L ANATOMO-PHYSIOLOGIE UE LA MAIN
thoracique, dont les dimensions sont calculées de manière à la mettre facilement en contact avec les différentes régions de la face du crâne.
« Les mamelles de la femme, au nombre de deux seulement, sont situées sur la poitrine, et répondent à la facilité qu elle a de soutenir son enfant sur ses bras.
« Elle devient l’organe de la préhension des aliments, et la bouche, ennoblie, se trouve affranchie des actes grossiers ou cruels.
« La main se place au devant du visage pour la protéger, elle soutient la tête fatiguée, elle vient en aide à la vue et à l’ouïe, soit pour modérer, soit pour accroître leurs perceptions. Les sens, à leur tour, réagissent sur elle. L’œil sans cesse la surveille et la guide, et, comme elle peut facilement lui montrer toutes ses faces, il distingue ses moindres lésions.
« Associée continuellement à la pensée, la main la traduit comme le visage, et concourt à la physionomie. Par divers mouvements, elle attire, elle repousse; elle refuse, elle accepte; elle ordonne, elle implore; elle maudit, elle bénit. Par les gestes dont elle accompagne les discours, elle permet à l’art oratoire de déployer toute sa puissance. Enlin, non seulement elle a son langage, mais, par un prodige de l'art, elle vient suppléer la parole, et le sourd-muet, rendu à la société, reprend sa place dans la famille et dans la nation.
« Dans le repos, la main fait encore partie de la physionomie, soit qu’elle se place en des points déterminés du corps dont elle marque harmonieusement
les divisions principales, ou que, s’approchant de la tête, elle vienne en compléter l’expression. Il est permis au peintre de cacher sous les plis des vêtements le reste du corps; en l'absence de la main, le tableau reste incomplet. »
LA PSYCHO-PHYSIOLOGIE DE LA MAIN
Il y a des mains abattues, des mains neurasthéniques, comme il y a des mains gaies, des mains agiles, des mains nerveuses et des mains mélancoliques. Certaines mains sont tendres et voluptueuses; d’autres sont paresseuses, d’autres encore pleines d’énergie. La plus belle main que j’ai vue dans ma vie donnait l’impression de la parfaite beauté, de l’harmonie la plus accomplie. Chez certains neurasthéniques, les doigts arrivent à ne plus garder une motilité propre indépendante; les mouvements sont limités, fixes tout comme le geste des malades atteints de stupeur ou de confusion mentale.
Un premier élément à considérer dans la main, c’est la peau , que les chiromanciennes envisagent tout d’abord, car elle constitue une source de documentation précise remarquable. Le bout des doigts, par exemple, est une région extrêmement sensible où les corpuscules tactiles abondent, et, soit à cause de la présence des éléments spécifiques, soit à cause des riches vascularisations sanguines, ils occupent un
des rôles les plus élevés dans la finesse de la topographie tac Lile après les lèvres et les régions orbiculaires. La sensibilité de ces régions est due certainement à la présence notoire de corpuscules tactiles de Paccini. La face palmaire est plus riche que la face dorsale, outre que le nerf médian l’innerve pour ainsi dire plus activement que la région dorsale ou dos de la main. La paume présente en dehors des terminaisons nerveuses quelques renflements reconnus, comme corpuscules tactiles, par des histologistes comme Kôlliker , Henle , Denonvilliers et surtout par Paccini. Ces corpuscules tactiles sont plus nombreux entre les espaces interdigitaux, lieux où se trouvent les renflements du derme, et leur nombre peut atteindre parfois même 300 dans la paume d'une seule main à la partie collatérale des doigts, tout près d'un espace interdigitaire. Béclard avait présenté, dans sa Physiologie, la main comme l'organe du toucher par excellence, et c’est presque juste. Ellen’était pour Dally que l'organe essentiel du tact. Les deux définitions peuvent être admises comme vraies ; d’ailleurs elles se complètent. Chez les aveugles et chez certains sujets qui ont développé leur sensibilité tactile, cette faculté atteint une finesse inouïe. Toujours en rapport avec la distribution des corpuscules tactiles, elle est plus obtuse à la paume de la main, plus aiguë sur les bords et à la face dorsale.
La coloration et la finesse de la peau sont des coefficients psycho-physiologiques de tout premier ordre. Le toucher de la peau peut indiquer rapidement et facilement l’occupation, le métier du sujet examiné, et surtout il peut nous indiquer sa forme de sensibilité.
LA PSYCHO-PHYSIOLOGIE DE LA MAIN
Les lignes de la main changent aussi : elles ne sont pas fixes, et si leur topographie n’est pas définitivement établie, on peut se guider quand même selon leur conformation générale et, surtout d’après leur physionomie. La « ligne de la vie » n’est qu’une démarcation musculo-tendineuse des muscles de la région du pouce, et la « ligne du cœur » n’est que le pli dicté mécaniquement par l’articulation métacarpophalangienne. Ce sont des lignes dictées par des besoins dynamiques, et on comprendra alors leur rôle fondamental dans l’élude de la psychologie de la main. Quant à la « ligne de la tête », elle est moins précise ; c’est un pli cutané palmaire moins profond ; il n’est dicté par aucune articulation, ni par aucune insertion musculaire précise. C’est un pli physiologique forcé, dicté, imprimé par deux pressions pour ainsi dire opposées : la dynamique de la paume de la main et celle des articulations des doigts. Le triangle palmaire connu sous le nom de la « plaine de Mars » est aussi la résultante mais indirecte de cette pression ; il est surtout formé par les plis imprimés mécaniquement à la main : mouvements musculaires et tendineux de la région du pouce et de celle du bord interne de la main.
L’étude de la sensibilité tactile et particulièrement celle de la main a été l’objet d’un nombre considérable de recherches expérimentales depuis les travaux de E.-H. Weber (1). On connaît actuellement non seulement la topographie de la sensibilité tactile,
(1) E. II. Weber, De pulsu, rcsorpsione, auditu el lacln , 4e édit. , 1864.
mais la localisation des sensations tactiles, et même ses troubles pathologiques, son organisme sous un jour nouveau, avec des données plus précises et plus analytiques. La peau perçoit non seulement le contact, mais elle a le souvenir de ce contact, elle analyse la forme linéaire ou autre de ce contact, elle localise cette excitation et les auteurs sont arrivés à distinguer deux formes de localisation tactiles : YOrlsinn des allemands, la vraie localisation des sensations tactiles, et le Raumsinn, le sens du lieu de la peau dont Aubert et Kammer, Hoffmann et Môbius et d’autres neurologistes, nous ont donné des aperçus expérimentaux et cliniques des plus ingénieux, depuis l’époque du premier travail d'AuBERT et Kammer, de
On doit à E.-H. Weber les premières recherches sur la sensibilité tactile, et son travail publié en latin date déjà de 1829. Lichtenfels (1851) et plus tard Vierordt (1861) et son école : Koltenkampf et Ulrich, Riecker, Paulus, Hartmann, etc., apportèrent d’importantes contributions. Les travaux de Fechner et de G.-E. Muller sont les plus belles étapes de la nouvelle méthode de psycho-physiologie.
D’après ces recherches, précisées et contrôlées par de nombreux travaux modernes, la face palmaire des doigts, et particulièrement celle de la troisième phalange, les bouts des doigts, occupent dans l'échelle de la forme de la sensibilité la seconde place. La première est occupée par le point de la langue, et si l’on perçoit la distance minima de deux points sur le bout de la langue à une distance de 1 mm. 1, la moyenne n’est que de 2 mm. 2, et il faut pour le bord rouge
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des lèvres ainsi que pour la face palmaire de la deuxième phalange 4 mm. 5.
Mentionnons encore la loi de Vierordt qui s’énonce comme il suit : « La forme du sens de lieu d’une partie de la peau est d’autant plus développée que cette partie est plus mobile. » Cela a été vérifié pour toutes les parties du corps. On comprend alors la source inépuisable et la forme des renseignements que les bouts des doigts nous fournissent.
Gratiolet distingua une nouvelle sensation tactile de la main : « le toucher sous-onguéal ». « Cependant toute l'épaisseur de la peau est sensible et, si elle est impressionnable à la superficie, elle ne l’est pas moins par sa face profonde. La peau peut donc recevoir des impressions affectant l’une ou l’autre de ses deux faces.
« Aussi partout où la nature a voulu rendre le toucher plus parfait, a-t-elle soustrait par des coussins graisseux la face profonde de la peau au contact immédiat des parties dures sous-jacentes.
« La sensation de pression commence quand la sensibilité de la face profonde entre enjeu. Mais l’appréciation mesurée des pressions plus ou moins fortes suppose de nouveaux appareils. Ici les ongles jouent un rôle important. Quand, par exemple, nous appliquons le doigt à la surface d’un corps, les moindres pressions déplacent la pulpe digitale et la refoulent contre 1 ongle, ce qui est assez prouvé par ces zones blanches qui se dessinent alors au-dessous de lui. De là une sensation particulière qui se propage de proche en proche de la face palmaire à la face dorsale de la phalange et que je désigne sous le
nom de loucher (il l'appelait aussi sensation; sousonguéal (1). »
Il existe des différences individuelles notoires et depuis les premières expériences de Valentin de 1840, on possède une riche documentation. L’homme et la femme n’ont pas la même sensibilité tactile ; selon Lombroso, la femme aurait une sensibilité moins fine que l’homme, d’où l’explication de son insensibilité dans le crime. Elle serait, au contraire, supérieure à la sensibilité de l'homme selon les recherches de Galton et Randal, recherches faites sur la sensibilité comparée de l’homme et de la femme dans la région de la nuque. W. Denett et A. Stern n’ont trouvé aucune différence ; selon ces deux auteurs la sensibilité tactile serait plus développée chez les personnes instruites et plus obtuse chez les personnes non instruites. Chez les criminels, Lombroso et Ottolengiii accusent une diminution notoire (2). Ivrohn a publié en 1894 le cas d’un professeur de gymnastique ayant eu l’avant-bras gauche fracturé, qui perdit la sensibilité de ce bras, au défaut des mouvements des bras (3).
Sous l’influence de l’exercice et de la fatigue, la sensibilité tactile varie considérablement. Il faut
(1) Gratiolet, Anatomie comparée du système nerveux, p. 407.
(2) Ed. Séguin, Traitement moral, hygiène et éducation des idiots et des autres enfants arriérés. Edit. Progrès médical, Paris, 1906, pp. 108, 374, 485; — et Education psycho-physiologique d'une main idiote. Bull, d’éduc. spéciale, vol. III, 1895. Rapport et mémoires de Séguin sur l’éducation des enfants normaux et anormaux à l’Exposition internationale de Vienne,
(3) Psychological Review, vol. I, n° 3, p. 280.
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remonter en 1858, donc à Volkmann, poui retrouver les premières recherches méthodiques. L’exercice a une influence notoire sur la sensibilité tactile et surtout sur les régions moins sensibles ; l’influence n’est pas toujours durable et elle se perd parfois quelque temps après que l’exercice a cessé. Il y a des ouvrières qui arrivent à distinguer, par le contact le frôlement le plus léger des bouts des doigts, même les nuances de soie. Nous devons à Funke Bart et à F. -B. Dresslar de nombreuses expériences très précises sur l’influence de l’exercice. La fatigue diminue la sensibilité de la peau. Griesbach a étudié cette influence de la fatigue dans les écoles et la mesure de la sensibilité tactile constitue même une méthode pour l’appréciation de la fatigue intellectuelle.
La qualité des excitants est encore à considérer; la qualité est, en outre, intimement liée à l'intensité des contacts. Les expériences de Czermak, Klug, Bauber, Goedsciieider, Biley et Dessoir, Alrutz ont démontré que le compas esthésiométrique a besoin d’un écartement plus grand lorsque les impressions du contact sont chaudes que lorsqu’elles sont froides.
La perception des figures, des lignes, en d’autres notes des formes de l’excitation tactile est des plus intéressantes à examiner. Les recherches déjà anciennes de Weber, et celles plus récentes de Parrish, Niciiols, Jüdd, Rumpf, Eisner, sont extrêmement instructives à cet égard. On a appliqué même* des lettres sur la peau, des formes de figures variées et il résulte de ces curieuses investigations qu’une ligne droite paraît au contact plus courte que la même distance perçue au compas esthésiométrique ;
cette môme longueur constitue des points descriptifs contribuant à augmenter l’impression de la distance : tout en paraissant plus courte qu’en réalité, elle paraît plus longue qu’une ligne droite (Yichols). Les lettres enfin ne sont perçues que lorsqu’elles sont écrites inversement; autrement on perçoit la forme, mais on ne peut pas reconnaître la lettre dessinée.
VlERORDT, CzERMAK, STANLEY, HaLL, TaWNEY, Pillsbury , Y. Henri, Solmons, Donaldson et Nichols, Scripture, Parrjsii, ont examiné la perception des mouvements sur la peau ; la perceptibilité de la vitesse est liée à la sensibilité de la région touchée ; le premier mouvement est perçu comme plus rapide par des régions plus sensibles que par des régions dont la sensibilité est obtuse.
Citons aussi Bryan et Harter avec leurs recherches sur la Physiologie et la psychologie du langage télégraphique. ( Psychological Review , Janvier 1897, 1, pp. 27-53.) On arrive à distinguer les variations individuelles de ceux qui emploient le télégraphe Morse, variations qui peuvent être précieuses à cause de leur constance. On arrive à reconnaître la personne qui télégraphie; et on a pour ainsi dire le diagramme de celui qui envoie le message. On trouve des remarques précieuses dans ce travail et on assiste en outre à la connaissance de l’apprentissage du télégraphe. Le goût de l’exercice est notoire au début, il se ralentit pour devenir stationnaire, puis il atteint ce que nous les psychologues nous appelons la limite de sa perfectibilité. Du moment qu’on arrive à distinguer l'individualilé de quelqu’un d’après les simples bruits auditifs transmis à distance, pourquoi ne pas accorder du cré-
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dit à une possibilité plus précise d’examen de la main, contractée, remuée, touchée? Citons encore les recherches de Rumpf, Kremer, Klinkenberg, Israël sur l’inlluencedu chloroforme, de l’éther, du nitrate d’amyle et de l'acide carbonique ; celles de Iver sur le phénol ; celles de Ascii, Klinkenberg, Screbzenni, Ker, Buccola et Seppilli, etc., sur les sinapismes; celles sur l’influence de l'électricité de Suslonva et Spauke ; celles de Klinkenberg, Alsberg, Stolkikow, Israël, sur le frottement, l’anémie, l’hypérémie, et sur l’influence du chaud et du froid. Tous ces agents modifient sensiblement le tact, engourdissent plus ou moins la sensibilité tactile et pour une durée de temps qui varie avec la quantité de la substance toxique ingérée, ou avec la durée de l'agent mécanique qu’on examine. En général la sensibilité diminue ; souvent elle est réduite jusqu’à une insensibilité. Dans l’excitation électrique, l’anode diminue la sensibilité de la peau et la cathode l’augmente ; le frottement l’augmente également, de même que toute cause extérieure qui provoque l’hypérémie. L’anémie la diminue.
La tension de la peau peut influencer sensiblement sur la finesse de la sensibilité. Aussi chez les femmes enceintes, à cause de la tension de la peau sur le ventre, la sensibilité diminue; la tension serait, selon Czermak, Hartmann et Teuffel, en rapport direct avec la valeur de la tension de la peau. Des recherches expérimentales sur la tension de la peau précisent amplement ces données.
Les narcotiques, comme l’atropine, la daturine, la morphine, la strychnine, le chloroforme, l’alcool et le tabac, influencent sensiblement le tact. Les expé-
riences de Lichtenfels sont à citer, quoiqu'elles datent de 1851.
La pathologie nous renseigne continuellement sur la dissociation si complète et si délicate des phénomènes de la sensibilité tactile. Les sensations de contact peuvent rester intactes tandis que leur localisation peut être défectueuse; on perçoit la chaleur et non le froid.
On se trompe non seulement sur la localisation directe, immédiate, mais aussi on n’arrive pas à distinguer la région droite de la région gauche d'allocliirie). Les travaux anciens de Laehr, Hoffmann et Lotze sont encore à lire. Obersteiner et Ferrier signalèrent l’allochirie, retrouvée chez les hystériques plus tard, entre autres par M. Pierre Janet.
Selon les recherches de Czermak, Goltz, Garttner et A. Stern, les aveugles auraient une sensibilité tactile plus développée que les voyants. Seul, Hocheisen trouve que cette différence est à peine sensible. Les enfants aveugles sont plus sensibles au toucher que les enfants voyants, et cette supériorité de la sensibilité tactile n’est guère limitée aux régions exercées, mais elle se répète à toutes les régions du corps. Le cas de Hellen Keller est un exemple admirable de la finesse tactile et musculaire; cette jeune fille était aveugle et sourde, comme la célèbre Laura Bridgman (Jastrow).
A. Stern, examinant la sensibilité de la pulpe des doigts chez les typographes, la trouve développée d’une manière toute particulière; elle serait supérieure non seulement aux autres adultes mais aussi aux aveugles.
LA PSYCH O- PHYSIOLOGIE DE LA MAIN
Nous trouvons dans la Revue de Paris du 1er janvier 1901 , un intéressant article de M. P. -Félix Thomas, intitulé Marie Heurtin , sur l’éducation d’une sourdemuette et aveugle de naissance, dont nous détachons les notes suivantes concernant l’odorat et le toucher : « De tels progrès seraient inexplicables si Marie Heurtin n’était douée d’une intelligence peu commune. 11 est à remarquer, d’abord, que l’odorat et le loucher ont, chez elle, une délicatesse qui ne se rencontre probablement jamais chez les personnes douées de la parole et de l’ouïe. Nous ne parlons pas du goût dont l'importance, au point de vue intellectuel, est secondaire, et que ses maîtresses ne pouvaient songer à développer beaucoup.
« Son odorat est si subtil qu’il lui fait d’ordinaire reconnaître les personnes, bien avant qu elle ait eu le temps de les toucher. Il semble même que chacun ait, pour elle, une odeur particulière, un signe distinctif, comme chaque fleur a son parfum qui ne trompe jamais. La prie-t-on, par exemple, de se rendre à l’ouvroir pour transmettre un avis à quelqu’une de ses compagnes, vivement elle se dirige vers la place habituelle occupée par son amie, et si elle ne l’y trouve point, on la voit aussitôt qui s’arrête, tourne la tête lentement et cherche en respirant, un indice qui la renseigne. Il est bien rare alors qu elle cherche longtemps. »
Et plus loin, à propos du toucher actif :
« La prodigieuse finesse de ce sens est surtout frappante lorsque Marie Heurtin — ce qu elle aime beaucoup — cherche à causer un instant avec ceux qui l’entourent. Four mieux nous en rendre compte
d’ailleurs, supposons que la nuit, obligé au silence, notre main, par hasard, rencontre celle d’un ami et que nous désirions avec lui échanger des confidences; comme les moindres mouvements alors prennent de l’importance et comme nous sommes habiles à les percevoir et à les traduire ! Or, Marie Heurtin n’estelle pas dans une situation semblable, elle qui vit dans la nuit la plus profonde et dans le silence le plus absolu, n’ayant pour communiquer avec autrui d'autre ressource que le toucher? Aussi, dès que sa main rencontre la nôtre, elle la presse, l’explore, promptement l’interroge. Si nul signe connu ne lui répond, si les doigts qu’elle touche restent inertes, on voit qu’elle est surprise, déçue, et, comme à regret, elle se retire. Mais si, au contraire, les doigts s’animent, alors immédiatement sa physionomie s’éclaire et ses mains parlent. Rien de saisissant comme ce muet langage. On sent que dans cette main qui vibre une âme est là, présente, inquiète, avide de savoir. Son attention est si vive qu’elle vous comprend pour ainsi dire à demi mot, et achève sa pensée avant même que l’expression en soit complète... S’il en était autrement, d’ailleurs, toute conversation un peu longue paraîtrait bien vite extrêmement lente et pénible. En effet, dès que la conversation est rapide, Marie Heurtin, ne voyant pas, né peut guère saisir que des fragments de mouvements et des ébauches de gestes ; il faut donc que ces ébauches et ces fragments lui suffisent. Parfois même il lui suffit de toucher le poignet de sœur Sainte- Marguerite et d’en sentir les muscles se déplacer, pour interpréter sa pensée, semblable à un musicien qui jugerait d'une mélodie, sans l’entendre,
LA PSYCIIO-PHYSIOLOGIE DE LA MAIN
aux seules vibrations des cordes placées sous ses doigts. »
Les théories physiologistes de Wundt, G.-E. Müller, les théories psychologiques de Fechner, Cramer et Niciiols, essayent d’expliquer le mécanisme psycho-physiologique du phénomène de la perception de deux points malgré le contact isolé d’une seule pointe de compas esthésiométrique. Ces théories, mentionnées ici en passant, sont à lire, car elles évoquent la grande complexité des phénomènes psycho-physiologiques qui accompagnent la simple sensation du toucher.
Les théories sur le mécanisme de la sensibilité tactile sont nombreuses; nous les rappelons rapidement pour préciser une fois de plus la richesse des données d’un contact de mains et la difficulté d'une conception précise, scientifique de la dynamique sensorielle tactile. Weber admettait ce qu’il appelle des cercles de sensation. La peau serait partagée en cercles et dans chacun se trouveraient des ramifications d’une fibre nerveuse. Ces cercles ont des grandeurs et des formes qui varient extrêmement, d’où la variabilité de la topographie de la sensibilité tactile. Sous l'influence des idées de Kolliker et de Lotze, Weber admet que l’expérience y est pour beaucoup et que ce n’est pas seulement une question de structure anatomique cérébrale. Meissner incline à croire qu’il s’agit d’une irradiation de la sensibilité produite par le contact de la peau.
J. Müller admettait aussi l’irradiation, mais une irradiation des ramifications nerveuses dans les centres nerveux et nullement à la périphérie. Quoique
ancienne, car cette théorie date depuis 1844, elle a été reprise en 1871 par Bernstein.
Lotze dans sa Meclicinische Psychologie admettait le signe local, c’est-à-dire l’existence de points sur la peau qui ont la propriété d’avoir une certaine qualité spécifique. Il y aurait une relation intime psychophysiologique entre la sensation et le contact. On trouve dans Wundt une exposition développée des signes locaux de Lotze.
Czermack admettait comme Lotze que chaque sensation de contact de la peau avait un signe local. Mais autour de chaque signe local il y aurait, selon lui, un cercle de sensation qui limiterait la variation des modifications des points locaux.
Rupp, au dernier congrès allemand de Psychologie expérimentale (Würzbourg, 18-21 avril 1907), a communiqué le résultat de ses recherches sur « la localisation des excitations tactiles des doigts », soit au point de vue spatial, soit pour déterminer la mobilité de cette localisation pour un doigt déterminé. Les données expérimentales sont contradictoires. Le temps de réaction est allongé toutes les fois que les doigts prennent des positions peu usuelles. Souvent aussi, fait d’ailleurs connu, les sujets localisaient indifféremment sur un doigt ou sur un autre.
Il faut tenir encore et surtout compte de la mobilité des doigts, et de cette sensibilité musculaire qui a ses illusions, ses lois psycho-physiques, sa modalité. Kraepelin et son école ont étudié minutieusement l'influence de la fatigue, de l'exercice, des excitations sensorielles ou narcotiques sur la mobilité volontaire. Les Psychologische Arbeiten sont à ce sujet une des
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meilleures archives psychologiques. Depuis Aristote, qui signale une des plus curieuses illusions musculaires tactiles, l 'activité musculaire des doigts a constitué l’objet d’un grand nombre de recherches dynamométriques (Goldsciieider, Dreslar, Rivers, Kraepelin). Le muscle plus que la peau se modèle, se contracte selon l'idée active qui dirige, qui coordonne ou qui perçoit nos multiples et nombreuses réactions cérébrales ou du monde extérieur.
P. Richer nous a d’ailleurs montré qu’il faut admettre, contrairement aux idées courantes, que le muscle sur le vivant n’est pas toujours en état de tension, mais peut être dans un état de relâchement, de repos (Noie sur la contraction musculaire physiologique. Soc. Biol., 27 janvier et 18 février 1894).
LiNKet Joteyko viennent tout dernièrement de constater que lorsqu'on ausculte le muscle dans diverses affections du système musculaire et nerveux, on peut diagnostiquer la nature de la pathologie du mécanisme physiologique musculaire. La contraction anisotrope est discontinue, tandis que la contraction sarcoplasmatique serait continue et silencieuse. L’absence de bruit serait un signe du muscle dégénéré. La première des contractions, selon Link et Joteyko, seraient due à l’action des centres moteurs cérébraux, tandis que la seconde aux centres modulaires (1).
A.-E. Segswortii a expérimenté sur la différence de
(1) Ml,c Joteyko, A propos de récents travaux sur l'auscultation des muscles dans les paralysies, la contraction et la réaction de dégénérescence. Quelques considérations sur la théorie motrice du sarcoplasme. (Jouro. de Neurologie, 11)06, n° 14.)
sensibilité pour l’évaluation des distances à l’aide des mouvements du bras ( American Journ. of Psychology , VI, pp. 369-408). On avait examiné les mouvements du bras par rapport à la courbe tracée par le bras et secondairement son rapport à l'angle parcouru ou développé. La sensibilité est plus fine pour les mouvements tout petits, la vitesse diminue la sensibilité, et citons encore cette dernière conclusion : « Quand on essaye de faire avec une main un mouvement égal à celui qu’on exécute avec l’autre main, la copie par la main gauche est plus grande que le modèle ; la copie par la main droite est au contraire plus petite. »
Citons en outre le travail de Patrizi sur la simultanéité et la succession des impulsions volontaires symétriques. ( Archives italiennes de Biologie , t. XIX, 1893, pp. 126-140.) Selon cet auteur, la succession du travail des deux mains en tant qu’efforts volontaires, symétriques, est avantageuse pour le système nerveux autant que l’activité simultanée.
E.-A. Pace a publié des expériences très intéressantes pour faire préciser la valeur et la variété de Y estimation tactile de 1 épaisseur ( Procedings Amer. Journ. Psych. association, 1893, p. 5).
Le toucher utilise trois moyens pour estimer l’épaisseur d’un objet : a) on tàtc l'objet avec les doigts; b) on serre l’objet; c) on se fie aux sensations tactiles qui accompagnent le mouvement des doigts ou qui sont évoquées par eux. Pour des surfaces épaisses qui dépassent 5 millimètres, le contact continu est plus précis en renseignements utiles ; tandis que les mouvements des doigts peuvent apprécier avec justesse une épaisseur d’environ 5 millimètres et au-
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dessous même, pour les toutes petites épaisseurs, les erreurs deviennent considérables.
Ch. Feré a publié un cas très curieux de l’influence de l’éducation de la motilité volontaire sur la sensibilité ( Revue Philosophique , 1897, décembre, pp. 591- 604). L’éducateur avait développé la sensibilité tactile et motrice de la main dans des proportions inouïes. L'opposition du pouce au petit doigt d’abord était impossible des deux côtés, les deux doigts n’arrivaient même pas au contact. La pulpe du petit doigt s’appliquait ensuite à celle du pouce dans la moitié de son étendue. Les mouvements de latéralité, d’écartement, de flexion, firent des progrès intenses, et cela pendant l'espace d’une année. La modification de l’acte de la préhension fut sensible ; les empreintes digitales postérieures montrent comment les intervalles des doigts s’égalisent, se modèlent, tandis qu’au début de l’expérience, on voyait un écartement considérable du pouce et de l’index et les autres doigts très rapprochés.
A ces éléments, si on ajoute encore l’innervation des poils, la sensibilité trichestésique (1) de Vaschide et Rousseau, les riches terminaisons nerveuses des éléments tactiles différenciés du tact comme les nerfs, disposés jusqu’à présent, de la sensation de froid et de chaud, comme pensait le Suédois Magnus Blix en 1882, Goldsciieider, V. Frey et Kiesow, Nagel, Oppeniieim, et tous les coefficients nerveux, la main
(1) Voir N. Vaschide et P. Rousseau, Recherches Expérimentales sur une nouvelle forme de la sensibilité laclile : La Tricheslésie (Bullel. Inst. Génér. Psych., 1902, décembre.)
peut vraiment servir comme critérium de la mentalité humaine.
Selon les recherches de Ch. Feré, il résulterait : « 1° Les doigts les plus différenciés au point de vue moteur (1), le pouce et l’index, présentent une plus grande variété de formes des empreintes, le fait est encore plus évident pour le gros orteil. D'une manière générale, on peut dire que la variété des formes des empreintes de la pulpe des doigts et des orteils diminue du premier au cinquième. 2° J'ai vu d'autre part que chez les individus d’une organisation inférieure, la disposition des lignes papillaires se rapproche plus souvent par sa simplicité de la disposition normale chez les singes. »
E.-II. Weber avait déjà remarqué que les deux pointes de contact de son compas sont mieux senties quand elles sont placées dans la direction de l'axe du doigt, donc longitudinalement. Féré vérifia cette constatation et observa que la condition la plus favorable à la perception des deux pointes du compas, coïncidait avec la direction perpendiculaire aux lignes papillaires de la main. La sensibilité cutanée est intimement liée avec la disposition des lignes papillaires. On sait d’ailleurs que les individus débiles et arriérés ont des lignes papillaires simples. La différenciation physiologique certifiée, tant au point de vue de la sensibilité qu’au point de vue de la motilité, correspond à une différenciation morphologique.
Le tact est favorisé, d’après les recherches de Féré,
(1) Cii. Féré, Noie sur la sensibilité de la pulpe des doigls (/?. Soc. Biol., 1895, 19 oct., pp. 657-659).
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par la même attitude qui faciliterait la plus grande rapidité des mouvements des doigts, c’est-à-dire qu’elle est plus grande « dans l’attitude de la préhension réalisée par l’opposition du pouce aux quatre autres doigts réunis » (1). L’association de l’abduction forcée allonge considérablement le temps des réactions. Le doigt le plus spécialisé réagit le plus vite. Habituellement c’est le pouce, mais ce peut être l’index, le médius ou même le petit doigt. Mais dans les expériences de Féré on a constaté un retard de 0"113 pour le pouce, 0 1 72 pour le médius, 0"255 pour l’annulaire et de 0"300 pour le petit doigt.
Selon Frey, les corpuscules de Meissner correspondent aux sensations de pression dans la région de la peau dépourvue de poils. Dans les régions où il y a des poils, les organes de pression sont les terminaisons nerveuses mêmes de la racine des poils. Les organes de la sensibilité douloureuse sont tout différents de celle de la pression tactile. Les recherches de V. Frey, Lucke (2), W. Mitchell, Richet, F. Mac Donald, Max Dessoir, Goldsciieider, etc., sont démonstratives à cet égard. Cavazzani et Monca ont montré, même expérimentalement que les fibres nerveuses qui conduisent la sensibilité tactile ne peuvent pas être les mêmes qui nous renseignent sur la température.
(1) Ch. Féré, Noie sur la dissocialion des mouvcmenls des doigts (Beu. Soc. Biol., 1895, p. 587).
(2) Voir surtout son travail : Unlersuchungen übcr die Sinnesfunclionen der menschliechen Haut ( Abliand der palh. p/ujs. classe d. Konigl Sâch. Gess. d. Wiss., Leipzig, 1896, 1 vol., 98 p.).
La chiromancienne doit savoir, au moins empiriquement, qu’il existe des saillies temporaires de l’épiderme, en outre des saillies permanentes, anatomiques, formées par les papilles du derme et leurs systèmes de courbes concentriques. Ces premières saillies sont déterminées par la projection des follicules pileux, élément psycho-physiologique, dont l’irritation provoque à la surface de la peau le phénomène connu sous le nom de « chair de poule », qui se manifeste surtout sous l'influence du froid ou consécutivement à une violente émotion.
Elle doit savoir encore distinguer la nature des sillons et des plis de la peau, et ne pas confondre, par exemple, les sillons interpapillaires avec les plis musculaires déterminés par les contractions fortuites des fibres musculaires sous-jacentes, dont la forme peut varier considérablement. A la longue, avec l'usure de la vie, ces plis s’impriment sur la peau, ils laissent des traces durables, des empreintes visibles pour tous. Elle les distinguera des plis articulaires, des plis de locomotion, marquant les différentes articulations des nombreuses pièces du squelette de la main. Elle reconnaîtra une vieille main à l'apparition des plis séniles, rides fatales de la vieillesse dues à la disparition de la graisse des téguments et à la rétraction de la peau, qui ne sont pas, à proprement parler, des plis, mais des ébauches de plis.
Elle reconnaîtra de même au tact que les régions les plus sensibles et les plus mobiles de la main sont situées du côté externe, la paume étant à peu près immobile. Elle étudiera aussi la distribution physiologique normale, appréciant empiriquement la finesse
LA PSYCIIO-PHYSIOLOGIE DE LA MAIN
de la répartition topographique qualitative de la main.
Elle ne négligera pas les bourses séreuses souscutanées produites par le frottement de la peau. Ces cavités, creusées dans le tissu cellulaire sous-cutané et destinées à favoriser le glissement de la peau, peuvent fournir certaines indications sur l’âge du sujet à examiner. En effet, elles sont plus volumineuses chez le vieillard que chez l’adulte, et réduites à leur minimum chez l’enfant. Certaines de ces bourses séreuses sont acquises, d’autres congénitales, on peut donc les trouver dans la vie fœtale. Il en est de professionnelles, qui indiquent à un observateur perspicace, à la grande surprise du sujet examiné, la nature du métier qu’exerce ce dernier. Par exemple, les ouvriers en papiers peints présentent une bourse qui se développe à la partie postérieure du cubitus gauche, et sous la face dorsale des 4e et 5e métacarpiens gauches, alors que, normalement, ces bourses ne se développent pas dans ces régions. Nous ne parlerons que pour mémoire des callus et des durillons des manœuvres; voilà des indices nombreux et précis qu’un œil habitué à interroger la main découvre aisément, et à l'aide desquels il est possible d’esquisser avec une certaine rigueur un caractère psychologique, et même, de localiser, approximativement, la vie sociale du sujet examiné.
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La surface cutanée des doigts est parcourue par des arabesques compliquées en apparence, mais qui semblentpourtantsuivrecertaineslois, certains dessinsprécisés avec un grand luxe de détails parles auteurs. La médecine légale, à la suite des recherches de Galton, en a fait une preuve d’identité pure de l’individu. Pour mieux faire comprendre le sens de ces lignes et de ces reliefs, qui évoluent d’une manière si variée, il faut tout d’abord parler de la technique employée pour leur examen ; nous exposerons ensuite les principales recherches des auteurs et nous résumerons en quelques mots les données les plus précises qui paraissent ressortir de tous ces travaux.
La technique des empreintes digitales a été l’objet de nombreuses recherches. Le Dr R. Forgeot a publié, sous l’inspiration du professeur Lagassagne, une thèse de doctorat en médecine qui résume parfaitement
l’état du problème (1). On trouvera tous les renseignements nécessaires dans les travaux de MM. Lacassagne, Galton, Féré, Aubert, Coutagne, Florence.
L’origine des empreintes est vieille ; on en eut l'idée dans tous les temps. On trouve chez les peuples primitifs et chez les sauvages des traces indéniables, mais la méthode vraiment scientifique est toute récente, et nous la devons presque exclusivement à Galton (1888), qui connaissait parfaitement l’emploi qu’en fit J.-W. Herschell, haut fonctionnaire des Indes. La Faculté de Lyon contribua largement à la connaissance plus précise, plus utilisable surtout de la technique des empreintes, et elle fut vulgarisée et répandue dans le public sous l’influence du Dr Bertillon, qui en fit un des critériums de l’identité judiciaire du système bien connu, qui rend tous les jours de grands services à la justice.
On doit à Purkinje, l’anatomiste très connu de Breslau, les premières notions précises des crêtes papillaires de la main ; il nous a laissé une description détaillée des dessins si compliqués de ces crêtes, après les remarques des anatomistes du xvii® siècle, comme Malpigiii, Ruyscii, Albinus, mais sans s'occuper de leur utilité médico-légale. Il avait remarqué un certain rapport avec le tact. Le travail de 1823, de Purkinje, est un travail scientifique (2) ; nous lui
(1) Dr R. Forgeot. Les empreintes latentes relevées par des procédés spéciaux au point de vue d'anthropologie criminelle. Thèse de médecine de Lyon, 1891. 1 vol. 98 p. et 4 pl. — Voir aussi les Archives d'anthropologie criminelle, n° 34, 15 juillet 1891, et Soc. des Sciences méd. Lyon, 29 juillet 1891.
(2) Purkinje, Commenlalio de examine physiologico organi visûs et sgslemalis culanei, Breslau, 1823.
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devons surtout l’idée de système qu’il a attaché à chaque disposition des dessins des cinq phalangettes. Plus tard Alix(1), sous l’influence de Gratiolet, vers 1868, nous donne une étude comparative de la main de l’homme avec la main des primates, et on retrouve dans son travail, comme dans celui de Ch. Bell, toute l'atmosphère scientifique empreinte du darwinisme de l’époque. 11 faut arriver à IIerschell, qui utilisa pendant quarante années l’empreinte du pouce comme sceau d’identification aux Indes, et à Galton (2), comme nous l’avons dit, pour retrouver un travail méthodique et fondamental.
Décrivons la technique avant d'exposer les données physiologiques et médico-légales de /’ empreinte . Parmi les procédés divers, signalons ceux qui utilisent le protonitrate de mercure, l’hyposulfite de soude, l’iode, l'azotate d’argent, l’éosine, l’acide osmique, le procédé à l’encre, et celui de Poitevin. Selon le Dr Forgeot, il faut reconnaître que le Dr Aubert est « le premier qui ait appelé l’attention sur les empreintes obtenues sur le papier avec l’aide des sels chimiques » : il analysait le plus souvent la sueur avec des papiers imbibés au préalable de certains sels. Le procédé avec du protonitrate de mercure est intéressant, selon M. Aubert, « pour déceler et déterminer la quantité plus ou moins grande des sels
(1) Alix, dans les Annales des Sciences naturelles, 1868, t. VIII, p. 295 et t. IX, p. 5.
(2) Galton, dans la Nature, 1888, t. XXXVIII, p. 201 et dans Philosophical Transactions, 1891, t. CLXXXII, p. 15. II. de Varigny a donné un résumé des idées de Galton, dans la Revue scientifique, 1891, t. XLV1I, pp. 557-562.
alcalins de la sueur » ; le procédé Poitevin utilise un mélange de liquide photographique et de chlorure de palladium. U hyposulfile de soude de Florence constitue un procédé plus pratique, plus utilisable que les deux premiers. Voici d’après Frécon (1), cité par le D1' Forgeot, la technique de ce procédé : « Lorsqu'on a appuyé fortement la pulpe des doigts ou même toute la surface palmaire de la main sur un papier blanc, même en regardant cette feuille par transparence, souvent l’on ne voit aucune trace de l'application de cette main, ou bien cette trace reste confuse. Mais si l’on vient à tremper le papier dans une solution aqueuse d’hyposulfite de soude à 10 p. 100, additionnée de quelques gouttes d’alcool, on découvre aussitôt l’empreinte de la main, dessinant jusqu'aux fines striations de l’épiderme et se montrant sous forme d’une tache d’huile. » Selon Forgeot, ce procédé ne donnerait pas des détails et tout au plus une image « en gros du doigt sous forme de tache d’huile ». Le procédé avec de 1 iode consiste, soit en badigeonnages avec de la teinture, soit surtout sous l'action des vapeurs d’iode. On soumet le papier qui a subi un contact de la main « à un dégagement de vapeurs d'iode (Aubert, Goulier) ». L’empreinte obtenue est fugitive; elle disparaît rapidement et l'on doit opérer après le contact « sous peine d'avoir des résultats négatifs ». Selon Frécon, on pourrait rendre stable cctle méthode par l’emploi de l’acéto-nitrate d’argent cl de l'acide galliquc. On pourrait adresser presque les mêmes
(1) Frécon. (Thèse de mèd. de Lyon. Travail du labor. de méd. légale de Lyon., 1 vol. 112 p. ; 14 ligures. — Storck, 1889).
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critiques au procédé avec Y azotate clargent ; l’image obtenue est peu stable.
D’après les recherches de M. Forgeot, la dose d’azotate d’argent nécessaire pour avoir les lignes papillaires nettes serait de 4 à 6 grammes p. 100 au lieu de 0,50 à 1 gramme p. 100, comme le conseillait le Dr Aubert. La dose à 8 p. 100 parait préférable, car à une dose plus élevée la teinte renforcée devient noirâtre. L'éosine est utilisée au titre de 2 p. 100; c’est un procédé de laboratoire. Les lignes digitales apparaissent pourtant extrêmement nettes et j’ai pu, plus d'une fois, me rendre compte de la précision du dessin. L acide osmique est « le réactif par excellence des sudorates et le révélateur parfait d’un papier ayant subi le contact d’une main. » Il y a pourtant peu de netteté dans les images.
Le procédé à l’encre du D1' Forgeot paraît des plus pratiques ; il est simple, les images sont précises et les empreintes sont facilement conservées. Voici, en résumé, ce procédé : on prend une feuille de papier, on la touche, puis on passe dessus une teinte plate d’encre ordinaire. L’empreinte apparaît plus ou moins nette.
De toutes ses recherches, M. Forgeot a constaté :
« 1° Les bases (j'ai expérimenté avec la potasse) décolorent le fond qui vire uniformément au jaune marron ; l’ensemble de l’empreinte ressort peut-être plus nettement, mais les détails sont flous : d’où la conclusion que les bases doivent être rejetées ;
« 2° Les acides (j’ai pris une dilution d’acide sulfurique) dissolvent l’encre en partie, le papier change sa teinte noire en lilas clair; les lignes apparaissent
plus facilement à l’examen direct et gagnent de ce côté ce qu’elles perdent si on les regarde par transparence;
« 3° Sel d’oseille. — Ce réactif est celui qui donne les meilleurs résultats. Plongez une empreinte très noire, trop foncée, à détails peu nets dans une solution de sel d’oseille commun ; tout le fond s’éclaircit, tire au violet clair, en même temps que les doigts ou la main ressortent de plus en plus et que les détails s’accusent.
« La décoloration au sel d’oseille vulgaire est une bonne méthode pour toutes les empreintes trop foncées ou faites avec une encre trop noire. Dans ces cas. elle doit être employée et le sera utilement » (1).
Pour faire apparaître l’empreinte de doigts ou de mains en passant une teinte plate d’encre sur un papier touché au préalable, la qualité du papier est à considérer : des papiers donnent de bons résultats, d’autres sont négatifs et il y a les intermédiaires; la réussite de l’empreinte dépend souvent de l'épaisseur du papier. Les empreintes obtenues dans de bonnes conditions sont visibles directement, mais les détails ne se voient que par transparence ; il faut donc que le papier ne soit pas trop épais ; les papiers spongieux doivent être éliminés, les résultats étant à peu près négatifs.
Les papiers ordinaires destinés à l’écriture sont les plus favorables ; ils donnent une empreinte maximum pour les papiers minces tels que : papier blanc écolier, papier à lettre de mauvaise qualité ; le papier à lettre dit anglais et les cartes de visite fournissent des empreintes bien accusées, mais visibles que directe-
(1) Forgeot, op. cil., pp. 37 et 38.
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