‹ Essai sur la puberté chez la femmeChapitre 137 sur 173 · Voisin (J.). Loco cit., p · texte numérisé non relu

Voisin (J.). Loco cit., p

la ménopause, et il arrive qu'elle débute à ce moment1. Voici quelques observations de cette maladie :

Observation CXYII. — Decaisne. In Icard. Loco. cit. p. 158.

Mlle B..., pensionnaire dans une grande institution de Paris, éprouva à l'âge de 15 ans, au moment de l'établissement des époques, des troubles digestifs contre lesquels on employa vainement toutes sortes de remèdes. Son sommeil était agité et elle éprouvait une difficulté très grande pour le travail intellectuel.

Les vacances de janvier lui permirent de retourner dans sa famille. Quelques jours après, on reçut une lettre de la supérieure du couvent, avertissant les parents que certaines révélations des compagnes de Mlle B..., et d'une infirmière, portaient à croire que la jeune fille buvait depuis deux mois du rhum, de l'eau-de-vie, de l'eau de mélisse et même de l'eau de Botot, qu'elle se procurait par toutes sortes de moyens.

Les parents établirent une surveillance active et découvrirent bientôt la vérité.

Des aveux de la jeune fille même, on put établir qu'au couvent elle avait eu, en deux mois, deux accès de dipsomânie, qui avaient duré chacun huit jours. En dehors de ses accès, elle avait un dégoût prononcé pour tes boissons fortes.

Avec le retour régulier des époques, M1Ie B... recouvra une santé parfaite et une aversion profonde pour les liqueurs alcooliques.

Observation GXVIII. — In Icard. Loco. cit., p. 160.

Mlle G..., d'un tempérament franchement lymphatique, n'était pas encore réglée à 16 ans. A cette époque, elle éprouve les préludes de la menstruation, et l'on eut pour sa poitrine de sérieuses inquiétudes qui cessèrent avec la première apparition des règles. A partir de ce moment, l'humeur de Mlle C...* changea tout à coup. Elle devint triste et irritable, aimant à rester seule et pleurant souvent. En même temps, elle présentait tous les symptômes de l'intoxication alcoolique. Deux fois, au moins, au moment de ses époques, elle avait eu des métrorrhagies.

li Bail. Leçons sur les maladies mentales. Paris. 1883, p. 676.

Mlle G.... que j'interrogeai, m'avoua que depuis longtemps, elle avait de véritables accès de dipsomanie, qui duraient cinq ou six jours au moment des époques, pour reparaître régulièrement à l'époque suivante.

J'ai suivi cette malade pendant deux ans. Les accès de dipsomanie finirent par ne se représenter que tous les deux mois, puis tous les quatre mois, et ils disparurent complètement au bout de dix-huit mois, époque à laquelle Mlle C... se maria.

Observation CXIX (résumée). — Cullere. Les frontières de la folie. Paris 1888, p. 105.

Mme B..., 35 ans; antécédents héréditaires et personnels nuls.

Le premier accès de dipsomanie s'est produit à la puberté, ' lors de l'éruption menstruelle, et s'est renouvelé à diverses reprises au moment des règles.

Un jour, sans avertissement d'aucun genre, on la voyait ivre, hargneuse, s'abandonnant à la violence ; dans la nuit, les règles arrivaient et le lendemain elle était guérie.

D'habitude, pendant ses accès, elle cesse tout travail et se cache le plus possible. Depuis la puberté, les crises dipsomaniaques n'ont cessé de se produire. Elle s'est mariée à 18 ans; pendant le cours de ses grossesses, les accès se suspendaient d'une façon complète, mais se reproduisaient quelques jours après l'accouchement.

Au moment des crises, ses yeux sont égarés; elle est triste, absorbée, frappe brutalement ses enfants. Elle boit tout ce qui lui tombe sous la main, si elle manque d'eau-de-vie. Elle a volé plusieurs fois et menace de se faire du mal si on l'empêche de boire.

Impulsion à V homicide, au suicide. — L'époque de la puberté s'accompagne parfois d'impulsions à l'homicide ou au suicide. L'influence de la première menstruation, des périodes menstruelles en général, sur les crises de délire impulsif, a été connue de tout temps ; elle était signalée déjà clans les livres hippocratiques. Je donnerai ici quelques exemples de ce genre de délire :

Observation GXX, — Brouardel. Etat mental des femmes sous

V influence des fondions génitales. Gazette des hôpitaux. 28 mars 1888).

Une bonne, âgée de 15 ans, égorge un enfant de 2 ans dont on lui avait confié la garde. On reconnaît que, le même jour, elle avait ses règles pour la première fois. Le rapport des méde~ cins fut favorable à la non-responsabilité.

Observation GXXI. — Brouardel, Loco cit.

Une fille, réglée sur le tard, tue l'enfant de sa voisine. On l'arrête, elle ne se rappelle rien et affirme avoir perdu la mémoire. Dans la prison, elle a une deuxième époque menstruelle qui se caractérise cette fois, par un état de mélancolie avec refus des aliments. Elle ne se rappelle toujours rien de la première menstruation.

Observation CXXII. — Dagonet./n Traité des maladies mentales. Paris 1862, p. 216.

Une malade était prise, à chaque période menstruelle, d'impulsions homicides. Sous l'influence de cette triste disposition, elle avait tué ses trois enfants.

La première menstruation a quelquefois éveillé chez des jeunes filles le désir de.se suicider :

Observation GXXIII. — Brière de Boismont. In Traité du suicide, p. 413.

Une demoiselle, élevée dans les principes religieux et qui n'avait jamais quitté ses parents, devint sombre et taciturne quelque temps avant la première menstruation. Aux demandes répétées qui lui furent faites, elle répondit que la vie l'ennuyait et qu'elle éprouvait le plus vif désir de la quitter. Tout désir de la mort cessa avec l'apparition des menstrues.

Observation CXXIV. — Icard. Loco. cit., p. 176.

Pendant mon passage à l'hôpital du Pharo, j'ai été témoin du suicide d'une jeune fille de 14 à 15 ans, qui se tua, sous prétexte qu'elle était à charge à sa famille, et que, par sa mort, elle permettrait à sa mère de quitter l'hôpital pour se faire soigner chez elle.

Observation GXXV. — Paul Moreau, de Tours. La folie chez les enfants. Paris 1888, p. 246.

Une jeune fille de 15 ans, pour éviter des reproches qu'elle avait encourus de la part de sa mère pour sa gourmandise, résolut de se précipiter dans la rivière. Sauvée à temps, elle dissimula par des promesses trompeuses son idée bien arrêtée et s'empoisonna quelque temps après avec de l'arsenic.

Observation CXXVI. (Personnelle).

Délire de persécution, tentative de suicide, à l'époque de la puberté, au cours de la troisième période menstruelle.

Jeanne V..., âgée de 14 ans 1/2, est reçue à l'hôpital des Enfants-Malades, salle de Chaumont, dans le service de M. Gomby, le 19 avril 1904.

Elle a été réglée pour la première fois il y a un an, très peu abondamment, et n'a revu ses règles que le 4 mars dernier.

Cette fois l'écoulement menstruel a duré 8 jours; il s'est renouvelé le 10 avril dans les mêmes conditions.

L'enfant, employée depuis le 15 janvier 1903 dans une fabrique de papier à cigarettes, de 7 heures du matin à 6 heures du soir, est fatiguée, surmenée. Depuis 3 mois elle est triste, elle pleure sans raison. La moindre observation l'irrite, lui fait perdre patience. Son caractère déjà un peu inégal, a beaucoup changé : elle a des crises de larmes, des accès de mutisme, suivis de phases de grande loquacité. Au moment de ses règles, le 10 avril, elle a présenté une violente excitation. Elle menaçait sa mère et ses frères de les battre, et se disait persécutée. A cette période d'excitation a succédé une phase de dépression.

Depuis quelques jours, elle a le désir de mourir; elle refuse de prendre tout aliment et a tenté de se suicider. C'est pour ces raisons qu'on la conduit à l'hôpital.

En examinant cette jeune fille, je la trouve bien développée physiquement.

Elle ne présente aucune altération viscérale. Sa sensibilité tactile est normale; en recherchant la sensibilité à la douleur, je note, sur le thorax, une zone d'hypoesthésie en avant et à gauche, une autre en arrière et à droite. Il existe une bande d'hyperesthésie sous la clavicule gauche; rien d'anormal du côté des membres. Les réflexes, la force musculaire sont nor-

maux. La sensibilité thermique est plus marquée sur le thorax à gauche qu'adroite.

Le champ visuel est légèrement diminué du côté droit. L'ouïe de même. A 10 centimètres de l'oreille droite, la montre n"est plus entendue.

Le goût est peu développé sur la partie gauche de la langue, et la malade ne sent rien de la narine gauche.

Accuellement, l'enfant ne présente plus de troubles psychiques : ses règles se sont terminées la veille; elles avaient duré 8 jours.

Jeanne V... a des antécédents héréditaires et collatéraux, très chargés. Sa mère est alcoolique et boit deux litres et demi de café par jour. Son père était un alcoolique invétéré, qui battait sa femme. Il a disparu après un divorce en 1890. De ee mariage sont nés sept enfants. Trois sont morts de convulsions en bas âge, un garçon de 30 ans est tuberculeux, un autre de 23 ans a été enfermé à l'âge de 7 ans à Yaucluse. Un troisième garçon de 20 ans a été interné deux fois à Vaucluse. Il avait des accès de mélancolie, fuyait toute société et a tenté plusieurs fois de se sucider.

La malade a quitté le service au bout de quelques jours; de telle sorte que je n'ai pas assisté à la période menstruelle suivante. Elle est partie, se.trouvant tout à fait bien ; mais les antécédents héréditaires graves que j'ai signalés, font craindre le retour de troubles psychiques, et porter un pronostic réservé.

Après la puberté, l'influence génitale la plus prépondérante est celle de la ménopause (Krugelstein) ; chez certaines malades le désir de se détruire revient avec chaque période menstruelle (Esquirol). Des idées de suicide, qui avaient disparu depuis longtemps, sont réveillées parfois, par des irrégularités de la menstruation ; elles disparaissent dès que l'écoulement cataménial redevient normal.

De nombreuses observations viennent confirmer ces faits : je n'en donnerai qu'une en exemple :

Observation CXXVII. — Brière de Boismont. Ann. méd. psych. 1851, p. 581.

Une femme pendant ses règles était d'une irritabilité telle,

qu'une contrariété la mettait hors d'elle-même : pour le motif le plus futile, elle se serait tuée, elle avait des envies de toutes espèces.

Érotomanie, nymphomanie. — Parmi les troubles observés à la puberté, les plus fréquents sont ceux des sens génitaux. Ils peuvent varier depuis la simple excitation, qui dépasse à peine les limites physiologiques, jusqu'à la nymphomanie, véritable accès de fureur utérine1.

La menstruation amène parfois une recrudescence des accès chez ces malades.

Observation CXXVIII. — Legrand du Saule. La folie devant les tribunaux, p. 510. Paris, 1864.

Jeune fille de 12 ans, qui, sortant le soir sous prétexte d'aller chez des amis de sa famille, se tenait sur le trottoir pour arrêter et provoquer les passants. Elle les conduisait dans une maison qu'une autre jeune fille lui avait fait connaître.

Observation CXXVIII. — Legrand du Saule. Loco. cit., p. 510.

Une enfant de 15 ans. soignée à la Salpêtrière dans le service de M. Trélat, honnêtement élevée par ses parents, appelait par la fenêtre les soldats qu'elle voyait passer, pendant que son père, resté veuf, était occupé hors de chez lui.

Observation GXXIX. — Louyer-Villermay, in Dict. en 00 vol., vol. 30, art. Nymphomanie, p. 591.

Une jeune fille de 15 ans et non encore menstruée, fut atteinte de convulsions avec fureur utérine. Une saignée au pied modéra les symptômes, mais elle ne fut parfaitement guérie qu'avec l'apparition des règles.

Aberrations, perversions sexuelles. — Ces perversions se développent d'ordinaire dans l'enfance ; mais souvent

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