MÉTHODE DES RECHERCHES PERSONNELLES
Après avoir pris connaissance des travaux anciens et récents sur la matière, après la froide technique des livres, j'ai commencé de fréquenter les charmantes diseuses de bonne aventure : tireuses de cartes, devineresses par le marc de cale, prophétesses du tarot, chiromanciennes, graphologues, physiognomistes, j’ai frappé à toutes les portes! A différentes époques et sous des noms différents, accompagné de plusieurs de mes amis, je les ai consultées sur mes peines imaginaires ou réelles et sur mon avenir. Je n’ai visité aucun pays, aucune ville sans courir à l’augure, à la somnambule du lieu. J'ai noté judicieusement tous les avis et toutes les prophéties et, depuis dix ans, j’ai réuni une collection de tout premier ordre. J’ai poussé l’expérience plus loin. Pour me renseigner sur les méthodes de mes devins, et plus spécialement sur la valeur de leurs méthodes, je leur ai conduit des malades, des personnes que je connaissais intimement ; je répétais l’expérience indéfiniment, me déguisant souvent pour éprouver la perspicacité de mes devineresses : le costume change si facilement la psychologie des êtres!
Je suis devenu l'ami de certaines d’entre elles; elles m’ont entretenu sincèrement de leur métier, de leurs procédés, de la psychologie de leur clientèle ; et mon goût pour l’expérience a épuisé sur elles toutes les formes possibles de la critique sûre et précise. Cette méthode, générale à toutes mes recherches, était corroborée par des expériences personnelles et méthodiques, des vraies recherches de laboratoire.
J’ai eu la bonne fortune de rencontrer entre autres, en ce qui concerne la chiromancie, une devineresse tout aussi intelligente que sympathique: je veux parler de Mn,e Fraya, la chiromancienne bien connue. Qu’elle me permette de lui exprimer ici mes plus sincères remerciements pour sa touchante sincérité, pour sa collaboration scientifique, si amicale et pleine de désintéressement. Elle a bien voulu, entre tant d’autres, examiner tous mes sujets et m’expliquer ses processus mentaux, me donnant ainsi la clef de sa mentalité... Démon côté, m’inspirant du procédé de Galton pour la recherche des empreintes digitales, j’ai pris plus de mille empreintes demains d’enfants, de femmes, d’hommes ; de peu civilisés, pour ne pas dire de sauvages, et de civilisés ; de malades et d’individus bien portants... Je les ai examinées, tantôt seul, tantôt avec le concours de M",c Fraya, que je priais de me donner son avis sur ces graphiques de mains. J'avais choisi les cas les plus difficiles et mêlé des mains de cadavres à celles de sauvages et d’individus sains; plusieurs empreintes de la même personne, prises à des époques et pendant des états psychiques différents, lui furent également soumises, et j'attendis, pour mon compte, de longues années