

M. Reinwardt qui a le premier découvert cette espèce, en a fait faire un portrait sur le vivant : cette figure a servi

264 DÏPSAS DEIVDUOPHÏLA.

de modèle à celle que Wagler a publiée dans ses Icônes 1 PL 8. On trouve déjà une figure de ce serpent chez Scheuch- ZER 662. 1 1 , rapportée par Merrem au col. v a r t a b i l i s , espèce de TAmérique méridionale que l'on a, par la seule et légère analogie dans les teintes , très mal-à-propos comparé à notre Dipsas qui, sous le rapport des couleurs et à plusieurs autres égards, se rapproche davantage des Bongares.

Le Dipsas dendrophile l'emporte dans ses dimensions sur toutes les autres espèces du genre. Parmi le nombre considérable d individus, adressés par nos voyageurs au Musée des Pays-Bas , il s'en trouve un qui est de 7 pieds de longueur totale; mais la plupart ne mesurent que 1,20 -h o,3o. Le nombre des plaques varie depuis 218 "^ 100 jusqu'à 222 -h 104. Les écailles sont lisses, en rhombe , obliques , et disposées sur 21 rangées; celles, qui revêtent l'épine dorsale, sont en hexagone et beaucoup plus larges que le reste. Le tronc est très comprimé: sa coupe offre un ovale de o,o3 de longueur sur 0,01 5 de largeur. La tête est volumineuse , grosse et a les plaques du sommet laiges ; le museau est obtus et arrondi.

Le crâne (i) est composé d'os très vigoureux; les dents sont peu nombreuses et arquées ; la dernière de la mâchoire supérieure est sillonnée quoique à peine plus longue que le reste. Les apophyses épineuses des vertèbres dorsales sont très développées. Ce Dipsas est dépourvu de glande nasale, la lacrymale est petite; mais les saiivaires sont très grosses vers le bout postérieur. Le grand lobe pulmonaire est muni à sa base d'un petit lobe accessoire.

La couleur du fond , d'un beau noir luisant réfléchissant le bleu d'acier, est plus claire sur les parties inférieures. Le corps est entouré de 45 a 5o bandes transversales , étroites, d'un

(r) Voyez la figure du crâne chez v. d. Hoeven. Hamlboek. Atlas PI, i^Jïff. 9 et Nov. Act. vol. XI F PL i(>//'^: G.

DIPSAS MULTIMACULATA. i265

beau jaune d'or, plus larges vers le dessous: cette dernière teinte occupe aussi lu gorge et les lèvres, dont les écailles sont bordées de noir; elle forme sur l'abdomen tantôt des taclies carrées , tantôt des marbrures. Ce dessin varie suivant les individus: on en observe, qui ont les bandes très étroites; chez d'autres elles sont interrompues; et quelques uns offrent un abdomen tout noir. L'iris est d'un bleu noir. Les teintes perdent beaucoup de leur lustre par l'action de fesprit de vin et le jaune change en blanc.

L'île de Célèbes produit une variété de climat de cette espèce, qui offre des bandes plus serrées et plus étroites qu'à l'ordinaire. M. M. QuoY et Gaimard en ont fait la découverte à Manado : cette variété se trouve aussi à Java , mais elle est accidentelle dans cette île et très rare.

2 Esp. LE DIPSAS A TACHES SERRÉES.

DIPSAS MULTIMACULATA.

PL Xlfig. 4 et 5.

Cette espèce inédite , également due aux recherches du professeur Reinwardt habite l'île de Java , où elle est aussi abondante que la précédente. M. M. Boie , Macklot, Kuhl et VAX Hasselt nous en ont fait parvenir un grand nombre d'individus; le dessin fait sur le vivant et que j'ai sous les yeux m'a été communiqué par M. Reinwardt. En comparant celte figure à celle que Russel(i) a fait faire d'après \\n individu conservé dans la liqueur, on observe que les

(i) Ind. Scrp. IT PI. "33 ; je rapporte ici également : Sera // PL 26 fig. I , 2 et 3 ; P/. 38 y?-, i et 4. PL 60 fis- 4 et PL ^c^fig. 1 ; enliii ScHEUCii/. 6^"] /ri,\ 2.

266 DIPSAS MULTIMACULATA.

teintes de cette espèce sont peu sujettes à linfluence de ce fluide.

Un gris brun olivâtre , tirant sur le pourpre et parsemé d'innombrables petites bigarrures brunes, occupe le fond.Une suite de larges taches tantôt rondes, tantôt carrées ou en polygone irrégulier, règne le longde chaque côté du dos; elle est suivie d'une autre suite de plus petites qui s'étendent sur les flancs. Un trait en angle, dont les jambes sont parallèles aux bords latéraux de la tête et qui reçoivent sur la nuque une lache en rhombe, s'étend depuis locciput jusqu'en avant des yeux; une raie brune se trouve derrière l'œil. Le dessous est couleur de rose très pâle , garni d'un triple rang de taches irrégulières qui forment souvent, en confluant^ des marbrures. Il en est de même avec celles du dos, dont la forme est peu constante. L'iris est jaune.

Cette espèce a le dos assez en carène ; son port, du reste, est le même que cliez la précédente , mais elle surpasse rarement o,58 -i-o,i5 en longueur totale; un très vieux sujet cependant, que possède M. Klinkenberg àUtrecht est long d un mètre environ. Les plaques varient depuis 202 H- 80 jusqu'à 212 + 89. Les écailles sont lisses et lancéolées; on n'en compte que 1^7 rangées. Le museau est plus alongé et moins gros que celui du Dipsas dendrophile; aussi l'ouverture de la bouclie est-elle moins courbée.

Les dents de cette espèce sont toutes d'égale grosseur, peu nombreuses et très délicates. Les os , qui composent le crâne, sont beaucoup moins robustes que chez la précédente et les caisses plus courtes. Elle offre une glande lacrymale assez développée et entourée en partie du lobe postérieur de la glande maxillaire qui est expressément échancrée pour recevoir cette première glande. Le poumon ne fornie qu'un seul sac; le canal intestinal est plissé dans toute sa longueur.

Ce Dipsas fait la chasse aux dragons, aux oiseaux et aux grenouilles. C'est particulièrement de cette espèce, que Kuhl a

DIPSAS TlUGONATA. 267

observé le mouvement tremblant de la queue. La taille exceptée, les jeunes ne diffèrent des adultes que par leurs teintes plus vives. •

Il faut ajouter comme patrie de ce Dipsas le Bengale et 1 île de Célèbes : j'ai vu au Musée de Paris des sujets recueillis dans ces pays. l

3 Esp. LE D. TRIPLE TACHE. D. TRÏGONATA.

PI. XI fig. 6 et 7. .

Il convient de placer ce Dipsas dans le voisinage du précédent , il en a parfaitement les formes et y lient même beaucoup par les teintes ; les caractères suivans cependant servent à Ten distinguer: 19 séries d'écaillés très alongées ; une dent maxillaire postérieure très longue, une queue un peu plus courte et une disposition dilTérente des teintes. Celle du fond est im jaune d'ocre ou olivâtre, plus clair en dessous; l'épine du dos est marquée par des taches sagittaires ou triangulaires, blanches, bordées de noir et liées entre elles par une raie longitudinale médiane. On conçoit qu'un pareil dessin est peu constant, que les taches sont souvent séparées et que leur nombre varie selon les individus. Les flancs sont mouchetés et marbrés de brun , ou parsemés de petits points ou lignes irrégulières et noires. La configuration du trait noir qui orne le sommet de la tête, est la même que chez la précédente; mais ce trait est souvent composé'de trois taches. La couleur du fond change, après la mort, au jaunâtre pâle.

0,67 4- 0,16; — 229'+* 55 ou 238 *-!- 97.

Le Musée des Pays-Bas possède trois individus de ce Dipsas,

2G8 DIPSAS CYNODON.

ils ont été envoyés du Ben<^ale. Russel (i) l'a observé près de Vizagapatam*, où il est assez abondant. On en prit, lors de la résidence de ce savant à la cpte de Coromandel , plusieurs individus, occupés à traverser pendant la nuit des cbeniins. Ces reptiles s'emparaient à différentes reprises d'une poule, en lui entortillant la queue autour le cou , ce qui aurait certainement fait succomber le pauvre oiseau, si on n'avait eu soin de la dégager. Leur morsure était sans aucune suite dangereuse.

4 Esp. LE DIPSAS CANIN. DIPSAS CYNODON.

PI. XI fi£[. lo et II.

Malgré vingt ans de recherches assidues pour explorer l'île de Java, nos infatigables voyageurs n'ont pu se procurer que trois individus de ce beau Dipsas, que feu Guvier a fait connaître sous un nom indiquant un système de dention tout particulier et en effet unique dans ce genre. Boie (2) et Gué- RiN (3) ont figuré cette espèce.

Elle a la taille du Dipsas dendropliile, mais ses formes sont beaucoup plus élancées , sa queue est plus effilée et la tète moins grosse. Nos individus mesurent 1,67+ o,64; t,4o + o^\i et 0,74 ■+" o,3o ; on leur compte l'ji -f- i56 à 248 + 142 plaques et 21 rangées d'écaillés, lisses et lancéolées. Le tronc est excessivement comprimé; le dos en carène et muni

(i)J/a/J. Serp. 1 PL iS prtg. 20; tar tutta: cette figure est le type des col, c a t enu l a r i s Daud. /^T/?. :i53 ; co l, t ri g on a-

TUSSCHNEID. ap. BeCHST. LacÉP, vol. ir p. 256 et du COL. SAGIT-

TA TUS Shaw Gen, Zool. lll P. II p. 526. Cette espèce a été figurée dernièrement dans Vlnclian Zoologie sous le nom de di psas gicool. (2) Erpct. de Ja\a PI. 37. — (3) Jcon. Jiepf. PI. 21/ 2.

ftIPSAS C^ XODOiV. 2(iO

d'une rangée de plaques en liexagone régulier ; la tête moins Inr^^e, plus alongée el le nniseau moins gros que chez le D. (lendrophile; l'œil enHn est plus gros et les plaques occipitales sont plus courtes. On voit une ou [)lusieuis dents, beaucoup plus longues que le reste, au bout postérieur de la mâchoire supérieure; d'autres également plus longues~se trouvent an bout antérieur de rintérieure et des os du palais* Les caisses sont très développées.

Un beau gris pourpre , chargé d'innombrables mar])rures brunes très fines, occupe le fond qui tire, sur les parties supérieures, au jaunâtre; le dessus est orné de 4<^> '*^ 5o bandes transversales d'un brun noir, larges sur le devant, plus étroites vers les parties postérieures , et assez étendues sur la queue, où la couleur du fond passe au blanc. On observe plusieurs taches de cette dernière teinte sur les lianes et sur l'abdomen. Une raie noirâtre, naissant derrière l'œil, se perd sur les côtés du cou.

Au jeune âge, cet ophidien est un des plus beaux sous'le rapport des teintes, qui diffèrent totalement de celles des adultes en offrant beaucoup d'analogie avec celles du dips. NEBULATA. La coulcur du fond est alors un jaune très vif ^ bioarré d'innombrables marbrures d'un brun foncé et varié irréfifulièrement de taches noires: les bandes foncées du dos sont disposées alternativement avec d'autres bandes plus larges, formées par la teinte du fond ; les flancs sont également ornés de bandes obliques et noires; un voit une rangée de taches échancrées et jaunes sur les côtés de l'abdomen ; la tèle enfin offre un dessin très joli, composé de plusieurs taches noires de figure diverse et bordées de jaune.

270 DIPSAS DRAPÏEZII.

5 Esp. LE DIPSJS DE DRAPIEZ. D. BRAPIEZII.

PI. XI fig. 8 et 9.

ÎMon prédécesseur, en publiant cette espèce inédite, avait été obligé d'en tracer et la description et la figure (i) d'après un individu conservé auMuséed'histoire naturelle de Bruxelles. Ce voyageur m'éciivit ensuite qu il avait vu, lors de sa résidence à la ville du Cap , quelques individus de cette espèce adressés de C e y 1 a n à M. Smith , directeur du South- African Muséum. Arrivé à Java^ Boie était à même d'observer ce Dipsas dans les forêts vierges du Parang, d'où il nous en a fait parvenir une sixaine d individus, accompagnés du portrait de l'adulte, dû au pinceau de M. van Oort. Le docteur Strauss nous en a cédé depuis deux sujets recueillis près deManado à Célèbe s , et MM. Macklot et Millier ont été assez heureux pour s'en procurer un très vieux individu lors de leur séjour à la côte occidentale de la Nouvel le Guinée.

Le Dipsas de Drapiez, sans doute un des plus jolis du genre , est assez voisin du précédent , dont il se distingue cependant par la configuration de sa tête ramassée et des plaques qui la revêtent, par ses formes plus élancées, par son tronc beaucoup moins élevé et entouré de 19 rangées de plaques dont celles de l'épine dorsale sont beaucoup plus larges que le reste , par ses grands yeux, par le manque total delà plaque du frein (2) , par des dents plus longues en avant de de la bouche, enfin par la disposition des teintes, attendu que l'on ne voit point de raie derrière l'œil, que les bandes étroites du dessous se perdent sur les flancs , enfin que les parties intérieures sont d'un rose pourpre et bordées de chaque

(i) ErpéCde Java PI, 38. — (2) Ce caractère n'est pas toujours constant.

DIFSAS mUEGULARlS. 271

côté d'une raie longitudinale noire, au dessus de laquelle rèiine une suite de taches en rose , d'un beau cramoisi et bordëes de noir. Che;'. les très vieux sujets, ce beau dessin est presque totalement eiïacé et la couleur du fond est alors un brun foncé. Les leintes rouges deviennent blanches après la mort.

i,3o-|-o,43. — 259+114 ou 264 H- 154.

M. Mùller a fait dessiner une belle variété de ce Dipsas , qu'il a recueillie dans les forets près de Tapos à Java. Le dessus est d un jaune d'orange, orné d un grand nombre de lignes anguleuses vertes; cette teinte occupe aussi le cou et la tête. L'iris es'c d'un rouge pourpre. Le dessous est d'un rouge cramoisi paie qui passe au jaune sous la gorge.

6 Esp. LE ^DIPSAS ANOMAL. D. IKREGULARIS.

PI. Xlfig. 12 et i3'

Ce n'était pas simplement par un effet du au hasard , que l'individu de cette espèce décrit par Merrem (i), avait le dessous de la queue munie de quelques plaques simples, tandis que le reste étaient divisées : les variétés accidentelles de cette nature étanl. communes chez le Dipsas irregularis , il convient d'en faire une mention particulière et la dénomination, assignée par Merrem , se trouvera suffisanmient justifiée. Mais c'est très mal-à-ipropos que quelques auteurs, attachant trop d'importance à ce caractère, aient éloigné ce Dipsas des autres espèces, auxquelles il se rattache par les liens les plus intimes d'affinité.

(l)uNREGF, LMàsSIGE NATTER MeRR. BeUv II Pi. \ p, 25.

HURRIA PSEUDO-BOIG A DaUDIN VoL Vp.l'j']. H U R R. I R R E-

GUL. PiIerr. Tent. p. 93. boiga irrec. Fitz. /a 60.

272 DIPSAS IRREGLLARIS.

Les plaques abdominales varient également plus que chez les autres Dipsas. J'en ai compté chez les uns 236 + g?) , tandis que d'autres m'en ont offert jusqu'à 269. + 116. On verra par les données suivantes, que le nombre relatif des plaques et des écailles souscaudales n'est dans aucune proportion constante chez les difiérens individus:

1/ indiv. : 2 éc. H- i5 pi. -h y6 ec. — 2.™^ indiv. : 3 éc. -h 5 pi. H- 108 éc. • — 3™^. indiv.: 2 éc. + 7 pi. + 4 ^c. + I pi. H- 2 éc. + I pi. + 3 éc H- I pi. + 94 éc. —

Ce Dipsas atteint jusqu'à 5 pieds et demi de longueur totale; les individus dans l'âge moyen mesurent ordinairement : 0,93 + o,3o. Il a à-peu-près le port du bips, den- DROPHILE5 quoique sa tête soit moins grosse et ses formes un peu plus grêles. Le nombre des écailles du tronc varie depuis 21 jusqu'à 23. Cette espèce se distingue de toutes les précédentes par ses teintes et par le défaut d'une rangée d'écaillés dorsales plus grandes que le reste. La tête a la forme de celle du dipsas de drapiez, excepté que le museau est moins court, que les yeux sont plus petits, que les plaques occipitales ont plus d'étendue, et que les côtés du museau sont munis d'une plaque frênaie. Les écailles de la nuque sont fort petites , trait assez caractéristique pour l'espèce.

Ce Dipsas offre quelques dents plus longues au bout antérieur de la mandibule inférieure ; les caisses sont peu développées, quoique le crâne soit très large. Les côtes sont minces. Les glandes de la tête ne diffèrent guère, par leur forme et par leur disposition , de celles du Dips. dendrophile.

Un brun olivâtre occupe le dessus; '*^ flessous er>t verdâtre et marbré de brun. De nombreuses bandes étroites el noires descendent du dos sur les flancs, se dirigeant obliquement en arrière; elles sont souvent séparées par des bandes plus larges mais très effacées qui forment des résaux, parfaitement semblables au dessin , qui orne le tronc du Python arnethysti-

DIPSAS COLUBRIXA. 273

nus, ophldien du même pays que notre Dipsas. Les couleurs de celle espèce vnrient assez, soit au gris, soit au jaunâtre; elles offrent une légère teinte de pourpre vX sont beaucoup plus sombres dans les individus conservés dans la liqueur forte. Le dessin, que nous venons de; décrire, s'efx'ace avec làge, de sorte que les adultes présentent une livrée très uniforme.

Ce Dipsns est très abondant dans les îles d'Amljoine et de Saparua, d'où MM. lleinwardt, Macklot et MûUer en ont fait parvenir au Musée des Pays-Bas un bon nombie d'individus.

M. Lesson a reçu, lors de son séjour à Macassar , un sujet de ce Dipsas, qui offre une teinte d'un brun Jaunâtre uniforme; il fait nnùntenant partie du Musée de Paris, établissement qui possède plusieurs vieux sujets de cette espèce recueillis par MM. Quoy etGaimard à la pointe orientale de Célèbes.

7 Esp. LE DIPSAS COUJBRIN. 1). COLUBRINA.

L'espèce inédite. que nous publions sous le nom de Dipsas colubrina , a été découverte »à Madagascar et sur l'île Bourbon par M. M. Goudot et Milius, qui en ont adressé plusieurs individus au Musée de Paris.

Elle a plusieurs rapports avec la précédente, qu'elle rappelé parfaitement par son système de coloration dont elle partage ie caractère d'avoir toutes les écailles de la même étendue ; mais elle offre des formes beaucoup pi us ramassées et une queue peu longue mais robuste, particularités qui lui ont lait assigner l'épitliète qu elle porte dans notre ouvrage. On serait même tenté de prendre cette espèce pour une Couleuvre, si son tronc fortement comprimé et la forme et les détails de l'organisation de la tête qui sont absolument les mêmes que chez les Dipsas, ne s'opposaient point à cette distribution.

274 BIPSAS AEGYPTÏACÎIS.

Le Dipsas anomal étant le seul, avec lequel l'espèce du présent article pourrait être confondue, il suffira de constater qiî'elle s'en distingue, outre la (iifférence dans les proportions , par un nombre divers des lames abdominales et des écailles qui sont beaucoup nioins grandes, lancéolées et disposées sur 27 rangées. L:r tête offre d'autres marques distinctives, en ce qu'elle est plus grosse relativement au volume du corps et en ce qu'elle a un museau très obtus: en oulre, la plaque verticale est plus longue et les occipitales sont très petites; on voit un tour de 8 écailles rangées tout autour de l'œil qui est assez volumineux; les écailles occipitales enfin ont plus d'étendue que chez le Dipsas anomal.

Cette espèce atteint une longueur de 3 pieds; les individus, que j'ai devant moi, mesurent o,5o + 0,11 de o, 335 + o,65 et offrent 190 H- 67 ou 176 -1" 66 plaques.

Le dessus est d'un brun marron assez clair, relevé par six rangées de taches noirâtres effacées , et disposées en quinconce: elles sont souvent confluentes et forment alors une espèce de dessin réticulaire. Les parties inférieures offrent un jaune d'ocre pale et uniforme.

8 i^^sp. LE DIPS.^S D'EGYPTE. D. AEGYPTÎACUS.

Yoici encore un Dipsas très voisin du Dipsas anomal, notamment parle manque d'unerangéed écailles dorsales plusgrandes que le reste, et qui s'approche davantage de cette espèce que la précédente. D'une taille beaucoup moins forte, le Dipsas de l'Egypte s'éloigne enct>re du Dipsas anomal : par son corps tnoins comprinîé et moins haut; par son abdomen très peu anguleux; par des écailles descendant obliqueuîent sur les flancs connue on l'observe chez les Xénodons, les Najas etc; par les plaques de la queue toujours divisées ; par une tête beaucoup

DIPSAS IVECIJLATA. ^T.)

moins p-rnsse, déprimée, obtuse cl très nplatie; par In présence (Tune seule paire de plaques nientides peu larc^es et d'un ofraud nombre d'écailies qulaircs ; par des veux moins volunrineux; enfin par "un système de coloration un peu divers.

Une bonne figure de ce Dipsas a été publiée dans le grand ouvrnge sur l'Egypte (i) et c'est sur elle que repose le genre TELESCOPUS de Wagler (2) M. Rettss (3) en a fourni dernièrement une description d'après un sujet qui offre des teintes assez uniformes.

Ceux qui ont été rapportés par Olivier de l'Egypte et du Levant, et qui font partie du Musée de Paris, ont toutes les parties supérieures il'un brun grisâtre enfumé , varié de nombreuses bandes transversales peu distinctes et d'un blanc jaunâtre assez pâle. Le dessous est également nuancé de cette dernière teinte. Une raie foncée s'aperçoit sur les côtés du museau mais elle se perd vers l'angle de la bouche.

Dimensions: 0,675 + o,i3 ou 0,21 -+- o,o35. — Plaques 24fS + 82; 266 4- 65; l'individu du Musée de Francfort en offre 263 + 74- On compte 4i rangées d'écaillés lancéolées et lisses.

9 Esp. LE BIPS J S NEBULEUX. B. NEBULATA.

PI. Xlfig. i4eti5.

Les coLUBER NEBULATus('i)etsiBON de LiNNE rcposcnt tous deux sur le même opliidien , un des plus communs à Surinam qu'il paraît habiter exclusivement. Les collections hollandaises en sont abondamment fournies. Nous en tenons

(1) Snppl. PI. 5 fi^, 1. — (2} Syn. p. 182. — (3) col. obtus us Mus. Senk. l P. II p, i37.;4)^tt,y. Jd. Fr. PL 24^^. 1. (5) Sysf. nat. p. 383.— Voyez les figures de celle espèce chez : Scheuchzer 748 , 8 ; Skea 11, 29, 3 et 7. 17. 4 j Merrem Beitr. I p. ^ \ elle fait partie du genre sibon chez FiTZiiNGER Class. pap;. 60.

27G DIPSAS IVEBULATA.

un grand nombre de M. Dieperinr à Paramaribo. Les plaques varient depuis 176-1- 74j'^isqu"à 18?. 4- 92; on ne compte que i5 rangées d'écaillés lisses, en rhombe et d'égale grandeur. Ces données indiquent déjà, que l'espèce du présent article a les formes beaucoup moins alongées que les précédentes; aussi offre-t-elle un corps beaucoup moins élevé dans le sens vertical et une taille moins forte. La tête, que nous avons représentée y?^. i4 ^^ i5 PL XI est d'un très vieux individu qui ne mesure cependant que o,44 ~*~ Oji5: cette partie, de la forme de celle des autres Dipsas , a le sommet plane, le museau est extrêmement gros et aussi haut que large. L'ouverture de la bouche est peu grande et droite; les yeux sont moyens.

Les dents sont assez délicates, en peigne et toutes d'égale grandeur. La mâchoire supérieure est dirigée en dedans, large et munie d'une apophyse très petite; les caisses sont moyennes. Cette espèce s'éloigne des autres par la disposition des glandes de la tête, \u qu'il existe une nasale et une lacrymale extrêmement développées: la dernière particulièrement est très grosse et parfaitement orbiculaire. La salivaire de la mâchoire inférieure est assez larae. Les cellules du poumon se prolongent sur les membranes de la trachée artère, mais elles y sont assez clair-semées. Le canal intestinal est plus spacieux qu'à l'ordinaire, les inflexions deviennent plus profondes vers le duodénum. Je n'ai trouvé dans une femelle gravide que trois œufs de forme oblongue et assez développés.

Le Dipsas nébuleux mérite l'épithète qu il porte à cause des innombrables marbrures d'un beau brun rouije et de blanc , dont le dessus est parsemé. De larges taches de la première teinte quelquefois réunies en bandes transversales disposées en zigzag, régnent le long des côtés du dos et sui les parties inférieures qui sont d'un jaune très clair. En comparant ce système de coloration à celui du tronc de certains arbres re\êtus de mousses et de lichens, on est vivement frappé de la grande

DIPSAS MIKAIVII. 277

analogie qui existe entre des objets d'une nature si différente, et dont l'un n'est peut-être qu'une conséquence naturelle de l'autre.

Les petits ont les bandes du corps plus distinctes et la disposition des couleurs plus tranchante que leurs parens.

lOEsp. LE DIPSAS DE MIKJN, 1>. 3IllvA]\IÏ.

Du nombre des ophidiens les plus rares au Brésil, cette espèce n'y a été observée que par M. Natterer, qui en a expédié plusieurs sujets au Musée de Vienne, où elle porte le nom précité: un de ces sujets a été communiqué à notre établissement ,* un autre, rapporté par M. Menestier, fait partie du Musée de Paris.

Cette belle espèce, tout en offrant le port, les formes et l'organisation du Dipsas nébuleux, est ornée d'une livrée analogue àcelledu Dipsas de Catesby; c'est-à-dire, qu'elle a le dessus d'un brun jaunâtre souvent moucheté ou marbré de brun, et relevé par de larges bandes transversales , quelquefois obliques et d'un brun noir tirant sur le pourpre: ces taches se perdent vers le dessous ou se dispersent en forme de points, de taches carrées moins grandes ou de marbrures. Le sommet de la tète ofire un joli dessin composé de plusieurs taches de forme irrégulière. Le collier et le bout du museau sont d'une teinte claire.

Quoique semblable et même très voisine, pour les formes, au Dipsas nébuleux, 1 espèce du présent article s'en distingue cependant, outre le système de coloration , par un tronc moins haut, par une ranimée de plaques dorsales plus petites, enfin par la forme alongée de sa tête et particulièrement de son museau , qui est très gros et arrondi.

Les deux sujets, les seuls que j'aie eus à ma disposition , mol-

278 BIPSAS WEIGELÎI.

iVent les dimensions suivantes: 0,69 -[- o,t8 et 0.82 H- 0,06. Le nombre des piaques est de 170 -1- y i ou de 167 + 46.

11 Esp. LE DIPSJS DE IFEÎGEL. D. WEIGELII.

PI. XI fig. 19 et 20.

Pour éviler toute possibilité de confondre cette espèce avec la suivante , j'ai tracé les portraits exacts de la physionomie de ces i\e\x^ ophidiens si éh)ignés l'un de l'autre à l'égard de la contorriiatlon de cette partie essentielle, quoiqu' ils se ressemblent par rapport à!a distribution des teintes. J'ai également préféré, pour l'espèce du présent article, le nom inventé par M. FitziiyGER (i) à celui que Linaé (2) avait antérieurement appliqué à l'espèce d'après Seb4 (3).

De toutes les espèces du genre, le Dipsas de Weigel est celiù qui présente les formes les plus délicates et les plus grêles. Souvent d'une taille de 0,62 -H o,3i , son corps excessivement com- |;rimé n'offre un diamètre perpendiculaire que de 0^01 5 et son cou s'amincit tellement vers la tête (pie cette partie est plus distincte que dans aucun autre ophiJien : elle est très conique, (iéî3rimée et à museaïi court ; les yeux sont grands, les plaques occipitales plus alongées qu'à l'ordinaire. Le dos est en carène et revêtu d'une rangée d'écaillé hexagones, beaucoup plus grandes que les autres écail!es qui sont alongées et lancéolées: on aura déjà vu par les dimensions relatives du corps et de la queue que ce dernier membre occupe la moitié do la longueur du tronc :

(1) Clas. p. 59. — (2) COL. CENCHOA Sjst. nat. p. 389. — . (3) The.s. II Pi 16 fig. 1 et 1 : très bonnes. — Voyez aussi celle de

SCHEUCHZER PL 678^^. 3. C'CSl ICBUNGARUS CENCOALT d'OpPEL

ïiept, p. 70.

DIPSAS CATliSBYl. 279

aussi sa partie postérieure est-elle très déliée et en fil. Le nombre (It's plaques tlu dessous peut également servir comme moyen de distinction entre les Jeux espèces voisines : on en compte dans celle du présent article 25o + i4<S ou 26!^ -H lyS.

Un blanc jaunâtre, tirant sur le rou^^e parsemé de bigarrures brunâtres, forme la teinte du fontl. Une suite de grandes taches serrées, transversales, soit en rt!ond)e, soit ovales ou même séparées chacune en deux, d'un brun rouge et bordées de noir, règne le long des parties supérieures. Le sommet de la tête est orné d'un dessin blanc réticulaire, se réunis-, sant sur l'occiput en une ligne qui se perd sur la nuque.

Le Prince de Neuwied (i) a observé cette espèce dans les forêts vierges près de la rivière Mucuri. Elle atteint , suivant ce voyageur, jusqu'à 5 pieds de longueur totale. On l'appelé cipo ou cuRUcucu DE PATïiOBA, dénomination indi- (juant à la fois l'analogie de ses teintes avec celles du Crotale muet et son héijjitude de choisir , pour s'exposer aux rayons du soleil, les larges feuilles du Cocos dePatti. Elle préfère les forêts sombres aux contrées découvertes.

12 Esp. LE DIPSJS DE CATESUY. D. CATESSYI.

Pi. XI fig. 21 , 22 et 28.

Il faut se rapporter aux seules figures de ScHEUCHzr.R (2), pour se faire une idée de cette espèce, quoique ces figures ne soient pas des plus exactes. Il est probable que ce Dipsas représente le précédent à Surinam et à Cayenne, où il appartient au

(1) Beltr. Piept. p. 396 et suiv. — (2) Bibl. sacra 739. 8 ;66o,G et peutêtre aussi 647. 3; col. catesbyi, Weigel dans Meyeb Zool. xirch, vol, p' 55 et 66.

^80 IUPSAS PAVOlVIiVA.

nombre des ophidiens rares. Les couleurs et leur distribution sont presque les mêmes dans les deux espèces voisines ; mais celle du présent article offre des taches dorsales plus larges et moins nombreuses, ce qui provient en partie de ce qu'elle a des formes beaucoup moins grêles , un corps en proportion plus gros et une queue beaucoup moins longue. Le cou aussi est plus robuste ; de là vient que la tête en est moins distincte: cette dernière partien est remarquable par sa brièveté; par son museau court , large , gros , obtus , par les lames ramassées qui en revêtent le sommet et par l'étendue des plaques du menton. Une rangée de plaques très larges règne le long de l'épine dorsale. Les écailles sont plus grandes que chez la précédente : aussi n'en voit-on que i3 ou 1 5 rangées. Un collier blanchâtre et une bande de la même teinte qui réunit les narines, sont très caractéristiques.

Ce Dipsas atteint jusqu'à 0,42 -f- i5 ; on ne lui conjpte que 162 -h 82 plaques. La couleur du fond , d'un blanc jaunâtre, tire sur le brun rougeàtre ; les taches sont rondes chez les uns , transversales chez les autres; l'abdomen est quelquefois d'un blanc uniforme, tandis que d'autres ont cette partie marquée de taches brunes irrégulières. Les dents sont plus délicates que dans les autres Dipsas et toutes semblables.

13 Esp. F.E DIPS 1S P AVON IN. D. PAVONÎNA.

C'est sous ce nom que feu Cuviera désigné, au Musée de Paris, un Dipsas intermédiaire entre les deux espèces que nous venons de décrire et analogue par conséquent à toutes deux. JNous en possédons une belle série: il vient également des Guyanes et est tellement voisin du précédent , qu'on les a probablement longtemps confondus. Si je fournissais une description détaillée de cette espèce, je serais obligé de répéter beaucoup de choses

DIPSAS BIJCEPHALA. 281

que j'ai dites au sujet duDipsasrle Gatesby : il suffira donc d'indiquer les traits qui distinguent le Dipsas pavonin du précédent. Il en a , à peu de chose près, le système de coloration ; mais ses formes sont beaucoup plus <'lancées et le corps est moins haut, ce qui le rapproche du Dipsas de Weigel; aussi offre-t-il un nombre beaucoup j)lus élevé de plaques, qui varie depuis 2i4 -+- 128 jusqu'à 220 + iSq. La tête est, outre ses formes un peu plus ramassées , absolument organisée comme celle du Dipsas de Gatesby. Mais la teinte du fond ne tire pas sur le brun rouge , comme chez les précédens et les taches brunes , dont le dessus est orné, sont jîIus foncées et conservent leur forme ronde ou ovale jusqu' au bout de la queue , tandis qu'elles se convertissent en bandes transversales chez le Dipsas de Gatesby. Ges taches, le plus souvent bordées de blanc , ont offert à M. Guvier le trait dont il a emprunté la dénomination , que porte l'espèce au Musée de Paris. L'individu de cet élablissement et quatre autres qui font partie du Musée des Pays-Bas ont servi de type à ma description.

14 Esp. LE DIPSAS BUCEPHALE. 1>. BUCEPHALA.

PI. XI fig. 16, 17 et 18.

Il a été constaté par les recherches de Sir Stamford Raf- FLES , que ce Dipsas habite la grande île de Sumatra. Nos deux individus proviennent de l'ancien cabinet de l'université ; ils mesurent environ 0,46 -j- 0,18. Plaques : 197 -f- 110 ; 200 H- 100. L'espèce cependant atteint une taille plus considérable , comme on peut voir le par la figure , que Seba (i) a publiée de

(i) Thés. 1 Pi iCifii^- l\ ; elle est le type des c o r. v, u c f p h a l u s de Shaw. Gen. ZooL III P- II p- l^io. et des dipsas inuica de Laur. Syn.p* i)o.

282 ^ BIPSAS BIEPERI^JKIl.

î'aduîte, et qui a été très cial-à-propos rapportée aucoPHiAS ATROX par LiNNÉ: Syst. naL p. 383.

Le Dipsas Ijuce'ihaia a à-peu-près le port du précédent: sdh tiouc cependant est très haut et plus comprimé que dans aucune autre espèce; l'abdomen en conséquence est très étroit, le dos élevé en une carène assez saillante et muni d'une rangéede plaques hexagones et plus larges que longues. Les autres écailles sont peu alongées et en rhombe : on eu compte i3 rangées. La tête de cette espèce est très grosse; les plaques qui la revêtent sont de forme très trapue. Les yeux sont assez grands. Le înuseau est plus court que dans aucun autre Dipsas, conique et plus haut que large: cette brièveté extraordinaire a pour suite et une pareille forme des frontales antérieures et le défaut total de plaques du frein. Lei supercihaires sont peu larges et descendent en avant de lœil sur les côtés du museau. Li» lame rostrale est profondément écliancrée en dessous, pour recevoir le bout de la mâchoire inférieure qui est courbée en haut. Les labiales ayant peu d'étendue les lames abdonnnales s'avancent jusque sous le menton, où elles ne sont précédées que par quelques paires de lames très courtes.

Un brun rougeàtre pale occupe le dessus, qui est orné environ de 5o bandes transversales , très larges et de la même teinte que le dessous, qui est d'un jaune rougeàtre couvert d'un nuage de petites marbrures plus foncées. On voit une tache blanciie au point où les bamles des flancs touchent à 1 abdomen. Les parties postéiieures «le la tête et son sonnnet sont marqués de plusieurs raies o!)}iques lîoiràtres.

15 Esp. LE DIPSJS DE DlEPEIiîNK.

M. DiEPKRiNK , chevalier du lion néerlandais, résidant de-

nSB»SAS DSEPEHÎIVKII. 283

nuis lin grand nombre d'nnnées à Pijrani;Mii)o n Stirinnin , est un (le nos plus zèles correspondans. Le IMusee des l^ays-Hns doit à ses soins ur\c partie considérable des trésors (|u'il renferme. Parmi les ophidiens qu'il a découverts, cebii d-ont l'épiliiète doit rappeler les mérites de M. Dieperink , n'est pas des rîoins intéressans.

Caractérisée d'une manière toute particulière parla grandeur de 11 tvke et par un tronc plus gros vers les parties antérieures qu'à l'ordinaire , cetie espèce oiïre cependant un poi t et un ensemble de formes analogues à celles des autres Dipsas.

Je n'en ai vu qu'un sujet uni(jue qui uî'a oliert les détails suivans. Dimensions: 0,46 + o,i85. — Plaques: ioJ\-\- i5o. On lui compte 21 r^uigées d'écailles, en rhoin!)e sur le cou, de forme lancéolée sur le tronc , assez ol)!iquement disposées et surmontées d'une faible carène. Le tronc est assez conq^rimé et l'abdomen \\\\ peu anguleux vers les (lancs. La queue est déliée et minée. La Lete , plus alongée que cliez les autres Dipsas , se rapproche plutôt , pour rensemlde de ses formes , de celle de certaines Couleuvres: elle est liistincte du cou , grosse, à sommet convexe et en pente vers le museau qui est court, obtus et arrondi au bout. La tète convient, par ses formes, avec celle du NAJA Bo NGARE j luais les plaques qui la revêtent, ressemblent davanta;:e à celles du dipsas de drapiez. On voit une petite plaque iVénale. L'œil assez grand offre ur:e prunelle orLiculaiie. Les c'ents sont toutes d'égale grosseur.

Le système de 'joloralion de cette espèce présente plusieurs rappv>rts avc'c celui «.les petits de la couleuvre cor ai s. Le brun café très clair qui occupe le fonrl , est relevé par de larges traits en angle dont la pointe regarde le devant et dont les jambes descendent obliquement sur les flancs : elles sont serrées , d'un gris brun et l)ordées de noir. La couleur du fond, e:itr3 ces bandes , forme des taches ou des bandes blanchâtres vers les parties postérieures. Une raie fine et noire , naissant derrière les yeux. , se réunit aux taches noires du cou dont

284 DIPSAS BOA.

quelques unes, irrégulières et interrompues, s étendent sur Focciput. Le dessus est d'un brun jaunâtre.

16Esp. LE DIPSAS BOA, DIPSAS BOA.

PI. XI fîg. 29 et 3o.

Notre défunt ami Boie a fait, peu de jours avant sa mort, la découverte de cet ophidien remarquable. Les chasseurs javanais lui en apportèrent quatre individus lors de sa résidence à Tapos: ces gens affirmaient , que ce Dipsas s'approche souvent des habitations des indigènes, fréquentant les toits pour y chercher sa nourriture.

Boie a conféré à cette espèce l'épithète de Boa à cause des lames simples, dont le dessous de sa queue est constamment revêtu. Ajoutez à cette anomalie: des formes élancées; une rangée de plarjues dorsales en hexagone déprimé, une tête très large entre les yeux qui offrent une pupille orbiculaire et dont le bord est entouré de nombreuses petites plaques; un museau extrêmement court, conique et tronqué; des lames occipiti?les très petites, voûtées et proéminentes en guise de colline; un nombre plus élevé des labiales ; la largeur des plaques du menton , développées aux dépens de celles qui revêtent la lèvre inférieure; plusieurs dents plus longues au bout antérieur de ]a mandibule inférieure; enfin un système de coloration tout parciculier et très beau: et vous aurez les principaux Uaitsqui font de ce Dipsas un des serpens les plus curieux. Les écai!les sont aiongées , lisses, très obliques, en rhoiiibe et disposées sur i3 ou sur i5 ranimées lon^ntudinales. Le tronc olire la forme de celui du Dipsas de Catesby , la queue est elfi'ée : ces parties mesurent environ 0;45 -+• 0,19, Les plaquer du

DIPSAS CARIIVATA. 285

dessous sont très larges , et au nombre de i52 4- h8 , ou de i56 H- 106.

La couleur dominante est un beau gris pourpre. Les flancs sont ornes d'une vingtaine de taches déchiquetées , irrégulières, très larges, couleur de rose et bordées de noir, quelquefois confluentes sur le dos, et s'étendant sur l'abdomen. La lèvre supérieure, de la mém,e teinte, est marquée au dessous des yeux, d une bande fonrëe. Le tout est raie d'innombrables marbrures brunes, entresemées de points et de t«ches noires: de sorte que l'ensemble des teintes imite celle de l'écorce des arbres, ce qui est particulièrement le cas avec les individus qui ont les taches roses moins prononcées. L'iris est moitié rouge, moitié bleu. Les jeunes sont plus foncés. L'esprit de vin i^ffecie les belles teintes rouges et les change au gris ou au blanc.

17 Esp. LE DIPS.JS CARÉNÉ, DIPSAS CARINATA.

PL XI fig. 26, 27 et 28.

Quelques légers rapports dans l'organisation de ce Dipsas avec le suivant ont suffi à feu Kuhl pour en faire, sous le nom d'A M B L Y c E p H A L E , uu genre à part (i), genre adopté ensuite par Boie qui y ajouta également le précèdent et le dipsas de M IRAN. Comme toutes ces espèces cependant sont très étroitement liées aux autres espèces de notre genre et comme elles diffèrent entre elles beaucoup plus que des autres Dipsas , nous les réunirons avec ceux-ci dans une même coupe, jusqu'à ce que peui-être de nouvelles découvertes viennent aggrandir les connaissances que nous avons sur ces animaux.

(i) Chez Wagler ce Dipsas forme à lui seul un genre, celuide v k- K Y. AS , \oiv Sy st. f' 181,

286 BIPSAS CAIiL\ATA.

Le Dipsas caréné, ainsi appelé par M. Reinwvrdt , parceqne les écailles du dos sont surmontées d'un faible carène, se trouve à Java, d'où nos voyageurs nous en ont fait parvenir un bon nombre d'individus.

Cette espèce a les formes beaucoup moins alonoées aue les précédentes ; son corps est 'lus £>;ros et moins comprimé, 1 abdomen plus large; le dos en carène , la (jueue très courte, conique et brusquement séparée du tronc. Elle a à-peu près le port du Dips. nébuleux, mais sa tète est beaucoup plus grosse et le museau extrêmement court, large, émoussé et arrondi. Les plaques qui revêtent ces parties sont ramassées,* l'œil est bordé tout autour de 4 pl^iques étroites; ia lèvre su péri.:a;re , écbancrée en avant, descend fortement, ce qui iaitque la physionomie de cette espèce ressemble à celle d'un ciiien do ;i:<\ On compte i5 rangées d'écaillés en rliombe, moins alongées que dans la précédente ; celles qui régnent le long du dos soiu à peine plus larges (jue le reste, mais elles ont îe boni tron.qué.

Ce Dipsas parvient rarement jusqu'à 0,42 + o,io. La longueur de la queue varie, comme on peut voir par les mesures d'un autre individu , qui offrait o,38 H- 0,10. Autant vaut du nombre des plaques , vu qu'il ne surpasse dans les uns que 160 + 52, tandis qu'il s'élève chez les aulres jusqu'à 174 + 60.

Le crâne de ce Dipsas est composé d'os très délicats; les caisses sont moyennes ; la mâchoire supérieure est extraordinairement courte, l'inférieure droite : toutes deux sont munies de dents plus longues en avant , serrées , très fmes et en peigne. Le ptérygoidien en est dépourvu, mais on en voit plusieurs aux os du palais. Celles de hi mâchoire supérieure sont courbées en dedans.

Le brun marron des parties supérieures est interrompu par de nombreuses bandes étroites , transversales et composées de petites taches d'un brun noir et disposées en zig-zag : elles se perdent avec l'âge , de sorte qu'il n'en reste que les bordures des écailles plus foncées. Le dessus est jaune, finement moucheté

DIPSAS LAEVIS. 287

de noir, et quelquefois orne d'une triple suite de points de la même couleur. On voit, sur la nuque, deux traits noirs en croissant qui se touchent par leur coté convexe. Le corps de cette espèce est également marbré et varié de brun, ce qui la confond avec les plantes parasites qui révèlent l'écorce des arbres et de dessous laquelle M. Boie en a retiié plusieurs , en faisant la chasse aux insecles.

Nous avons communiqué cette espèce, figurée dans Y Erpétologie (le Jcwa (i), aux Musées de Vienne, de Munich et à plusieurs autres cabinets d'histoire naturelle.

18 Esp. LE DIPSJS LISSE. g^lPSAS LA E VIS.

ri. Xlfig. 24 et 25.

La même planche de VErpcfologie de Java , sur h<c]iie!!ese trouve le [)ortrait de Tespèce précédente, conlient Luissi celui duDipsas laevis, ophidien voisin pour la |)hysionomîe, de cellelà; mais qui s'en éUiigne par ses formes beaucoup plus ramassées, par su queue très courte , par son corps el son cou moins comprimés et plus gros, par sa tête peu dislincieet moins li^rge, par le défaut de plaques du frein et de plaques oculaires iîjférieures , enfin par ses écailles lisses.

De plus, il a les teintes foncées; les bandes transversales d'un noir plus ou moins profond , se détachent souvent sur l'r.bdomen sous forme de taches carrées; on ne voit point tie tache sur la nu([ue et les plaques occipitales , plus aloi'gées qu'à l'ordinaire , sont entourées d'autres plaques irrégulières plus petites. Quelques individus ont le corps d'un brun roux uniforme tirant sur le noirâtre , et Boie en a observé unejolie variété

288 DIPSAS LEUCOCEPHALA.

d'un bleu pâle , avec des bandes de bleu profond; l'abdomen de ce jeune individu était jaune et la rangée dorsale d'écaillés relevée par la même teinte.

La charpente osseuse de ce Dipsas javanais ressemble à celle de la précédente. Il a l'estomac très long et étroit. Les intestins grêles, après avoir formé de profondes inflexions , passent subitement dans le rectum qui est assez spacieux, mais qui se rétrécit vers l'anus. Le poumon est peu développé et n'offre qu'un seul lobe.

Ce Dipsas ne surpasse guère 0,2.^ H- 0,05 ou o,32 + o,o5 ; d'autres individus mesurent o,3o + 0,06. Nombre des plaques: i5o + 34 ou 164 H- 4o j — iS rangées d'écaillés.

19 Esp. LE DIPSAS A TÊTE BLANCHE.

DIPSAS LEUCOCEPHALA.

Un ouvrage de luxe peu connu et dont la publication a été arrêtée dès la première livraison , le Deleciiis faiinae et florae hrasiliensLS du professeur Mikan de Prague , contient la figure de ce serpent décrit sous le nom de col. leucocephalus. M. FiTZiNGER l'a rangé dans son genre boiga, Class. p.ôoj BoiE dans celui de lycodon(i). Ce dernier rapprochement doit plutôt être attribué à l'analogie des formes du lycodon AUDAX avec les Dipsas, et particulièrement avec celui dont nous nous proposons de traiter. On en doit la découverte aux recherches de l'infatigable M. Natterer au Brésil. Un seul individu nous a été adressé du Musée de Vienne; d'autres de celui d'Utrechtj où ils se trouvaient déjà anciennement.

On peut comparer ce Dipsas au suivant; celui du présent

(1) J'ai Irouvé cette espèce au Musée de Paris sous le nom de col,

COMPRESSUS OpPF.L.

mPSAS MACRORIIlx\A- 2<SÎ)

article a cependant les formes plus élancées, (juoique sa queue soit moins longue. Les écailles sont lancéolées, à bouL un peutronquéet disposées sur 19 rangées, dont la mitoyenne est cà peine plus large que le reste. Le museau est moins gros et plus conique ; la plaque rostrale ne s'avance point sur le sommet de la tête, dont les lames sont plus alongées qu'à l'ordinaire. Le cou est très grêle , l'abdomen faiblement anguleux. Un gris pouijire, varié de marbrures brunes, occupe le dessous qui est orné d'une cinquantaine de bandes transversales d'un brun foncé. Cette teinte domine sur le cou , mais elle est brusquemeiit séparée de la tcte par la couleur blanche qui occupe cette partie, et qui passe au brun vers le museau. Le dessous est jaunâtre. 1,80 + o,33 ^ 282 -h 98 ou 267 -f 116.

20 Esp. LEDIPSJS GROS NEZ. D. 3IACÏiORHIJVA.

PI. Xlfîg. 3i et 32.

Les raisons , qui ont engagé feu Boie à placer cette espèce à la suite des Couleuvres, me sont aussi peu claires, que celles de Wagler qui en a fait un genre àpart (i). Le seul individu, qui ait servi de type aux recherches de ces naturalistes, est d'origine inconnue. J'ai été assez heureux pour en rencontrer un autre dans la collection académique à Utrecht, et que MM. les professeurs, employés auprès de cet établissement, ont bien voulu céder au Musée des Pays- Bas. Un troisième vient de nous être adressé de Cayenne.

Cette espèce, une des mieux caractérisées du genre, a le port du DiPSAS DE DRAPIEZ, uiais SCS foruics sont beaucoup moins aiongées; son corps, quoique fortement comprimé, est

(l) RHI NOB OTHRY UM Syst. p. l86.

290 lilPSAS iXATTERERî.

plus ffros relativement à la taille de l'animal et sa tête est plus

large.

Les angles prononcés de l'abdomen et de la queue; un nmseau plus alongé qu'à l'ordinaire, assez large jusqu'au bout et tronqué; des narines très ouvertes; une plaque rostrale large, échanerée en dessous et s'avançant entre les plaques frontales antérieures pour toucber aux frontales postérieures: voilà des caractères aussi particuliers que tranchés, servant à distinguer cette espèce de toutes les autres.

Les lames verticales et surciliaires ont peu d'étendue. On compte 2 1 rangées décailles de semblable grandeur, en rhombe et en majeure partie surmontées d'une forte carène. Les maxillaires sont armés, à leur bord postérieur, de plusieurs dents sillonnées , plus grandes que le reste.

25 à ?>o Anneaux très Iar<2es et alternes de blanc et de noir, entourent le tronc et la queue deceDipsas; les premiers offrent dans leur centre une tache assez orande, en rhombe disposée transversalement, d'une teinte rougeàtre, et parsemée de gouttes irrégulières noires. La tète est revêtue des plaques noires bordées de blanc, teinte qui entoure aussi l'occiput en forme de collier: le sommet offre un dessin analosfue à celui que l'on voit sur la tête des Lycodons.

Le petit individu présente o,64 + o,i8 et 266 H- 120; le grand : 1,00 + 0,28 et 278 + 116.

Il Esp. LED1PSJS DENATTERER. D. NATTERERI.

Les genres dryophilax et thamnodynastes de Wagi^er (i) reposent sur le col. n atterer i de Mikan

{\)Syst.p. 181 ^M 8a.

DIPSAS AATTERERÏ. 2î)l

et le N A. T R I X p TJ N c T A T I s s I M A (le Waglek : deu x espèces extrêmement voisines et qui paraissent être les représentansdn même type dans deux contrées différentes. L'affinité de ces ophidiens est, eu vérité, si grande qu'on ne parviendrait ])as à les distinguer l'un de Vautre sans avoir recours au caractère tiré de la présence ou du défaut de carènes sur les écailles du tronc.

Le Dipsas de Natterer habite les provinces méridionales du Brésil, tandis que le dipsas punctatissima setrouve depuis les Guyanes jusqu'à Bahie. Ces deux espèces s'éloignent autant des véritables Dipsas que les Dipsas iaevis et Mikanii; elles en ont cependant le port et joignent aux formes des Dipsas une très petite taille et une tête qui se rapproche sous beaucoup de rapports de celle des Dendrophis. Cet organe est légèrement distinct du tronc , assez conique et plus aiongé que cela n'a ordinairemeiit lieu chez les Dipsas. Le museau court et conique est terminé en une pointe obtuse et arrondie. Les plaques, qui revêtent le sommet de la tête , sont de moyenne étendue et se font remarquer par leur forme effilée , caractère plus prononcé dans l'espèce suivante. On voit une dent plus longue à chaque extrémité postérieure des maxillaires et on compte le plus souvent 17 rangées d'écaillés lancéolées.

L'espèce du présent article a toutes ses écailles surmontées d'une carène. L'œil est plus volumineux que dans le dipsas punctatissima, mais la queue est moins longue et offre en conséquence un nombre moins considérable de plaques.

La couleur du fond varie du brun-roux au brun -jaune; mais les individus conservés dans la liqueur forte, n'offrent qu'un brun assez terne. Le dessous est jaunâtre et orné de quatre raies longitudinales très fines formées , chacune, par deux séries d'innoiuhrables petits points d'un brun noirâtre ; d'autres points semblables et également disposés en séries,

i92 DIPSAS PlJi\CTATISSIMA.

se voient entre ces i^aies abdominales qui s'évanouissent sous la gorge, tandis qu'elles confluent sur le dessous de la queue. Les teintes des parties supérieures sont tantôt uniformes, tantôt relevées par des bandes transversales, formées seulement par les bordures noires des écailles ; d'autres individus offrent une rangée détaches claires qui régnent sur le dessus: confluant sur le dos, (es taches ainsi que les bandes noires, forment sur la nuque trois rubans longitudinaux dont les pointes des dernières s'étendent sur la lete en guise de taches alonffées et effacées. Une raie fine et noire , naissant de l'œil , se diri":e sur les côtés du cou.

Dimensions; 0,22 -j- 0,07 ou o,63 +0,20. Plaques: i48 -f- 64 ou 186 -}- 84.

Mikan (i) a figuré un individu de cette espèce, recueilli dansfles environs de Rio-Janeiro. Le Prince de Neuwied (2) l'a observée près des rivières Espiritu-Santo et Jucu • on doit aux soins de ce savant les figures des deux variétés principales (3) dont nous avons fait mention. Nos sujets proviennent des voyages du Piince et de M. Natterer ; ceux du Musée de Paris ont été recueillis près de Buenos-Ayres.

22 Esp. LE D. MOUCHETE. D. PUNCTATlSSIx>IA.

PLXIfig. 33 et 54.

Des écailles carénées; une lame verticale plus alongée ; un œil moins volumineux; une queue plus longue et garnie de plaques plus nombreuses; enfin des teintes du fond plus claires: voilà les seuls traits servant à distinguer cette espèce de la précédente.

(i) Delect. Fasc. I: col. nattkreri. — [1) Beit. p, l'-j']. — (3) JbfnUL Livr. XIV PI. [,.

mPSAS GAIAIAKDII. 2î):i

Snix (i) en a fait la (léeoiiv(.'rte dans les environs de Bahie; notre Musée en a reçu depuis plusieurs sujets de Surinam par les soins de M. Dieperink. Elle habite aussi la Guiane Française.

Elle ne dilfère , quant à la distrihntion des teintes , du n 1 1> s. NATTERERi , qu'en ce (^ue ia couleur du fond est d'un brun rou<ïeatre assez clair.

o,v^8 H- o,i(). — i/^i + 85 ou i55 -1- 96.

23 Ksp. LE DIPSJS DE GAIMJRD. 1>. GAiMAHDII.

Je partage les vues qui ont dirigé les savans professeurs du Musée d'iiistoire Naturelle de Paris , en dédiant cette espèce , fruit de ses propres découvertes à Madagascar, à l'infatigable voyageur qui s'est concilié, par son caractère aimable , de nombreux amis au nombre des quels il m'a fait l'honneur d'être admis.

Assez analogue à la suivante par rappcat à son organisation et son système de coloration, on ne saurait en distinguer cette espèce que par l'extrême délicatesse de toutes ses parties, délicatesse d'autant plus sensible que ses formes sont des plus élancées. 11 s'ensuit naiurellenient que le nombre des plaques est beaucoup plus grand que chez le Dipsas annulé, où il ne s'élève guère à 190 + 94, tandis que le Dipsas de Gaimard en offre 276 + 116; on voit aussi sous la queue plusieurs plaques simples. Son corps, long de o,435 -•- 0,1 15, na que très peu de hauteur; il est assez déprimé, en conséquence mince et arrondi sur le dessous. Les côtés de la queue offrent un angle assez léger.

(1) Serp. hr. PI, i[\ Jig. 1 p. 89: natrix punct a tissim a. Comparez aussi ScHEUcHZER 578, i. — col. lineolatus Oppel <\\\ Musée (le Paris apinulient à celle espèce ou à la préeéMente.

21)4 ilIPSAS Ai\i\IJLATA.

Vn brun pourpre assez pale occupe le dessus ; il est relevé par ries bandes transversales plus larges sur le dos, qui sont d'un noir rougeàtre et dont le nombre s'éiève jusqu'à 80: elles sont quelquefois accompagnées, sur les flancs, de taches, et entourent la queue sous forme d'anneaux assez effacés sur le dessous de ce membre.

On compte in rangées d'écaillés à surface unie et toutes de la même étendue ; celles du cou sont de forme lancéolée , mais elles deviennent carrées vers les parties postérieures.

Le Dipsas de Gaimard n'est connu que d'après l'objet unique qui fait partie du Musée de Paris , et qui m'a été prêté pour ma description.

24 Esp. LE DIPSAS ANNELÉ, D. ANNULATA.

C'est un des serpensles plus communs dans les collections: il vient ordinairement de Surinam ; M. d'Orbigny cependant l'a rapporté de S^a Cruz de la Sierra ; Plée en a recueilli plusieurs sujets à la Martinique; M. Barabino enfin en a adressé au Musée de Paris qui ont été pris dans le Delta du Mississipi. Son port le rapproche des cor on elle s et particulièrement de laCoronella rufescens; mais il a les formes plus élancées. Le tronc est un peu comprimé ; l'abdomen convexe; les écailles sont lisses, enrhombe,de semblable grandeur et disposées sur 19 rangées. Il a les plaques de la tête moins ramassées que les autres Dipsas; aussi cette partie est-elle moins distincte , vu que le cou est plus gros : elle a quelque analogie dans les formes avec celle du dipsas de weigel.

Une double suite de taches très larges , d'un brun pourpre foncé^, souvent confluentes et formant une large raie qui serpente le long.du dos, occupe le dessus. La couleur du fond est un brun roux plus clair; le dessous est jaune. Une large raie se

IIBPSAS 1 ALLAX. 2i).^

prolonoe derrière l'œil jusqu à l'angle de lu bouche. La disposition des teintes de cette espèce est variée à l'infini : je renvoie mes lecteurs aux nombreuses figures, que les auteurs en ont publiées. Les couleurs ne sont pas sujettes à des cbangemens produits pai- Taction de la li(Jueur forte.

La charpente osseuse de ce Dipsas offre nn caractère très particulier: les apophyses articulaires sont plus alongées qu'à l'ordinaire, plus larges vers le bout et terminées par im plan, concave au centre, transversal et représentant une figure elliptique. On voit plusieurs dents longues et sillonnées au bout postérieur de chaque branche de la mâchoire supérieure. Les glandes de la tête sont , chez cette espèce , beaucoup plus développées qu'à l'ordinaire: c'est particulièrement le lobe postérieur des maxillaires qui offre un volume très considérable ; la nasale manque. Le canal intestinal présente des replis profonds et serrés ; descendant ensuite presque tout droit , il s'élargit brusquement pour former le rectum. Le poumon est simple dans ce Dipsas.

G, 52 -1- 0,19; — 182 + 84 ou 190 H- 94.

Des figures de cette espèce se trouvent chez: Scheuchzek 652. I ; Seba. 11. i3. 45 17- 4? ^2. I ; 57. i ; et 82. 2 ; Linn. Mus. Ad. Fr. PL ^ f. 1 col. annulatus et Merr. Beitr. I PI. II et IIIPL'deti.

25 Esp. LE DIPSAS FALLACIEUX. 1). FALLAX.

PI. XI lig. 35 et 3(i.

Cette dénonunation convient peut-être également peu à cette espèce qu'une place dans le genre Dipsas dont elle tient beaucoup pour les caractères , quoique ses mœurs paraissent la rapprocher des coronel i.iî s. Quoi qu'il en soit, mes

296 DIPSAS FALLAX.

vues, en là décrivant ici, étaient de ne point la séparer de l'espèce précédente analogue , à beaucoup d'égards , à celle du présent article. Elle abonde en Dahnatie, où M. Cantraine en a trouvé plusieurs au mois de Décembre, rampant lentement au milieu des ruines d'un'vieux château. Olivier la déjà rapportée de son voyage au Levant , et elle vit également en Morée, où M. Bory de St. Vincent en a recueilli des sujets.

Eile ressemble, quant au port , à la précédente, mais elle a les formes un peu plus trapues; sa queue est plus courte, sa tête plus déprimée, Tœil plus petit et les plaques occipitales sont moins larges.

On peut établir comme caractère de ce Dipsas : une plaque frênaie alonaée et touchant au bord de l'œil. Les écailles sont lisses, en rhombe et disposées sur 19 rangées. La mâchoire supérieure offre une ou plusieurs dents postérieures sillonnées.

Un beau «ris brunâtre ou olivâtre et marbré de noir occupe le dessus qui est orné de plusieurs suites de taches larges, très irréguiières, anguleuses et noires: celle qui orne la nuque, est en croix ; une raie plus pâle descend derrière les yeux. Le dessous est jaunâtre et également marbré. La pupille est d'un jaune d'or.

0,^2 -h 0,12 ; 202 -f- Si ; 210 -f- 58.

La belle figure de cet ophidien publiée par M. Fleisch- MA.NN (i) laisse peu à désirer: c'est le col. vivax du Musée de Vienne et I'elaphe paryssii deWAGLER, Icônes PL 27.

«Cette espèce ne va pas dans l'eau, et se nourrit d insectes, de ^' souris et de lézards. Elle habite la Daluiatie et llstrie, où «elle se tient sous les pierres, ne quittant son repaire que " de grand matin et vers le soir. Elle a les mouvemens moins " agiles que les Couleuvres proprenient dites. » (Fleischmainn p. 23 et 24.)

( 1 } DiSseï Uil. PI. I : TA l\ li 0 1' H I s F a 1, 1, A X.

5 Sam. £i^ Çîcrpcne îi'cau tfome.

1 Genre. LES TROPIDOJTOTES.

TIIOPIDONOÏUS.

Il faut plutôt regarder cette coupe générique comme un assemblage d'espèces de Couleuvres, très analogues les unes des autres pour l'ensemble des formes , que comme un genre distingué du reste par des traits saillans dans Torgariisation. Elle appartient néanmoins au nombre des plus naturelles et , une fois habitué à la physionomie particulière des Tropidonotes , on ne manquera pas de les reconnaître au premier coup d'oeil.

Ce sont des Couleuvres terrestres de moyenne taille, dont la plupart préfèrent le séjour près des eaux qu'elles fréquentent très souvent, soit pour s'y retirer à l'approche de quelque ennemi , soit pour aller y guetter leur proie. Ces habitudes n'ont pas même échappé à l'observation du ] euple , qui unanimement et dans les contrées du monde les plus éloignées les unes des autres, désignent ces animaux sous la dénomination de serpens d'eau, ce qui paraît avoir engagé Schxjîidek à en ranger plusieurs espèces parmi les HYDROPHis, avec lesquelles elles n'ont rien decomniun. Ses successeurs, au lieu de rectifier (;ette erreur étrange , ont développé ses idées et voilà l'origine de ce mélange confus d'espèces, quicomposentlt s genres Enhydris de Lalreille , Hydrophis de Shaw etc.

Un tronc le plus souvent très volumineux , létcnduede la tète dans le sens latéral , la brièveté de la queue , un abdomen assez

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large , en un mot : la conformation des diverses parties de leurs corps annonce que cesserpens peuvent s'en servir, avec succès, dans la natation.

On peut prendre pour type du genre notre couleuvre A collier: elle forme avec les autres espèces une série non interrompue dont les dernières offrent, à mesure qu'elles se rapprochent des Homalopsis, une structure et des mœurs analogues à celles de ce genre; en un mot , des habitudes plus aquatiques.

Tous les Tropidonotes sont étroitement liés entre eux par l'ensemble de leur organisation : ils conviennent même jusqu'à la disposition et les nuances des teintes, et jusqu'au nombre des plaques lequel , vu les formes trapues du corps, est peu considérable, et dans presque toutes les espèces environ de i5oH- 60. La queue est quelquefois revêtue en dessous de deux sortes de plaques. Les écailles sont toujours surmontées d'une carène plus ou moins forte, particulièrement prononcée sur le dessus, ce qui leur a valu la dénomination générique, inventée par KuHL et appliquée très mal-ii-propos par lui à toutes les Couleuvres javanaises, dont les écailles sont carénées. Boie , reconnaissant ces erreurs, en a déjà éloigné un grand nombre d'espèces hétérogènes : j'adopte ses vues, toutefois en y apportant quelques restrictions qui m'ont paru nécessaires. Les Tropidonotes faisaient autrefois partie du grand genre des Couleuvres, vu que les plaques qui revêtent leur tête offrent les formes usuelles : plusieurs naturalistes modernes, rejetant les vues de mes prédécesseurs , les oiît distribué dans des genres très dilférens ; il serait inutile d'énumérer tous ces petits changemens.

Quelques espèces restent très petites, d'autres au contraire atteignent jusqu'à 4 <>'^i ^ pieds de longueur totale: les individus de cette taille ont le trou c de la grosseur d'un pouce et demi environ. Comme cette partie n'est jamais comprimée , il resuite que l'abdomen est très large et légèrement convexe ,

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et que Jes cotes , au lieu de descendre perpeudiculaireinent , sont moins arquées que dans les autres Couleuvres. Cette conformation , ainsi que celle de la queue qui offre les mêmes proporJions que le tronc, indique la facilité avec laquelle les Tropidonotes se meuvent dans l'élément liquide. Les muscles df la locomotion trouvent un point d'insertion favorable dans les apophyses des vertèbres qui sont le plus souvent assez développées, toutes les vertèbres du tronc offrant une série dapophyses épineuses inférieures, tandis que les vertèbres de la queue sont munies d'une double série. Une section perpendiculaire du corps présente un triangle sphérique à angles très émoussés.

Toutes les espèces ont les écaill es en rhombe ou de forme sublancéolée et le plus souvent disposées sur 19 rangées longitudinales; les carènes sont plus saillantes dans les espèces qui font le passage aux Homalopsis. La télé est toujours de moyenne grandeur , déprimée, large à la base et par conséquent un peu distincte du cou: de forme conique, elle se termine en im museau, qui est court, peu large et à bout arrondi. Cette conformation est la cause de la petitesse des plaques frontales et de la position des narines rapprochées au bout du museau , et dont la petitesse jointe à leur posi'ion un peu verticale , annoncent la manière de vivre des Tropidonotes. On peut en direautantdesy eux qui, peu volumineux et moins latéraux que dans les autres Couleuvres , sont placés de telle sorte que l'animal peut s'en servir pour voir également bien de côté et vers le ciel. Leurs joues, enflées par la grosse glande maxillaire qu'elles recouvrent, contribuent particulièrement à rendre la partie postérieure de la tête volumineuse, et sont la principale cause de la grande courbure que fait la ligne qui termine la lèvre supérieure. Cette ligne qui monte fortement pour rejoindre la commissure des lèvres , leur gueule très fendue , enfin la position des narines et des yeux, rendent la physionomie des Tropidonotes un peu sauvage, quoique ce soient des serpens très innocens.

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Les lames qui revêtent la lete sont en gênerai moins larges que celles des Couleuvres: aussi leur forme et le nombre sont-ils les mêmes clans les deux genres . avec cette exception toutefois que tous les Tropidonotes ont trois plaques oculaires postérieures : le Tropidonote du Cap n'en a ordinairement que deux , tandis qu on en voit accidentellement quatre chez plusieurs autres espèces.

La largeur de l'occiput est encore du(» en partie aux dimensions considérables des mastoïdiens et des caisses. Les os des Tropidonotes sont en général assez vigoureux ; leurs m âc h o i r e s sont courbées , et cette courbure est particulièrement sensible au bout postérieur de la mâchoire supérieure, où l'on voit le plus souvent une ou plusieurs dents solides et plus longues que le reste. Il serait superflu de répéter que cette forme des mâchoires a pour suite celle de la ligne qui termine l'ouverture de la bouche. Le maxillaire est peu long. Les dents sont plus courtes et plus arquées mais aussi beaucoup plus grosses que dans les Couleuvres. L'intermaxillaire est déprimé et en croissiint ; les nasaux sont en triangle et petits. Le Cl âne en général est peu large; les pterygoidiens au contraire sont remarquables par leurs diniensions considérables. L'anatomie des Tropidonotes ne présente guère de faits assez intéressans pour être cités dans un ouvrage élémentaire, si toutefois on en excepte le Tropidonotus scaber, qui offre plusieurs anomalies très curieuses dans son organisation, anomalies que nous rapporterons en leur lieu. Les glandes salivaires sont particulièrement développées vers le bout postérieur; celles de la mâchoire inférieure ont une étendue considérable; la rostrale ainsi que les nasales paraissent exister conslannnent; la lacrymale est de moyenne grandeur et toujours revêtue, du moins en partie, parle maxillaire et les nmscles delà manducation; on observe quelquefois deux petites glandes sousmaxillaires déforme orbiculaire. La disj^osition des glandes de la tête, telle que noiîs venons de la ticcrire , est a-pt'U-[)rès la même dans la jdupart

TROPIDONOTIJS. :{0j

(les espèces (i). On ne voit qu'un seul sac pulmonaire. Les replis, que forment les intestins, sont noiîibieux mais peu profonds.

La couleur du fond des Tropidonotes est le plus souvent très foncée et sombre, mais la plupart sont ornés de ta(;hes de teintes très vives, lin colli(?r blanchâtre suivi , sur la nuque, d'une tache noire, caractérise constamment plusieurs espèces; d'autres ont cela de particulier, que la peau du cou est d'un beau rouoe^ couleur cachée dans l'état de contraction parles écailles.

Les jeunes diffèrent des adultes par la disposition plus tranchée des teintes qui sont quelquefois assez vives. Les espèces connues ne m ont point offert de caractère indiquant les différences des sexes.

La pluralité des Tropidonoîes habite dans l'Asieet notamment dans les lies du ^rand Archipel indien. L'Afrique méridionale n'en produit qu'une seule espèce; l'Europe deux qui se trouvent également dans tous les pays bordant la Méditerranée; on en compte autant au Japon ci, plusieurs dans lAmérique du Nord. On n'en connaît point de la Nouvelle-Hollande ni de l'Amérique méridionale; ils sont remplacés dans ce dernier pays par les Homalopsis. On voit par ces données que les Tropidonotes peuvent également bien supporter et les chaleurs des régions tropiques et les intempéries des latitudes élevées. Quelques espèces sont dispersées sur une grande étendue de terre ; d'autres au contraire paraissent bornées à un espace très étroit.

Les Tropidonotes abondent particulièrement près des lacs , des rivières ou des ruisseaux, dont les bords sont ombragés de bois. C'est là qu' étendus sur un rocher ou sur les branches des broussailles, ils guettent leur proie qui consiste spécialement en grenouilles et en poissons , sur lesquels ils s'élancent dès que ces animaux se montrent <à la surface des

(i) Voir DuvERNOY Jnri. d. se. nat. XXI I PU 6: glandes du col, NATRix; PI. '1 fig- I et 2 ; glandes du trop, quincuncjatus.

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