‹ Essai sur la rédemption [microform]Chapitre 10 sur 51 · Le Quatrième Evanoile, 2» éd. (Paris, 1921), p · texte numérisé non relu

Le Quatrième Evanoile, 2» éd. (Paris, 1921), p

de Jean-Baptiste lorsqu'il voit passer Jésus : (( Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jean 1, 29).

L'Agneau de Dieu, c'est l'agneau pascal, et c'est bien à lui que l'évangéliste pense lorsqu'il dit que le flanc de Jésus fut percé d'un coup de lance afin que fût accompli ce passage de l'Ecriture : (( Pas un seul de ses os ne sera brisé » (Jean 19, 36). En effet, le texte de l'Ancien Testament auquel il est fait allusion se rapporte à l'agneau pascal {Exode 12, 46 ; Nombres 9, 12). De plus, la chronologie johannique fait coïncider la mort de Jésus avec le sacrifice de l'agneau pascal.

Rappelons-nous le texte d'Esaïe déjà cité (53, 7), où il est dit que le serviteur de Yahvé, tel un agneau qu'on mène à l'abattoir, n'a point ouvert la bouche. Le chapitre 53 d'Esaïe est cité d'autre part dans le quatrième Evangile (Jean 12, 38), et l'auteur y voit la prédiction de l'insuccès du Christ.

Tout eela concorde. Pour Jean, le Christ est le Serviteur de Yahvé qui prend sur lui les péchés des hommes ; mais il ne donne pas sa vie « pour plusieurs » seulement, comme le disait l'Evangile de Marc ; il la donne pour le monde, et le symbolisme de l'agneau pascal, cette victime sans défaut et sans tache, sert admirablement à caractériser le sacrifice de l'Etre saint.

LA THÉOLOGIE JOHANNIQUÊ 79

C'est ainsi que le Christ est devenu le moyen expiatoire, hilasmos, pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais pour le monde entier (1 Jean % 2). L' hilasmos, c'est un sacrifice expiatoire, condition de la réconciliation de l'homme avec Dieu. Le Christ a voulu être cela. Quand il dit, songeant à ses disciples : « Je me consacre moi-même pour., eux » (Jean 17, 19), cela signifie, à la fois : je me sanctifie, et : je m'offre en sacrifice ; et c'est sur la seconde signification qu'il convient de mettre l'accent. Jésus, par son sacrifice, met ses disciples en état d'être sanctifiés -^ donc, purifiés de la coulpe qui les empêchait d'être en communion avec Dieu.

Qu'il y ait là un sacrifice expiatoire, c'est ce que montre le rapport de ce sacrifice avec le pardon des péchés. L'antithèse de la loi et de la grâce est dépassée. Mais le sacrifice de Jésus, s'il n'a pas les mêmes effets à l'égard de la Loi que dans Ja doctrine de Paul (puisque le problème» de la Loi ne se pose plus), a. les mêmes effets par rapport au péché.

L'épître, notamment, nous montre le Christ prenant les péchés, les ôtant (3, 5), et que c'est là, proprement, sa mission. Il les ôte de façon continue : son sang exerce perpétuellement une action purificatrice (1, 7), et non pas seulement quant au passé, ainsi qu'on pourrait le croire de Vhilastérion paulinien.

A part cela, subsiste-t-il une différence notable entre la notion paulinienne. et la notion johannique de la rédemption? La critique a coutume de les opposer. Voyez par exemple ce qu'en dit Auguste Sabatier, dans son étude, au demeurant si lumineuse et si belle, sur la Rédemption. Il n'hésite pas à rapprocher la notion johannique de celle de l'épître aux Hébreux, suivant laquelle, dit-il, — et il paraît malaisé de ne lui point donner raison — le sacrifice du Christ est ime fonction sacerdotale, un acte transcendant, une purification rituelle accomplie hors de Vhumanité, sans lien organique ni avec son état moral, ni avec l'évolution de ses destinées.

La doctrine johannique a, selon lui, le même point de départ dans la notion juive du sacrifice, le même point d'arrivée dans la doctrine du Logos, et elle se développe dans la même atmosphère alexandrine, sous l'influence de l'antithèse du monde sensible et du monde suprasensible.

Il nous paraît que tout ceci n'a guère de contact avec les textes. Que le sang purifie, selon le lévitisme, par l'effet d'une vertu qui lui est inhérente, cela est vrai en thèse générale (voir Lévit. 17, 11 et suiv., 14, 25, 51 ; 16, 18-20).

Page 1