CHAPITRE PREMIER
la main, et à leur pénétration psychologique, la chiromancie, avec plus de sens critique, revint à l’ordre du jour et notre sensibilité fut rejetée presque à l’émotivité du Moyen Age. Puis, la vie sociale, et la notion plus présente de la lutte pour la vie, glissèrent plus de curiosité dans l’esprit humain et la curiosité engendra la soif de l’inconnu. Le mécanisme psychologique est simple ; plus la vie est intense, plus les émotions obscurcissent la logique et le raisonnement, et comme on ne vit que dans l'espoir d’un avenir rêvé, ou du moins soupçonné, formulé selon des vœux et des probabilités toutes faites, la moindre parole nous révélant ce coin obscur est, par ce fait, agréable à entendre. Aujourd'hui, les sciences divinatoires sont de nouveau à la mode et ce n’est pas étonnant, car nous sommes en pleine époque de transformation de croyances. Notre vie, faite de croyances métaphysiques systéma tisées, peut difficilement s'adapter aux exigences étroites et anodines des formes sociales ; notre sensibilité est empreinte d une mélancolie de plus en plus grave, et si les croyances dans les sciences divinatoires ne sont pas solides, elles amusent, elles tiennent compagnie à nos rêves et elles calment notre angoisse devant les étapes futures et fragiles de noLre vie.
L'étude de la main, au point de vue chiromantique et chirognomonique, peut être divisée en deux parties : l'étude de la main dans sa forme ( paume et doigts ) — l'étude chirognomonique — et dans ses lignes — l'étude chiromantique.
Selon l’harmonie qui existe entre la paume et lesdoigts, on peut présumer de l’équilibre mental et physique de l’individu. La paume représente les facultés personnelles, les éléments subjectifs du cerveau, les éléments individuels caractéristiques de la mentalité, et la plus ou moins grande résistance de la santé physique et morale. Les doigts indiquent l’expression, la forme que l’on donne à la pensée, et, au point de vue physique, ce qu’on appelle, dans le langage usuel des chiromanciennes, « les lois ataviques du tempérament ». Ils personnifient, en d’autres termes, l’élégance, le sens artistique, etc... et les formes diverses du tempérament psycho-physique, l’acte d’agir, l'acte de la préhension, du contact.
Les peuples simples, peu civilisés, dont l’àme enfan-
Line et obscure s’exprime difficilement, qui non seulement n’ont point trouvé la formule de leur sensibilité, mais ne la cherchent môme pas, ont paraît-il des doigts informes qui s’harmonisent mal avec la paume. J’ai pu confirmer cette affirmation d'après les photographies et les documents des voyageurs. Les Esquimaux n’ont, pas la main fine, non plus les Cannibales et les habitants indigènes des Iles Océaniques. Au contraire, les êtres affinés presque maladivement — les trop civilisés, disons le mot — possèdent des doigts allongés, trop souples et presque dénués de consistance. La vie ancestrale a laissé des traces notoires de la variété des impulsions, des gestes et des penchants ébauchés.
Le capitaine d’AnPENTiGNY réclamait emphatiquement l’honneur d’avoir songé à ériger en système toutes les connaissances chirognomoniques. On s’adressera à cet auteur pour tout ce qui concerne la technique psychologique de cette douteuse science nouvelle, car si sa priorité n’intéresse personne, il est toutefois bien documenté, empreint d’une psychologie toute personnelle et intéressant à lire, surtout si l’on sait dégager les faits de sa littérature. Desbarolles complète et emprunte largement les données du chevalier d’ARPENTiGNY. L’essentiel dans la chirognomonie est de distinguer des types de main, de coordonner en somme'ies caractères essentiels des extrémités supérieures et de les mettre en harmonie avec les éléments psychiques tout particuliers des caractères humains. Voici d’après les auteurs classiques, connus surtout par leur compétence chiromantique, le nombre des types des mains distingués.
Coryaeus distingue cent soixante-dix espèces de mains (I/O).
Cornélius Agrippa distingue cent cinquante espèces de mains (150).
Patrice Tricassus distingue seulement quatrevingts types de mains (80).
Isaac Ivemker distingue soixante-dix types de mains (70).
Tainerius distingue quarante types de mains (40).
Indagine distingue trente-sept types de mains (37).
Jean Corus distingue vingt types de mains (20).
Mélompus distingue douze types de mains (12).
Compotus distingue huit types de mains (8).
Perruciiio distingue sept types de mains (7).
Romphilius distingue six types de mains (6).
Le curé Jean Bélot distingue quatre types de mains (4).
Le capitaine d’ÂRPENTiGNY distingue sept formes de mains ou plutôt sept types chirognomoniques, confirmés par Desbarolles et utilisés ou adoptés par tous ceux qui étudient empiriquement la main :
1° La main élémentaire ou grande paume ;
2° La main nécessaire en forme de pelle, de spatule, ou de battoir; u
3° La main artistique, effilée, conique ;
4° La main utile , anguleuse ou carrée ;
5° La main philosophique ou noueuse ; 5 • .
6° La main psychique ou pointue;
7° La main mixle, qui à proprement parler n’est pas un type mais une forme intermédiaire.