EL APS
du Cap. L'ouverture de la bouche est droite et un peu échancrée au dessous de l'œil.
Le sommet de la tête est toujours revêtu de neuf lames , semblables à celles des Couleuvres, mais dont la forme varie suivant les espèces. On voit une seule plaque oculaire postérieure chez Té L A p s lacté qui , comme nous venons de le constater, a la nasale entière; les autres espèces au contraire, ont une nasale séparée en deux , et offrent en outre deux plaques derrière l'œil. L'oculane antérieure est assez alongée et touche à la nasale , qui est le plus souvent canahculée et inclinée vers les narines , faisant de cette sorte partie du bord de leur ouverture , qui est également enfoncée et assez profonde. Les lèvres sont presque toujours bordées de 7 plaques plus ou moins larges; on en compte une ou deux de semblables sur la région des tempes. Le dessous de la tête porte des lames mentales et des écailles gulaires , analogues à celles des Couleuvres.
Les écailles du corps offrent des dimensions considérables par rapport à celles des parties qu'elles revêtent; elles ont toujours leur surface unie, et sont ordinairement de forme rhomboïdale: les rangées sur lesquelles elles sont disposées, sont peu obliques et au nombre de i5, loi qui souffre des exceptions chez les élaps furcatus et bivirga- Tus, dont le cou est entouré de i3 rangées d'écailles seulement.
Le crâne des Élaps est remarquable, tant par ses formes effilées, que par la configuration des os qui le composent; l'ensemble de cette partie a une grande analogie avec le crâne des Tortrix proprement dits. Cette analogie est particulièrement due au défaut total de frontaux postérieurs , d'où il résulte que le bord de l'orbite est incomplet par derrière ; à l'exiguilé des frontaux moyens et antérieurs, qui sont rapprochés des nasaux ; à la petitesse des mastoïdiens qui ,sont intimement réunis au crâne; au peu de développement des
438 ELAPS.
caisses; à la forme effilée, étroite et cylindrique de l'occiput^ enfin à la conformation de la mâchoire inférieure, dont l'apophyse coronoïde se trouve assez éloignée de l'articulation de cet oSi Les frontaux antérieurs sont dirigfés en avant: leur bord inférieur offre un plan convexe et incliné, qui s'articule avec le maxillaire : cet os qui porte à son bord antérieur des crochets courts et peu courbés jouit d'un mouvement d'autant plus limité, que sa partie postérieure est prolongée en arrière de l'articulation; il est presque aussi long que le ptérygoïdien externe. Une organisation semblable, jointe à la petitesse des caisses, est cause que les Elaps ne peuvent écarter leurs mâchoires au point de saisir un corps d'une certaine circonférence, et d'^ enfoncer leurs crochets à venin, qui ne sont pas aussi susceptibles de se redresser que chez les Vipères. Il faut attribuer aux mêmes circonstances les erreurs commises par plusieurs naturalistes , qui ont soutenu que les Elaps ne sont pas venimeux: cette assertion n'est vraie que dans un sens très relatif, et alors seulement applicable à ces individus, auxquels la petitesse de la bouche défend de se servir avec succès de leurs armes , contre les membres volumineux de l'homme.
Les Elaps ont le palais et la mâchoire inférieure armés de petites dents solides et d'égale grosseur. Les crochets sont peu développés et suivis, dans quelques espèces , d'une ou de plusieurs dents solides. On voit toujours, le long des mâchoires, des glandes salivaires; mais elles sont peu volumineuses. La lacrymale est cachée sous les muscles qui servent à la manducation.
Les viscères des Elaps sont extrêmement étroits et effilés , configuration due aux fornies générales de leur corps. Le canal intestinal est plus ou moins plissé selon les espèces et ces replis sont toujours peu profonds.
Les Elaps offrent le plus souvent une livrée ornée de couleurs très vives ; le rouge et le noir y dominent particu-'
ELAPS. 439
lièrement. Quelques espèces sont remarquables par les nombreux anneaux alternes, d'un beau rouge cramoisi et noir, qui entourent leur corps; elles attirent par l'éclat de ces teintes les regards des curieux, et captivent par cela même l'affection des dames des pays intertropicaux, qui se servent d'un jouet aussi dangereux, pour se refroidir le sang. Les petits ressemblent, parle système de coloration, aux adultes.
Les espèces connues de ce genre habitent toutes les régions chaudes des deux mondes. Elles se plaisent particulièrement dans les contrées couvertes d'une végétation abondante, dans les herbes des prés , ou dans les grandes forets, où elles se cachent dans les tas de végétaux et de feuilles, dispersés ca et là. Voilà peut-être une des raisons, pourquoi l'Afrique ne nourrit qu'une seule espèce d'Elaps, tandis que l'Amérique intertropicale, la Nouvelle Hollande et les îles de l'Archipel indien fournissent les autres, à l'exception de l'Elaps tripletache qui se trouve au Bengale.
Les Eiaps font la chasse à de petits animaux, particulièrement de la classe des reptiles. Commeilssetiennent continuellement à terre, et comme leurs mouvemens sont assez lents, ils ne font la chasse ni aux oiseaux , ni aux poissons, ni à d'autres vertébrés : aussi leurs formes élancées et la petitesse de la gueule leurs défendent-ils d'avaler des animaux d'un volume plus considérable que leur corps. J'ai trouvé de.i Calamars dans l'estomac de l'Elaps furcatus de Java.
On peut établir dans ce genre quelques subdivisions géographiques , également basées sur une analogie dans l'organisation des espèces qu'elles comprennent. La première est celle qui contient les espèces américaines; on les distingue à leur corps marqué d'anneaux alternes de noir et de rouge ; elles sont assez voisines les unes des autres. L'espèce africaine, sur laquelle est uniquement fondée la seconde coupe, se reconnaît au défaut d'une plaque du frein: l'Elaps des îles Philippines est intermédiaire entre les deux coupes dont nous
440 EL APS CORALLLXUS.
venons de faire mention. L'île de Java produit deux espèces , remarquables par leur forme en fil , et par leur corps rayé îongitudinalement, et entouré seulement de i3 rangées d'écaillés: elles forment la troisième subdivision, à laquelle on doit peut-être ajouter l'Elaps du Bengale, décrit par Russel. Vient enfin un ophidien inédit, originaire delà Nouvelle Guinée, qui s'éloigne sous plusieurs rapports des autres Elaps, dont il a cependant lescai'actères; il forme avec deux autres espèces nouvelles, découvertes à la Nouvelle Hollande, une dernière subdivision dans le genre dont nous traitons, subdivision que l'on pourrait désigner sous le nom de faux-Elaps.
1 Esp. LÉLAPS CORAIL. E. COEAL.LIN1TS.
PI. XVI fîg. I , 2 et 3 , ad.; fig. 4 et 5 , jeune ind.
L'épithète que porte cet Elaps est également applicable aux deux autres espèces américaines, Le Prince de Neuwied l'a ainsi nommé (i); mais ce voyageur a décrit comme espèce différente (7) une variété à corps marqué d'anneaux noirs rapprochés trois-à-trois. D'autres variétés , l'une à anneaux simples (3), Vautre à anneaux rouges , incomplets et peu distincts (4) ont été figurées par Wagler. Schneider et Dau- DiN (^5) cependant ont déjà connu cet Elaps.
ri) Nov. acta. X, PL 4 et JbbiU. Livr. FI PI, ^. — (2) JUilc/. Lût. 111 PL 4: ELAPS MARCGRAvii; Merrem , daiis la supposition que c'était l'Klaps mentionné par Marcgrav a substitué à cette dénomination celle d'i B I B G B o c A. — (3) Strp. bras, ;micrurus spixii PL 1 8.
(4) ib. ELAPS LANGSDORFII, PL iflg. I. (5) ELAPS A N N U-
li A T U S SciINEID. Hist. Ampli, II. p, 3o2 ; elapsanguiforriis ib. p. 3o!2, dont Daudin , vol, VI p. i3i, fait une vipère; c'est aussi la v i p e r a psyché Daudix voL Vllî PI loof. i , placée dans le genre k laps par Merrem. TcNt, p. 144. —
EL APS CORALLIIVUS. 441
L'Élaps corail atteint jusqu'à quatre pierls de lonj^ueur totale, sur une grosseur d'un doigt. Sa queue est courte et peu conique. La tête est revêtue de plaques, dont la verticale est un peu alongëe; les occipitales sont assez développées ; les labiales se trouvent au nombre de 7 de chaque côté: elles sont très larges, particulièrement les dernières de la mâchoire supérieure et la moyenne de l'inférieure.
La couleur du fond de cet Elaps est d'un beau rouge cramoisi ou 5 il certaines périodes de l'année , d'un vert paie ou jaunâtre , teinte dont les larges anneaux noirs qui entourent toutes les parties , sont toujours bordées. On voit par cela que cet Élaps offre , à l'égard du système de coloration , beaucoup de rapport avec la corojvelle corail, le tortrix
SCYTALE, le LYCODON FORMOSUS CtC.
Mais la distribution des teintes, ainsi que la conformation des parties de cet Elaps sont loin d'être les mêmes dans tous les individus ; les variétés accidentelles que l'on observe dans cette espèce sont nombreuses , et ont souvent induits en erreur les naturalistes , qui attachent trop de prix à toutes ces petites diversités. La queue est amincie vers le bout dans les uns , grosse dans les autres et à extrémité munie d'une pointe conique; sa longueur varie considérablement, comme il résulte du nombre des plaques , dont le dessous est garni , et qui est tantôt de 25 tantôt de 4^ (i). H en est de même des lames abdominales, dont on ne compte le plus souvent que 178 , tandis qu'elles s'élèvent dans d'autres individus jusqu'à 222. Il est manifeste que les proportions relatives du tronc et de la queue doivent également changer suivant les divers individus, et cette conjecture est conlirméepar les mesures suivantes; i,3o + 0,0^5 ; o,5i •+'0,06; 3i + 0,02. L'éten-
(2) Nous avons au Musée un individu de cet Elaps , qui offre quelques plaques sous-caudales simples , parmi les divisées ; Wvgler .SVryy. bras. p. 48, a observé le même fait.
442 ELAPS CORALLINUS.
due et la forme des plaques de la tête , particulièrement celle des occipitales varient considérablement d'un individu à l'autre.
Les anneaux noirs sont tantôt en petit nombre, et placés isolément, à de grandes dislances les uns des autres; tantôt ils sont douWes et plus serrés , tantôt enfin rapprochés trois-àtrois: ils sont très étroits dans les uns, plus larges ou disposés alternativement avec des anneaux plus étroits dans les autres, et il est des individus où ces anneaux ont une telle étendue que la couleur du fond ne paraît que sous la forme de bandes assez étroites. La tête est marquée d'une tache noire qui occupe le museau , et qui se prolonge jusqu'aux plaques occipitales. La couleur du fond varie depuis le vert jaune jusqu'au rouge et au brun; elle est quelquefois si foncée , que l'on ne peut distinguer les anneaux que parleurs bordures étroites et claires, souvent formées par de nombreux petits points. Les individus , au moment de changer de peau , ont les teintes très livides et leur distribution peu distincte. Il est impossible de se faire une idée de toutes ces variétés d'après les descriptions , nous nous proposons d'en publier dans la suite des portraits fidèles. Les belles teintes claires de cet Elaps passent après la mort et se changent en blanc jaunâtre , tirant quelquefois sur le brun.
Le Musée des Pays-Bas possède une série complète de cet Elaps , dont on nous a adressé des individus de la province de St. Paul au Brésil ; d'autres proviennent des voyages de M. INatterer et du Prince de Neuwied. Spix (i) l'a observé près des bords des rivières Japura et Salimoèns , le Prince de Neuwied au contraire n'en a pas rencontré au Nord du Cap Frio. Les détails suivans sur la manière de vivre de cet Elaps sont tirés de l'ouvrage de ce voyageur: « On connaît au Brésil
(i) Serp. brui.p. lo el 18. — ('2; tieiti. p. 4o5. suiv.
ELAPS CORALLIIVUS. 443
» cet Elaps sous la dénomination de cobra coraes et «COBRA coRAL, appliquée iiuliffércniuient à tous les ophi- « diens à corps marqué d'anneaux alternes de noir et rouge. » Il habite les buissons et les grandes forets , mais il ne se » trouve que rarement dans les lieux découverts ou près des 1) habitations. Il préfère un sol sec , sablonneux et revêtu d'un » tapis de végétation , aux contrées marécageuses où il ne se w rencontre jamais. Des tas de feuilles tombées, ou des herbes w lui servent de retraite. Les indigènes s'en servent pour l'at- >» tacher autour du cou en guise de collier, et il n'y a pas le « moindre danger à les prendre avec la main (i). Tout le » monde vante l'élégance et la beauté de leur livrée. J'ai » souvent rencontré cet Elaps dans les mois d'été, sesmouve- 5) mens ne sont pas assez prompts pour qu'on ne le puisse » attraper aisément; il ne grimpe jamais sur les arbres et se M nourrit de petits animaux. Il ne répand point d'odeur w désagréable. J'ai plusieurs fois trouvé le ventre des femelles » rempli d'œufs. »
J'ignore si cette espèce est répandue sur d'autres parties de l'Amérique méridionale et s'il faut peut-être rapporter ici le serpent corail que M. von Humboldt (2) a observé dans la province deVénézuela, et celui du Mexique dont les dépouilles se trouvent au Musée de Berlin (3). Il a été constaté par les recherches des naturalistes anglo-américains (4) , que les provinces méridionales des Etats-Unis produisent également un Elaps, probablement identique avec le col. fulvius de LiNN4Eus (5) : M. Barabino , habitant de la Nouvelle Orléans , vient d'adresser au Musée de Paris une belle suite d individus de cet Elaps, qui confirment son identité avecl'Elaps corail. Feu Plée a encore observé cet Elaps à la Trinité et à la
(1) Voyez nos observations énoncées plus haut. — l'i) Foy.vol. 5 p. 222. — (3} AVtfgman Js/\. 1828 p. 363. — (4)Say dansSiLL. Jmer. JoHin. p, 256 et Harlan 6)/<. — (5j Sy^t. tiat, p. 38 1.
444 ELAPS LEMNISCATUS.
Martinique, comme le prouvent les individus envoyés de ces îles à rétablissement que nous venons de citer.
2 Esp. VÈLAPS GALLONNÉ. E. Ï.EMNÏSCATUS.
PI. XIV fig. 6 et y.
Il serait peut-être convenable de réunir cet Élaps avec le précédent , tellement il lui est voisin. Il vient particulièrement de Surinam et de Cayenne , où il parait remplacer I'élaps CORAIL dont il ne diffère que par des formes un peu plus effilées ; par des yeux moins gros et plus verticaux ; par un museau plus arrondi; par une bande noire entre les yeux ; par une tache noire au bout du museau ; enfin par des anneaux noirs plus ou moins nombreux , rapprochés trois-à-trois sur un fond, que je suppose d'un rouge vermillon chez les vivans. Les plaques abdominales et sous-caudales varient depuis 23o4- 34 jusqu'à 23o -}- 38. Mesures : o, 83 -{- 0,8.
Ces données démontrent combien cet Elaps ressemble au précédent \ on peut presque dire qu'il existe entre ces deux ophidiens les mêmes rapports qu'entre les coron elles CORAIL de Surinam et du B r é s i 1 ; entre les xÉ n o d o n
SEVERUS et RHABDOCEPHALUS CtC.
On voit par la figure , qu'en donne Linné (i), que cet Élaps se nourrit de Géciles. Scheuchzer (2) et Sera (3) en ont publié d'autres : Laurentius (^4) ^ placé l'espèce dans son genre Natrix ; Daudin (5), dans celui des Vipères; Schneider (6) enfin en a fait un elaps.
(i) Mas. Ad. Fr. PI. i !^ fig. 1 : c o l. L e mni s c A T us. — (a) Bihtia sacra. 648, a. >- (Z)' Thés. II 9. 3 ; 24 , a ; 34 , 3 ; 76 , 3 ; 80, 2 ; et/, 10, 1. — (4) Syn.p. 76. —(4) Rept. VI p. i3. — (5) lllst.amph. IL p. 2«ji.
ELAPS SURliVAMEiVSIS. 445
Le cràne de cette espèce ressemble, pour les formes , à celui du Tortrix scytale ; mais il est plus effdé et composé d'os moins robustes. Le maxillaire ne porte pas de petites dents solides à son bout postérieur. Les glandes de la tête ont été figurées par Mecket. Archiv. I. PL i- fi^'. 4 *^^ P^ï' Duver- NOY Ann. cl. se. nat. XX FI. PL g fig- 2 ; ce dernier savant a aussi publié la figure d'une partie du canal intestinal: voir /. c. XXX PL 1 3 fii^\ 5.
SEsip. r EL APS DE SURIIVAM. E. SlIRINAMENSIS.
PI. XVI fig. 8 et 9.
Nous devons aux soins de M. Dieperink a Paramaribo plusieurs individus de cet Elaps , mentionné par Gi]vier(i). C'est peut-être l'iB iBOBO c A de Marggrav. Il ressemble par son port et par le système de coloration parfaitement au précédent, dont il se distingue facilement par les formes robustes de son tronc; par les anneaux noirs moins nombreux , rapprocliés trois-à-trois et dont le mitoyen est extrêmement large; enfin par une tête très large , courte , assez déprimée et à n)useau arrondi, court et obtus.
La tête , de la même couleur que le fond , offre toutes les écailles bordées de noir, et un collier noir à l'occiput; d'ailleurs elle est remarquable par son sommet arrondi vers les côtés , par la petitesse des yeux dirigés un peu vers le ciel , par des narines très rapprochées du bout du nuiseau , parles formes effilées des lames occipitales et de la verticale, par des frontales antérieures et des surciliaires petites ; enfin par une rostrale presque en triangle. Les écailles sont plus
(i) Règnft an. II. p. 8/|. note.
446 ELAPS HYGIAE.
carrées que chez les espèces précédentes, et un peu tronquées au bout ; la rangée médiane des écailles dorsales est un peu plus grande que le reste, ce qui rapproche cet Elaps des
B ON G ARE s.
Plaques: i68 -|- 33 ou 182 -f- 3^. La circonférence du tronc est égale à celle d'un pouce d'homme sur une longueur de 9,61 4- 0,9. La fig. I PL 86 voL IL de l'ouvrage de Seba. démontre que cet Elaps parvient à une taille extraordinaire , vu que cet individu est de la grosseur de presque deux pouces sur une longueur totale d'environ six pieds : j'ai vu un sujet de cette taille chez M. Klinkenberg à Utrecht. Le jeune est représenté chez Seba // PL 6fig. 2.
M. TniENEMANNà Drcsdc a bien voulu me communiquer un portrait de cet Elaps fait d'après le vivant. Il surpasse en beauté toutes les autres espèces. Le rouge vermillon du fond est d'un éclat incomparable ; les anneaux larges et du noir le plus prononcé, sont bordés de bandes d'un jaune vif, et séparés de la couleur dominante par une bande également noire.
4 Esp. LÉLAPS D'HYGIÉE. ELAPS HYGIAE.
PI. XVI fig. 14 et 1 5.
La beauté et l'élégance des formes de cet Elaps sont admirables. 11 a le port de I'élaps corail, mais sa queue est plus mince, et la tête moins large. Il se distingue des autres espèces par l existence d'une plaque nasale indivisée, et percée au centre par les narines qui sont moins enfoncées et moins ouvertes que d'ordinaire. On ne compte que six plaques labiales. Les occipitales ont peu d'étendue; la verticale est en hexagone alongé. Les plaques abdominales sont plus étroites que chez les autres Élaps.
ELAPS UVGAlll 447
Celte espèce n'atteint que rarement o,5o -h o,5!j ; plaques : 192 -+- 24 ou 210 + 33.
Elle est iVun beau blanc jaunâtre, passant au rouge sur le dos ; mais cette dernière teinte occupe, à l'état de la vie, toutes les parties et ne perd de sa vivacité que sur le dessous. De nombreuses bandes transversales , déchiquetées et d'un noir prononcé, ornent le dessus et se prolongent sur les lianes; elles varient extrêmement quanta leur forme et leur étendue, et sont quelquefois divisées , composant alors plusieurs ranfîfées de taches de forme diverse. Le dessous est bicrarré de petites taches noirâtres, qui confluent le plus souvent sur la hgne médiane, pour former une raie plus ou moins large et irrégulièrement échancrée. Les deux couleurs principales forment , sur le sommet de la tête , un dessin très joli, composé d'un collier qui se prolonge en pointe sur l'occiput, d'une figure de forme alongée, qui se voit entre les yeux, et de points dispersés ça et là. Nous possédons plusieurs individus ou le noir domine, de sorte à ne laisser entrevoir la teinte du fond que sous la forme d'une tache ronde , au centre de chaque écaille.
Cet Élaps est assez rare à la pointe australe de l'Afrique , où les colons le nomment nachtslang (serpent nocturne), et d'où M. M. BoiE et van Horstok nous en ont fait parvenir une série complète. Ses mouvemens ressemblent à ceux de l'Orvet. Il se rencontre jusqu'aux confins de la Cafrerie. C'est évidemment l'ÉLArs punctatus de M. Smith (i). Linné (2) l'a décrit le premier sous le nom de col. l a c t e u s. Ses successeurs l'pnt placé dans les genres céraste (3) et VIPÈRE (4). Le col. domicella de Linnaeus (5) repose sur une figure de Sera (6) , dans l'ouvrage duquel on en
(3) Jam. Ed. 1\. PhiL Journ. I p. 1, — (a) Mus- Ad. Fr. PI. 18 /. I. — (3) Laur. p. 83. — (4) Daldin VI p. 47. — (5) 5)\f/. nau II p. 1176. - (6) Thés. IL S4. i.
448 ELAPS COLLARIS.
trouve encore deux autres (i), qui sont très mauvaises. Merreîm (2) lu figurésous le nouide col. ht ge a e, change par Da-udin (3) en celui J'iphysa. On voit des figures des glandes de la tête chez Duvernoy (4)-
L'intestin grêle de cette espèce forme , vers le pylore , un gros paquet de replis.
5 Esp. rÉLJPS A COLLIER, ELAPS COLLARIS. On conserve dans les galeries du Musée des Pays-Bas deux
individus d'un Elaps d'origine inconnue ; ils nous ont été transmis par feu Brugmans. Boie (5) a décrit et figuré cette espèce inédile sous le nom précité. Elle a les formes alongées comme l'Elaps gailoné, mais sa tête est beaucoup plus courte et grosse jusqu'au bout, très déprimée, en pente vers les côtés et à sommet étroit ; les yeux sont petits et un peu verticaux ; la sixième plaque verticale est assez large et touche aux occipitales , l'oculaire antérieure enfin est effilée.
Cet Elaps se reconnaît de plus à son corps d'un brun marron foncé; le dessous est marqué d'une suite de larges taches rouges, ovales ou en lozange, et disposées transversalement , et qui montent sur les flancs sous la forme d'un angle: elles deviennent plus larges vers la queue et sous le cou , où elles se réunissent souvent avec leur base. Un collier blanc orne le cou et on voit , sur le museau , trois points de la même couleur.
0,43 + o,oi5 ; ii3o 4- 12 ou 228 -h 22.
(1) //. 23. 5 et //. 35. 2. — (2) Beitr. /. PL 6. — (3) Rept. VI
/>. A17. — (4) ^nn. d, se. nat. XXX PL 4/ H. (5) Erpét. de Java PI. /,5.
EL APS TRIMACULATUS. 449
M. WiEGMANN vient de publier la description et la figure de cet Elaps , faites d'après un individu originaire de Manille (i).
G Esp. HÉLA PS TRIPLE TACHE, ELAPS TRIilIACULATlS.
C'est ici qu'il faut placer un petit ophidien des grandes Indes, décrit et figuré par Russel ; mais qui n'a été revu depuis par aucun naturaliste. Il appartient probablement à la section suivante de ce genre ; car il offre comme celle-ci un corps filiforme , une queue de semblable grosseur et un corps rayé longitudinalement.
Le dessus est d'un brun jaunâtre clair ; une raie noire règne le long du dos ; plusieurs autres très étroites occupent les flancs. La tête , le bout de la queue et une tache à sa base sont noires à bordures blanches. L'abdomen est d'un jaune orange pâle, plus foncé vers le dessous de la queue, laquelle est d'un blanc de porcelaine , moucheté de noir.
Russel a observé l'individu décrit, dans les plaines deNerva. Surla figure (i) qu'il en donne, se trouvent la vipera trima- ELAPS, et le Daudin (2), rangée par Merrem dans le genre cuLATA de Col. melanurus de Shaw (4).
(1) ELAPS CALLIGASTEB, Nov. Jcta. Vol. XV II p. 2f>3 PL 20
fig. 2. — (2) lud. Serp. 1 PL S p. ']. — (1) Rept. VI p. a5. — (3j Merr, Tent. p, 143. — (4) Gen, ZooL Ul P- Il p. 552.
450 ELAPS FURCATUS.
7 Esp. nÉLAPS A RAIE FOURCHUE.
ELAPS FURCATUS.
PI. XVI fig. 12 et 1 3.
La ligne mériiane du dos de cet Elaps est relevée par une raie d'un jaune d'orange, Ijifurquëe sur la tête, et passant au rouge siîr le dessus de la queue. Les côtés du dos sont d'un brun châtain ; les flancs, d'un brun noir et marqués d'une raie noire , longitudinale et blanche: les deux teintes dû fond sont le phis souvent séparées par une raie plus claire. Le ventre est d'un beau vert pâle, et orné de bandes transversales d'un bleu noirâtre , occupant les lames abdominales deux à deux ou trois à trois. Le dessous de la queue est d'un beau rouge écarlate, interrompu par deux taches huerai es carrées, et noires qui indiquent la ligne médiane de ce membre. La gorge est blanche; cette teinte se prolonge sur les côté." du coUj pour former un demi-collier. Le rouge et le vert s'effacent après la mort , et les autres teintes ternissent aussi plus ou moins.
L'Élaps à raie fourchue est très caractérisé par son système de coloration; on le reconnaît en outre à son corps filiforme et partout d'égale grosseur; à sa queue courte et de la même circonférence jusqu'à l'extrémité, qui est terminée par une pointe conique; à sa tête très grosse, obtuse, tronquée au bout; à sa plaque verticale petite, de forme presque triangulaire, et à plusieurs autres caractères.
Il a, comme l'espèce suivante, un tronc entouré de i3 rangées d'écaillés seulement, qui sont en forme de rhomboïde. On lui voit six plaques à la lèvre supérieure. Plaques abd. et sousc. 240 H- 20 ou 2^0 + a5 ; j ai observé des individus qui offrent plusieurs plaques simples parmi les divisées.
Cette espèce abonde à Java , d'où nos voyageurs nous en ont adressé un bon nombre d'individus; elle se teint dans
ELAPS BIVIRGATUS. 451
les herbes ; Kuhl a rencontré , dans ses courses , un individu qui venait d'avaler une Couleuvre, pourle moins égale à sa propre taille. J'ai trouvé dansTestoniac decetElaps des Calamars. Nous devons au professeur Reinwardt une belle fiorure de cette espèce. Le général Hardwick l'a observée au continent des Indes, et nous venons d'en recevoir, de l'île de Sumatra , un individu qui forme une jolie variété , à dos longitudinalement rayé.
On voit une bonne figure de cet Elaps dans Russel IJ p. 11 PL 19. quelques autres se trouvent dans Seba II ']']. 6 et llif\^\ sur cette dernièrerepose Ta s p is intesïinalis de Laurent. Syn. p. 106; (colub. in t. Gmel. Syst. nat. p. io85.) Schneider Hist ampli. II p. 3o3 l'a décrit sous le nom précité et Daudin Rept. VI p. 11 en a fait une vipère. Gray l'a figuré récemment sous le nom de maticora
LIN EATA (l).
Les os qui composent le squelette de cet Elaps , sont très délicats. Le crâne est assez petit; on ne voit pas de dents solides au maxillaire. Le canal intestinal, beaucoup plus court que dans les autres espèces , se trouve resserré dans la partie inférieure de la cavité abdominale; le canal alimentaire est par conséquent extrêmement alongé.
8 Esp. VÉL. DOUBLE RAIE. E. BIYIRGATUS.
PI. XVI fîg. 10 et II.
On doit la découverte de cette espèce inédite à feu Kuhl et à
(1) LecHANGULiA AL£.ivE?7Tî-, ?. , figuré SUT la même planche appartient au calamar l o m b r i c r mais le calliophis GRACiLis de Vlndlan Zoologie foime probablement une espèce nouvelle du genre Elaps.
452 EL APS MiJLLERIÏ.
vAîf Hasselt , qui en ont addressé plusieurs individus au Mu seum; Boie et Macklot l'ont depuis retrouvée à Java et ont eu soin d'en faire faire un portrait d'après un adulte vivant. Une figure de cette espèce a été publiée antérieurement dans Y Erpétologie de Java PL 44-
Elle figure en même temps prrmi les plus rares, les plus belles et les plus singulières par ses formes; car son corps cylindrique, long le plus souvent de quatre pieds et partout de semblable grosseur, offre à peine un diamètre de cinq lignes ; sa queue est beaucoup plus alongée que d'ordinaire, conique mais vigoureuse; sa tête est tout d'une venue avec le tronc, plus effilée, moins grosse et plus étroite que celle de la précédente, mais elle est revêtue du même nombre de lames. Gomme celle-ci, cette espèce a le tronc entouré de i3 rangées d'écaillés, qui sont cependant plus alongées, en rhombe et un peu obliques. Cette dernière circonstance, les narines ouvertes , les yeux larges , la position latérale de ces organes, les côtés un peu anguleux de la tête , enfin l'ensemble de la physionomie prêtent à cette espèce quelque affinité avec les najas.
Le dessus de cet Elaps est d'un bleu violet très foncé , passant au pourpre vers la queue ; cette teinte se change après la mort en noir pourpre. Les flancs sont ornés d'une raie blanche , longitudinale , étroite et ondulée. La tête et les parties inférieures sont d'un beau rouge écarlate, qui passe au jaune brunâtre dans les individus mis dans la liqueur forte.
Dimensions : 1,26 + 0^17. Plaques: âSô + 48 ou 284 + 5o.
9 Esp. nÉLAPS DE MULLER. E. MIJ LLERII.
PI. XVIfîg. t6 et 17.
Le jeune naturaliste auquel nous dédions cette espèce
ELAPS MULLERil. 453
nouvelle, a de grands droits à la reconnaissance du monde savant. Plus heureux que ses infortunés amis lîoie et Macklot, qu'il a accompagnés dans leurs courses pénil)les à l'île de Java, aux Moluques et à la Nouvelle Guinée, il a survécu à tous les deux, et explore en ce moment, animé d'un zèle infatigable, la grande île de Sumatra, presque vierge sous le rapport de 1 erpétologie.
M. MùLLER a fait lui-même la découverte de cet Elaps à lu côte occidentale de la Nouvelle Guinée ; le Musée doit à ses soins deux individus très différens l'un de l'autre, sous le rapport du système de la coloration, et dont feu van Oort a tracé les portraits d'après le vivant. L'un a le dessus d'un brun café clair ; le dessous de celui-là est d'un vert assez vif; celui-ci l'a au contraire d'un jaunâtre varié de couleur de plomb. Le premier individu a la lèvre supérieure ornée d'une raie couleur de rose, qui se prolonge sur les côtés du cou, et on voit une raie semblable naissant au dessus de l'œil. Ces raies sont jaunes dans l'autre individu, qui offre en outre une tête d'un vert foncé et parsemé de nombreuses taches rondes ou ovales, noires et bordées de jaune. L'un mesure de o,45 -h 0,06 ; l'autre o,36 -+- 0,045 ; les plaques montent chez celui-là au nombre de ij6 -h 32 , tandis que l'on n'en compte chez celui-ci que 148 -h 24. Ces individus, que j'ai devant les yeux , n'offrent plus la moindre trace de ces belles teintes dont ils étaient parées pendant la vie.
Cet Elaps s'éloigne sous plusieurs rapports des autres espèces du genre, et a quelque ressemblance avec le psam m ophi s PULVERULENT A. Sa tête est peu distincte du cou, alongée, étroite, déprimée, à museau assez court, conique et un peu concave; les yeux sont plus gros que d'ordinaire , et bordés antérieurement d'une plaque aussi haute que longue; la surciliaire est très saillante ; les narines ouvertes , sont rapprochées du bout du museau, qui est terminé par une plaque déprimée; on voit huit labiales; la verticale et les ©ccipitales enfin sont
454 ELAPS CORONATIIS.
assez effilées. Le tronc, aminci vers les deux bouts, est entouré de 1 5 rangées d'écaillés en rhonibe; la queue est courte et conique.
10 Esp. VÈLAPS COURONNÉ, E. CORONATUS.
On ne connaissait jusqu'à ce jour aucun Elaps de la Nouvelle Hollande: MM. Quoy et Gaimard , et avant eux Peron et Lesueur, y en ont découvert deux espèces.
Celle dont nous traiterons d'abord, offre quelques légers traits de ressemblance avec Vélaps de mùller. Il n'atteint pas une forte tailie, mais son corps est plus gros vers le milieu et aminci vers les bouts , ce qui n'a pas lieu chez les autres Elaps; aussi celui-ci offre-t-il une queue plus déliée que d'ordinaire, mince, pointue et revêtue en dessous de plaques simples. Le tronc est un peu en triangle et l'abdomen large.
La tête, qui n'est que peu distincte du cou, se caractérise par sa forme alongée et conique , forme particulièrement due au museau , qui est court et terminé en une pointe arrondie. Des 9 plaques qui revêtent le sommet de la tête, les frontales postérieures et notamment les occipitales, se distinguent par leur étendue; les dernières sont très effilées. Les yeux, latéraux et de moyenne grandeur, sont bordés postérieurement de 1 lames; mais on n'observe qu'une oculaire antérieure, suivie immédiatement des nasales , qui sont effilées et percées de narines orbiculaires. Les labiales supérieures, au nombre de 6, sont larges, notamment les deux dernières, qui renferment une grande plaque temporale. Les écailles sont en rhomboïde, lisses et disposées sur i5 rangées.
Cet Élaps se reconnaît facilement à ses teintes d'un vert uniforme tirant, chez les vieux individus , sur le brun , et à une trait noir
EL APS PSAMMOPHIS. 455
qui entoure les parties supérieures de la tête: ce trait est t"orm(î par une raie noire, qui court le long des côtés de la tête, en traversant Tceil et en se courbant sur le cou en angle droit , pour former un demi-collier en montant , et en se joignant à celle de l'autre côté. Le dessous est plus clair, particulièrement vers la gorge, qui est jaune.
Plaques: i34 -î- 5o ou 14^ + b^. Dimensions : 0,3^ + o, io5 ou 0,24 4- 0,06.
1 1 Esp. rÉL PSAMMOPHIS. E. PSAMMOPHIS.
Remarquable par sa grande analogie avec la variété verdâtre du Psammophis moniliger, variété très commune au Cap , la deuxième espèce d'Elaps, originaire de la Nouvelle Hollande, paraît plutôt appartenir, en la jugeant d'après son port et ses formes, au genre Psammophis: ses dents venimeuses et le défaut de plaque frênaie suffisent pour fen distinguer. Il a la queue plus longue que les Elaps précédents; mais son tronc est en touré , comme chez la plupart des autres , de i5 rangées d'écaillés à surface unie, et qui offrent des formes plus effilées que d'ordinaire.
Dimensions: o,56 + 0,16 ou 0,28 •+- 0,08. Plaques: i83-{- ^9 ou 188 + 72.
Cet Elaps se rapproche sous tous les autres rapports du Psammophis que je viens de citer , dont il a aussi parfaitement les teintes, même jusqu'à la bordure jaune de l'œil. Tout le reste est d'un vert olivâtre; le dessous de la tête et du cou seulement sont jaunes.
u^ 9im
2 Genre. LES BOJTG^RES. BUNGARUS.
Plusieurs traits distinctifs , faciles à saisir , caractérisent ce petit genre, qui ne comprend que deux espèces, originaires de l'Asie. On les reconnaît à leur dos garni d'une rangée d'écaillés hexagones et plus grandes que le reste, et aux plaques simples dont le dessous de la queue est revêtu.
Leur squelette est très remarquable par le grand développement des apophyses des vertèbres , et particulièrement des transversales qui sont prolongées en une lame large et déprimée , parallèle à une autre lame saillante des apophyses articulaires; celles de la queue sont dirigées vers le dessous, et on en observe en outre une rangée d'épineuses inférieures , qui sont très petites. Les côtes sont plus longues que dans le genre précédent ; le crâne offre à-peu-près les mêmes formes , mais il est composé d'os plus robustes; le bord postérieur de l'orbite est plus complet, les mastoïdiens ainsi que les caisses sont plus développés, la mâchoire supérieure enfin porte plusieurs petites dents solides, succédant aux crochets venimeux. Les glandes salivaires des Bongares sont beaucoup plus développées que celles des autres serpens venimeux colubriforiiies. Les viscères sont plus volumineux que dans les Elaps ; le canal intestinal est plus spacieux et forme des replis plus profonds que cela n'a ordinairement lieu chez les genres voisins.
Les Bongares ressemblent par leur port aux É l a p s ; mais ils parviennentà une taille beaucoup plus forte que ceux-ci , et leurs formes sont moins grêles et plus lourdes. La tête large,
BUJVGARUS ANNULARIS, 457
déprimée, arrondie au bout et vers les côtés, est revêtue du même nombre de plaques ; la frênaie manque également. Les narines ouvertes, latérales et enfoncées sont situées entre deux nasales ; on voit une plaque oculaire antérieure , deux postérieures et sept labiales; la verticale est très courte. Les yeux sont latéraux et peu grands, les lèvres saillantes. Le tronc est un peu comprimé et entouré de 1 5, etchez quelques individus, de 17 rangées d'écaillés en rhomboïde , lisses, disposées obli([uement et dont celles qui revêtent la ligne médiane du dos sont à bout tronqué, et beaucoup plus larges que le reste. Le dos est en carène ëmoussée; l'abdomen assez convexe; la queue courte, grosse ou conique à l'extrémité.
La couleur du fond est d'un jaune pâle, relevé par de larges bandes ou anneaux noirâtres ; on observe souvent des variétés accidentelles dans ce genre. Les jeunes ne se distinguent des adultes que par leur taille.
La dénomination générique de Bongare, inventée par Daï3- DiN ( i), est le nom indien que porte la première espèce au Bengale. RussEL avait placé ces serpens dans le genre boa, Schneider (2) dans celui de p s e u d o-b o a, et Wagler (3) en a fait tout récemment son genre aspidoclonion.
1 Esp. LE BONGARE A ANNEAUX.
BUNGARUS ANNULARIS.
PI. XVI fig. 21 et 22.
Russel a reçu cet ophidien de Mansoor Cottab ; plusieurs individus en ont été adressés du Bengale au Musée des Pays-Bas; l'en ai vusprovenant de Ceylan, et tous nos voyageurs ont observé
(i) Repu vol, V p. 263. — • (2) Hist. amph, U p, 281 et suiv. — (3) Icon, amph. et Syst. p. 293.
458 BUIVGARUS ANNULARIS.
l'espèce et en ont recueilli une trentaine d'Individus àl'île de Java.
Seba (i) , ScHEucHER (2) , RussEL (3) et Wagler (4) en ont donné des figures ; c'est le boa fasciata de Shaw (5) dont Schneider (6) a fait un p seu dobo a; le nom de bungarus ANNULARis cst de Datidin (7).
Ce Bongare est reconnaissable à sa queue courte , carénée au dessus, de semblable grosseur ou même plus grosse et déprimée au bout , qui se termine en pointe conique ; à son corps orné de larges anneaux alternes, d'un jaune d'ocre sale et d'un bleu d'acier assez ))àle et qui tire sur le noir ; enfin à deux raies claires qui se dirigent des côtés du cou , sur le sommet de la tête , où elles se reunissent sur la lame verticale en angle aigu.
La tête est peu distincte du tronc ; la plaque verticale et les occipitales sont très alongées ; l'iris est jaune. Les os qui composent le squelette de celte espèce, sont très robustes; ceux du crâne sont comme tortus et très vigoureux ; la mâchoire supérieure est assez courbée en dedans à son bord antérieur ; le crâne e^.t plus large entre les yeux que chez les Elaps ; le bord postérieur de l'orbite est formé par un os frontal postérieur pointu; les nasaux sont vovités et larges; i'intermaxillaire est proéminent. Les vertèbres de la queue sont munies d'une double série d'apophyses transversales assez larges, dont le nombre augmente , vers le bout de ce membre , jusqu'à quatre ou cinq ranoées : nous avons observé une organisation semblable chez l'Éryx , dont la queue est également en tronçon. L'intestin grêle forme , dans cette espèce , un gros paquet de replis assez profonds. Le canal alimentaire est très effilé ; les reins sont plus ramassés que d'ordinaire.
Ce Bongare atteint jusqu'à 6 pieds de longueur , mais il ne mesure le plus souvent que 1,89 + o,i5. Un individu de notre
(ij Thés. II. 58. 1. — (•x)BibUa. sacra PI. 65S Jig. 8. — (3) Ind. Serp. 1 PL 3. ~ (4) Icônes. PL U. — (5) Getu ZooL VoL III P. II p. 353. — (6) Hist. amph. II p. ^83, — (7) Rept. vol- A 7?. 265-
BUIVGARUS SEMIFASCIATUS. 45b
collection offre 17 rangées d'écaillés. Les plaques varient depuis 198 + 32 jusqu'à 228 + 36. Les teintes deviennent plus foncées après la mort.
2 Esp. LE BON G ARE A DEMI- AISNE AUX. BUNGARUS SEMIFASCIATUS.
PI. XVI flg. 18, 19 et 10.
Ce Bongare habite les mêmes lieux que le précédent ; Russel en a reçu des individus de Yizagapatam , de Masulipatam, de Tranquebar et même des environs de Bombay. Le Musée de Paris en possède du Malabar; celui des Pays-Bas , du Bengale et de Java ; d'autres, originaires de Ceylan , ont été adressés à cet établissement par M. Smith, directeur du South-African Muséum. Sebjl (i), Russel (2), Linné (3) et Wagler (4) en ont publié des figures. C'est le p s e u d o-b 01. coerulea. de Schneider (5), le
BUNG. COE RU LEU s de DaUDIN (6) et le BUNGARUS SEMI- FASCIATUS de KuHL.
Il se distingue du précédent : par une taille moins forte ; par un tronc moins gros ; par une queue plus effilée et amincie vers le bouf ; par une tête plus large, pkis déprimée et à museau plus arrondi ; par des placjues occipitales et une verticale plus alongées ; par le manque de tache en angle sur la tête ; enfin par un corps d'un jaune pâle , relevé par de larges bandes trans-
(i) //. Çi^. 3 et 4. — (a) PARAGOODOO et pâktapoola.: Ind, Serp. I PL 1 et II PI. 3i ; sur cette première figure repose le b o a LiNEATA de Shaw Qen. Zool. 111 P. Il p. 356. — (3) Mus. Jd. Fr. PL 'j f. I : c o L. c a k d i d u s. — (4) Jcones PL II : a s p i d o- CLONiuM sEMiFASciATUM. — (5) Hist. amph, II p. 184. — (6) Rept. K p. T.'jo.
460 BUIVGARUS SEMIFASCIATUS.
versales d'un noir foncé , réfléchissant un bleu d'acier, mais qui se perdent vers l'abdomen.
Cette disposition des teintes est cependant très sujette à "varier: les bandes forment, dans quelques individus, des anneaux complets; dans d'autres elles sont tellement rapprochées , que la couleur du fond ne paraît que sous la forme de bordures très étroites , tantôt nombreuses , serrées et déchiquetées , tantôt rares et disposées à de grandes distances les unes des autres. Les parties postérieures delà tête sont quelquefois blanches, notamment chez les petits. En examinant les figures de Russe! , on peut se faire une idée de phisieurs de ces variétés , dont nous possédons des échantillons. Les écailles jaunes offrent quelquefois un centre noirâtre.
Nous avons déjà fait mention , à l'article du Lycodon subcinctus, de la conformité des teintes de cet ophidien avec notre Bongare.
Dimensions i,o5 + o,i5. Plaques: 200 -h 89 ou 218 H- 52. On compte quelquefois 17 rangées d'écaillés.
Le squelette de ce Bongare offre des os beaucoup moins vigoureux que celui du précédent. Le crâne ressemble , par sa forme, à celui des Elaps, et n'offre qu'un rudiment du bord postérieur de l'orbite. On voit que cette espèce se rapproche sous plusieurs rapports du genre précédent. La glande venimeuse est presque entièrement recouverte parles salivaires, qui sont plus volumineuses que d'ordinaire. On voit une nasale très développée. Le canal intestinal , assez court , est pourtant spacieux ; mais il offre des replis moins profonds que dans l'espèce précédente. Le cœur est remarquable par sa forme alongée.
3 Genre. LES NAJAS. NAJA
Le reste des serpens venimeux col ubriformes , exclus des deux genres précédents , est compris dans celui de n aj a. C'est sous cette dénomination qu'on désigne aux grandes Indes, suivant Kaempfer , l'opbidien remarquable, connu de tout le monde sous le nom de serpent a lunettes. La faculté qu'il a d'élargir le cou; le dessin singulier ressemblant à des lunettes, dont cette partie est le plus souvent ornée; enfin les jeux que les jongleurs exécutent avec ce reptile dangereux , l'ont rendu très célèbre. Admettant, à l'exemple de Laurentius, cette espèce comme espèce-type on y a aussi puisé les caractères du genre; mais il s'en faut bien qu'on puisse les appliquer, du moins au même degré , à tous les opbidiens qui se rattachent à cette espèce. Le naja haje par exemple , dont le cou est beaucoup moins susceptible d'être dilaté , porte , à tous les autres égards, trop d'analogie avec le serpenta lunettes , pour l'éloigner de celui-ci; le naja bongares, s'en éloigne par la présence d'une rangée de plaques dorsales plus grandes que le reste , mais ayant le cou assez dilatable , il doit faire partie du genre Naja ; le N a j a h a e m acha te a toutes les écailles surmontées d'une forte carène , ses mœurs ressemblent a celles des Najas, quoique son cou s'élargisse beaucoup moins; on peut en dire autant du Naja de la Nouvelle Hollande; la série des espèces enfin est terminée par les naja LUBRicA, RHOMBEATA, etc. , chcz Icsqucls l'expausibilité du cou est presque nulle , et dont la dernière joint à plusieurs
462 IVAJA.
autres caractères propres aux Najas , le port des Vipères. On verra par nos descriptions, que les espèces rangées chez nous dans le genre Naja , forment une série non interrompue d'ophidiens, liés étroitement entre eux , et dont les premiers offrent des caractères génériques saillans et prononcés, tandis que les derniers s'éloignent considérablement du type et forment évidemment le passage aux Vipères. Cette distribution des espèces nous a paru préférable à celle de nos devanciers, qui ont dispersé les Najas dans les genres naja, elaps,
VIPERA, SEPEDON, URAEUS, PSEUDECHIS, CAUSUS, ALECTO, COLTJBER, BOA, TRIMERESURES, ACAN-
THOPHis,HURRiA, DUBERRiA et daus plusicurs autres.
Les Najas ont toutes les parties plus grosses et plus vigoureuses que les autres serpens venimeux colubriformes , et ressemblent par leur port aux couleuvres, tandis que les Elaps se rapprochent, pai- l'ensemble des formes, des Calamars . Le tronc des Najas n'est donc point fdiforme comme dans les Elaps et les Bongares ; il est au contraire assez vigoureux , latéralement comprimé, gros au milieu, aminci vers les deux bouts , à dos relevé un peu en carène , et à abdomen très large et convexe. Quelques espèces ont le tronc alongé, d'autres plus court et ramassé. Leur queue est plus ou moins courte, et va toujours en pointe vers l'extrémité ; le dessous est quelquefois muni de plusieurs plaques simples, dispersées irrégulièrement parmi les divisées; une section perpendiculaire de la queue offre, comme celle du tronc, un triangle sphérique plus ou moins régulier. La tête , au lieu d'être courte, obtuse, arrondie et de la même venue avec le tronc, comme dans les genres précédens, estun peu distincte du tronc, quelquefois très renflée près de l'occiput , grosse, conique, élevée dans le sens vertical, à museau gros , de moyenne longueur , le plus souvent conique et terminé par une plaque largi, voûtée , plus ou moms proéminente, qui s'avance entre les plaques frontales. Les neuf plaques dont le dessus de la tête est revêtu, varient par
IVAJA. 463
leur forme ; le sommet de la tète est souvent un peu enfoncé, et allant en pente vers le bout du museau; cette partie est anguleuse aux cotés, ce qui détermine la position complètement latérale des yeux et des narines: ces dernières sont toujours assez ouvertes et situées entre deux plaques, également rapprochées des bords des lèvres et du bout du museau. L'ouverture de la bouche est large et droite. Les yeux, sans être très volumineux, sont plus grands que ceux des genres précédens; la plaque surciliaire est plus ou moins saillante et quelquefois un peu voûtée; les oculaires varient pour le nombre et pour la forme: on observe cependant, chez la plupart des espèces, une oculaire antérieure qui tient en même temps lieu de la frênaie ; Icisaja rhombeata appartient au nombre des exceptions à cette règle. On voit toujours plusieurs temporales d un eétendue considérable; les labiales sont moins nombreuses que chez les Couleuvres. Le dessous de la tête offre des plaques disposées à-peu-près comme chez ces dernières , mais les abdominales s'avancent assez loin sous la gorge; il résulte de là que le nombre des écailles mentales est assez peu considérable.
Le crâne des Najas, quoique alongé comme chez les Elaps , est cependantbeaucoup moinsétroit et composéd'osplus développés. Les mastoïdiens ne sont point aussi intimement réunis au crâne, et ont acquis une étendue plus considérable que dans les genres précédens; l'orbite est presque toujours complète; la mâchoire inférieure est très mince; la supérieure plus ou moins courte et souvent armée d'une ou de plusieurs dents solides, outre les crochets ; les nasaux sont très larges et profondément échancrés; l'intermaxillaire est volumineux et voiité. La glande venimeuse des Najas est assez considérable et recouverte d'une enveloppe épaisse; on voit le long des mâchoires , des salivaires plus ou moins étendues. Le canal intestinal est plus long que dans les deux genres précédens , assez spacieux et légèrement plissé.
Les apophyses épineuses supérieures ne sont pas aussi déve-