R PC. AC — — WSV. SW
M. le professeur Testut a dressé, de sou côte, une nomenclature simplifiée (1) :
L’angle cubital ou interne = i— correspond au C de Féré et W. de Galton.
L'angle radial ou externe = e — correspond à R de Féré et V de Galton.
« Le système intermédiaire est limité en bas par la plus étroite des lignes courbes désignées par C ; en haut par la plus inférieure des lignes transversales, nommée ligne T. »
Les relations des lignes C et T avec les points e et / sont très variables ; c’est sur la variabilité de ces rapports que Galton a basé sa nomenclature.
Pour M. Testut, il existe neuf combinaisons des angles e et i avec les lignes C et T qui forment, avec le primaire, dix types différents :
1° Type primaire; — 2" C ei Te/; — 3° Ce T/; — 4° Ci Té ; — 5° (4/ T/; — 6° Ce/ T/; — 7° C/e Te/; — 8° Ce Té; — 9° Ce Te/; — 10° Ce/ Te.
Cette nomenclature schématique esL intéressante à retenir, car elle peut faire comprendre les grandes lignes des principales combinaisons des lignes des empreintes digitales.
Des recherches personnelles de Forgeot, il fautrete-
(1) Testut, Traité <T Anatomie, 5" édit., 4 vol. in-4°, Doin, éditeur.
nir lout d’abord les observations sur les variétés de dessins papillaires spéciales aux dégénérés el aux criminels .
Si les criminels présenlent des types spéciaux de lignes papillaires, on les regarde, pense l'auteur, comme des « prédisposés » et « la variété spéciale des dessins de phalangettes serait comine le sceau fatal dont ils seraient marqués », et la responsabilité devrait donc être atténuée par ce fatalisme.
Alix a trouvé aux phalangettes des grands singes un assemblage spécial qu'on peut ainsi décrire : « De la base de la phalangette partent des mômes points deux sortes de lignes, les unes parallèles au pli articulaire, d’autres elliptiques à point summum placé près de l’extrémité du doigt. Ce système de lignes circonscrit un espace triangulaire qui, chez le singe, est occupé par des lignes droites antero-postérieures parallèles à l’axe du doigt et disposées en éventail. »
Cette variété n’est pas signalée par Galton, mais M. Férr dit l’avoir trouvée cinq fois dans son service d’épileptiques.
Ces dessins, communs chez les anthropoïdes, selon Alix, et rares chez l’homme, « seraient le trait d’union de l’un à l’autre ». Certains auteurs inclineraient à croire que ce fait serait très accusé dans les types les plus voisins de celui des anthropoïdes, étant l’apanage des dégénérés. Mais le mot dégénéré demande, encore, des explications, et la doctrine si intéressante de M. Magnan demande à être un peu modernisée, malgré sa grande et intrinsèque valeur scientifique.
A ces variétés simples, « on doit leur donner le nom
LES EMPREINTES DIGITALES
de primaires. F. Galton a employé celle dénomination pour désigner sa variété (a), mais que, d’après l’auteur, il faut étendre avec M. Féré, aux cinq variétés du type RAG R PC. »
A la colonie pénitentiaire de Pologne (Haute-Marne) qui ne contient que de tout jeunes gens, Parisiens et Vosgiens surtout, condamnés pour divers délits, « la dégénérescence frappe tant par l’ensemble général, le faciès », que par « la très petite taille de ces détenus, dont quelques-uns présentent un système osseux très développé », et presque toutes les mains sont labourées de cicatrices de toutes formes et de toutes grandeurs.
Analysant un tableau minutieux de ses recherches, M. F orgeot fait remarquer que « le n° 2 de Féré n’a pas été rencontré tel qu’il l'indique » ; un dessin se rapprochant a été trouvé et compté comme n° 2*.
La variété n° 16 comprend le 16 vrai indiqué sur le schéma de Féré et aussi deux variétés très communes qui servent de transition entre le 16 et le 17. Le 17 est le même que celui de Féré; quant au 18, cette variété n’est rangée que dans les dessins présentant nettement la boucle.
Il ressort de cette statistique que sur 1800 doigts il a été trouvé :
73 fois le n° 1 de Féré ou (a) de Galton.
21 — la variété n° 2*.
115 — le n° 3 de Féré ou b1 de Galton.
132 — le n° 4 — ou b'1 —
75 — le n° 5.
Ce qui fait un total de 416 cas de formes primaires, soit 23,1 1 p. 100.
Sur 182 épileptiques, nous avons vu que M. Féré trouve :
83 fois le n° l .
6 — son n° 2.
65 — le n° 3.
135 — le n° 4.
6 — le n° 5.
C’est une fréquence de 16,18 p. 100.
« Le chiffre de M. Féré, écrit M. Forgeot, donne une proportion plus grande des types primaires chez les épileptiques que chez les personnes saines; ma statistique sur les détenus de la colonie pénitentiaire accuse une proportion encore bien plus élevée. D'où la conclusion que les « dégénérés présentent une fréquence plus grande des formes dites primaires de leurs dessins papillaires (1). »
De même que la microcéphalie n’est pas, pense avec raison le docteur Forgeot, exclusivement un signe d’intelligence amoindrie, atrophiée, de même pour les lignes papillaires ; certains dessins très fréquents chez les dégénérés ne leur sont pas absolument exclusifs; ce point de vue se rattache à l'hérédité des dessins.
Le pénitencier, qu’on me permette de le dire, ne renferme pas seulement les prédisposés au crime, mais bon nombre d'individus poussés au crime par la vie sociale, par des conditions psycho-sociales qui restent encore à être précisées.
A ce sujet, le docteur Forgeot pense qu'au point de vue criminel, l’anthropométrie de M. Bertillon n’est
(1) D'' Forgeot, ouv. cité., p. 64.
LES EMPREINTES DIGITALES
pas suffisante; on devrait la perfectionner en y ajoutant les empreintes des doigts, tout comme à l’institut anthropométrique de Galton, où l’empreinte du pouce figure à côté d’autres caractères d’identité.
Retenons donc du travail de Forgeot ses quelques remarques sur les détails des lignes papillaires et sur sa manière d’étudier l’empreinte.
Les plus longues interruptions des lignes papillaires dépassent rarement trois centimètres, on les trouve dans la main au niveau de la naissance de l'éminence thénar : ces lignes sont courtes avec de fréquentes interruptions.
Parfois les crêtes naissent « par prolongation bout à bout avec la précédente » (pl. nos 1 et 2), le plus souvent « elles paraissent entre deux lignes voisines ». Dans ce cas, ou ces lignes forment un angle entre elles et la nouvelle a sa place toute faite (n° 3), ou, au contraire, elles se coudent pour lui laisser de l'espace (fîg. 4). Le coude peut être plus ou moins brusque (fig. 5). Quelquefois « plusieurs crêtes papillaires naissent parallèles entre elles le long d’une autre ligne ».
« Le coude d’une crête papillaire peut en circonscrire une autre suivant une des figures 7 ou 8. » Les ramifications les plus simples sont les plus communes, elles ont lieu « par dédoublement en fourche» (fig. 9), d’autres fois « c’est une sorte de pont jeté entre deux crêtes » (fig. 10) ou un bouquet ayant une ligne droite comme source commune (fig. 11), oblique (fig. 12) ou courbe (fig. 13), enfin le dédoublement triangulaire (fig. 14).
Ces combinaisons se trouvent surtout au centre de
convergence des lignes papillaires et forment « les clés de voûte de leurs figures ».
Les lignes papillaires peuvent se dédoubler momentanément « en anneaux simples » (fig. 15), « déjetés de côté » (fig. 16) ou « en pointe » (fig. 17^; dans ce dernier cas, on trouve « plusieurs de ces dédoublements l’un sur l'autre » (fig. 18).
« Une dernière sorte de combinaison est formée par les points et pointillés. Ils dérivent de l’interruption des lignes (fig. 19) mais ils peuvent se rencontrer intercalés entre deux crêtes (fig. 20), ou servir de séparation entre deux lignes (fig. 21) »; ils se trouvent comme « remplissage » chaque fois que les crêtes laissent entre elles un espace inoccupé (fig. 22 et 23 .
Rarement les points sont isolés, le plus souvent il y en a plusieurs disséminés dans la même région.
Pour ce qui concerne la manière d'étudier l'empreinte, voici un procédé plus pratique du docteur Fougeot.
On a une empreinte sous les yeux pour l’analyser et la comparer avec celle d’un prévenu :
« Tracer sur l’empreinte des raies très fines au crayon, parallèles et espacées régulièrement d'un demi-centimètre au plus. Une fois l’empreinte couverte de ces barres régulières placées à la même distance l’une de l’autre, mener perpendiculairement à ces lignes d’autres lignes espacées pareillement d'un demi-centimètre. L’empreinte sera ainsi couverte d’un réseau de lignes formant par leur croisement de petits carrés d’un demi-centimètre de côté. »
On trace un réseau semblable sur une feuille de papier blanc, mais les mailles auront de trois à quatre
LES EMPREINTES DIGITALES
centimètres de coté. « 11 ne restera qu’à dessiner les crêtes de l’empreinte et les détails qu elles présentent en copiant chaque petit carré de l’image dans le grand carré de papier. »
Le dessinateur est obligé de suivre ligne par ligne et forcé de remarquer le plus petit détail. « La planche ainsi obtenue est la pièce à conviction la plus explicite pour un jury. »
Le dessin par agrandissement est utile pour la démonstration et comme pièce à conviction, mais aussi pour la « confrontation » avec l’empreinte d’un prévenu.
Si la justice a sous la main l'auteur présumé d’un crime et qu'on ait pu recueillir « une empreinte latente d'une main » la phalangette d’un doigt est suffisante pour établir une identité certaine), on dessinera en l’agrandissant l’empreinte ou le fragment que l’on comparera avec la main du prévenu ; s'il y a concordance dans les signes, ce sera une preuve absolue et flagrante de culpabilité ; dans le cas contraire, « le prévenu ne serait pas celui dont on posséderait une trace ».
Pour obtenir une empreinte, il suffit « de faire toucher un papier à pâte régulière en plaçant dessus la main pendant une minute, sans appuyer, passer de suite une couche de solution de nitrate d’argent à 8 p. 100 ».
Voici, d’après M. Bertillon, sa technique et le procédé employé à son laboratoire du Palais de Justice.
« On désigne sous ce nom la reproduction des dessins, de formes très variées, que présente l’extrémité antérieure des doigts. Ces dessins sont, quant à leur
forme, entièrement fixes chez le même individu et extrêmement variables d’un individu à un autre. Ils constituent donc une excellente caractéristique de l’identité individuelle. De plus, ils ne sont pas susceptibles d’être dissimulés ni volontairement modifiés par le sujet.
« On relèvera successivement l’empreinte des quatre premiers doigts de la main droite, savoir : le Pouce, l’Index, le Médius et l’Annulaire droits. L'emplacement réservé à cette impression se trouve à la partie inférieure droite de la nouvelle fiche anthropométrique. Il mesure 95 millimètres sur 45 et porte l’indication des doig'ts qui doivent y être imprimés.
« Ces impressions sont relevées au moyen d'encre d’imprimerie spécialement préparée à cet usage. Le mode opératoire est le suivant :
« Déposer sur la plaque à encrer (en bois) une quantité d’encre approximativement égale à une lentille et l’étendre à l’aide du rouleau spécial. Quand le rouleau est suffisamment imprégné d'encre, on le promène en tous sens sur la plaque (de zinc) à imprimer, jusqu’à ce qu’on ait obtenu une couche parfaitement uniforme quoique très peu chargée d'encre. L’opérateur, après avoir invité le sujet à s'essuyer les doigts sur un linge sec dans le but d’enlever toute trace d’humidité ou de sueur, saisit le doigt du sujet de la manière suivante : le pouce et l'index gauches enserrent l’extrémité du doigt du sujet en même temps que le pouce et l’index droits sont appliqués à la deuxième jointure. Le doigt ainsi immobilisé est appuyé par sa face antérieure sur la couche d'encre, en commençant le contact sur le côté externe et en fai-
Empreintes.
Planche XVIII
LES EMPREINTES DIGITALES
sont rouler légèrement le doigt de façon à bien encrer la totalité de la face antérieure. L’opérateur transporte ensuite le doigt sur l’emplacement qui lui est réservé sur la ticlie anthropométrique et l’y appuie très légèrement en exécutant le même roulement que pour l’encrage. On ne doit jamais revenir en arrière ni laisser le doigt glisser ou frotter sur le carton, sous peine de n’obtenir qu'une impression brouillée et confuse.
« A la lin de chaque séance, il faut nettoyer entièrement les deux plaques ainsi que le rouleau au moyen d'un chiffon imbibé d’essence de térébenthine ou de pétrole ordinaire, qui servira également à nettoyer la plaque à impression quand l’encre, au milieu d’une séance, paraîtra s’ètre quelque peu desséchée.
« Dans le cas d’amputation ou d’ankylose non rectiligne d'un ou plusieurs doigts, on inscrit la mention « amputé » ou « ankylosé » à la place qu’aurait dû occuper l’empreinte. »
Tous les systèmes dactylaires ont ainsi été modifiés, surtout en vue de la commodité pratique; d’abord en Angleterre M. E.-K. Henry, chef du servicedo Londres (1901), en Indo-Chine parM. Potteciier, en Allemagne et Autriche par Windt et Ivodicek, à la Plata par Vuceticii (1903) et, au lieu de différencier, classer les dactylogravures du pouce en quarantc-et-un types, comme le faisait Galton, déjà réduit à dix par Testut, M. Potteciier a réduit les empreintes à huit, J. V ucetich à quatre et E. K. Henry, \\ ixdt et Konicek à deux, quoique trop sommairement.
Voici le système de .Juan Vucetich, d après le rapport de M. Dastre, système qui eut les faveurs de la
commission académique, quoique très analogue au système de M. A. Bertillon. « Il distingue, écrit M. Dastre, dans les lignes directrices, quatre catégories de formes : l’arc, la boucle interne, (tournée du côté interne ou cubital de la main), la boucle externe (tournée du côté externe), le verticille ou spirale, désignée respectivement par les lettres A, I, E, Y, lorsqu'il s’agit du pouce et par les chiffres 1, 2, 3,4, lorsqu'il s’agit des autres doigts. La formule A, 2431 exprimerait par exemple qu’il y a un arc au pouce, une boucle interne à l’index, un verticille au médius, une boucle externe à l’annulaire, un arc enfin à l'auriculaire.
« Avec les deux mains, cette notation comporte un nombre considérable de combinaisons réalisables (1.048.576). Ainsi, sans entrer dans l’étude détaillée de chaque empreinte et en s’en tenant simplement à la forme générale en arc, en boucle et en spirale pour chaque doigt, forme très facile à reconnaître, on peut créer un répertoire de plus d’un million (410) de fiches différentes. » La diversité augmentera si l'on désire analyser individuellement les empreintes; mais ici le procédé de Vucetich emprunte les caractères classiques de tous les autres procédés : des dessins tracés au milieu des lignes papillaires, l’examen du point central, des points caractéristiques, de la naissance des lignes et de leurs bifurcations, du dédoublement de l’anneau, etc. (1).
Par une lettre du 6 novembre 1906, M. le Ministre de Injustice invitait l’Académie des Sciences à « lui
(1) Dastre, Des empreintes digitales comme procédé d’identification, art. cité, pp. 35 et 36.
Fig. 1. — Empreintes.
jklZÆu/aÙe Jawfe ( «V II» Jeuïttr j[' 3 )
|,A U (WCi Y?)
Fig. 3. — Empreintes.
Planche XIX
LES EMPREINTES DIGITALES
faire connaître son sentiment sur le crédit qu’il faut accorder aux méthodes anthropométriques relatives aux empreintes des doigts pour fixer l'identité d'un individu, et sur les moyens de contrôle à établir pour prévenir, dans leurs applications, les déductions inexactes (1) ». L’Académie a constitué, dans la séance du 12 novembre, une commission composée de MM. d’ARSONVAL, Chauveau, Darboux, Dastre et Troost et, après deux réunions, le 3 décembre 190G et le 18 janvier 1907, M. Dastre a déposé un rapport détaillé dans la séance du lPr juillet 1907. A cette demande ofticielle, un peu anodine, car l’Académie, malgré sa haute portée scientifique, ne peut pas juger une question sur laquelle elle n’est guère compétente d’une manière toute particulière, M. Dastre a su répondre avec érudition cl bon sens, en faisant remarquer avec justesse que M. le Ministre de la Justice aurait pu frapper avec plus de profit qu’en s’adressant à l’Académie des Sciences, s’il voulait une étude comparée sur la commodité, la sûreté, les avantages et les inconvénients des méthodes d’identification en usage. Et ces portes, toutes indiquées par M. Dastre, avec son bon sens habiluel, auraient conduit aux titulaires des chaires de médecine légale dans les Facultés de Médecine et dans quelques Universités étrangères.
Voici les rétlexions de M. Dastre (2) :
« La considération des empreintes digitales conduit
(1) Dastre, Des Empreintes digitales comme procédé d’ identification. Rapport présenté au nom d’une commission nommée par l’Académie C. Ii. Acad. Sciences, t. CXI.V, n° 1, 1er juillet 1907, pp. 28-47.
(2) Dastre, art. cité, p. 45.
à des méthodes de classification qui n’ont point ces inconvénients. Le nombre de ces dessins (dix pour les deux mains) les variétés de leurs formes, la multiplicité des particularités qu’ils présentent, permettent des divisions et des subdivisions nombreuses. Toutefois la première méthode de classification, celle de Galton, était d’un maniement délicat et compliqué. Elle comportait quarantc-et-un types créés plutôt dans le but d’analyser les empreintes que de classer des fiches d’identification.
« Le nombre de ces formes de départ a été successivement réduit à dix, puis à six, puis à quatre. M. E.-K. IIenp.y, chef de la Commission de police métropolitaine à Londres, a proposé un système de notation et d’enregistrement qui permet de distribuer les fiches de chaque sujet. Ce système fonctionne à Londres et dans le Royaume-Uni. Il vient d'être introduit à Vienne. Toutefois, il est beaucoup plus compliqué et moins aisé à pratiquer que celui qui est en usage à Saïgon. Dans lTndo-Chine, il ne fut pas possible d’appliquer la méthode de M. Bertillon : les Chinois protestaient contre la mensuration anthropométrique; ils acceptèrent la dactyloscopie. M. Pottecher, en 1897, créa une méthode d’utilisation des empreintes digitales, fondée sur la considération de huit formes typiques; nous n’avons pas à l’exposer ici: il est seulement permis de dire qu’au point de vue de la simplicité, elle consiiluail un progrès sensible sur celle de Henry.
« Mais le progrès définitif semble avoir été réalisé parM. Vucetich, chef du Service d’identification de la République Argentine. Cet observateur considérait
WÊÊÊwiÊÊ& Il
Empreinte digitale.
Planche XX
LES EMPREINTES DIGITALES
seulement quatre formes 1res faciles à distinguer, et dans chacun des dessins digitaux six espèces de particularités ou points caractéristiques. La division primaire en série est formée par les dessins de la main droite; les divisions secondaires ou sections par ceux de la main gauche. La première subdivision dans la série est déterminée par le pouce (les suivantes par les autres doigts, dans leur ordre de succession, de l'index à l’auriculaire).
« Les groupes secondaires se forment aussi facilement et, en fin de compte, le système présente une simplicité, une commodité, une facilité d’emploi qui le recommandent dès à présent à l’adoption de Ions les pays qui ont accueilli le principe dactyloscopique. Une notation, un numérotage extrêmement ingénieux permettent ici de faire servir les empreintes digitales à l'identification judiciaire.
<« En résumé, le système dactyloscopique comporte une systématisation suffisamment claire pour être parfaitement pratique. »
Et voici les conclusions de cette commission académique :
1. — « Les empreintes digitales considérées chez, un même individu sont immuables depuis le plus bas âge jusqu’à la vieillesse la plus avancée.
« Elles diffèrent d’un doigt à l’autre, d’un individu à l'autre. La concordance des empreintes digitales des dix doigts, examinées dans leur forme générale et dans les six espèces de particularités que l’on y distingue, constituerait une presque certitude d’identité. La chance d’erreur serait au-dessous de 1 sur 61 milliards.
« La concordance des empreintes de plusieurs doigts ou même d’un seul constitue encore une présomption d’identité extrêmement forte. La valeur signalétique de l’empreinte digitale est au moins égale à celle de tout autre ensemble de caractères physiques.
IL — « La considération des empreintes digitales (dactyloscopie) suffit à l’établissement d’un catalogue méthodique d’identification. Les trois opérations qui concourent à la fixation d’identité et qui consistent à établir la fiche, à la classer et à la retrouver sont particulièrement facilitées dans le procédé dactyloscopiquc deVucETicu.
« Le système dactyloscopique a, sur tout autre, l’avantage d’être applicable aux individus de tout âge, aux enfants, aux jeunes gens, aux adultes, et, par conséquent, aux délinquants juvéniles, à la population des colonies pénitentiaires comme aux récidivistes adulLes. 11 est le moins coûteux, son fonctionnement n’exige point un personnel nombreux et long à dresser.
« Il tend chaque jour davantage à se substituer à la mensuration anthropométrique.
« 11 peut être recommandé pour rétablissement d’une fiche internationale, dont feraient usage les polices de tous les états civilisés pour la recherche commune des criminels. »
En résumé, les empreintes digitales sont comme les stigmates presque immuables de l’individualité humaine : c’est une signature toute faite, indéniable. On connaît bien des cas dans les annales judiciaires où les criminels furent trouvés grâce à ces traces
LES EMPREINTES DIGITALES
laissées soit sur le parquet, soit sur le verre, sur des poteaux de bois, soit sur le mastic de vitrier. M. A. Bertillon, l’éminent directeur du service anthropométrique du Palais de Justice compte à son actif bien des exploits célèbres. 11 avait fourni à la justice plus d'une fois le nom, le portrait et le signalement anthropométrique des criminels. M. Bertillon a bien voulu me confier quelques documents de son service et me donner quelques conseils pour lesquels je m’empresse à le remercier. M. Niceforo, dans un livre extrêmement intéressant qui vient de paraître(l), cite plusieurs des cas connus, des célèbres découvertes criminelles familières d’ailleurs à tous ceux qui se sont intéressés de près à cette queslion.
La pratique des empreintes digitales paraît remonter à des époques bien lointaines. D’après certains auteurs, elles ont servi comme sceau chez certains peuples de l’Extrême-Orient. M. Dastre cite le cas « de la pratique de l’apposition du pouce sur un contrat ou une charte écrite, sur un sceau de cire ou de laque molle, qui a été signalée à Siam et au Cambodge par M. J. Harmand, autrefois consul à Bangkok et ambassadeur honoraire ». Aux Indes, sir J.-W. IIersciiell avait utilisé pendant plus de 40 ans l’empreinte du pouce comme signature dans les contrats officiels. Galton doit d’ailleurs bien de ses remarques ingénieuses aux constatations pratiques de sir J.-W. 11erschell.
Les lignes papillaires sont, en outre, nous l’avons vu,
(1) A. Niceforo, La police cl l'enquéle judiciaire scicnli/ique, 1907, p. 126.
liées inlimemenl à la structure de la peau. Elles apparaissent dès les premiers mois de la vie intra-utérine et la mort même n’efface pas leur dessin. Dès la constitution du derme, les crêtes papillaires apparaissent pour ne disparaître qu’avec la désorganisation complète de la peau. Les saillies papillaires sont donc définitives; anatomiquement, elles sont séparées par des sillons où suintent délicatement, imperceptiblement des gouttelettes de sueur ; les orifices des glandes sudoriparcs débouchent presque toujours vers le sommet des crêtes papillaires.
L’entrelacement des crêtes papillaires n'est donc pas confus; la topographie est intelligible, tant au point de vue anatomique qu’au point de vue physiologique. Les cicatrices, les traumatismes, les brûlures détériorent le dessin et quoi qu’en disent les auteurs, — c’est d’ailleurs aussi l’avis du rapporteur de l’Académie des Sciences — il résulte des perturbations intenses dans la topographie papillaire. Tout un dessin peut être modifié, sa physionomie changée de manière à ne plus le reconnaître. M. A. Bertillon me disait que les Romanichels pour dépister la justice s’écrasent avec des épingles les bouts des doigts, et que la constatation de l’identité dans ces conditions devient encore plus difficile. On cite pourtant des cas affirmatifs. A. Yvert aurait retrouvé dans le cas d'un récidiviste, l'empreinte daclyloscopique telle quelle, même après que le sujet eût trempé ses mains dans l’eau bouillante. Le docteur Locard affirme de son côté que s’étant brûlé avec un fer rouge, la pellicule qui recouvre la phlyclène conservait le dessin primitif; le derme, après guérison, aurait reproduit l’em-
Empreinte digitale.
Planche XXI
LES EMPREINTES DIGITALES
preinte (1). Dans quelques observations personnelles, sur 20 cas, je n’ai pu en constater un seul où les traumatismes, les brûlures auraient laissé intactes les arabesques digitales. Certainement, les parties par retraits et le derme sous-jacent gardent la physionomie antérieure intacte, mais les filigranes, les dessins perdent de leur physionomie personnelle et l’on ne retrouve qu’avec de grandes difficultés, et encore, le dessin primitif. Normalement, malgré la grande habitude de ceux qui s'occupent du classement des empreintes, il n’est pas toujours commode de suivre les dessins de la topographie papillaire. Un sillon détruit, une bifurcation disparue, une boucle seulement effacée, et le type de l’empreinte n’est pas aisément retrouvable. Moi-même, m’étant coupé légèrement au médius gauche, je n’ai pu reconnaître qu’avec de grandes difficultés mon empreinte dans une série d’autres; et pourtant la destruction traumatique était extrêmement légère et la cicatrice occupait à peine une surface de 3 millimètres et demi.
Le procédé dactylographique est en usage dans tous les pays civilisés, et il sert exclusivement, et seul, pour l’identification judiciaire : en Egypte, où, en plus, les domestiques femmes et les prostituées ont sur leur carte d’identité l’empreinte digitale; aux Indes anglaises, en Angleterre, en République Argentine, dans une partie de l’Italie, au Brésil, Uruguay, Chili, etc.
M. Galion inclinait à croire à l’hérédité de ces dessins. Sans oser avoir une opinion à ce sujet, j’ai pu
(1) Dastre, art. cité, p. 39.
262 chapitre viii '
constater le fait suivant : de mes recherches sur la main, je possède une collection de près de 1.000 mains photographiées, dessinées, et j’ai une collection d’autant d’empreintes. Le fait suivant m’a semblé pourtant assez constant. Comme il y a une physionomie de la main, qui tient en moyenne de famille, il y a aussi des points communs, non dans l’empreinte individuelle d’un doigt, mais dans la physionomie, dans la diversité des empreintes digitales des cinq doigts. Les arabesques se contournent, diffèrent selon les mêmes lignes dans une famille. Il y aurait, en somme, des points communs.
Le jugement de Y âge d’après une empreinte est assez aisé à être formulé, mais en faisant toutes les réserves possibles. Le doigt d’un adulte a, selon Forgeot, une surface supérieure à celle du doigt d’un jeune enfant; les crêtes papillaires seront donc plus espacées chez le premier.
Prenant comme unité de mesure 5 millimètres en longueur; portant cette longueur perpendiculairement à des lignes papillaires de la phalangette d'un nouveauné et comptant le nombre de crêtes comprises dans ces 5 millimètres, on trouvera, par exemple, dit Forgeot : dix-huit. « La mesure appliquée sur le même doigt du même sujet Agé de 20 ans ne donnera plus que 10 lignes papillaires. D'où une première évaluation de l’âge. »
D’après des statistiques (1), Forgeot arrive aux chiffres suivants comme moyenne, en prenant pour unité de longueur 5 millimètres.
(1) Forgeot, ouv. cité, p. 86.
Trace laissée par la phalangette d’un doigt
Dessin agrandi par la méthode des réseaux permettant d'étudier en particulier tous les detail* et points de ropère présentés par les ligne»- papillaires
Planche XXII
LES EMPREINTES DIGITALES
« La mensuration part du point A, summum de la ligure formée par le tourbillon des phalangettes.
« On a :
Chez le jeune entant.
A 8 ans
A 12 ans
A 20 ans
15 à 18 lignes pour 5 millim.
« Au-dessus, ce chiffre peut descendre pour les grosses mains à 7 et même à 6. »
Les crêtes papillaires chez les femmes sont toujours plus serrées.
Plus on se rapproche de l’enfance, plus, selon Fongeot, les lignes papillaires sont fines et à contours nettement arrêtés ; c’est un indice macroscopique pour établir l’âge approximatif.
Une empreinte de personne âgée se reconnaît, selon Forgeot, du premier coup d’œil : « Les grosses lignes ou rides de la main sont 1res nombreuses; les crêtes papillaires de toute la main sont comme usées, aplaties, à bords flous, les détails de l’empreinte sont nuageux, ce qui forme un ensemble caractéristique du grand âge.
La durée des empreintes latentes, justiciables du procédé à l’encre, dépend de l’état de moiteur de la peau au moment du contact, mais les traces peuvent apparaître après plusieurs années. M. Forgeot cite à ce sujet une observation intéressante.
M. Chantre, envoyé en mission, en mars 1890, dans l’Arménie russe, a rapporté un certain nombre de
(1) Forgeot, ouv. cité, p. 87, et Comm. Soc. Anlhrop. Lyon,
feuilles de notes anthropométriques sur lesquelles il avait pris plus ou moins parfaitement les contours des doigts et de la main droite.
Après deux années, vingt-trois de ces feuilles, frottées et secouées pendant le voyage, furent passées à l’encre et quelques contours de mains seulement restèrent négatifs.
« Les détails des phalangettes des doigts étaient visibles pour beaucoup et le tourbillon des lignes affectait en grande partie les formes en ovales du numéro 4 de Féré. »
Aux éminences tliénar et hypothénar, la face palmaire avait une grande netteté de lignes papillaires. Deux mains ressortaient avec un fini parfait.
Sur une de ces empreintes, Forgeot trouva des traces d’une petite main d’enfant de 10 ans et d'un pied droit du même ège ; elles provenaient d’un jeune Tatar de la ville de Choucha. Le docteur Forgeot avait donc deviné juste, M. Chantre n'ayant communiqué qu’ensuite l’existence réelle de ce jeune tatar.
L’apparition de ces empreintes au bout de deux années montre le point de vue pratique par le procédé à l’encre ; on pourrait employer cette méthode en médecine légale.
LA PATHOLOGIE I)E LA MAIN
La peau, la nature des tissus subjacents et surtout la physionomie de la main peuvent aider le clinicien dans l’établissement de son diagnostic. S’il ne s’aventure pas dans le domaine de la chiromancienne, s’il ne songe pas à ses faciles prédictions, non seulement l'étude de la main peut lui révéler au premier coup d’œil les maladies de la peau, les rhumatismes chroniques, mais encore elle le fait se souvenir de toute une littérature médicale qui a classé méthodiquement les troubles et les modifications de la physionomie de la main.
L’astrologie du xvnc siècle décrivait ainsi la main d’un alcoolique invétéré : « Abondance de chair, main d'ivrogne. » Elle ajoutait que les mains grasses appartenaient à ceux qui étaient « lourds d’esprit » et « amoureux des dames ».
Ch. Féré (1) nous a montré d’ailleurs qu’il existe un rapport intime entre la forme et la disposition des crêtes papillaires des doigts d’une part avec la rnobi-
(1) Ch. Féré, Soc. Biol., 15 octobre 1895, pp. 657-660, id., 1891.
lilé des doigts, el de l'autre part avec la sensibilité des doigts. La sensibilité est liée surtout à la disposition plus ou moins courbe des lignes papillaires ; elles sont transversales quand la sensibilité est absolue. En dehors du rapport entre la complication des crêtes pulpaires des doigts, décrite et analysée par Galtox et par Ch. Féré (1), ce dernier auteur a étudié les extrémités digitales dans l’étude des fonctions de la main. L’étude des crêtes peut indiquer la position des doigts dans les actes de la préhension, voire même les plus délicats. Pour saisir leur rôle, Féré avait enduit, selon la méthode de Galtox, comme nous venons de le voir-dans le précédent chapitre, les bouts des doigts avec de l’encre d’imprimerie, et on saisissait des balles en cuir blanc. L’extrémité digitale était nette et facile à être examinée ; la direction des crêtes papillaires indiquera certainement la position des doigts. Selon Féré, plus on est adroit et intelligent, plus on saisit l’objet avec toute la main ou plutôt avec tous les doigts écartés. Habituellement, la maladresse serait traitée par le rapprochement des quatre doigts et par le fai L de placer le pouce dans le voisinage de l'index, à le coller même, en l’écartant du petit doigt. Souvent on se rend compte de cette maladresse par l'absence de contact d’un doigt ou par son application maladroite touchant la balle blanche seulement par une partie de la pulpe d'un doigt ou des doigts. Toucher avec toute la main serait signe d’adresse ; d’ailleurs, c’est le geste de la caresse, de F excitation d’une plus grande surface tactile, du contact délicat
(1) Soc. Biol., 1897, 1er janv. pp. 1114-1116.
Fi*r l — s,a»n bote cubito-palmaire Fig. 2. — Poing fermé des hémiplégiques, (Atrophie cérébrale).
l ig. 3. — Grippe lépreuse (Duchonne de Boulogne).
Fig- 4. — Paralysie saturnine.
Fig. 5. — Grippe cubitale (Duret).
Fig. G. — Antéropathie syringomyéliqro (d’après Meigc).
Fig. 7. - Dolichoslénomélie F g. 8. - Atrophie d’une main (Alarfan). bote d’hémiplégique.
Fig. 11. — Rétraction do l'aponévrose palmaire.
Planciu-: XXI II
’ig. 3. — Nodosités d’Ueberden Fig. -1. — Goutte chronique. (I*. Richer).
Fig. 2. — Rhumatisme chronique (Déviation on coup de vent).
Fig. 5. — Goutte chronique (Déviation en coup de vent).
g. 7. — Sclérodermie i Hui lin).
Fig. H. — Doigts hippocratiques.
Fig. 9. — Cyanose (Henri Roger).
Fig. 10. Fig. 11. — Ostéopathie Acromégalie. hypertrophiante pneumique.
Fig. 12. — Grippe interosseuse (sclérrtoo latérale).
Fig. 13. l’ojvnévrose pneumique.
Fig. 1 1. Main de singe (P. Richer).
Planciih XXIV
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
d’une surface de peau plus considérable, propre à l’irradiation de la sensibilité taclile, dont le mécanisme nous est encore tout aussi étrange que tout ce qui concerne la dynamique du système nerveux. Mais cela n'empêche pas la précision des faits de conscience.
En effet, cet organe possède à lui seul toute une séméiologie. N'a-t-on pas même, vers 1891, à la suite des recherches de Galton, comme nous venons de le voir, constitué le plus ingénieux critérium de l’identitéjudiciaire par les empreintes digitales?
Esquissons rapidement les principales données médicales de la séméiologie de la main.
La coloration de la peau est un élément trop simple, trop banal même pour que nous nous y arrêtions. Elle fournira à un œil exercé des indications sur les troubles hépatiques — l’ictère — les états d’anémie et de chlorose, la maladie d’Addison (teinte bronzée), — les affections des capsules surrénales, etc., etc. Selon Guitton, chez les idiots, la main serait peu sensible, et à cause de l’abus ou de la pauvreté des corpuscules de Paccini.
Les affections de l’appareil circulatoire sont intéressantes à considérer autant au point de vue psychophysiologique que clinique.
Depuis la teinte cyanosée — des stases sanguines — bleu pâle et la teinte rouge cramoisie, jusqu’à la teinte noirâtre des individus atteints d’affections der-
iniques, des intoxiqués par l’arsenic, ou des addisoniens, la coloration des téguments constitue toute une échelle dont les nuances peuvent nous renseigner, souvent très vaguement, mais aussi parfois d’une manière précise, sur la qualité comme sur la quantité du sang contenu dans les tissus.
La peau est un admirable tracé graphique. Celle qui recouvre la main, comme celle du corps tout entier, conserve les traces de toutes les vicissitudes de la vie. Un œil exercé y découvrira, de même que les modifications de toute autre nature, les vestiges des plus anciennes cicatrices. Et le dermatologue sera certainement un des premiers à s’en apercevoir.
Au point de vue de la séméiologie médicale L, on distinguera les attitudes de la main des déformations pathologiques. On rangera dans les premières la grande majorité des affections congénitales , les mains botes , par exemple, la déviation de la main sur l'avantbras, qui constituent, surtout si l’on tient compte des malformations osseuses, un problème médical des plus compliqués. La main bote paralytique, la main bote spasmodique des hémiplégiques, appartiennent aussi à ce type de déviations ; de même que les contractures hystériques, les rhumatismes chroniques. Charcot et Jouffroy ont décrit, quoique un peu schématiquement, la main dite « du prédicateur
(1) Voir article I.onde, Membre , in Manuel de diagnostic médical de Debove et Achard, t. I, pp. 137-176; pp. 160-176.
Bouvier, « Main, bote », Dict. encgcl. des Sciences médicales, t. IV, pp. 162-191.
Poeaillon, « Main, Pathologie», Diclion. encgcl. des Sciences médicales, t. IV, pp. 119-161.
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
emphatique », caractérisée surtout par une Flexion forcée du poignet. Le docteur G. Marinesco, le savant roumain bien connu, a décrit dernièrement cette déviation d’attitude dite du « Prédicateur », observée dans la syringomyélie, maladie de la moelle caractérisée par des lésions notoires, des cavités de la substance médullaire. Des affections musculaires présentent souvent aussi de pareilles modifications. Selling vient de décrire cette déformation dans le sclérose en plaques (1).
D'après Charcot, le rhumatisme chronique commencerait par l'atrophie des extenseurs, d’où il s’ensuivrait que, la contracture des fléchisseurs prédominant, l’attitude de la main évoluerait lentement vers la main bote.
Une autre altitude pathologique de la main esl la griffe due à la paralysie d’un des trois nerfs qui innervent la main ; il y a une griffe cubilale, comme il y en a une radiale (paralysie saturnine) et une médiane. Quand le médian elle cubital sont paralysés, nous avons la griffe dilc interosseuse. Dans le cas de la section du médian , on remarque surtout le creux palmaire plus accentué, la déformation du pouce, forte saillie du premier métacarpien, l’index et le pouce sont dans l’extension. Les mouvements d’opposition du pouce sont supprimés. Les actes de préhension sont gênés. Dans la section du cubital, on remarque une dépression de la région hypothénar, dépression dans la région thénar (atrophie de l’ad-
I) Selling, De lu déformation dite « main de prédicateur » dans la sclérose en plaques. (Munchencr Med. Wochenschrift, l‘J0G, n° 17.)
ducleur du pouce), creux intennétacarpien dans le dos de la main (atrophie des interosseux), extension permanente des premières phalanges, mobilité variable des autres phalanges à cause de leur innervation réglée par les autres nerfs, le médian en partiticulier. Dans le cas de la section du radial , on remarque surtout la chute du poignet et la paralysie de tous les extenseurs.
Citons encore : la gi'iffe de la polynévrite pneumonique de J.-M. Charcot et Dutil, la main de singe de P. Riciier, etc. Les paralysies toxiques contribuent à la formation de nombreux types de celte attitude. La paralysie arsénicale déforme la main tout autant que la paralysie saturnine : main lépreuse comme variation du type dit : « main de singe». On peut également citer les amyotrophies spinales familiales (amyotrophie Charcot-Marie) et la paralysie radiculaire, affections particulières d'un certain groupe de muscles, affection souvent héréditaire. La nature et la forme de cette attitude dite de « griffe » varient selon son degré d’intensité et les muscles affectés et selon les causes traumatiques des autres, qui en sont les causes (1).
(1) Meillet, Thèse de Paris, 1874. — Richelot, in Arch. Phgsiolj 1875. — Londe, Thèse de Paris, 1860. — Mitchell, Moreiiouse et Këen, Gunshl vouruis and olher injuries of nerves, Philadelphie, 1864. — Bkaugrand, Thèse de Strasbourg, 1864. — Ch. Richet, Thèse de Paris, 1877. — Tillalx, Thèse agrég., Paris, 1866. — Mougeot, Thèse de Paris, 1867. — Letiévant, Traité des sériions nerveuses, 1872. — Duchknnk de Boulogne, Physiologie des mouvements et Traité de l'électrisation localisée. — Avezou, Thèse de Paris, 18711. — Bibl. Coybas, Thèse, 1871. — V. Blum, vol. cité, pp. 136-146.
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
C'est dans le rhumatisme chronique qu’on rencontre les variations les plus nombreuses. Charcot en a décrit les deux types classiques : de flexion et d'extension, cela par rapport à la phalangine. Brissaud a décrit la déviation en « coup de vent », caractérisée par la déviation en masse des phalanges sur le bord cubital de la main. Citons encore, comme appartenant à celle catégorie, la griffe renversée de Duchenne, le poignet fléchi en forme de nageoire , etc.
Dans la goutte chronique , on rencontre aussi des déviations typiques, surtout à cause des déformations de la physionomie des doigts et particulièrement des bourses séreuses, par la formation de dépôts, ou par l'infiltration uranique. On rencontre souvent des déviations angulaires des doigts. Les nodosités d’IlEBERDEN sont classiques ; elles sont constituées par des nodosités localisées aux articulations des dernières phalanges. Les nodosités de Bouchard cl Legendre indiquent toujours, selon ces auteurs, une dilatation de l’estomac ; elles siègent au niveau des arliculationsdes phalanges et sont le résultat d'une hypertrophie osseuse, et elles s’expliqueraient selon la doctrine du professeur Bouchard (Revue de Médecine, 1882, OcL), par des phénomènes toxiques, identiques à ceux du rhumatisme.
Le professeur Bouchard (1), à la suite de l’analyse de 220 cas de dilatation de l’estomac, qu’il a pu personnellement observer, conclut : « Les nodosités
(1 Prof. Boüciiard, Du rôle palhogènique cle la dilatation de l’eslomac cl des relations cliniques de celle maladie avec divers accidents morbides (Bull, cl Mémoires de Soc. Médicale des hôpil. de Paris, 188‘J. Bxtr. 13 p.) — Pp. (5 el 8. — Voir aussi ses Leçons sur V antisepsie .
des secondes art iculations des doigts semblent appartenir en propre à la dilatation de l’estomac; elles m’ont permis souvent, avant tout interrogatoire du malade, de diagnostiquer une dilatation de l'estomac, dont j’ai ensuite pu vérifier la réalité à l'aide des signes physiques. Elles consistent parfois en saillies latérales proéminant à la face dorsale de la deuxième articulation, soit en dedans, soit en dehors. Plus souvent, elles sont constituées par un élargissement latéral de l’extrémité supérieure ou hase, de la deuxième phalange. A ces nodosités s’ajoutent fréquemment des changements des direction des phalanges, de telle sorte que l’axe du doigt en extension, au lieu d’ètre rectiligne, est constitué par une ligne brisée. » Sur 100 cas de dilatation, le professeur Bouchard avait rencontré le rhumatisme articulaire aieu 5 fois.
le rhumatisme chronique partiel 3 fois, le rhumatisme musculaire 2 fois, le rhumatisme vague 9 fois, les nodosités d'H éberden 4 fois, les nodosités des secondes articulations des doigts 20 fois. Le docteur Adolphe Bloch a consLaté, dans un travail intéressant, l'existence de ces nodosités et leurs relations avec les dilatations de l’estomac. Il pense qu elles représentent une forme particulière du doigt chez certains individus dont l’hérédité serait assez chargée (1 .
Les rétractions des aponévroses palmaires sont la cause d’une autre catégorie de déviations, caractérisées par des flexions plus ou moins généralisées des doigts ou par leur déviation latérale; c'est un chapitre
(1) Adolphe Bloch, La forme du doigl el les nodosités de Bouchard. ( Assoc . p. Auanc des Sciences, ouv. cité, 1899.)
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
de difformités qui siège dans le tissu fibreux, des plus intéressants à connaître.
La griffe lépreuse de Duciienne de Boulogne est la plus classique parmi ces affections aponévrotiques (1).
L Ostéopathie hypertrophian te pneumique de Pjerre Marie déforme aussi les articulations digitales, mais à leur extrémité supérieure.
ht doigt hippocratique est caractérisé par une déformation de la phalangette en « baguette de tambour » ; la pulpe du doigt est hypertrophiée. Hippocrate avait remarqué que toute forme spatulée des dernières phalanges, et surtout de l'index, correspondait généralement à la phtisie.
Le syndrome clinique de Yostéo-arlhropathie hgperlrophiante pneumique décrit par M. Pierre Marie a été fait tout d’abord pour débarrasser le champ de l'acromégalie des faits qui F encombraient. L’affection est caractérisée en outre par l’élargissement et par la courbure exagérée des ongles (doigts en baguettes de tambour, doigts hippocratiques). Les mains sont énormes, elles font naître l’impression de quelque chose d’inouï, de non vu; ce ne sont pas seulement de grosses mains, ce sont des mains déformées. Pour un peu on d i rai L que ce ne sont pas des mains; d’ailleurs le terme « pattes » revient dans toutes les observations allemandes de Friedreiscii Erb. : Le malt) Dr J. Bouygues (d’AiuïlIac), De la rétraction de l'aponévrose palmaire. ( Arch . gêner, de médecine , n° 40, t. II, 83e année, 1% p., 2513-2527.)
(1) IIebert, Thèse de Paris, 1808.
îs
lade Gouraud-Marie était dénommé « grosse patte ». Ce terme de « pattes » ne semble pourtant pas juste à M. Pierre Marie. Voici la description des doigts selon notre inaiLre : Les doigts sont un peu allongés, mais considérablement élargis, « c’est ainsi qu'on voit la circonférence de la première phalange du médius, par exemple, atteindre neuf centimètres et demi ou même dix centimètres. Ces dimensions dépassent celles des doigts de l’acromégalie de près d'un centimètre. La forme des doigts dans l’ostéo-arthropalhie hyperlropliiante pneumique présente ceci de particulier que la dernière phalange, la phalangette, se renfle considérablement et devient bulbeuse, à tel point que c'est cette phalange qui, relativement, et parfois même réellement, est la plus hypertrophiée des trois. Aussi les doigts prennent-ils l’aspect de « baguette de tambour » ou « de battant de cloche » pour le pouce, ce qui n’a jamais lieu dans l’acromégalie où les proportions de chacun des segments digitaux sont très bien conservées. L’ongle qui coiffe l’extrémité du doigt ainsi déformé participe à cette déformation, il est considérablement élargi (deux centimètres et demi et plus, pour celui du médius), il est en outre un peu allongé et surtout recourbé (aspect hippocratique), de telle façon que l’extrémité du pouce de notre malade, par exemple, vue de profil, rappelle, à s’y méprendre, « le contour d une tète de perroquet avec son bec recourbé » (1). Les ongles sont striés longitudinale-
(1) Pierre Marie, De l'osléo-arlhropalhie hyperlrophianle pneumique. In Revue de Médecine , 1890, 1. X, janvier. Exlr. brocli. 36 p., pp.23, 24, 25. — V. aussi Sollikr, Sur une a/feclion singulière du système nerveux caractérisée essentiellement
LA PATHOLOGIE UE LA MAIN
ment, ils ont une tendance marquée à se fendre et « à présenter des éclats dans le sens de leur longueur ». « Leur extrémité périphérique présente assez souvent une coloration d'un rose vif assez accentué. » La main proprement dite, la paume de la main ne s’éloigne que très sensiblement des dimensions et delà forme d’une main normale, « sauf une hypertrophie des têtes des métacarpiens ». Les poignets sont manifestements déformés. Ce syndrome clinique est bien autonome et il n’a que des rapports très lointains, mais peu communs et cliniques, avec la maladie de Pierre Marie (l’acromégalie). Dans toutes les observations, dont M. Pierre Marie rend compte dans son travail, on constate des affections chroniques graves pleuro-pulmonaires et qui concordent d’une manière indéniable avec l’ostéo-arthropathie hypertrophiante; des huit cas publiés, quatre cas sont affirmatifs au point de vue de la diathèse, trois douteux et deux négatifs. Ce syndrome est donc toujours « sous la dépendance d’une affection pulmonaire antérieure », le terme pneumique comprenant non seulement la dénomination des poumons, mais aussi des bronches.
Le mécanisme de ce processus serait analogue, selon M. Pierre Marie, à celui de ces pseudo-rhumatismes du professeur Bouchard, donc un processus toxi-infectieux et nullement un réflexe. Les substances toxiques choisissent de préférence certaines parties des os et
par de l'hypertrophie des extrémités des membres, des phénomènes paralytiques, el des troubles variés de la sensibililé. ( France médicale, 1 889, nos 68, 69.)
des articulations, ce qui déterminerait les tissus de l’ostéo-arthropalhie hypertrophique.
Dernièrement MM. Fern, Bezancon et S. Israël de Jong (1), dans un travail d’ordre purement critique, arrivèrent aux conclusions suivantes : <c 1° Le doigt hippocratique des tuberculeux ou des autres malades atteints d’affection broncho-pleuro-pulmonaire n'a aucun rapport avec l’osléo-arthropalhie hypertrophiante; 2° Les observations étiquetées à l’heure actuelle ostéo-arthropathie hypertrophiante pneumique se rangent en quatre catégories : A : Des observations rares d’une affection mal connue des extrémités, rentrant dans le syndrome primitif de M. Pierre Marie; B : Des observations de simples doigts hippocratiques ; G : Des observations d’ostéites ou d’arthrites subaiguës d’origine infectieuse ou toxique; D : Des cas d’association d’hippocratisme et d'ostéo-arlhriles. l’un n’étant nullement sous la dépendance de l’autre. ■> A lire attentivement, ce travail n’attaque en rien aucune des conclusions de M. Pierre Marie; d’ailleurs les auteurs eux-mêmes constatent, parmi le nombre des observations, des cas d'une affection mal connue des extrémités, rentrant dans le syndrome primitif de M. Pierre Marie. Il est vrai, d’autre part, que certains auteurs sont allés trop loin, plus loin que le créateur du symptôme — le texte de M. Pierre Marie est clair et précis — et qu'ils se sont appuyés dans leur diagnostic des ostéo-arthropathies hypcrlro-
(1) F. Rezançon et S. Israël de Jong, Doigte hippocratiques cl osléo-ctrlhi'opalhic hgpcrlrophianle pneumique. ( Archives generales de médecine , 1904, I. II, pp. 3100-31 13. Bibliographie assez complète, 79 litres.)
Fig. 1. — Astoarthropathie.
Fig. 2. — Ostéo-arthropathie pneumiquc (Thoinot).
Fig. 3. — Ongles en verre de montre.
Fig. 4. — Hémiplégie.
Fig. 5. — Ostéo-arthropathie h y- Fig. 0. — Ostéo-artliropalhie
pertrophiante non pneumique pneurni(|ue (Thoinot).
(Th. rie Lemercier).
Planche XXV
I’ig. 1. — Syringomiélie.
Fig. 2. — Syringomiélie.
Fig. 3. — Syringomiélie.
F’ig. ô. — Syringomiélie.
Fig. 4. — Debondroplasie.
Fig. G. — Tuberculose cutanée.
Planche XXVI
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
phiantes sur de simples doigts hippocratiques. Les cas de Yodel, Villard, Geraud, Raynaud et Auditet, Grasset et Rauzier, Comby, Janenay, Telety, etc. pourraient être multipliés; mais cela ne plaide nullement contre l’individualité du syndrome de M. Pierre Marie.
L'ongle normal ne doit rien avoir de la griffe ; il couvre la pointe supérieure et la dernière phalange sans avoir une physionomie à lui, et s'applique sur le doigt. Dans la tuberculose pulmonaire, c’est un fait d’observation vulgaire que dans cette affection les doigts subissent fréquemment la déformation en « baguettes de tambour» (Pierre Marie). Bamberger, cité par M. Pierre Marie, avait remarqué la présence de doigts hippocratiques « chez les individus atteinLs uniquement de la dilatation des bronches sans tuberculose (1) ».
L’ongle hippocratique est constitué par une courbure antéro-postérieure exagérée. Cet ongle en « verre de montre » serait, d’après M. Pierre Marie, l’indice d'affections pulmonaires et témoignerait de prédispositions à la tuberculose; de nombreuses investigations sont venues confirmer la justesse de cette observation. Il estd’ailleurs facile de se rendre compte, sinon du mécanisme de cette ostéo-arthropathie, du moins de ses rapports avec la phtisie. Dans le service de M. Pierre Marie, à Bicêtre, j’ai eu plus d’une fois l'occasion de rencontrer ce signe séméiologique : c’est la meilleure confirmation de ce maître, dont on contl) Bamberger, Soc. des Médecins de Vienne, 1889. Séance du 8 mars, d’après M. Pierre Marie.
naît d’ailleurs la rigueur et la conscience intuitive profonde, scientifique (1).
Les doigts ronds en forme de boudin, selon le chevalier d’ARPENTiGNV, seraient un signe que les filets nerveux terminaux n’arriveraient pas à remplir leurs fonctions normales, la forme étant quadrangulaire, d’où des modifications notoires de la sensibilité. Toute partie ridée des doigts serait le diagnostic d'un mauvais état des papilles qui président la sensibilité tactile. Toujours selon ce physionomiste de la main, l’absence des monticules interdigitaux de la paume de la main prouverait une pauvreté des corpuscules de Paccini; à cette région ils doivent être nombreux.
Parmi les daclyliles, ou déformations des doigts, il faut signaler, en dehors des autres affections diathosiques infectieuses, la classique spina ventosa, affection presque toujours tuberculeuse, infantile, et qui atteint particulièrement la première phalange des doigts, surtout celle du médius et le premier métacarpien : l’os devient fusiforme à cause de la boursouflure du canal osseux. La syphilis et la tuberculose sont des sources abondantes de dactylites; les doigts s’allongent, se raccourcissent, deviennent des doigts « en lorgnette », comme on dit couramment. La première enfance semble toujours prédisposée à cette maladie; le sexe masculin plus que le sexe féminin (22 garçons pour 13 filles, d'après Goetz).
11 ne faut pas oublier les affections mutilantes dues ù la lèpre, ù la syringomyélie, ù la sclérodermie, à la
(1) Voir aussi Villebrun, Des ongles, leur imporlunce en médecine judiciaire. (Thèse Foc. Méd. Lyon, 1883.)
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
maladie de' Raynaud (asphyxie symétrique des extrémités), à l’acromégalie, etc...
Le Dr Souques vient de communiquer dernièrement à la Soc. Méd. des Hôpitauxun moyen(l), d i L 1 c « signe des doigts », qui n’est qu’un mouvement associé des interosseux de la main du même côté de l’hémiplégie organique. « Les deux dernières phalanges se plaçaient involontairement dans l’extension en même temps que les doigts s’écartaient ». 11 observa ce fait 17 fois sur 27 cas d’hémiplégie. (Le phénomène des interosseux de la main dit « phénomène des doigts » dans l'hémiplégie organique).
La main succulente de Pierre Marie et Marinesco est une main atrophique potelée à la face dorsale; la main de prédicateur de Marinesco est pathognomique, selon cet auteur, dons la syringomyélie et dans l’acromégalie. La lèpre, la maladie de Raynaud, la sclérodermie, sont des affections qui ont des attitudes mutilaloires bien pathognomiques, qu’un clinicien habile distingue et devine aisément et rapidement.
Il nous reste à parler des ongles et des stigmates professionnels. L’inspection des ongles est extrêmement instructive à tous les points de vue. Toutes les maladies de nutrition y laissent des traces profondes. De la fièvre typhoïde à l’hémiplégie, au mal de mer, elles y impriment leur marque. Il y a des arrêts typiques dans la croissance de l’ongle, arrêts qui sont presque toujours la conséquence d’un état pathologique. Ces arrêts sont marqués sur l’ongle par un sillon transversal. On peut même évaluer le temps qui sépare
(1) 8 juin 1907.
ces sillons, par conséquent la durée de la maladie, le laps de temps écoulé depuis, et cela en mesurant en millimètres l’espace compris entre le bord postérieur de l’ongle et le sillon. Le nombre de millimètres, d’après les auteurs, équivaudrait à celui des semaines écoulées depuis la maladie. La croissance des ongles est plus rapide pour les mains que pour les pieds; pour ces derniers elle serait quatre ou cinq fois moindre. Des névrites traumatiques provoquent l'incurvation des ongles (W. Mitchell) et leur épaississement ; la scrofule, l’arthritisme, les dermatoses, la syphilis, etc., déforment les ongles et empêchent leur croissance. Et je ne parlerai pas des affections des hystériques.
Le rachitisme modifie sensiblement la main et le bras. Vierordt nous donne des aperçus très documentés dans sa Rachitis and Osteo-Maladie 1896, Hôlder). On doit au rachitisme, dont les ravages sont surtout considérables dans les classes peu fortunées, à cause des mauvaises conditions d’hygiène, l'épaississement du poignet, surtout la région du petit doigt à cause de l’apohyse styloïde. On cite aussi la déviation en sabre de l'avant-bras et en dehors. Cette modification est très banale, car plus de 30 pour 100 des hommes sont atteints de rachitisme, soit directement, soit par l’hérédité, selon Sexator et Ritchie.
La main étroite et maigre n'a-t-elle pas été citée comme un signe de prédisposition à la phtisie, d'après Strumpell (1)? C’est un des nombreux signes de Yhabilus phtisique ou de la scrofule.
(1) Strümpell, Spccialle Pathologie und Thérapie derinneren Krankheilen, 1894, I, p. 363.
Fig. 1. — Maladie de Morvan.
Planche XXVII
Fig:. 1. — Amyothéraphie Charcot-Marie.
Fig. 2. — Neurofibromatose.
Fig. 3. — Camptodactylie
Fig. 4. — Maigreur .
Planchk XXVIII
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
Le poignet inélégant, lourd et épais, est également, dans une grande majorité des cas, dù à un épaississement rachitique, auquel on doit d’ailleurs un grand nombre des déformations des articulations des os de la main.
La graisse, l’inévitable graisse qu'on devine se former chez certaines belles mains est un signe de vieillesse; elle est plus visible dans les mains féminines dont la peau est plus mince et la couche de graisse normalement plus épaisse.
Je citerai, à titre documentaire et d’après Tardieu : Mémoire sur les modifications physiques et chimiques que détermine l'exercice des diverses professions, pour servir à la recherche médico-légale de l'identité. Annales d' Hygiène, t. XL1I, Les stigmates professionnels (1). Les tourneurs en hois ont les doigts serrés et des durillons au rebord de l’index, à la base du pouce et sur le bord interne; les fleuristes ont la dernière phalange du pouce et de l’index élargie; les raboteurs de parquets ont des bourses séreuses à la face interne des pouces; les pouces en spatule se trouvent chez les vitriers, les repasseurs et les cordonniers; ces derniers onL seulement le pouce gauche spatulé et des durillons à la base de la face antérieure de la première phalange du pouce droit. Les blanchisseuses en gros, les horlogers usent les ongles du pouce et de l’index (Londe). L’ouvrière en dentelle aurait, selon Dupuytren, une contracture en flexion des dernières phalanges des quatre derniers
(1) Voir aussi le travail intéressant quoique ancien du Dr Vernon, De la main des ouvriers, Paris, 1862.
doigts. La main droite du découpeur de métaux présente des bourses séreuses du côté de l’index et du pouce à la base de la dernière phalange ; le corroyeur a des durillons palmaires à chaque main, du côté de l'éminence hypothénar; les tonneliers, des durillons palmaires sur la ligne de l’annulaire; les brunisseuses ont la paume droite celluleuse et noire; les cochers, deux sillons calleux à la main gauche, entre le pouce et l’index et entre le médius et l'annulaire. L'écrivain et le copiste ont des empreintes, des dépressions à la partie externe du rebord de la dernière phalange du médius, de même qu’à tous les doigts qui contribuent à la réalisation du geste d’écrire. Les doreurs en métaux, les coiffeurs, les menuisiers, les ébénistes, etc., ont des traces correspondantes avec leur métier. Oui ne reconnaît pas une main qui attaque souvent le clavier? Les bouts des doigts, leur mobilité et leur physionomie sont des critérium difficiles à nous induire en erreur.
N’omettons pas de parler des tremblements de la main et des doigts : c’est un chapitre important de la séméiologie de cet organe. Dans la paralysie agitante, on a la main dans l’attitude de tenir la plume : c'est une des rares attitudes constantes des tremblements, car les autres tremblements sont transversaux ou horizontaux, permanents ou passagers, fibrillaires ou en masse, et ils ne cristallisent pas sous une forme spéciale caractéristique. Les tremblements peuvent être volontaires ou involontaires. Cilons ceux de la maladie de Parkinson, maladie nerveuse bien caractéristique, qui rappellent le geste qu’on ferait pour rouler une boulette de pain. Le tremblement sénile
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
des doigts peut difficilement être considéré comme un critérium séméiologique des autres maladies toxiques ou nerveuses. Dans la maladie de Bassedow, caractérisée entre autres par de l’exoplitalmie, les yeux sortent des orbites, les doigts ne tremblent pas isolément, mais ils suivent les mouvements de la main. Les troubles intentionnels, c’est-à-dire qui se manifestent en s’exagérant quand le sujet veut exécuter un acte, sont caractéristiques dans les scléroses en plaque. Il faut signaler aussi les tremblements héréditaires, qui se manifestent dès l’enfance, et tous les troubles d’ordre émotif ou de nature nerveuse fonctionnelle comme ceux, par exemple, qu’on observe avant, pendant et après les crises hystériques ou épileptiques, de même que les tremblements choréiques, les tremblements paralytiques, les tremblements des alcooliques, séniles, etc., etc.
Il y a aussi une pathologie toute particulière de la main chez les névrosés, chez les aliénés. .l’ai vu plusieurs cas de malades qui, comme l’empereur G a 1 i gula « s’étant dégoûté de toutes les plus belles femmes», firent l’amour à la Lune, eL les sensations de la main jouaient un grand rôle. Nous verrons ailleurs, dans l’analyse de l’imagination, le rôle sexuel de la main. Il y a des mains neurasthéniques, des mains bêtes, comme il y a des mains « vivantes, épuisées, fatiguées ».
Des études de perversion sexuelle signalent entre autres comme des cas de fétichisme possible, les amants de la main. On doit à M. Alfred Binet, hauteur qui pour la première fois a employé ce mot, banal depuis, le fétichisme dans l'amour, des observations
bien curieuses et étranges sur cette obsession amoureuse (1). M. Binet croit que le fétichisme de la main est très fréquent, et il cite à l’appui le cas d’un jeune homme qui aurait préféré dans la femme surtout la main. « La vue d’une jolie main détermine chez lui, dit M. Binet, une curiosité dont la nature sexuelle n’est pas douteuse, car en se prolongeant elle provoque l’érection. Toute main, indistinctement, n’est pas capable de produire chez lui une érection sexuelle. Il faut éliminer tout de suite les mains d’homme, les mains d’enfant et les mains des personnes âgées. Chose curieuse, les mains vieilles, ridées, flétries et les mains rouges d’une tricoteuse, les mains jaunes et maladives d’un cachectique lui inspirent un dégoût insurmontable. » Ce jeune homme était, à mon avis, aussi un homme de goût, car toute sa pathologie ne repose sur rien de précis. Quelle raison pathologique pourrait-on tirer du fait qu’il préférait la main et pourquoi cette manière banale de voir de la pathologie dans toutes les impulsions possibles. Pourquoi aimer la femme en bloc et obéir au reflexe spinal et ne pas analyser les motifs de ses goûts? Tout est sexuel dans l’amour, et la main est certainement, tout comme le pied, un point de repère sexuel précis, sans que cela fasse partie du domaine de la pathologie. L'homme moderne est un être plus raffiné, plus analytique, et il a fait de la sexualité un instinct artistique. Il pensera à l’amour quand un coucher du soleil s’assombrira tendrement vers le lointain d’une mer calme, comme
(1) A. Binet, Le fétichisme dans l'amour. (Revue philosophique, 1887, pp. 143-1G8, 252-279, p. 189.)
Fig. 1. — OEdème cardiaque. Fig. 2. — OEdème rhumatismal
(main droite).
Fig. 3. — Psoriasis.
Fig. 4, — Goutte .
Fig. r>. — Amyotrophie Charcot-Marie.
Fig. H. — Amyotrophie Charcot-Marie.
Planche XXIX
Fig. 5. — Rhumatisme cliro- Fig. 6. — Rhumatisme chronique.
" nique. Déviation en coup de vent.
Fig. 7. — Rhumatisme chronique.
Planche XXX
il pensera à l'amour quand il pensera à la tendresse d’une caresse, au geste divin d’une poignée de main. On n'est pas malade, quand on s’enthousiasme, et on sait aimer la vie sous ses formes vivantes et réelles.
Le malade, ou considéré comme tel par M. Binet, est désolé quand il voit une belle main gantée : « Quand il s'adresse à une femme gantée, c’est comme s'il faisait la cour à une femme voilée. Quand le gant est tiré, il n’a d'yeux que pour son objet de prédilection. La prendre et l’embrasser sont ses plus grands plaisirs »... Tout cela serait du pathologique. Mais où commence l'amour normal ? Serait-ce l’excitation rellexe spinale, sans objet et sans image précise ? Je me rangerais nettemement dans la catégorie des êtres pathologiques. La vue d une belle main, d’un geste gracieux, sont des images chargées de vie, de sensibilité réelle, qui glissent dans notre pensée non de la pathologie, mais des sensations humaines, sensations analytiques qui nous précisent le goût de la vie et qui nous obligent à considérer la vie sous un aspect moins automatique et routinier que ne le considère la psychologie de cabinet. Quel vent large souffle à ce point de vue dans ce que l'automatisme intellectuel considère comme pathologique? 11 y a de l’envergure, de la sensibilité et un penchant empreint d'un mystère tendre, que la vie normale refoule continuellement et systématiquement au fond du centre subconscient. Pourquoi M. Binet désire-t-il que l'amour normal soit polythéiste ? Quelle symphonie grotesque que celte excitation céncslhésiquc spinale! Le détail est un fait de l’amour, et la pathologie
ne saurait commencer à l’analyse des détails.
Dans la môme catégorie que les tremblements, on doit citer les spasmes et les convulsions choréiques et les tics ; la crampe des écrivains est le type de toutes ces crampes dites fonctionnelles.
Au point de vue de la localisation cérébrale, on sait qu’on rattache le centre du langage écrit , ou en termes plus explicites de l’écriture, au pied de la deuxième circonvolution frontale gauche, donc en avant de la zone motrice, tout comme le langage articulé, qui siégeait selon la doctrine classique, battue en brèche par M. le professeur Pierre Marie, au pied de la troisième circonvolution frontale gauche, le centre de Broca. La lésion de ce centre provoquerait la perte du langage écrit, donc l'agraphie. Il faut ajouter, pour être précis, que ces deux centres du langage articulé et du langage écrit ne sont pas considérés par les anatomistes comme des centres moteurs proprement diLs, mais ce sont des centres d'activité intellectuelle, des centres de coordination et d'association des autres centres de la force motrice, qui tiennent mécaniquement, anatomiquement, directement, l’innervation des organes musculo-sensoriels qui contribuent à l’expression du langage. L'acte de l’écriture ne nous semble pas lié nécessairement à un centre fonctionnel malgré les toutes dernières et récentes recherches de Maas (1) et de Liepmann (2) qui inclinent vers l'intégration du centre graphique
(1) Maas, Du rôle de l’hémisphère gauche et du corps calleux au point de vue des mouvements. (Soc. de Méd. Berlinoise. Séance du 5 juin 1907. In Semaine médicale , p. 24, 12 juin 1907.
(2) Liepmann, Ibid.
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
combattu jadis si éloquemment par Wervicke. Liepmann avait remarqué que les hémiplégiques droits sont souvent incapables de faire certains gestes avec la main gauche, tandis que chez les hémiplégiques gauches, on ne constaterait rien d’analogue. A la suite du cas de Maas, il pense que les centres moteurs du cerveau gauches exercent une action spéciale sur les mouvements des membres du côté gauche en même temps que sur la motilité du côté droit, grâce à un trajet spécial des libres et à la participation des corps calleux. M. Pierre Marie a combattu celle manière de voir (1).
Il y a tout un chapitre de la pathologie de la main, que je ne ferai que passer bien rapidement en revue, la chirurgie de la main. Les traités de chirurgie et les ouvrages spéciaux abondent en documents intéressants pour le psychologue et pour le physiologue, car de la manière dont une luxation est faite, dont une synovite évolue, dont une plaie se cicatrise, l’anatomophysiologie de la main se précise davantage et aussi sa physionomie psychologique. Le travail du docteur A. Blum est un excellent résumé à ce point de vue, il n'a que le défaut d’être un peu vieux (2). Le premier
(1) P. Marie, in Semaine médicale, 1906, p. 242, noie de la col. ni.
(2) A. Blum, Chiruryie île lu main, Paris, Asselin el Cio. Ed. 1882, 1 vol., 207 p., p. 18.'
traité tombé sous la main complétera rapidement les données classiques qu’on recopie habituellement textuellement en médecine, sans ajouter des découvertes ou des recherches nouvelles. De la question des fractures, il faut retenir le fait que certains os se fractureront plus aisément que les autres. Voici deux statistiques déjà anciennes qui indiquent quand même la
vérité expérimentale :