RECHERCHES EXPERIMENTALES SUR LA DIVINATION DE L’AVENIR
Les prévisions chiromantiques
Pour mieux dégager les données expérimentales du problème et pour faciliter l'intelligence des quelques conclusions possibles, je tâcherai de donner quelques tableaux et des chiffres. Au fur et à mesure que j’avais l’occasion de faire une expérience ou une observation, je la marquais scrupuleusement dans mes notes pour pouvoir dégager plus tard, si possible, quelques moyennes. Les chiffres représentent pour la plupart des expériences faites sur le vif, dans la vie ; je veux dire par ces affirmations que les faits n’ont pas été arrangés en vue d’une expérience, et que toujours j’essayais de saisir le fait tel qu’il se produisait dans la vie réelle. Je ne crois pas que mes sujets aient pu se rendre compte que je poursuivais des recherches, et, en fait, ils avaient parfaitement raison, car je ne désirais que surprendre des faits psychologiques dans leur cadre et dans les conditions réelles.
Dans une série de recherches, nous avons essayé
de savoir expérimentalement si les chiromanciennes peuvent reconnaître facilement une main d’homme d'une main de femme ; les sujets étaient des adultes et autant que possible appartenant aux mêmes conditions sociales. On a tenu compte de la toilette de la main, élément difficilement réglable, et qui certainement indiquera toujours la voie à la divinatrice.
Sur une quarantaine de chiromanciennes que j’ai pu voir, j’aurais pu compter le nombre de fois où elles se sont trompées ; il ne dépasse guère 9 ou 10 p. 100. Le maximum du nombre d’erreurs a eu lieu sur des mains de paysan, des mains qui travaillent, ou encore .lorsqu’on cherche volontairement des mains d'homme et de femme vraiment similaires. Les mains étaient toujours présentées à l'examinatrice de manière à ce qu’elle ne puisse voir les personnes, ni avoir aucun indice. Dans des recherches méthodiques, la main passait par une sorte de judas et le poignet était toujours couvert de dentelles.
Toutes affirmaient que le poignet facilitait le plus souvent la divination, en somme facile ; mais la difficulté s’agrandit quand il s’agit des adolescents. Des mains de fillettes de 12 ou 13 ans ont été confondues assez souvent avec des mains de jeunes gens, et cela dans une proportion de 25 p. 100. La main de fillette est souvent indéfinissable, surtout deux ou trois ans avant la puberté ; il y a comme un parallélisme biologique entre les deux sexes autour de dix ans, et duquel le sexe féminin se dégage par une brusque et rapide évolution, que l’homme n’arrive à égaliser que plus tard, à vingt ans, et après son adolescence. Pour les mains de jeune fille, je pourrais citer comme une
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des plus belles mains celle de la fille du duc de Nassau, dont la momie se trouve conservée dans un parfait état dans la cathédrale de Strasbourg. La momification a gardé aux dessins de la ligne une pureté de reliefs très agréables à regarder, l’articulation des doigts et des phalangettes, très bien attachées, d’ailleurs, apparaissent dans toute leur harmonie primitive, aux plis de la peau bien dessinés et continuant presque insensiblement avec la surface de la peau voisine, tendue et lisse. Je n’ai vu qu’une seule main vivante aussi artistiquement modelée.
Le second problème, peu facile à résoudre, d’ailleurs, a été de savoir si les chiromanciennes arrivent à distinguer l’âge. Presque toutes les chiromanciennes, au premier abord, paraissent capables de déceler l’Age de la main d’un sujet. Par suite de la trop grande préoccupation de deviner, ce qu’elles ne savent pas, d’ailleurs, l’avenir , et ce que leur clientèle leur demande toujours beaucoup, les professionnelles arrivent à négliger l’examen chirognomonique de la main, et d’où la difficulté de s’attacher à des problèmes aussi précis, mais très dénués d’intérêt réel dans la vie pratique. Voici un tableau qui résume ces quelques recherches expérimentales indépendamment du sexe. Nous avons toujours demandé à l’expérimentateur de nous donner approximativement l’Age. Nous donnons (voir tableau, page 456) le nombre d’erreurs par rapport au nombre de déterminations faites.
Le premier chiffre, dans ce tableau, indique le nombre de fois où l’expérimentateur a donné l’Age presque exactement en lui accordant comme cause minime d’erreur une année en plus ou en moins ; le
second terme de la fraction indique le nombre des expériences faites sur des sujets du même âge, âge
qu'il devait deviner. Nous avons considéré comme non divination une appréciation qui dépassait de trois ans en plus ou en moins l'âge du sujet. Nous n'avons
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tenu guère compte des fractions en mois de 1 âge, dont nous cherchons toujours à avoir des chiffres à peu près exacts. Nous donnons ces explications pour l’inteHigence exacte de ces chiffres, l’expérimentation était, comme on le voit, toujours avantagée et de la même manière, pour que nous puissions considérer comme cause d’erreur une appréciation qui dépassait de trois ans l’Age réel.
Le total nous indique que c’est à trente ans tout d’abord (60/98), qu’on distingue plus facilement l’âge des mains, puis à vingt ans, à quarante ans et à soixante ans ; ensuite vers l’âge de dix ans. L’erreur augmente et la détermination devient donc plus difficile surtout à six ans (18/93), ensuite vers cinquantecinq ans et vers trente-cinq ans. N’oublions pas que ces déterminations ont été faites par différents expérimentateurs en dehors de toute entente et sans aucune entente préalable en vue d’une expérience quelconque. Les expérimentateurs sont d’accord à reconnaître l’extrême difficulté qu’on a à distinguer la main du jeune âge. Aussi les traités de chiromancie éliminent-ils systématiquement, sous prétexte que les lignes ne sont pas encore très marquées, l’âge des enfants avant six ans. L’âge de dix, vingt, trente, quarante, cinquante et soixante ans sont, de l’avis de tous les expérimentateurs, des étapes de notre évaluation organique ; on a la main d’une de ces étapes, et aux yeux de tous, l’expérience prouve continuellement, qu’il s’agit d’époques psycho - biologiques bien définies. Entre ces étapes, il y a des évolutions et des involutions difficiles à saisir, surtout vers l’adolescence et la fin de la vie. La vieillesse
égalise la physionomie des mains. Les mains de vieillards des deux sexes se ressemblent souvent. Comme la physionomie des visages, celle des mains chez les vieillards tend vers un type uniforme : la forme osseuse, la peau ridée, tachetée, aux articulations raides, aux aponévroses tendues, à l'intérieur de la main traversé par des lignes accidentelles dont on ne peut pas saisir la trace, ni le genre, les ongles perdent de leur éclat et ils s'anémient presque; le pouls capillaire est d’ailleurs difficilement enregistrable chez les vieillards. Voici le total de ces rapports selon leur coefficient d’exactitude expérimentale :
Détermination faite pour l’àge de 30 ans : 60/98 cas
Je n’ai pas voulu apprécier mes résultats, réduisant le tout à des coefficients pour cent, ne possédant pas le nombre d’expériences suffisantes. Les phénomènes subjectifs qui entrent en jeu dans la constitution de ces moyennes, critiquables, d'ailleurs, à ce point de vue, sont plutôt schématiques comme toutes les moyennes, et les moyennes seraient vraiment artificielles. Je n'ai calculé les résultats, en réduisant les données à des coefficients pour cent que lorsque je possédais un nombre suffisant d’expé-
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riences. Autrement, il serait bien facile de faire dix expériences et d’induire que, du moment qu’on a obtenu trois cas de vrai sur dix, on doit avoir trente cas sur cent, ce que l’expérience vérifie d’ailleurs rarement.
Un troisième problème intéressant à résoudre était de savoir dans quelle mesure l’examen de la main pourrait faciliter la divination d'une part du caractère de la personne et secondairement de sa mentalité présente.
Avant d’organiser une pareille recherche, il fallait à notre avis connaître et éliminer si possible les causes d’erreur de la technique chiromantique et d’écarter, en d’autres mots, les coefficients qui aident l’expérimentateur à remplacer la soi-disant divination exclusive selon les caractères de la main.
Nous avons toujours dit, on se souvient, que la physionomie aide l’examinateur, et c’est vrai. Nos recherches le prouvent. Dans le tableau suivant, où chaque nature de recherches a au moins cent déterminations, nous avons remarqué que le visage du sujet, l’examen de sa physionomie sans parole aide considérablement l’expérimentateur.
Ainsi, le chiffre indique la supériorité et l’auxiliaire de l’examen physiognomonique :
Pour l’Age la physionomie a facilité la détermination
exacte de 75 0/0 des cas
— le caractère 310/0 —
— 1e. tempérament 13 0/0 —
— la nuance du caractère et des
préoccupations mentales . . 56 0/0 —
— la synthèse de la personnalité
du sujet 89 0/0 —
Le caractère et le tempérament seraient plus indiqués par l’examen de la main.
Dans mes recherches, l’examen des tracés de la main, des empreintes digitales ou celui des moulages diminuent toujours le coefficient de la précision du caractère du sujet. Il faut tâter les muscles de la main, il faut toucher la peau et il faut aussi connaître le visage de la personne, et souvent il faut l'entendre parler pour faire un diagnostic plus proche de la vérité selon l’inspection de la main. Les sensations tactiles et visuelles sont donc nécessaires à un travail chiromantique, et même de toute première nécessité. Le langage est d’un grand secours pour la chiromancienne, non seulement par son coefficient psychologique personnel, par éléments psycho-physiologiques de la parole, mais surtout par son contenu, par le sens des paroles prononcées. La première révélation indique une finesse psychologique rare, une puissance de discernation assez difficile à trouver, tandis que le contenu de la parole oriente facilement la pythonisse qui, maître de son métier, conduit le sujet en expérience à donner lui-même son caractère, à se laisser analyser facilement. C'est un travail d'enfant, l’analyse de certains individus qui demandent à l'inconnu des prophéties : ils se décrivent d’eux-mêmes dans les toutes premières phrases prononcées.
La qualité et la finesse de l'expérimentateur entrent en jeu surtout chez des femmes comme Mme de Thèbes, comme ma chère collaboratrice Fraya, et comme tant d'autres professionnelles qui sont des artistes, de véritables juges d’instruction, ne manquant ni de finesse, ni d’érudition. La main présentée à l’état de
BECHER CH ES EX PER IM ENTA EHS
« muet », si j'osais m’exprimer ainsi, désoriente les Pythonisses les pins expérimentées et les erreurs dépassent, tout calcul mathématique, aussi simple soit-il ; il rentre dans le domaine de l’appréciation simple, intuitive et précise.
Dans une série d’élèves d’une école de la Ville de Paris, accidentellement, pendant que je m’occupais d'une série de recherches sur la psychologie individuelle, j'essayais de faire préciser leur psychologie selon les données classiques de la chiromancie et de la chirognomonie, parallèlement à mes investigations psychologiques. Les enfants étaient Agés de 10 à 12 ans et on avait en vue les formes classiques de la classification chirognomonique ; l’intelligence des élèves, leur capacité psychologique était plus ou moins connue par nos recherches antérieures, soit à l’aide des mental tests soit suivant l’appréciation du professeur et les notes du travail. Les dix premiers d’une classe appartenaient à des types de main utile ou carrée , des mains de besogne, de travail, avec des erreurs qui ne dépassaient guère l’erreur de deux sur dix appréciations. Les derniers de la classe m’ont paru, chose étrange, les plus variés comme types : le type artistique est fréquent, on trouve rarement des mains psychiques ou des mains philosophiques , des types qui appartiennent plutôt à des mains dont l’évolution est finie. Dans des groupes moyens prédomine le type mixte et le type de main élémentaire , de main nécessaire.
Dans un groupe d’ouvriers, une chiromancienne a pu me définir non seulement des cas pathologiques, mais des tempéraments morbides, des alcooliques,
avec des coefficients d’erreur peu nombreux. Dans les recherches faites par les Pythonisses sur des personnes que je connaissais, j’ai pu obtenir les coefficients suivants, que je donne sous toute la réserve d’une classification et d'une appréciation personnelle. Toute classification des caractères me semble bien schématique ; le seul critérium qui pourrait distinguer des catégories plus ou moins distinctes d'individus serait, à mon avis, pour des considérations trop longues à être développées ici, la manière de réagir des individus et surtout la vitesse de leur réaction. Aussi n’ai-je voulu savoir que si la chiromancienne pourrait distinguer un sujet à réaction lente d'un autre à réaction rapide. La mesure des recherches m’était indiquée, d’une part, par la mesure des temps de réaction et, de l’autre, par la mesure de la vitesse des principaux processus psychiques et de réaction dynamiques.
On aura beau considérer comme critérium scientifique du caractère tous les processus de la pensée, voire même parmi les plus naïfs, l’association des idées et la réaction sociale, on n’aura jamais trouvé plus de justification de la qualité psychologique individuelle que dans la vitesse de la réaction.
Réaction veut dire vitesse, et vitesse indique toute une idéation, lien du processus lé plus capital de la quantité des phénomènes psychiques, celui qui donna le coloris de l’idéation : l’attention. Les temps de réaction analysés judicieusement et psychologiquement, nous renseigneront, à mon avis, malgré les affirmations certaines d'un grand nombre de psychologues, sur la qualité et sur la nature de notre syn-
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thèse psychique et particulièrement sur la forme de notre réaction psycho-sociale.
Examinés dans les conditions ordinaires de la chiromancie, on a pu distinguer plus facilement les individus à réaction rapide que ceux à réaction lente. Aussi, sur 100 individus de chaque catégorie, le nombre des justifications presque exactes fut-il de 59 p. 100 pour les individus à réaction rapide et seulement de 38 p. 100 pour ceux de la seconde catégorie.
Dans la première catégorie, on pouvait distinguer et analyser des sous-types à cause de la variété et de la multiplicité des images qui peuplent la pensée du sujet, tandis que dans la seconde catégorie, soit la pauvreté, soit l’inertie, soit rarement l’intensité de certaines images, rendait toute analyse difficile.
La divination des grosses préoccupations mentales immédiates est une chose facile pour les gens du métier, elle est, j’oserais le dire, même banale. Voici quelques chiffres de trois expérimentations qui nous précisent ces affirmations :
TOTAL
Etat de scrupule caclié
— d’anxiété cachée
Ennuis d’argent
— moraux
Impulsions
Etat de mélancolie
— d’abattement
— passionnel
Les états d’ennuis moraux (25/29), d’impulsions (24/33) et les états passionnels sont les plus facilement décelés de nos états d'âme; nos expériences sont assez nombreuses et variées pour nous permettre d’avancer une pareille conclusion. Chaque état a été considéré sous ses vrais angles, dominant pour ainsi dire la mentalité du présent.
Dans un autre ordre d’idées, le problème qui devait se poser nécessairement a été celui du diagnostic du passé clinique du sujet, de son état présent et de son avenir biologique et moral. Elucidons tout d’abord le casier pathologique du sujet et la possibilité de l’expérimentateur de le saisir.
Le tableau suivant résume quelques expériences sur le passé pathologique du sujet bien portant au moment où il vient consulter la chiromancienne et pour des préoccupations tout autres que son passé.