‹ Essai sur la puberté chez la femmeChapitre 135 sur 173 · Voisin (J.). Idiotie. Félix Alcan, Paris · texte numérisé non relu

Voisin (J.). Idiotie. Félix Alcan, Paris

délires, et constituent le groupe des obsessions. Toutes les obsessions sont favorisées dans leur évolution par la puberté; toutes sont conscientes et diffèrent en cela des impulsions qu'on observe au cours de l'épilepsie.

J'étudierai quelques-unes des plus importantes et des plus fréquentes de ces phobies.

Maladie du doute. — Ce syndrome très répandu peut être rémittent, disparaître pour ne revenir qu'après plusieurs années. La progression de la maladie amène quelquefois la mélancolie ou même le suicide.

Délire du toucher. — Cette psychose s'observe souvent sous la forme de crainte des poisons. Voisin rapporte l'observation d'une jeune fille de 14 ans, réglée depuis un an, qui ne voulait plus rien faire, dans la crainte d'empoisonner les siens, parce qu'elle avait employé du poison pour soigner feu son père, et qu'elle pouvait en avoir conservé sur son corps, en particulier sur ses mains.

Kleptomanie. — La personne atteinte de kleptomanie ne peut résister à l'impulsion qui la fait agir. C'est souvent un objet sans valeur qu'elle convoite; elle pourrait l'acheter; elle ne peut éviter de le voler, et cependant le plus souvent elle ne sait qu'en faire, et essaie de le cacher ou de s'en débarrasser.

Legrand du Saule * a montré que la menstruation peut favoriser lakleptomanie. Sur cinquante-six femmes, demipathologiques qu'il a examinées pour vol, au dépôt de la préfecture de police, trente-cinq étaient en pleine période menstruelle.

Brière de Boismont2 dit que la monomanie du vol redouble d'intensité chez les aliénées, au moment des règles.

1. Legrand du Saule. Les Hystériques. Cité par Icard, loco cit., p. 136.

2. Brière de Boismont. De la folie jjuei'pérale. Ann. Méd. Psych.. 1851, p. 587."

Voici quelques exemples de kleptomanie :

Observation CX. — Lunier. Ann. méd.psych., 1880, t. IV. p. 212. In Icard. Loco cit., p. 138.

Une jeune fille de 12 à 13 ans, bien constituée, d'une bonne santé habituelle, ne pouvait passer devant la devanture du magasin de son père, bijoutier, sans être entraînée comme malgré elle, à voler à l'étalage de petites cuillers d'argent qu'elle allait ensuite jeter dans la fosse d'aisance de la maison. Deux ans plus tard, cette fille était atteinte d'accidents hystériformes assez graves.

Observation CXI. — Rapport d'OUivier (d'Angers). Déclarée irresponsable par le tribunal. (Ann. dliyg. et de méd. lég., t. XXV, 1841, p. 110. In Icard, loco cit., p. 138.

Lambert, 15 ans 1/2. Se rend coupable de plusieurs vols et plusieurs tentatives d'incendie, et porte ses accusations [sur une autre personne. Cette fille n'est pas encore réglée; elle ressent de temps en temps, des douleurs de tète assez vives, accompagnées de malaise et de courbature dans la région lombaire. On ne constate aucune autre cause de son état psychique, si ce n'est le trouble apporté par l'approche de la menstruation.

Pyromanie. — La pyromanie est si commune à l'époque de la puberté que certains auteurs Font définie : « Une perturbation de l'esprit, qui lors de la puberté, pousse les jeunes filles à commettre des incendies. »

Henke a fait 'remarquer que la pyromanie coïncide fréquemment avec la première menstruation. « L'envie du feu, chez la jeune fille, résulte particulièrement d'une évolution organique irrégulière à l'époque ou à l'approche de la puberté.

Massius1 confirme le principe établi par Henke, et assure que le plus grand nombre des incendies est commis par des filles de 12 à 17 ans.

1. Massius (G. -H.). Commentaires médico-légaux sur le droit civil et criminel. 2° cahier, Kostock, 1821. Cité par Icard, loco cit.. p. 146.

Osiander1, Marc2, Limas3, Flemming *, notent la coïncidence de la pyromanie avec le développement du sens génital.

Je citerai quelques observations à l'appui de ces faits :

Observation GXII. (résumée.) R. Leroy, Pyromanie et puberté; examen médico-légal d'une jeune incendiaire. {Archives de Neurologie), décembre 1904, p. 443).

Une jeune normande de 15 ans, à hérédité névropathique très chargée, alluma, à la fin de sa 3e période menstruelle, en trois jours, trois incendies. Ce triple incendie fut le résultat d'une obsession, qui s'accompagna d'angoisse douloureuse jusqu'à l'accomplissement de l'acte. Un extrême soulagement survint après.

La prévenue doit être considérée comme une dégénérée héréditaire, chez laquelle l'apparition de la puberté a déterminé l'éclosion de l'obsession pyromaniaque.

Observation CXIII. — Ann. dliyg. et de méd. lég., 1838, t. XX, p. 220. In Icard, loco cit., p. 148.

Une jeune fille de 16 ans met le feu à une auberge. Le procureur soutient l'accusation avec véhémence et repousse l'admission de toute cause atténuante. « Un verdict d'acquittement ne viendra pas affliger la justice. »

Trélat qui relate cette observation ajoute : « Les débats n'indiquent pas même qu'on ait eu la pensée de faire constater l'époque, les circonstances, la régularité ou l'irrégularité de l'évolution menstruelle. C'est une investigation qu'il ne faut jamais négliger, la monomanie incendiaire est très fréquente à l'âge du développement sexuel, et tout ce qui le retarde, l'avance ou le caractérise, acquiert une grande valeur en médecine légale. »

1. Osiander. Traité du suicide. Hanovre, 1813. Cité par Icard.

Page 1