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1er métarcapien
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Malgaigne (1) admettait que le quatrième métacarpien se fracturerait le plus souvent; Delpech penche pour le cinquième. La main droite est plus particulièrement atteinte cL toutes les fractures s'observent habituellement chez les hommes entre 20 et 25 ans, et parmi les causes les plus fréquentes, il faut citer pour le deuxième et le cinquième métacarpien, la chute d’un corps pesant ou coup de pied de cheval, choc communiqué avec un coup de bâton, un coup de poing, etc. Les autres métacarpiens sont fracturés surtout indirectement. Les luxations sont moins intéressantes ; elles montrent seulement la variabilité des mouvements associés des divers éléments anatomiques de la
(1) Malgaigne, Traité des [raclures, Paris, 1847. — Polaillon, in Dicl . Dcchambre. Art. «Main», 1871.
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
main ; les plaies montrent, d’autre part, la richesse de la vascularisation delà main, sa complication anato tomo- fonctionnelle. Des affections inflammatoires aiguës, signalons le panaris, intéressant surtout par ce fait qu’il indique souvent une genèse pathologique toute spéciale. Il est plus fréquent chez l'homme que chez la femme, et selon la statistique de Velpeau (1), il aurait la proportion de 183 hommes pour 89 femmes (2). La main droite aurait été affectée 120 fois pour 82 fois de la gauche. Voici encore, d’après Velpeau, la fréquence des panaris par rapport aux doigts :
Le pouce
L’index
Le médius
L’annulaire
L’auriculaire
Le tempérament lymphatique est plus sujet aux panaris et selon Pourieu (3) la tuberculose jouerait un grand rôle ; sur 400 phtisiques il aurait trouvé 38 cas portant des traces de panaris. Lieutaud a observé en outre que c’est pendant l’automne qu’il y aurait plus de panaris.
Les synovites aigues ou chroniques, sèches, rugueuses, hémorrhagiques, etc., nous montrent à quel point le volume de la main est élastique et
(1) Velpeau, Gazelle des Hôpitaux, 1838.
(2) Voir aussi Gaujot et Spillmann, Arsenal (le lu Chirurgie, 2 vol., 1867, Paris, pp. 300-383. An/cijlose des doigts. Ankylosé du poignet; pp . 399, 400-409; pp. 598-622; pp. 622-635, chap. ni. Appareils employés pour les déviations du membre supérieur .
(3) Pourieu, Thèse Agrég. de Paris, 1874.
lu
combien les troubles inflammatoires les plus légers modifient essentiellement sa forme et sa topographie ; il en est de même pour les ostéites et les arthrites. N’oublions pas l’affection connue sous le nom de doigt à ressort si bien décrite par Notte en 1856 1 , intéressante par la preuve qu’elle fournit d'une pathologie des tissus fibreux de la main ; il s’agit en espèce d’une nodosité tendineuse (A. Blum). Lescasdedigitoplastie ne peuventguère nous intéresser./ Voir le volume de Nélaton et Ombredanne sur les autoplasties. On peut citer quelques cas de guérison qui prouvent la vitalité des ti-ssus (Nicoladon).
Nous avons parlé des déformations acquises de la main, nous n’y reviendrons plus. Ces déformations sont innombrables, surtout quand on sait qu'en dehors des causes accidentelles professionnelles, il y a des causes médicales aussi variées que difficiles à préciser, à partir des difformités d’origine musculo-tendineuse jusqu’aux brûlures et aux tumeurs, dont la gamme pathologique serait vraiment inutile à être continuée ici.
Les amputations chirurgicales nous intéressent par la psychologie des membres fracturés, en d'autres termes, par les illusions des amputés, illusions bien connues mais dont la psychologie reste encore à faire. Ambroise Paré avait été un des premiers à signaler ces illusions et c’est à W eir Mitchell qu’on doit le terme de
(1) Notte, Recherches sur une affection particulière des gaines tendineuses de la main, caractérisée par le développement d’une nodosilé sur le trajet des tendons fléchisseurs des doigls et par l'empêchement de leurs mouvements. ( Archives générales de médecine, 1850.)
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
« membre fantôme ». C’est tout à fait normal de sentir encore son bras coupé, sa main absente. Nous devons à Riset une des premières statisticpies ; elle fut faite sur les soldats du premier Empire et il constata que 14 seulement n’avaient pas cette illusion dans le nombre total de 455 amputés. Pitres (1), auquel nous devons un travail des plus documentés sur la question, avait constaté l’absence de cette illusion dans un cas seulement sur 30. Cette sensation apparaît en moyenne au bout d'un mois ; les auteurs signalent son apparition immédiatement après l’opération, mais c'est assez rare. Cette illusion peut se décrire de la sorte : le malade a la notion précise de la position de sa main dans l’espace, il la sent; elle est mobile et il accuse toutes les sensations physio-psychologiques normales. La main absente est chaude et gourde, elle a froid ; elle a des crampes, etc. Parfois, on ne sent que les extrémités digitales et le reste de la main est flou. Un malade de Pitres avait l’illusion que sa main amputée était plus petite, comme une main de fillette. Les sensations sont complexes et nombreuses ; l’illusion est rarement précise; elle est Houe, instable, parfois elle est persistante et elle devient presque une idée (ixe (Weir-Mitchell). Le membre fantôme est parfois vu en imagination ; les illusions varient. Bien qu’on l’ait dénié, l’habitude est encore une des causes principales de cette illusion. On essaye d’expliquer ces membres fantômes anatomiquement ; dans la cicatrice guérie, il existerait des
(1; Pitres, Les sensations illusoires des amputés. ( Arch . Médico Psijch., 1889.)
causes d’irrilalion fonctionnelle qui provoqueraient l’évocation de l’image et des sensations de l’extrémité absente. La théorie des excitations périphériques a certainement du vrai; mais, avec Pitres, nous accordons à des phénomènes psychiques des perturbations sensorielles. Les excitations périphériques du moignon, comme elles ont été pratiquées tout d'abord par Weir-Mitciiell et dernièrement par Souques, impliqueraient le rôle prépondérant qu’elles jouent dans la systématisation de cette illusion. Une excitation faradique éveillerait l’illusion du membre fantôme, comme une injection de cocaïne abolirait pour un certain temps l’illusion. Les docteurs A. Marie, de Villejuif, et Pelletier ont examiné dernièrement les membres fantômes chez les amputés délirants (1). Le docteur Papillon (2) avait consacré sa thèse inaugurale à l’analyse du même sujet et il avait constaté que certains aliénés présentent des troubles secondaires surajoutés aux troubles normaux; cela se rencontre surtout chez des aliénés caractérisés par de l’affaiblissement intellectuel notoire. Les docteurs Marie et Pelletier publièrent trois cas de délirants actifs où les délires se greffent sur des sensations douloureuses du membre amputé ou avec des poussées de suppurations locales. Le processus anatomo-physiologique serait facilement explicable si l’on tient compte de recherches faites sur la dégénérescence centripète et centrifuge des nerfs;
(1) Dr Aug. Marie et M. Pelletier, Les membres fantômes chez les amputés délirants. [Bull. Inst, génér. Psychol., n° 3, 5 juin 1905. Extrait. 15 p.)
(2) L)r Papillon, Des interprétations délirantes et des hallucinations chez les amputés aliénés. (Thèse île Lyon, 1905.)
LA PATHOLOGIE DE LA MAIN
mais, une fois de plus, il fauL songer à la variabilité des ressources psychologiques cérébrales qui alimentent, raniment ou font revivre des processus dont l’automatisme était bien et définitivement établi. Exposant mes recherches sur l’image motrice, j’analyserai mes cinq observations personnelles où l'image n’était, en somme, que le résultat de l’isolement psycho-fonctionnel d'un processus organique compliqué et associé strictement à l’automatisme organique général.
Nous publions ici, à titre de document, l’image d’une main artificielle ; la prothèse a fait des progrès énormes et l'on arrive à suppléer bien des troublesfonctionnels et même tout un bras amputé. J’ai vu des amputés se servir admirablement de leur bras grâce à des appareils orthopédiques.
LA CRAMPE DES ÉCRIVAINS (1
La crampe clés écrivains , improprement d’ailleurs nommée ainsi, paraît avoir été signalée pour la première fois par un auteur allemand Brück, vers 1831.
En effet, on ne retrouve aucune citation, aucune date bibliographique antérieure au travail de Brück. Les observations de Gierl, Ai.bers et IIeyfelder — considéré à tort par Gaujot (p. 622) comme le premier auteur qui ait écrit sur la crampe des écrivains — se suivent de tout près, mais elles sont postérieures : 1832, 1835 et 1838. Wilde B., cité pour la première
(1) Crampe des écrivains, Synonymes = Chorea scriplorum (les anciens), Mogigraphie (Hirsch), Névrose coordinalrice des écrivains de profession (Benedikt). Dyskinésie des écrivains professionnels (Jaccoud). Paralysie anapeiratique (Hammond). Conlraclure par abus fonctionnel (Wviu.et.). Impotence fonctionnelle (Gallard). Spasme el impotence musculaire fonctionnelle (Duchenne de Boulogne). Spasme fonctionnel (Zurer). Schreiberkrampf (des Allemands). Tremblement oscillatoire (Cazenave). Bégayemenl des muscles de la main (Debout).
Valleux : « Celte affection consiste dans l’impossibilité d’écrire, par suite de contraction particulière des muscles fléchisseurs, ou plus rarement des extenseurs des doigts, quoique, en général, la main exécute facilement tous les mouvements quand il s’agit d’un auto-acte.»
fois par Zuber, reproduit, en effet, un passage de Ch. Bell ( Recherches , etc.) — qu’il n’a pas pu d’ailleurs retrouver — qui indiquerait que cette maladie ne lui était pas inconnue. « J’ai observé, dit-il, la perte de la combinaison des mouvements nécessaires pour l’écriture ou bien une telle irrégularité des mouvements de la main, que les lettres étaient tracées en zigzag, pendant que l’aptitude des bras à travailler vigoureusement, à faire des armes, restait entière. » Heyfelder décrivit d’une manière plus précise cette affection en 1835. L’affection consisterait, selon cet auteur, « en un tremblement convulsif des trois premiers doigts de la main droite qui font divaguer la plume sur le papier et dans un égarement involontaire de ces mêmes doigts qui les font lâcher la plume. Hors de l’action d’écrire, ils jouissent de la même force, de la même adresse, de la même sûreté et de la même promptitude de mouvement. »
Zuber, dans son article Spasmes fonctionnels du Dictionnaire encyclopédique , critique avec raison la mauvaise traduction française de la dénomination allemande : Schreiberkrampf par crampe des écrivains, a erreur, dit-il, qui a eu pour résultat d'introduire dans la science française un mot bizarre contre lequel ont protesté depuis trente ans tous les auteurs qui se sont occupés de la question. Le mot restera précisément parce qu'il est bizarre ». Ce fut le docteur Càzenave de Bordeaux qui l’employa pour la première fois en France, en 1835. Des formes variées de crampes fonctionnelles furent citées après, ainsi celle concernant la traite des vaches par Basedow en 1851, celle des cordonniers par Clemens en 1856, celles des cou-
LA CRAMPE DES ÉCRIVAINS
turières par Locher Balber à la même époque, celle des télégraphistes par Onimus, et quantité d’autres spasmes fonctionnels par Duchenne de Boulogne et les auteurs postérieurs.
Pour mieux faciliter l’intelligence clinique de cette affection, nous parlerons tout d’abord des travaux cliniques et des observations des auteurs, puis nous essayerons de traiter de son mécanisme, et à la fin nous examinerons la question de la thérapeutique (1).
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Observations et documents cliniques
Cazenave s’est occupé à plusieurs reprises des crampes de la main ; il a étudié en 1846, et en 1852, un tremblement tout spécial de la main que, selon lui,
ments oscillatoires de la main droite guéris ou palliés avec ou sans le secours d’une machine orthopédique appelée portemain, Gaz. méd. de Paris , 1852, pp. 212-215, 225-227, 326-327. — Gedersciijôld. In SchmidTs Jahrbücher, 180, p. 121 d'après Zuber), 772. — Clemens. Schusterkrampft, Zeils. f. rat. Med.,
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LA CRAMPE DBS ÉCRIVAINS
personne n’avait encore signalé, tremblement qu’il appelle oscillatoire « parce qu’il consiste en un mouvement alternatif, en sens contraire de la main droite quand elle est placée comme pour écrire. « C’est ainsi que les doigts annulaire et auriculaire étant appuyés
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LA CRAMPE DES ÉCRIVAINS
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une plume « de former des lettres, d’écrire, en un mot ».
Une longue expérience aurait décidé le docteur Cazenave à faire construire chez un constructeur d’instruments de chirurgie de Bordeaux, M. Bataille, son appareil qu’il appelle porte-main. Toute autre thérapeutique lui paraissait illusoire et tous les moyens palliatifs conseillés en pareil cas, lui semblaient de simples leurres. Son traitement, comme l'avoue hauteur même avec une conscience qui lui fait honneur, n’arrivait pas à guérir le tremblement oscillatoire de la main et des doigts, mais simplement à pallier et à soulager cette infirmité usuelle. Le traitement médical est douloureux comme il le constate lui-même, difficile, complexe et souvent inutile.
Cazenave publie trois observations très documentées guéries ou palliées par son traitement orthopédique. Le premier cas est un chirurgien de Bordeaux, G..., qui avait le tremblement oscillatoire des deux mains, mais qui avait gardé quand même une grande habileté opératoire. « En le voyant prendre des instruments pour opérer, on le taxait d'imprudence et de témérité, tant le tremblement de la main droite surtout, était considérable. Néanmoins, en suivant les phases de chacune de ses opérations, on était rassuré, car dès qu’il avait pris sa détermination et qu'il voulait agir, le tremblement cessait, sa main était sûre, d’une grande prestesse, complètement aux ordres de sa volonté. » La seconde observation se rapportait également à un cas de tremblement oscillatoire des mains et des doigts, mais « chez un monsieur de formes athlétiques et Agé de 50 ans, sarcocèle opéré avec succès;
LA CRAMPE DES ÉCRIVAINS
aruérison du tremblement oscillatoire ». La troisième
observation était le cas d’un jeune homme de 24 ans ayant de la fatigue cérébrale. On changea sa vie, ses habitudes ; il cessa ses études et le tremblement oscillatoire de la main droite et des doigts cessa après deux ans, à tel point qu'il put écrire assez facilement à condition qu'il n’écrivît pas longtemps. La quatrième observation concerne le tremblement oscillatoire des deux mains, de la droite surtout, à la suite de malheurs domestiques ; le sujet était un employé supérieur de l’enregistrement âgé de 52 ans. Le malade put continuer d’écrire grâce au traitement Cazenaye, malgré le tremblement oscillatoire de sa main droite. La cinquième observation peut se résumer ainsi : tremblement oscillatoire de la main droite; alimentation choisie et précautions hygiéniques produisant un amendement; heureuse influence de la musique; guérison. Le sujet, le Comte X., âgé de 48 ans, nerveux et très impressionnable, fut guéri surtout par l'influence musicale. La sixième observation : goutte et tremblement oscillatoire de la main droite chez un homme âgé de 67 ans, et atteint d’un véritable nervosisme ; guérison. Le sujet était un négociant; il s’était servi avec avantage du porte-main, il a écrit pendant plus de trois mois avec cette machine orthopédique et le tremblement disparut complètement.
O nimus décrivit en 1875 la crampe des employés au télégraphe. L’affection serait identique à la crampe des écrivains, et elle surviendrait chez certaines personnes « à la suite de mouvements répétés»; et, avant lui, l’auteur ne croit pas qu'on ait signalé cette crampe,
constatée, non seulement chez les écrivains, mais aussi chez les dessinateurs, chez les graveurs et chez les musiciens.Il eut l’occasion d'observer deux cas, dont l’un très caractéristique et particulièremlnt intéressant. Ce dernier malade était très intelligent et, employé au télégraphe depuis dix-neuf ans, avait suivi la maladie depuis son apparition ; il constata les premiers symptômes par le fait d’éprouver une certaine difficulté à faire les points et surtout une série de points. Dans le télégraphe Morse, on sait que les lettres sont représentées par une réunion de traits et de points, et « les premières lettres pour lesquelles il éprouve une certaine raideur de manipulation sont l’s, qui est formé de trois points, 1’/ qui est formé de deux points et le v de deux points et un trait. Le d, qui commence par un trait et deux points, se faisait mieux que le a, parce que le premier mouvement terminant le trait donnait une plus grande assurance à l'ensemble du mouvement. Peu à peu, la formation de toute espèce de traits et de points est devenue impossible avec la main dans la position ordinaire; le malade essaye alors d’agir sur le manipulateur avec le pouce seul, et, pendant près de deux ans, il peut ainsi transmettre les dépêches. Après cette période, le pouce est pris de crampes, et le malade se sert alors successivement de l’index et du médius. Chacun de ces doigts peut lui permettre de manipuler pendant deux à trois mois, mais tous deux sont à leur tour pris de spasmes. Enfin il se sert du poignet, mais les mouvements coordonnés deviennent bientôt également impossibles, et tandis que pour les doigts il éprouvait une sorte de raideur, l'usage du poignet détermine
LA CRAMPE DES ÉCRIVAINS
des mouvements rapides et convulsifs de l’avantbras dès qu'il veut lancer une dépêche ».
Si le malade voulait surmonter toutes ces difficultés, des frémissements apparaissaient dans le bras et même dans la jambe du même côté ; il se plaignait de douleurs à la nuque et parfois d’un sentiment de vertige et d’insomnie.
Selon Onimus, cette affection ne serait pas rare parmi les employés des télégraphes, et surtout pour ceux qui utilisent l’appareil Morse. Les malades désigneraient entre eux cette affection par l’expression de mal télégraphique.
Comme thérapeutique, Onimus conseille de faire changer de temps en temps l’appareil de h expéditeur, et cela dès qu’il se plaint, dès l’apparition des premiers symptômes, en le remplaçant par le système Hughs , qui se trouve également employé dans tous les bureaux télégraphiques.
Dans un second travail, Onimus insiste, ayant eu l'occasion d’observer de nouveaux faits, sur ce point que la crampe des écrivains n’est pas seulement « la répétition fréquente des mêmes mouvements qui amènent la crampe, mais bien le plus ou moins d’irritabilité ». Ce fait, constaté par Onimus chez les sujets atteints du mal télégraphique, serait identiquement le même dans le cas des crampes des écrivains. 11 y aurait des caractères communs pour tous les spasmes fonctionnels. Les phénomènes seraient plus généraux chez les télégraphistes ; le télégraphe Morse exige une attention spéciale dans la transmission des traits eL des lignes. Un employé intelligent
lui avait communiqué que la transmission défectueuse
d’une seule lettre, E par exemple, « peut tronquer le mot référé de 447 manières différentes ». Un employé d’une habileté moyenne transmet et reçoit environ 7.000 signaux à l’heure, donc environ 49.000 par jour, en calculant la durée du service comme étant de sept heures. La tension d’esprit est un des facteurs intéressants dans la genèse des crampes fonctionnelles. La transmission des dépêches offre, comme tout acte d’habitude, des mouvements réflexes inconscients. « La main, écrit le docteur Onimus, n’obéit pas toujours aux déterminations de la volonté. Souvent même, un mot mal lu est transmis correctement. D’un autre côté, un employé dont la transmission est lente naturellement ne s’interrompt pas toujours lorsqu’il vient à sommeiller; dans ce cas, il transmet à son correspondant les pensées qui accompagnent ce demi-rêve, car il continue à faire marcher le levier avec sa main et à expédier des dépêches ». La main va plus vite que la volonté, et les désordres arrivent quand la main est entraînée après une heure de manipulation, quand elle a atteint son maximum de vitesse.
« D’après les renseignements, écrit Onimus, que nous avons obtenus, les symptômes généraux seraient, en outre, bien plus fréquents et se produiraient bien plus rapidement chez la femme que chez l’homme. Ces symptômes se manifestent surtout par des palpitations, des vertiges, de l’insomnie et peulôlre un affaiblissement de la vue ; les employés anciens et laborieux font, la plupart, usage de lunettes. Dans cetlc affection, comme dans la fatigue cérébrale amenée progressivement par une grande activité du cer-
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veau, il existe à la nuque un sentiment de constriction, qui semble maintenir, comme dans un étau, la partie postérieure du crâne. Cette sensation est assez fréquente chez les hommes d’affaires, et M. Brown- Séouard nous a dit qu elle existait presque constamment chez les Américains rendus malades ou surexcités à la suite de grandes préoccupations de commerce ou d’industrie. Elle apparaît surtout lorsqu'on veut forcer les fonctions intellectuelles déjà fatiguées; nous l avons observée chez plusieurs personnes dans ces conditions.
« A la surexcitation succède rabattement, la tristesse et une complète atonie physique et morale. Le sujet perd la mémoire, et on m’a assuré que la folie même peut survenir au bout de quelques années de cet état pathologique. »
Le docteur Onimus, pour faciliter l'intelligence des troubles moteurs de ses malades atteints du mal télégraphique, cite celte page intéressante de Maxime du Camp, Paris , sa vie et ses organes :
« La fatigue que cause le travail de manipulation est excessive. L’appareil estdesservi par deux agents: l’un reçoit ou expédie la dépêche, l’autre la traduit si elle est arrivée par l’appareil Morse ; on la coupe, on la colle sur la feuille de roule si elle est parvenue par l’appareil Ilughs. Cela n’a l’air de rien au premier abord; être assis sur une chaise en présence d’une machine intelligente qui paraît fonctionner d’ellemême, suivre du regard les traits qu’elle dessine; dérouler lentement une bande de papier ; c’est là tout le travail apparent ; mais pour être bien fait, il nécessite une rapidité de main, une fixité de regard,
une tension d’esprit et souvent même un déploiement de force considérable. Tout l’être participe à la fonction ; un instant d’inadvertance peut amener une erreur, il faut Savoir les éviter. Il n’y a pas une seconde de repos, tous les nerfs sont tendus et surexcités ; la diversité même des dépêches qui se succèdent sans relâche amène une lassitude de plus : affaires de famille, tripotages de bourse, opérations commerciales, nouvelles politiques, lettres chiffrées, langues anglaise, française, italienne, espagnole, hollandaise, allemande, arrivent l’une après l’autre, comme les battements d’une pendule, régulièrement et infatigablement dans l’espace du même quart-d’heure. A cela, il faut ajouter le bruit ininterrompu des appareils, bruit nerveux, saccadé, presque aigre tant il est sec, et qui, à force de se reproduire sans discontinuité, finit par ébranler les natures les plus vigoureuses.
« Si jamais on arrive à écrire l'histoire des maladies de chaque corps de métier, je suis persuadé que le télégraphe électrique fournira un contingent remarquable et tout à fait particulier .»
Duciienne de Boulogne appelait spasme fonctionnel et paralysie musculaire fonctionnelle « une affection caractérisée, soit par des contractions pathologiques continues, douloureuses ou indolentes, soit par des contractions cloniques ou des tremblements, soit enfin par une paralysie ; affection qui se manifeste seulement pendant l’exercice de certains mouvements volontaires ou instinctifs, et qui peut siéger dans toutes les régions ». Le spasme fonctionnel « peut établir son siège dans toutes les régions ou affecter
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un grand nombre de mouvements volontaires ou instinctifs ». L'abus d'une fonction musculaire provoquerait le spasme. Voici en résumé les observations de cet auteur. Obs. I. Un agent de change « chez lequel les deux dernières phalanges de l’index se fléchissaient pendant que la première s’étendait sur le premier métacarpien, dès qu’il avait écrit quelques mots ». Obs. II. Un employé du ministère de la guerre « dont les deux premiers doigts se plaçaient dans une attitude opposée, c'est-à-dire que la première phalange était lléchie, tandis que les deux dernières étaient dans l'extension ». Obs. III. Deux malades « dont la main exécutait un mouvement de supination sitôt qu’ils avaient tracé un mot ; de sorte que le bec de leur plume regardait en l’air sans qu'ils puissent s’y opposer ».
Duchenne remarque que ce spasme fonctionnel n'affecte pas seulement la main et les écrivains, comme l'indique son nom et il cite plusieurs observations de malades atteints d’autres spasmes fonctionnels. Voici en résumé ses observations : Obs. I. Un tailleur tournait violemment le bras en dedans en contracturant son sous-scapulaire dès qu’il commençait à coudre. Tout autre exercice lui était possible. Obs. II. Chez un maître d’armes, l’humérus « du côté qui tenait l’épée, tournait en dedans sitôt qu’il se mettait en garde ». Obs. III. Un ouvrier ferblantier, « lorsqu’il voulait planer une plaque de métal, le deltoïde et le biceps du membre supérieur qui tient le marteau se contracturaient douloureusement ». Obs. IV. Chez un tourneur, « les fléchisseurs du pied sur la jambe se contracturaient dès qu’il l’appliquait sur la planche
pour faire mouvoir son tour ». Obs. V. L'observation cTAndral concernant un monsieur « dont la tête se tourne à droite par la contraction des muscles rotateurs, lorsqu’il veut lire, jusqu’à ce qu'il ait rejeté son livre (1855) ». Ce malade était également atteint de la crampe des écrivains. Obs. VI. Un savetier « éprouvait les mêmes contractures dans les rotateurs droits de la tête, et dans quelques muscles de l’épaule droite et de la face dès qu’il se mettait au travail ». Obs. VII. Un savant qui avait passé plusieurs années à traduire des manuscrits, mais dont la vue était bonne, ne présentait aucun trouble de la vision quand il regardait dans le vague, « mais quelques secondes après que ses yeux s’étaient arrêtés sur un objet, il voyait double». Ce phénomène morbide dépendait de la contracture spasmodique du droit interne de l’œil gauche. Ohs. VIII. Un étudiant de Strasbourg qui s’était adonné à un travail intellectuel intense et continu, ne pouvait se livrer à la lecture sans éprouver les phénomènes morbides suivants : « J’ai constaté, écrit Duchenne, qu'alors ses sourcils étaient élevés par la contracture des frontaux, et que ses paupières se fermaient par la contracture des orbiculaires, que sa face s’injectait et que ses veines temporelles étaient gonflées». Lejeune homme, ne pouvant se guérir, se tua de désespoir. Ohs. IX. Chez un paveur, les deux sterno-mastoïdiens « se contracturaient pendant la contraction instinctive des muscles qui maintiennent la tète en équilibre entre la flexion et l’extension. Cette contracture était telle que sa tète se fléchissait avec une force extrême ». Dès que la tête s’appuyait, la contracture cessait. Ohs. X. Un curé de campagne présentait les troubles suivants dans
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le mécanisme de la respiration : « A chaque inspiration, tout le côté gauche de son abdomen se tend et se déprime pendant que du côté gauche, l’épigastre est soulevé normalement ». Ce trouble, le plus curieux observé par Duchenne de Boulogne, était dû uniquement à la contraction spasmodique et douloureuse des muscles de l'abdomen du côté droit.
Duchenne de Boulogne distingue, comme nous l’avons vu, une autre catégorie de spasmes fonctionnels qui ne sont pas des crampes. II cite plusieurs exemples. La douleur n’accompagne pas nécessairement, selon Duchenne, les troubles fonctionnels ; la douleur serait provoquée quelquefois par une névralgie temporaire (obs. CCXXIX). Citons encore une dernière remarque de Duchenne : « L’exercice de certains mouvements volontaires produit quelquefois la paralysie temporaire d’un ou de plusieurs muscles qui concourent à ces mouvements. Cette paralysie fonctionnelle affecte les mêmes muscles que le spasme fonctionnel (obs. CCXXX et CCXXI).
En dehors de la crampe on peut trouver : 1° des paralysies plus ou moins complètes; 2° des tremblements musculaires; 3° des convulsions cboréiformes ; 4° des troubles de la sensibilité musculaire et 5° des troubles de la sensibilité cutanée.
Gallard consacra une longue leçon clinique à la Pitié sur la crampe des écrivains et présenta deux cas atteints de cette affection. Le premier cas était un jeune homme de 18 ans, qui dès l’âge de 10 ans, fut employé dans une étude d’avoué à copier des rôles. Il changea de profession à l’âge de 15 ans et demi eL devint commis mercier. Deux ans après avoir cessé
d’écrire, il commence à se plaindre de la fatigue en écrivant. Après vingt minutes d’écriture, la main devenait lourde « l’index et le médius se raidissaient, s’étendaient de plus en plus, la flexion de ces doigts, si nécessaire à l’acte d’écrire, devenait bientôt impossible et ce jeune homme se voyait obligé de suspendre son travail ». Les accidents s’aggravèrent, l'anesthésie apparut, et le désordre fut plus complet et se généralisa. L’attitude des doigts n’était pénible que lorsqu'ils se trouvaient en contact avec une plume ; « rien de pareil ne se produisait toutes les fois que les muscles des avant-bras entraient en contraction pour un autre usage ». Au moment où il présenta le sujet, il faisait remarquer que le malade tout en écrivant lentement son nom ne présentait aucune trace de trémulation. Voici d’après le docteur Gallard l'examen de son écriture. « Les lignes sont loin d'être parallèles, comme dans l'écriture courante d’une personne qui est en pleine possession de la liberté de ses mouvements ; elles s’élèvent et s’abaissent avec une grande irrégularité. Les lettres qui forment chaque mot n’ont pas toutes des dimensions égales : certains jambages de L ou de B montent très haut, empiètent même sur la ligne supérieure ; d’autres, au contraire, ne présentent que des dimensions très réduites. Les pleins et les déliés se succèdent sans ordre ; ou plutôt l’ordre habituel est souvent interverti, un plein se trouve à la place d’un délié etréciproquement (p. 450). » Ces désordres atteignent le maximum, quand le malade se sert de la plume ; il préfère pour ces raisons se servir du crayon. Les troubles fonctionnels, après avoir été limités à l’acte d’écrire, se font sentir à la
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longue « dans tous les actes qui exigent une certaine coordination des mouvements des doigts ». Le docteur Gallard faisait remarquer à ses élèves que son malade n'avait jamais eu de crampes à proprement parler, mais « une simple contracture, non douloureuse, bientôt suivie d'un certain degré d’anesthésie et de paralysie de la sensibilité tactile (p. 451) ».
Son second cas était un employé d’administration âgé de 47 ans, auquel le docteur Gallard avait donné des soins depuis plusieurs années, mais malheureusement infructueux. Il était entré à l’âge de 25 ans dans l’administration, et comme son écriture laissait à désirer, il prit quelques leçons qui modifièrent sensiblement sa manière d écrire. Il eut à lutter pendant de longues années pour assurer à son écriture une forme définitive. Plus tard, étant obligé d’écrire sur des livres de caisse, donc rapidement et sans prendre des aises, il commence à éprouver de la fatigue dans l'avant-bras et dans la main. Atteint de rhumatisme à l’épaule droite pendant la guerre, on trouve tout d’abord une certaine gène des mouvements de l'épaule seulement, puis des contractures, de véritables crampes douloureuses des doigts. « Ces crampes affectaient surtout l’indicateur, qui se contractait sur le porte-plume de façon à le briser ou à le tordre, et qui accentuaient parfois le mouvement de Ilcxion de ce doigt, à tel point que l’extrémité de l’ongle marquait son empreinte dans la paume de la main ; le médius ne tarda pas à être entraîné dans le même mouvement de Ilcxion convulsive, et l’écriture devint absolument impossible (p. 453). » Pendant longtemps, cet homme chercha à dissimuler son infirmité de crainte de
perdre sa place, cherchant les positions les plus étranges pour pouvoir écrire. Changé de service — il collait des timbres mobiles sur les quittances, — sa main droite fonctionnait toujours irrégulièrement « elle avait de la peine à bien saisir ces petits carrés de papier, pour les passer sur l’éponge mouillée». L’inhabileté réapparaissait toutes les fois qu'il s'agissait d’une contraction régulière et bien coordonnée des muscles de la main et des doigts ; « il lui était impossible de saisir une épingle, pour la fixer sur une étoffe, de faire le nœud de sa cravate, de tourner les feuillets d’un livre, de jouer aux cartes ». Les troubles de la motilité se produisaient surtout dans les mouvements qui nécessitaient la flexion et l’extension alternative des doigts. » Pour obtenir le résultat voulu, le malade faisait comme tous ceux atteints de la crampe des écrivains, il essayait de supprimer l'extension « et de plier les quatre derniers doigts dans la main de façon à opposer au pouce, non plus l’extrémité de l'un ou de l’autre de ces doigts, mais bien la face externe des deux premières phalanges de l'indicateur (p. 455 ».
Le docteur Gallard cite encore un cas publié par Duchenne (315, p. 1022) et il conclut que ces malades ne sont pas atteints à proprement parler d'une crampe. Une crampe est une contraclion spasmodique, involontaire, et elle n’existait pas chez tous ses malades ; dans un seul cas, il a pu constater nettement cette crampe véritable. Chez les malades observés par le docteur Gallard à la Pitié, les désordres des mouvements peuvent se produire aussi pendant d’autres actes que ceux de l’écriture. Ce sérail une erreur de croire, selon Gallard, que ces muscles qui se
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crampent pendant l'acte de l’écriture sont dociles à l’exécution d’autres mouvements. La main ne demeure pas « apte à accomplir tous les auLres mouvements » ; l’examen de ses malades fait foi de ses affirmations cliniques. Il cite encore à l’appui les observations de Duchenne, puis montre la variété des crampes fonctionnelles professionnelles, crampes qui attaquent presque tous les groupes de muscles de la dynamique organique, depuis le premier latéral jusqu’au sternoclido-mastoïdien. La maladie n’est pas spéciale aux écrivains et il partage complètement l’avis de Duchenne de Boulogne pour qu’on appelle cette crampe « spasme et impotence fonctionnelle », mais il n’est pas d’avis de garder le mot spasme et il propose de la dénommer tout court impotence fonctionnelle. « Il y a dans tous les cas, non pas faiblesse ou exagération de la contractibilité musculaire; non pas impuissance d’agir, mais seulement impossibilité d’obtenir une action régulière et bien coordonnée, ce qui constitue à proprement parler une véritable « impotence » bien plutôt qu’une gêne causée par une lésion anatomique quelconque. »
Belmondo, tout dernièrement (1896), a voulu joindre aux formes de crampes fonctionnelles décrites, une forme dont le symptôme unique serait l’ataxie ; les contractions spasmodiques proprement dites, tant cloniques que toniques de la main et de l’avant-bras sont insuffisantes pour rendre compte du trouble grave de l’écriture. Son cas l’oblige à penser à l’existence d’un choc traumatique ancien de la main droite, au moment où il commençait à écrire.
J’ai eu l’occasion d’examiner et de suivre de près
trois cas de crampe d’écrivains. Voici en résumé mes observations :
Observation I. Sujet bien portant. Aucune hérédité névropathique. Des goutteux dans la famille, mais qui n’en a pas? Agé de 34 ans. Ecrivain littérateur. 11 a remarqué depuis sept mois que sa main ne supportait guère la plume pendant qu'il écrivait, qu'il créait. Dans des travaux de copie, cette sensation disparaissait, mais pour apparaître violemment dès qu’il s’agissait de l’écriture spontanée, de la plus simple phrase écrite sans dictée, sans modèle. Au moment où nous avons pu l’examiner, il lui était impossible d’écrire spontanément, même une lettre d'une certaine longueur, et pour faire sa correspondance, il passait toute sa journée. Le pouce se contractait spasmodiquement, l’index devenait raide et la main s’ouvrait rythmiquement et cloniquement, de sorte que la plume ne pouvait être gardée entre les doigts longuement. Son infirmité l’ennuyait surtout parce que vivant de sa plume, il lui était impossible de gagner sa vie. On employa l’électricité, des plumes de toutes formes, lourdes, légères ; la série des calmants fut vite épuisée et l’hydrothérapie ne faisait que l’énerver davantage. J’eus l'idée d'employer l’hypnotisme. Le sujet était suggestible, mais on n'a pu l’endormir qu’au bout de quatre séances, car il avait une certaine méfiance contre l'hypnotisme.
Au bout de quatre mois de traitement, pendant lequel on suggéra au commencement deux fois par semaine, et ensuite une fois, que sa main était « engourdie » et qu'elle pouvait très bien s'adapter à écrire et sans pour cela qu'il fasse d'autre exercice que
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celui de copie — chaque jour, il copiait soit des pages de ses anciens écrits, soit des pages d’auteurs classiques. Il lui était défendu de faire le moindre essai d’écriture spontanée. Au réveil, sa main était laissée légèrement engourdie, il faut ajouter que le sujet ne présentait aucun trouble sensoriel. Au bout de deux mois, le sujet commença à écrire d’abord pendant le sommeil hynoptique et quelque temps après, avant même la fin du troisième mois, il commença à écrire spontanément, mais il ne pouvait qu’écrire tout doucement, lentement et éprouvant une certaine gêne dans l’épaule et au coude. Le malade fut guéri et il recommença sa vie, gardant de son infirmité une vague appréhension toutes les fois qu’il s’agissait de commencer un travail, et une impossibilité d’écrire aussi vite qu’auparavant. Rendu à ses propres forces, il eut une rechute, mais assez légère, au bout de sept mois, mais depuis, voici trois ans qu’il continue à travailler sans se plaindre d’autre chose que de l’impossibilité de saisir sa pensée, « d écrire vite ».
Observation 1 1 . — 11 s'agit d’un fonctionnaire comptable âgéde27 ans. Héridité un peu sujette à caution. Mère nerveuse, sœur malade (crises?), grand’mère épileptique. 11 éprouva les spasmes connus de la crampe des écrivains à la suite de chagrins moraux. 11 tomba amoureux d’une jeune fille, et pendant les longues heures du bureau, sa pensée, automatiquement, le conduisait vers la personne qui, coquette, ne faisait que vaguement attention à ses exploits. La jeune fille se marie; la main de mon sujet devient petit à petit lourde et incapable de tenir la plume. 11 associa subconsciemment le geste de colère à celui de
tenir sa plume. Il s’ingénia pendant plus de quatre mois à changer de plume, à avoir recours à des artifices aussi savants qu’inutiles, mais son mal ne faisait qu'augmenter. Il avait en outre peur de perdre sa place. Il obtint des congés à plusieurs reprises et vint se soigner à Paris. Il suivit des conseils médicaux nombreux; l’électricité galvanique améliora un peu son état de santé, mais seulement pendant une très courte durée. L'hypnotisme le rendit à son travail, à la suite d’une trentaine de séances, pendant lesquelles on essaya de mettre au second plan ses préoccupations sentimentales. Aucune récidive depuis un an et demi.
Observation III. — Journaliste, âgé de 40 ans. Activité forcée et pris à toute heure par des articles d’informations. 11 a toujours écrit dans de mauvaises conditions d’hygiène, écrivant dans le train, au coin d’une table de café, sur un calepin, etc. Son écriture devint à peine déchiffrable pour ses imprimeurs habituels. Vers l’âge de 34 ans, il s’est aperçu qu’il avait une certaine difficulté à faire ses articles, à les écrire, la plume devenait lourde, ses doigts gesticulaient sur la plume ou se raidissaient capricieusement. Quand nous l’avons examiné, il suivait des traitements de neurasthénie, il prenait des quantités considérables de bromure, des douches, après avoir pris de la belladone pendant des semaines. Son mal ne faisait qu’empirer. Il mettait des heures à écrire un article qui, habituellement, lui demandait une demiheure, et il était forcé de faire appel â toute son énergie pour lutter contre la raideur de ses doigts. Il pouvait donc encore écrire, la main n’étant pas
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arrivée au maximum de contracture, mais le travail était pénible, angoissant, et son attention s’épuisait rapidement. Par quelques séances d’hypnose, aidées par le repos et une discipline de sa vie, on est arrivé à diminuer l'angoisse et les crampes spasmodiques des doigts, tout en ayant soin de laisser la main du sujet un peu engourdie après le réveil.
Naecke (d’Hubertusburg) (1) vient tout dernièrement de publier quelques remarques cliniques très précises sur la crampe des liseurs : « crampe de la nuque ». Cette crampe, comme toutes les autres, d’ailleurs, se développait sur des terrains prédisposés et de préférence neurasthéniques; son cas personnel en serait un exemple. Cette crampe est causée par l'inclinaison trop prolongée de la tète pendant de nombreuses heures consécutives. La tête se penche surtout du côté gauche, selon Naecke, car la position du livre n’étant jamais droite, la tète suivrait cette position du livre, dictée parfois par la lumière, il faut le dire. On garderait même en dehors de toute crampe cette habitude de tenir la tête dans cette position stéréotypée , pendant la marche ou encore pendant la position debout. La myopie et les vices de réfraction accentueraient cette inclinaison de la tète ; Naecke cite encore comme causes : l’usage des lunettes, l’effort mental pour mieux voir et l’éclairage insuffisant. Sur l’auteur même, ces causes n’agissent pas lorsqu’il écrit durant des heures entières ; il n’éprouve pas les mêmes troubles que lorsqu’il lit,
(1) Na ecke, La crampe clés liseurs. (In Neurol. Cenlralb. N° 19, 1906.)
quoique les conditions seraient encore plus mauvaises et les vices de réfraction identiques. La tension nerveuse épuiserait les muscles, tout comme dans la crampe des écrivains les muscles finissent par se fatiguer. Rappelons à titre de document que, en dehors des écrivains et des liseurs, on a publié des cas de crampe des pianistes (Duchenne, Eulexburg), crampe des violonistes (Onimus, Wilhelm), crampe des cordonniers, des tailleurs , des couturières (Clemens, Lociier-Balber, Miller, Sticii, Simon, Tiiielmann), la crampe des forgerons Duchenne, Franck Smith, Eulenburg), crampe de la traite (Basedow, Wilde), crampe des télégraphistes Onimus), crampe des cigarières (Wilde), crampe des horlogers (W. Mitchell, Wilde), crampe des danseuses (Siiultz, Kraussold, Onimus), crampe des photographes (Napias), etc., etc. ; en somme, toutes les crampes fonctionnelles possibles. Je ne connais pourtant aucun cas de crampe de dactylographes, et l'explication est possible, car la main joue un rôle automatique et ne modèle rien, ne subit aucune modification subconsciente comme par exemple dans l’art de l’écriture.
P. Bonnier signala un cas de crampe professionnelle symptomatique de la maladie de Briglit :
« 11 serait intéressant, conclut l’auteur, de rechercher dans quelle proportion les crampes professionnelles, si fréquentes et souvent si tenaces, comme celle-ci, céderaient à un traitement symptomatique justifié par la recherche, souvent négligée, de l'état brighlique, dont elles semblent pouvoir être le premier et pendant longtemps l’unique symptôme. »
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Diagnostic et étiologie. — La crampe des écrivains, en dehors des vieilles recherchesde Zuradelli, IIaupt et Burckhardt sur l’écriture en elle-même, n’a été guère l'objet des éludes de ce genre, les seules pourtant capables de nous éclairer sur le mécanisme pathologique de cette affection. Car si cette maladie n’atteint pas exclusivement ceux qui écrivent, l’acte de l'écriture est le seul dont la psychologie nous soit plus connue et plus précise. L’acte d’écrire exige non seulement une certaine coordination motrice, mais une habileté toute particulière. La main tout entière se transforme dans un appareil unique et par l’action synergique des fléchisseurs, des lombricaux, des interosseux, il résulte une activité harmonieuse, souple et rigide à la fois, ccL appareil dynamique se modelant sensiblement, automatiquement et rapidement aux exigences complexes du dessin des lettres et aux images adéquates élaborées par la pensée.
Selon Burckiiardt, trois groupes musculaires jouent un rôle important dans l’acte d écrire, indifféremment si l'acte est tonique (fixation de la main et de la plume), ou clonique (formation des caractères): 1° le groupe des inlerosseux ; 2° le groupe des longs extenseurs ;3° celui des longs fléchisseurs. Les extenseurs viendraient surtout en aide quand les mouvements sont plus étendus et ils auraient une action plutôt tonique. Les fléchisseurs soûl des véritables antagonistes des interosseux, qui sont à la fois
toniques et cloniques. Mais commme le fait remar-
quer Burckhardt, et plus tard Zuber, l’acte d écrire exige une individualité dynamique, une activité musculaire spéciale, individuelle. « Quand on songe à la multiplicité des organes musculaires et nerveux, écrit Zuber, mis enjeu par l’acte que nous étudions, à la régularité et à la longue durée de la distribution nerveuse nécessaire au consensus harmonique de toutes sortes d’appareils peu destinés à agir simultanément, on arrive à s’étonner que les altérations fonctionnelles de cet acte compliqué entre tous ne soient pas plus fréquentes. »
La plupart des auteurs qui avaient songé à la pathogénie de cette maladie ont accepté toutes les hypothèses sans aucun contrôle critique. Erlexmeyer entre autres, n’avait-il pas fait époque avec ses paradoxes clinico-physiologiques ? Erlexmeyer fut un des premiers auteurs qui songèrent à la nécessité d’un centre cortical. Il pense même que les Juifs et les peuples de l’antiquité, qui écrivaient de droite à gauche, étaient droitiers du cerveau, et ils devaient écrire avec la main gauche. La direction de l’écriture la plus naturelle est de gauche à droite, dans le sens de l’abduction de la main. L’écriture se fera de droite à gauche, donc toujours dans le sens de l’abduction, quand le centre de l’écriture étant détruit, il y a suppléance d’un centre du côté droit. Les paralytiques écriraient selon cette loi physiologique, donc de droite à gauche, comme ces peuples orientaux. Erb n’admet pas un centre propre de coordination, mais il incline vers la possibilité d’une systématisation des voûtions, devenues réflexes par l'habitude. Mais l’acte de l’écriture n’est pas le seul geste l’onc-
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tionnel atteint; donc il faut envisager autrement le problème.
Duchenne de Boulogne s’est demandé parmi les premiers quelle serait la nature de cette maladie. Est-elle périphérique, donc limitée aux muscles qui concourent à l’accomplissement de la fonction musculaire définie, ou bien serait-elle d’origine centrale ? Le centre nerveux, en d’autres mots, serait surexcité, épuisé par la répétition continuelle fonctionnelle. Duchenne, sans avoir des preuves, incline vers la seconde hypothèse. « Gomment, en effet, admettre qu’un muscle serait plus surexcitable et se contracterait ou s’agiterait convulsivement, ou qu’il aurait perdu son aptitude à réagir sous l’influence de l’excitant nerveux, quand il aurait à remplir certaines fonctions, tandis qu’il se contracterait normalement pour toutes les autres fonctions ? » « Existerait-il, écrit Duchenne, un point des centres nerveux qui, surexcité ou épuisé par l’exercice souvent répété de certaines fonctions musculaires, tantôt ferait une décharge nerveuse trop considérable et produirait la contracture de certains muscles, tantôt leur enverrait l’excitant nerveux irrégulièrement et occasionnerait des tremblements ou des mouvements cloniques, tantôt enfin cesserait de leur distribuer la force nerveuse, et tout cela seulement pendant l'accomplissement de ces memes fonctions musculaires ?... J’avoue que je ne suis pas actuellement en mesure de résoudre cet important problème, mais je penche beaucoup pour celte hypothèse. » (3e p. 1028.)
Reynold {Encyclopédie classique) classait la crampe des écrivains parmi les maladies nerveuses générales
caractérisées par un état d’incoordination musculaire. (Bénédikt). V. Poore est un des défenseurs d e l'origine périphérique de cette affection. Le bon sens de Duchenne de Boulogne reste pourtant debout, malgré l’ingéniosité toute théorique de l'auteur anglais. Cet auteur considère qu’il y a toujours des lésions périphériques, mais hâtons-nous de dire qu'il entend par lésions les parésies, les contractures musculaires, les tremblements, les troubles sensoriels, etc. Il admet en plus l’existence d’un vague centre graphique. La crampe serait en outre capable d'être provoquée par l’excitation faradique Le fait n'est pas vrai. Sur moi-même, j’ai essayé à plusieurs reprises; je n’ai pas pu obtenir autre chose qu'une convulsion musculaire plus ou moins banale ou brusque. Citons encore parmi les arguments de Poore sa soi-disant fatigue chronique musculaire, le seul à retenir. Ajoutons encore que pour cet auteur, celle affection fait partie de la même famille que les névralgies.
Toutes les théories expliquent tout et aucune n’avance le problème.
Dans la pathogénie de cette singulière affection, le docteur Gallard partage l avis de Duchenne, qu'on ne peut pas la localiser dans les muscles, ni dans les lésions des nerfs, mais peut-être dans la moelle. « Mais, ajoute-t-il, je cherche en vain la nature de l’altération morbide qui correspond à ces symptômes, et, ce qui est plus grave, le point précis de l'axe médullaire sur lequel devrait se fixer celle altération de nature inconnue (p. 475) ». Le docteur Gallard inclinerait plutôt à ne voir dans celte maladie « qu'un simple trouble fonctionnel, sans lésion d'organes ou
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de tissus », ce qui expliquerait la variété de ses symptômes. La fatigue u'cst pas la principale cause, et parmi les éléments pathogènes signalés, il faut citer le froid, linlluence du rhumatisme et des affections diathésiques et surtout l’hérédité. Le docteur Gallard a connu une famille dans laquelle la mère et deux enfants sont affectés de l'impotence fonctionnelle.
La névrose des écrivains, dit Jaccoud, présente en réalité quatre modalités pathogéniques : la faiblesse paralytique, le tremblement, les mouvements d'association, les contractions spasmodiques... Elle présente toutes les formes connues des désordres de la motilité, qu elle semble résumer en elle : c’est une akinésie, c’est un trouble de stabilité (tremblement), c’est une ataxie (anomalie des irradiations spinales), c’est une hyperkinésie (crampes ou spasmes).
J. Simon nous donne une définition presque analogue : « On donne le nom de crampe des écrivains à la raideur des muscles fléchisseurs, rarement des extenseurs des doigts, au moment d'écrire. Quelquefois pourtant, la crampe est produite par l’immobilisation simultanée des fléchisseurs et des extenseurs, et môme des muscles propres de la main. Cet organe reste apte à tous les autres mouvements. »
La symptomatologie est ainsi extrêmement variable, mais ne correspond pas toujours à la réalité clinique. Canstatt ne divisait-il pas les malades en deux catégories : ceux dont la contracture est caractérisée par la prédominance des fléchisseurs et ceux chez qui les extenseurs sont tout spécialement atteints. Rien de plus faux, quand on songe à la multiplicité des modulations de la main pour écrire la plus simple des propositions.
Zuber, dans son article, un des mieux faits sur les spasmes fonctionnels, se contente d'admettre la description symptomatique de Duciienne de Boulogne : la forme spasmodique et la forme paralytique. Les cas de Duciienne, quoique analysés avec sa pénétration scientifique connue, ne plaident pas pourtant pour cette classification symptomatique. S il n’y a pas toujours spasme, comme le pense Gallard, il y a quand meme des formes spasmodiques. Tout acte fonctionnel, à mon avis, a un peu de l’activité spasmodique et surtout, quand il s’agit d'atteindre un maximum et d’obtenir la limite ultima de son automatisme musculaire. Les formes paralytiques sont rarement vraiment paralytiques ; il y a des impotences fonctionnelles, des parésies musculaires tout au plus. Les contractures ne se produisent que sous l'influence de l’acte fonctionnel, de l’acte d’écrire surtout, le plus émotionnel des actes fonctionnels musculaires. Les traits de l’écriture ont des formes ondulées et les lettres n’ont presque pas de continuité. Certains hystériques auraient des graphismes identiques. Pour ce qui concerne la forme paralytique, on constate un vague commencement de dégénérescence, D’après Poore : trois fois sur trente-deux cas : deux fois l'interosseux dorsal, une fois les extenseurs et le court fléchisseur du pouce. Eulenburc. a constaté, en outre, par l’exploration électrique (galvanique), une exagération de l’irritahilité dans des cas de contracture du pouce.
L’anatomie pathologique de cette affection n’existe pas; de même qu’il reste à faire et à connaître son mécanisme physio-pathologique et sa psycho-pathologie.
LA CRAMPE DES ÉCRIVAINS
En résumé, quoique les auteurs ne soient pas d'accord, on pourrait penser qu’on a nommé à tort cette maladie « crampe des écrivains », et que si, par hasard, elle attaque plus ceux qui écrivent, cette affection pathologique se retrouve dans tous les actes fonctionnels de la main. Le mot de « spasme fonctionnel » semble donc plus indiqué, ou encore pour employer le terme du docteur Gallard : « impotence fonctionnelle », car le spasme n’est pas toujours adéquat à cette affection.
Si l’on parcourt les auteurs classiques, on retrouve une variété de significations pathologiques de cette affection. Ainsi, elle est considérée par :
Brücke, comme synonyme du bégaiement ;
Albers
Heyfelder
Dzondy
Romberg
vertige partiel; chorée locale;
faiblesse due à une paralysie des antagonistes ;
maladie cl'origine réflexe;
Duchenne de Boulogne
Gallard
maladie cl'origine réflexe centrale;
maladie d'origine réflexe plutôt médullaire ;
Jaccoud — névrose : faiblesse para-
lytique, tremblement, troubles des mouvements d’association, contraction spasmodique.
Les symptômes de la maladie ne nous indiquent rien sur sa patliogénic ; on comprend plus facilement le mécanisme de sa pathologie. Il faut distinguer deux opinions contradictoires étayées toutes les deux par des observations à l’appui ; selon certains auteurs, la crampe serait limitée pour le spasme fonctionnel, en d’autres mots, le sujet pourrait utiliser les muscles de la main pour toute autre activité musculaire, sauf l’acte d’écrire, par exemple. Le fait ne serait pas exact pourd’autres auteurs, etpourla main toutentière, toute activité musculaire deviendrait spasmodique ou non, mais elle ne serait pas capable d’une activité fonctionnelle précise. Pourtant, si cette maladie n'est pas exclusivement liée à l'acte d’écrire, elle est plus intéressante à être étudiée à ce point de vue, car l'acte d’écrire est qualitativement plus compliqué, plus capable de nous donner quelques renseignements que l’acte de balayer, que le geste du cordonnier ou celui de la fille de ferme qui trait les vaches. A mon avis, il faut distinguer dans cette affection deux éléments : l’élément fonctionnel, automatique, physiologique, l’habitude de la coordination systématique, répétée indéfiniment d’un certain nombre de mouvements pour un geste fonctionnel et l 'acte psychique, l’attention qui entre en jeu dans l'acte fonctionnel. Nos trois observations personnelles nous ont permis de nous faire une idée précise à ce sujet, et elle a été confirmée par la lecture des observations des auteurs.
Tout acte fonctionnel arrivé à un degré d’automatisme plus ou moins grand est sujet à des troubles pathologiques qui attaquent certainement la coordination systématique musculaire spécialisée. Les combi-
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liaisons des mouvements de la main sonl infinies ; qualitativement et quantitativement, les muscles de la main peuvent ébaucher des centaines de mille de combinaisons, ayant chacune sa physionomie dynamique, son activité propre, bien définie. Or, certains de ces gestes, par exemple celui de rouler une cigarette, de couper avec des ciseaux, etc., sont dénués d'activité psychologique ; l’automatisme est parfait, l’attention psychologique est nulle, et rarement l'écorce cérébrale est effleurée par cette activité purement médullaire. Mais l’acte d’écrire, aussi automatique qu'il soit, demande une activité psychologique, il réclame de l’attention et une orientation psychique définie. Le mécanisme n’est donc guère le même ; ou s'il y a des éléments communs, ils font partie des synergies musculaires, des actes réflexes habituels. C’est à cause de ce fait que je ne suis pas de l’avis des auteurs de confondre la « crampe des écrivains » avec toutes les crampes fonctionnelles, ou si cliniquement elles ont quelques éléments communs, il faut faire une place à part aux crampes fonctionnelles psychiques comme la crampe des écrivains, caractérisée surtout par des troubles psychologiques notoires. Lorsqu'on lit attentivement les observations sur la crampe des écrivains, on remarquera, tout comme chez mes sujets, que souvent l’idée d’écrire, l’évocation de l’acte d’écrire suffit pour provoquer la crise musculaire, la chorée typique spasmodique fonctionnelle. Chez le malade de Larrey, la main tremblait dès qu’il se servait de la plume sous les yeux de quelqu’un. Dans les autres cas, il paraît qu’il s’agit plutôt d’une fatigue, d’un épuisement musculaire, d’une dissonance île
l'automatisme. Dans mes observations, la synergie musculaire était liée strictement et intimement au seul acte de l’écriture, et la main avait gardé toute sa souplesse merveilleuse pour les nombreux actes fonctionnels. Les idées récentes sur l'aphasie de M. Pierre Marie ont jeté une lumière nouvelle sur la fonction cérébrale, considérée trop automatiquement, trop dogmatiquement au point de vue des centres cérébraux. Admettre un centre de l’écriture, malgré les quelques faits cliniques, me semble anodin, peu scientifique. On aime les schémas, mais un esprit scientifique doit faire complète abstraction de leur usage. L’acte de l’écriture est une des multiples adaptations musculaires, empreint en plus d'une activité intellectuelle spéciale, d’un processus d'attention qui fait appel à toute l’activité cérébrale, depuis l'automatisme banal jusqu’à la création intellectuelle, la création littéraire et scientifique.
Haupt a publié sept cas de crampes fonctionnelles et il a constaté une certaine parésie des muscles isolés, que provoquerait l’entrée en jeu des muscles antagonistes. Pour lui, la maladie débuterait par de la paralysie ; les contractures suivraient de tout près, et toute la musculature intéressée dans l'acte d’écrire pourrait isolément ou en totalité être la cause de la maladie, mais parmi ces muscles de préférence atteints, seraient les interosseux et ceux de l’éminence thénar.
Burckhardt a constaté également que les interosseux sont le plus atteints. L’exploration myographique préciserait, et plus péremptoirement, l'irritation latente de la conductibililé périphérique.
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« Dans la crampe des écrivains, écrit G. Vivian Poore, c’est plutôt la puissance de ténacité que la force brutale qui est altérée. La conclusion que le malade peut tout faire, excepté écrire, est émise hâtivement. » Un rapide examen, selon cet auteur, prouverait que les actes qu’il exécute diffèrent sensiblement de celui d’écrire. « Un de ses malades avait pourtant de la difficulté à mouvoir le régulateur de sa montre avec la pointe d’un canif. Un autre avait d’abord nié tout dérangement en dehors de l’écriture, puis avait fini par admettre qu’en tenant une cuillère à thé, il trouvait que son index glissait sur le manche, et que dans ses affaires (il était banquier), il avait une grande difficulté à épingler les billets de banque. Un troisième malade, qui avait une irritabilité diminuée du court fléchisseur et de l’adducteur du pouce, avait de la difficulté à tenir une pièce de monnaie entre le pouce et la tète du cinquième métacarpien. »
Voici comment Poore explique le fait que certains malades peuvent écrire assez bien avec le crayon, tout en étant incapables de manier la plume.
« 1° La pointe du crayon peut supporter un certain poids ; elle arrive par suite à rendre au malade le même service que la béquille à l’estropié ; 2° La façon de saisir le crayon, surtout s’il est court, n’est pas la même que pour tenir la plume ; 3° La pointe du crayon ne pénètre jamais dans le papier. Un de nos malade qui avait une très grande irritabilité du long fléchisseur du pouce trouvait que par suite de la contracture de ce muscle, la plume subissait une rotation et le bec pénétrait dans le papier. Avec un crayon, une pareille rotation eût été insignifiante ; 4° Avec un
crayon, on n’a pas à craindre de salir ou de détériorer le manuscrit, si l’écrivain est mieux à son aise. » Gowers, J. Müller, Shever, Poore, Moritz Mever, Erb, Goldsciimjtt, etc., ont rapporté des observations
des crampes professionnelles et particulièrement des
crampes des écrivains, avec des troubles sensoriels, soit des anesthésies étendues dans le domaine des nerfs cubital et médian (Gallard, Gowers), soit des abolitions de la sensibilité musculaire (Duchexne, Poore, J. Müller), soit des douleurs névralgiques. Zuber rapporte d’après Shever une observation intéressante. « Un homme de quarante-deux ans fut pris d’une faiblesse subite sans perte de connaissance, mais il dût s’appuyer quelques instants contre la muraille pour ne pas tomber. Le lendemain, il remarqua qu'il ne pouvait plus écrire à cause d’un sentiment inexplicable de frayeur qui le prenait dès que sa main traçait les caractères. Il se passait, disait-il, quelque chose de particulier dans sa tète. Cet état s’améliora au point de lui permettre d’écrire pendant quelque temps, puis la peur revenait et avec elle l'impossibilité d’écrire. Lorsqu'il fermait les yeux, tout allait bien, aucune trace de paralysie, de contracture, etc... » Au point de vue de i Etiologie de la crampe des écrivains, les opinions les plus anodines et les plus variées ont été formulées. La fameuse prédisposition a été certainement invoquée à côté des symptômes les plus divers, depuis le rhumatisme (Haupt) jusqu’aux palpitations (Cazenave) et aux spasmes du larynx et du pharynx (Roggen, Langenbec.k, Brücke, Kopp, àlbers, Goldschmitt, Trocuel). En d'autres mots, toute affection pathologique peut être considérée
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comme la cause de la première des affections étudiées, comme jadis toute voie, conduisait dans la géographie antique, à Rome. Il faut retenir seulement ces quelques faits de toute la verbologie clinique. L’abus de l’écriture ou de tout acte manuel serait une des causes principales, quoiqu’on cite des cas où cette affection serait survenue sans qu’il y ait réellement surmenage, tel le cas d’EuLENBURG qui écrivait à peine une lettre de temps à autre ou donnait rarement sa signature, ou encore ceux de Gallard, Spring. Mais ce ne sont que des cas isolés ; habituellement, tous les cas publiés en réfèrent à des surmenés, à des cerveaux fatigués, épuisés par un automatisme trop forcé. Les femmes ne paraissent pas souvent atteintes de cette affection. L’explication serait due surtout au fait que dans la comptabilité et dans les écritures, la femme n’avait qu’un emploi très secondaire ; elle commence à y être largement admise, et on verra sous peu, certainement, de pareilles affections chez les femmes. Bernhardt admet comme prédisposition les terrains hystériques et épileptiques. Biswanger pense que la crampe des écrivains est la seule maladie qui constitue une névrose certaine, mais qu'il ne faut jamais penser à la neurasthénie.
La position défectueuse et la nature de la plume employée ont été citées comme des causes efficaces. La plume d’acier rend plus pénible l’acte de l’écriture, de môme que toute cause qui fatiguerait la main ; mais on a constaté pourtant des cas chez des sujets utilisant la plume d’oie. — Les cas de traumatisme invoqués par Hubert- Valleroux, Froriep, Runge, Remak et Mever, comme cause des crampes des écri-
vains, me semblent bien problématiques, et je partage l’avis de Zuber pour douter du fait que les malades de ces auteurs sont vraiment atteints de la crampe des écrivains.
En résumé, la crampe des écrivains : 1° Est une maladie dont l’étiologie est des plus obscures. On lui a attribué les causes les plus complexes et les plus variées ; 2° Certains auteurs veulent généraliser les symptômes de cette affection à tous les spasmes fonctionnels, d’où la dénomination de spasme ou impotence fonctionnelle. Il nous semble pourtant que le mécanisme psycho-pathologique n’est guère le même et que si par hasard il existe des analogies dans toutes les crampes fonctionnelles, il y a toute une symptomatologie spéciale, particulière de la crampe des écrivains ; 3° Son pronostic est assez grave, à moins qu’un des nombreux moyens thérapeutiques puisse guérir le malade; 4° Il faut considérer que la psychologie de ces malades, atteints surtout dans leur attention, n’est pas encore connue ; certains d’entre eux entrent dans la catégorie des phobiques de toute sorte et des névropathes, surmenés par une activité obligatoire et automate.
Thérapeutique
L’étude des auteurs nous révèle qu’en fait de thérapeutique de la crampe des écrivains ou plutôt des crampes fonctionnelles , tout reste à faire. Comme l’étiologie est complexe, inconnue et comme les sup-
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positions sont nombreuses, il résulte toute une thérapeutique vague et qui n'a que la qualité d’être extrêmement variée et compliquée parfois, donc capable d’intéresser le malade.
Citons en première ligne la médicamentation intérieure. On a administré des toniques, des ferrugineux, de la belladone, de la stychnine, de l’atropine, des narcotiques, etc. Le docteur Debout a employé une solution de chlorhydrate de morphine et de sulfate d’atropine.
« Une fermière des environs de Saint-Quentin, écrit Debout, était affectée depuis plusieurs années, d’une crampe de l’extension du gros orteil qui se produisait plusieurs fois chaque nuit et réveillait la malade. Pendant une année, les compressions de la partie supérieure de la jambe avaient suffi pour triompher de cet accident et rendre le sommeil à cette femme. L’aclion de ce moyen thérapeutique s’étant usée, nous eûmes l'idée de recourir aux injections d’une solution ainsi formulée :
Eau distillée 30 grammes
Chlorhydrate de morphine. . . 60 centigr.
Sulfate d’atropine 30 centigr.
Une injection de 20 gouttes de cette solution narcotique fut pratiquée tous les trois jours pendant le mois d’août 1885. Sous l’influence de ces injections, faites dans la partie charnue du muscle, la crampe disparut et la cure se maintient encore aujourd’hui (p. 383). »
Le docteur Debout, citant le cas de Stromeyer, critique son intervention chirurgicale, il retient
l’usage du mélange à' opium et de belladone et il plaide pour l’usage de la seringue de Pravaz. « Notre but était de vérifier l’antagonisme des deux agents médicamenteux, et de nous assurer si, par leur mélange, il était permis d'augmenter la dose de chacun d’eux sans provoquer d’accidents toxiques. Les résultats de notre expérimentation nous ont prouvé une fois de plus que, grâce à cette association, on pourra produire des médications locales plus puissantes. En effet, l’action topique de ces deux substances vient s’ajouter, tandis que leurs effets généraux, inutiles dans l’espèce, s’amoindrissent. »
Le docteur Debout conseille d'utiliser ces deux substances, car en dehors de l'ignorance du mécanisme de la puissance antagoniste, il faut penser à la question des idiosyncrasies.
Bianchi et Rosandep, recommandent des injections de strychnine de 1 milligr. environ tous les deux jours. Bianciii aurai L obtenu une guérison après six injections...
Reuben Vence conseille des injections de sulfate d’atropine à dose de 9 milligr. à peu près tous les deux jours.
Comme traitement extérieur , il faut citer le massage sous toutes ses formes, combiné ou non avec des injections. Cederschjold, un médecin suédois a conseillé l’irritation mécanique des troncs nerveux. On cherche le tronc par un massage méthodique écartant soigneusement les muscles et on exerce alors une pression vigoureuse. Il obtint ainsi plusieurs guérisons radicales des crampes des écrivains. Normalement, cette opération provoquerait dans la région touchée des
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douleurs et des fourmillements, ce qui n’arrive pas dans les cas de crampe des écrivains, et prouverait que la conductibilité nerveuse est diminuée.
L 'électricité a été utilisée sous toutes ses formes. Duchenne, quoique un artiste dans le métier, échoua ; mais des cas de guérisons furent rapportés parla suite par différents auteurs. Ainsi Meyer eut deux cas de guérison avec le courant continu : le premier par faradisation des muscles extenseurs, le second par l'usage du pinceau électrique. Eulenbgrg et Berger réussirent médiocrement dans l’emploi de l’électricité et considérèrent même le traitement comme nuisible. Le courant galvanique serait plus avantageux; il faut tenir compte dans ce cas du siège et de la nature du spasme. Le pôle positif conviendrait aux formes trémulentes ou paralytiques, appliqué sur la colonne vertébrale ; tandis que le pôle négatif convient à la périphérie, appliqué sur les muscles et les nerfs malades ou considérés comme tels. Le courant doit contenir de 15 à 30 éléments, et il faut qu'il soit appliqué G fois par mois sans dépasser, à chaque application un quart d’heure.
Berger n’aurait obtenu aucun succès (4 cas).
Comme traitement, cette maladie exige, selon Gallard, une thérapeutique des plus variées. S’il s’agit d'une vraie crampe, il faut songer aux narcotiques, aux calmants et aux anti-spasmodiques administrés intérieurement et extérieurement. Gallard nous rapporte qu’il a très bien réussi chez un de scs malades par l’administration de préparations arsénicales.
Le malade de Seccamani était atteint de la crampe
des écrivains, survenue à la suite d’une fatigue réelle
de la main ; il est à remarquer, dans son cas, que les muscles de la main et ceux des doigts étaient sensiblement paralysés. Son malade fut guéri par le traitement électrique.
On a pensé encore au traitement chirurgical. Stromeyer pratiqua par la ténotomie la section du long fléchisseur du pouce et son malade fut guéri ; depuis, toutes tentatives chirurgicales ont avorté (Langenbeck, Diffenbacii) et aujourd'hui on y a renoncé complètement.
Le cas Stromeyer communiqué à Cazenave de Bordeaux). « M. M... avait perdu la faculté d’écrire avec la main droite depuis un an, et fut forcé de le faire avec la gauche. Je trouvai, dit-il, en le voyant s’exercer, que cette perte de la faculté d écrire était due à un spasme des petits muscles du pouce, qui ne se faisait sentir qu’au moment où il voulait se mettre à l’œuvre. L’acuponcture des petits muscles le mettait en état de tenir la plume et de tracer quelques mots. Alors, je passai un séton de deux fils de soie à travers les petits muscles du pouce. Ce séton fut maintenu pendant cinq semaines; on le mouillait chaque matin avec une solution d’opium et d’extrait de belladone. Après cela, le jeune homme a complètement recouvré le pouvoir de se servir de celle main pour écrire. Pendant que le séton traversait les petits muscles, leur action était anéantie et le pouce se trouvait dans une abduction complète. » Quatre mois plus tard, la crampe avait reparu, donc l’impossibilité d’écrire.
Tuppert pratique 30 ténotomies sur un bras sans observer la moindre amélioration.
Une autre catégorie de moyens thérapeutiques est
Fig. 1. — Appareil de Duchenne (de Boulogne).
Fig. 2. — Premier modèle de Cazcnave.
Planche XXXI
LA. CRAMPE DES ÉCRIVAINS
celle des moyens mécaniques , des appareils qui semblaient à Zuber une pure plaisanterie. Les plumes et les procédés mécaniques ne manquent pas. Cazenave (de Bordeaux) nous donne un premier spécimen, deux plus tard, et depuis nous connaissons quantité d’autres appareils, tous ayant pour principe de permettre à la main de conduire la plume sans que les doigts soient forcés de bouger.
Gau.iot divise les appareils en deux catégories : ceux qui maintiennent les doigts (Cazenave, F. Martin, Mathieu) et ceux qui maintiennent l’attitude de la main (Velpeau, Charrière, Mathieu, Cazenave, Duchenne).
Cazenave (de Bordeaux) a réussi à guérir un malade par l’application d’un bandage serré autour des muscles de l’avant-bras (1846).
L’appareil de Cazenave consiste « en une tablette d’acajou, au-dessous et aux quatre angles de laquelle jouent quatre boules en ivoire qui font l’office de roulettes. Sur les côtés de cette tablette, vue par sa face supérieure ou manuelle, sont deux montants matelassés qu’on éloigne ou qu’on rapproche à volonté à l’aide de deux mortaises horizontales et de deux vis de deux ou trois centimètres ; en avant est un support qu'on peut abaisser ou élever en faisant jouer une vis de pression. Ce support, qu’on peut supprimer pour le plus petit nombre des malades, est presque toujours un bon appui pour la paume de la main qu’il serL à fixer ». Pour se servir de cet appareil, « il faut placer la main droite armée d’une plume entre les montants, appuyer la paume de celte main sur le support et écrire sans s’occuper du déplacement du porte-main,
qui s’effectue sans embarras et sans effort aucun, grâce au jeu des quatre roulettes en ivoire ».
Cazenave modifia à plusieurs reprises ce modèle, et puis d’autres auteurs à la suite. On le perfectionna surtout en utilisanL des crochets à la place des anneaux, comme on voit, par exemple, dans le porteplume à anneaux de Mathieu.
L’appareil de Ferdinand Martin est un simple porte-plume en bois ou de préférence en bois de liège, dans lequel on creuse des sillons, des empreintes poulies doigts, préalablement fixées par les traces laissées par la main sur une couche de cire à modeler déposée sur l’appareil.
Jules Simon nous dit avoir maintes fois vu son maître Velpeau « se servir d’une sorte de boucle maintenue par la concavité de la main pour donner à ses doigts le point d’appui qui leur était indispensable ».
Velpeau, écrit Gallard « avait imaginé un appareil tout aussi simple, qui permet d écrire en saisissant le porte-plume à pleine main et en faisant exécuter, non plus par les doigts ni même par la main ou le poignet, mais bien par l'avant-bras, les mouvements nécessités par l’écriture. Un de mes malades s'élail confectionné lui-même un porte-plume assez semblable à celui de Velpeau et voici en quels termes il nous le décrit, en nous indiquant la manière très simple de le préparer :
« Pour faire un porte-plume dont l'extrémité supérieure s’appuie dans le creux de la main, sa grosseur permettant aux doigts de s’allonger sur toute son étendue, on prend un porte-plume ordinaire, on le coupe à la longueur déterminée, on le couvre de bande-
LA CRAMPE DES ÉCRIVAINS
lettes de linge, sur lesquelles on appliquera de la ouate en donnant la forme necessaire, puis on l’enveloppe d'un taffetas posé en spirale et cousu à chaque pli. »
Duchenne de Boulogne a modifié l’appareil de Cazenave en ne mettant qu’un palet et en le plaçant sur un support plus élevé et moins glissant, au moyen d’un galet roulant. « Mais on comprend que l’usage en sera bien plus commode, écrit Gallard, si comme l'a fait Aubry, on a soin de prendre au préalable l’empreinte de la main du sujet auquel il est destiné et de reproduire cette empreinte sur la partie supérieure du galet, de façon à ce que la main s’y adapte exactement. »
Ces divers appareils répondent, écrit Gallard, « à toutes les indications exigées par chacune des variétés de l’impotence fonctionnelle des écrivains, et lorsqu'on les examine, ou même lorsqu’on les essaie, comme vous venez de le faire, sans être affligé de l’infirmité qui oblige à y avoir recours, on se prend facilement à les admirer. Mais cette admiration est loin d'être partagée par ceux qui se trouvent dans la douloureuse obligation d’y avoir recours. — Ils les prennent avec un certain enthousiasme ; mais, après un très court usage, ils ne tardent pas à les abandonner, préférant suppléer à leurs mouvements défectueux par des combinaisons plus ou moins compliquées, dans lesquelles ils mettent enjeu des muscles très différents de ceux qui devraient être physiologiquement appelés à produire ces mouvements ».
H. Langer et son frère, sujets à la crampe des écrivains, sont arrivés à s’en guérir par le procédé suivant :
« Au lieu de tenir leur porte-plume selon l’usage, ils le placent entre l’index et le médius. Ce dernier doigt est recourbé en crochet et c'est sur sa face radiale que repose le porte-plume, qu’y appuie le pouce. L’annulaire et le petit doigt à demi fléchis servent de point d’appui. On arrive très rapidement à écrire par ce procédé ; l’écriture même, revient plus rapide et la fatigue vient moins vite. »
L’appareil le plus connu, en Allemagne, « c'est le bracelet de Nussbaum, qui est maintenu et distendu par tous les doigts écartés ; le bracelet porte en haut le porteplume ; de cette manière, on se sert pour écrire des extenseurs de la main et des doigts, au lieu des flexeurs malades.
Le principe du traitement des crampes de l'écriture est le remplacement d'un groupe de muscles malades par d’autres qui fonctionnent encore.
Toutes les autres méthodes de traitement, exception faite des mesures générales, telles que l'électricité, le massage, l’hydrothérapie, etc., reposent sur ce principe.
Parmi les autres appareils de ce genre, il y a le porte-plume indiqué par Zabludoavski, ainsi que le porte-plume de Gutii ; celui-ci consiste en un morceau de liège qui est traversé par le pouce et par le porteplume, de sorte que la conduite du porte-plume est soustraite à certains muscles et confiée à la main entière. Le même principe, de dégager certains muscles, se trouve dans les manières d’écrire, en tenant le porte-plume entre l’index et le troisième doigt, ou entre le troisième et le quatrième, ou avec toute la main, ou bien en apprenant à écrire de la main
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gauche. Quand toutes ces méthodes ne réussissent pas, ou quand la main gauche devient aussi impropre à écrire, il ne reste plus d’autre secours que d’apprendre à écrire à la machine. »
Les appareils peuvent donc avoir leur utilité et ils ne sont pas de pures plaisanteries, comme écrivait un peu trop légèrement Zuber. Ils peuvent rendre de réels services, car presque tous répondent à ces deux desiderata : 1° immobiliser les doigts et donner à la main une nouvelle synergie musculaire, et 2° la nouvelle position de l’écriture, la tenue musculaire de la main sont toutes autres.
Il nous resteà parler de la psycho-thérapie. Certains auteurs conseillent le repos; d’autres conseillent d’apprendre à écrire avec l’autre main — ce qui n’est pas avantageux, car presque toujours la crampe réapparaît. L hypnotisme, dans mes cas, a donné des résultats excellents, mais je n'ose pas généraliser l’application, car ce traitement est d’une délicatesse extrême. Je conseillerai toujours d’endormir profondément le malade et d’attaquer la genèse de ses préoccupations sans s’inquiéter du spasme fonctionnel. A mon avis, les malades atteints de cette affection ont tous des troubles notoires d’attention. Secondairement, il faut engourdir systématiquement le bras, simplement l’engourdir. Je conseillerai encore de faire écrire les sujets pendant le sommeil et les obliger à apprendre à écrire avec la machine à écrire.
Cazenave conseille aussi la musique comme agent thérapeutique.
En parlant d’un de ses cas, il nous dit :
« La musique, que le malade cultivait comme bar-
moniste et comme violoncelliste remarquable, lui vint heureusement en aide, mais sous la condition expresse que la mélodie dominât et qu'il n’entendît que de faibles, que de rares effets d’harmonie. On ne saurait imaginer l’effet prodigieux et bienfaisant, que produisaient toujours sur le comte de X... quelques airs tendres et mélodieux exécutés en ut mineur sur le cor anglais par son beau-frère, qui est un instrumentiste de première force (p. 326). »