‹ Essai sur la psychologie de la mainChapitre 4 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

intellectualité et qu'on répète automatiquement et en rapport inverse de la pénétration mentale et de la finesse d’analyse de l’observateur.

De tout temps, la connaissance de l’être humain a été l’effort le plus remarquable, le plus obsédant et le plus immédiat de la raison, de l’intelligence s’analysant elle-même, cherchant des points d’appui, des justifications ou des états émotifs dans ses propres élaborations mystérieuses. Ce qui se passe dans la mentalité, ses souffrances comme ses évolutions et ses formes futures ont toujours passionné l’insatiable raison humaine, surtout à cause de l’angoisse de l’inconnu et de la soif de bonheur et de bien-être qu elle éprouve subconsciemment, à cause même de la source de ses forces psychiques, du goût de la vie, de ce principe de l’euphorie de la sensation de la vie qui passe. ..

On désire se connaître, on l’a toujours désiré, et l’avenir est devenu plus tentant et plus troublant du moment où l’on a cru pouvoir pénétrer la pensée, le présent et même le passé de notre personnalité, cette agrégation d’émotivités si diverses, si multiples et si anodines.

On trouve dans ce désir subconscient toute la psychologie des croyances, et l’on comprend aisément le succès des sciences divinatoires. La raison humaine ne se contente pas seulement de saisir quelques rouages de son mécanisme intime, mais elle pousse la curiosité jusqu’à vouloir saisir la trace même de sa genèse ; elle s’attendrit quand elle ne s'effraie pas ; elle brode autour de quelques données métaphysiques quand elle ne se prosterne pas aveuglément devant de

LES SCIENCES DIVINATOIRES CHIROMANTIQUES

froides idoles, leur confiant tous ses rêves et sa troublante émotivité.

La science, la vraie science, nous donne bien peu de cette émotion individuelle dont nous avons tous soif; elle est grave et sévère, et, dans sa belle mission, elle jette les humbles graines de vérité, sans s'inquiéter du sort de la semence, sans vouloir embrasser à la fois ni la vérité tout entière, ni toutes les connaissances possibles. D’autres esprits, d’autres chercheurs reprendront ces vérités, les interpréteront et les compléteront pour qu’un jour, un jour lointain, perdu dans l'espace où coule notre notion de l’infini, toute la vérité apparaisse dans sa beauté froide et grandiose. Un vrai savant s’endort dans l’éternité avec la joie d'avoir fait quelque chose, d’avoir pu comprendre un peu plus, d’avoir ajouté quelques nouveaux faits au bagage des connaissances acquises. Un vrai savant regarde l’inconnaissable — au moins, il devrait le regarder — soit avec courage et froideur, soit avec une certaine poésie qui, si elle n’est pas religieuse, est toujours pleine d’une majestueuse métaphysique.

Mais le reste de l’humanité, de l’humanité qui n’est pas savante, a plus de hâte ; pressée de savoir et de connaître, elle est naïvement exigeante. De là, sa passion pour les sciences occultes et l’avidité avec laquelle elle les recherche. En elîet, il est si facile de formuler leurs données que ces sciences arrivent à contenter tout le monde et toutes les intelligences : le scrupule scientifique étant remplacé par une critique large et bienveillante, les conclusions deviennent plus élastiques, elles se mêlent de poésie, et les formules scientifiques se transforment en bréviaires 1 i Lté-

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