‹ Essai sur la psychologie de la mainChapitre 13 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

nombre d’arts et d’industries que la nature a concédé la main, qui, de tous les instruments, est applicable au plus grand nombre d’emplois (1). »

Et plus loin :

« La main devient tour à tour griffe, pince, corne, lance, épée, ou toute autre arme et tout autre instrument. Si elle peut être tout cela, c’est qu’elle peut tout saisir et tout retenir. La conformation même de la main a été parfaitement adaptée à sa destination naturelle. Elle est à la fois capable de s’écarter et de se diviser en plusieurs segments ; c’est parce qu’elle peut s’écarter, qu’elle peut aussi se réunir, bien que la faculté de se réunir n’implique pas nécessairement celle de s’écarter. On peut se servir de la main d’une seule façon, ou de deux, ou même de plusieurs. Les flexions des doigts permettent aisément de tout saisir et de tout presser. De côté, il n’y a qu’un seul doigt, et celui-là est court et épais, il n’est pas long. De même que sans la main on ne pourrait absolument rien prendre, de même on ne le pourrait pas davantage, si ce doigt n’était pas ainsi placé de côté; il presse alors de bas en haut ce que les autres doigts pressent de haut en bas. Cette disposition était indipensable pour qu’il pût fortement serrer ce qu’il prend, comme fait un lien puissant, et que, dans son isolement, il pût égaler l’action de tous les autres. S’il est court,

(1) Aristote, Trailé des parlics des animaux, liv. 1VT chap. x, §§ 15-16, p. 109.

— Ed. Dr de Frantzius, p. 222. — Ed. Leng Kavel,

— Préface Bartii. Saint-Hilaire, Histoire des animaux, t. Ir pp. 136-138.

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c’est pour qu’il ait la force indispensable, aussi parce qu'il n’aurait pas été du tout utile s’il eût été long. 11 convient aussi que le dernier doigt soif petit et que celui du milieu soit allongé, comme la rame au milieu du navire ; car il faut de toute nécessité que l’objet saisi soit saisi surtout circulairement par son milieu, pour qu’on puisse l’utiliser à ce qu’on veut faire. C’est pour cela qu’on appelle le pouce le grand doigt, bien qu’il soit très petit; car on peut dire que, sans lui, les autres doigts ne serviraient presque à rien (1). »

La conformation des ongles chez l’homme est conçue par cette merveilleuse nature, qu’AmsTOTE admire sans cesse, selon le même plan. Les autres animaux ont des ongles pour s’en servir ; l’homme au contraire pour défendre, pour protéger les extrémités des doigts. L’esprit de finalité a fait aussi que, pour l’usage de la nourriture, les flexions du bras soient disposées à l’inverse de ce qui doit se passer chez les quadrupèdes. « 11 n’y a rien dans les membres de devant des animaux quadrupèdes qui ressemble ni aux bras ni aux mains », écrit Aristote (2). Et plus loin : « C’est encore pour cela — l’utilité pratique — que quelques animaux polydactyles ont cinq doigts aux pieds de devant, et qu’ils n’en ont que quatre aux pieds de derrière ; tels sont les lions et les loups, les chiens et les léopards. Ce cinquième doigt tient chez, eux la place du grand cinquième doigt de la main.

(1) Aristote, Des Parties des animaux, t. II, liv. IV, chap. x,. §§ 17-20, pp. 201-203.

(2) Aristote, Des parties des animaux, t. II, liv. IVr chap. x, § 21, p. 204.

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