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CHAPITRE IV

La Rédemptiei) d'après la théclc^ie jol^appique

Le but de la mission du Christ, dit le quatrième Evangile, c'est le salut du monde. Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son fils (Jean 3, 16). Mais comment le Christ va-t-il accomplir ce dessein d'amour du Père ?

Tout d'abord, en révélant Dieu. <( J'ai révélé ton nom aux hommes que tu m'as donnés », dira-t-il au moment suprême où il embrassera, d'un coup d'œil, l'ensemble de son activité (Jean 17, 6).

Il le révèle, rien qu'en vivant au milieu des hommes ; car, dit-il, « celui qui m'a vu, a vu le Père » (Jean 14, 9).

En étalant ainsi, par son exemple quotidien, la vie divine sous leurs regards, il la leur communique. Car (( c'est ici la vie éternelle : Te connaître, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (17, 3").

Cette valeur salutaire de l'exemple, l'autieur l'a mise en relief, plus encore que ne l'ont fait les Synoptiques.

Là-bas, les faits sont seulement racontés. Ici, ils font l'objet d'un perpétuel commentaire. Mais tout ceci n'a rieil-qui soit particulier au johannisme. Que le Christ révèle Dieu, c'est la conclusion que tout observateur devait tirer de sa vie, et il est parfaitement inutile de faire intervenir ici la théorie judéo-alexandrine du Logos.

' Ainsi, la gloire divine se manifeste dans les paroles et les actes du Christ ; et elle illumine le cœur de l'homme. « Je suis la lumière du monde », dit Jésus, au moment oij il vient de guérir l'aveugle-né. « Je suis le pain de vie », dit-il au moment où il vient de nourrir la foule. « Je suis la résurrection et la vie » , dit- il au moment oiî il va ressusciter Lazare. C'est toujours sa personne qu'il présente ainsi à ses auditeurs ; et, ce faisant, il n'y a point de doute que son but ne soit, en se révélant, de révéler Dieu, ce Dieu dont il est, pour employer le langage de l'apôtre Paul, V image visible.

Mais alors, cette révélation ne va-t-elle pas suffire pour attirei^ les hommes à Dieu? Et qu 'est-il encore besoin du sacrifice ? Ne va-t-il pas tout au moins être relégué au second plan?

Il n'en est rien, et ceci est très remarquable. La mort du Christ joue un rôle capital dans l'œu-

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vre du salut, telle que Jean la conçoit. C'est bien elle qui sauve l'humanité. Rappelons-nous l'entretien avec Nicodème. « De même que Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'Homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle » {Jean 3, 14). Il n'y a pas de doute que la mort du Christ ne soit nécessaire au saJut de l'humanité, puisque l'évangéliste compare le Crucifié au serpent d'airain, dont la contemplation rendait la vie aux Israélites.

La mort, comme d'ailleurs la vie du Christ, sera le moyen de sa glorification. L'auteur joue ici sur le double sens du mot : hypsôthênai, qui signifie à la fois l'élévation sur la croix et l'élévation dans la gloire.

Mais pourquoi la mort du Christ était-elle nécessaire?

Elle l'était à cause de l'opposition sans cesse grandissante, irréductible, entre la lumière et les ténèbres. Un fait que l'auteur constate douloureusement, et qui établit la perversité radicale de l'humanité, c'est que, la lumière étant venue chez- les siens, les siens ne l'ont point reçue (Jean 1, 44). Le drame de la vie de Jésus, avec

ses phases de succès et de revers, aboutit à cette constatation : « Il avait fait tant de miracles devant eux, et ils ne croyaient pas en lui » {Jean 12, 37). L'auteur ne peut s'expliquer cette obstination que par un endurcissement voulu de Dieu. Il constate donc l'échec de l'œuvre de Jésus; c'est le fait que les Synoptiques ont déjà reconnu, et ils l'attribuent à la même cause (Marc A, 12).

Le monde ne voulant ni ne pouvant recevoir la révélation du Christ, et apparemment, ne le voulant pas parce qu'il ne le pouvait pas, il était inévitable que le Christ mourût. D'abord, parce qu'il devait être nécessairement la victime de cette opposition du monde. Ensuite, parce que sa mort serait le moyen d'une révélation plus décisive de sa personne. L'être de chair étant anéanti par la mort, sa gloire allait rayonner du haut de la croix. C'est à quoi fait allusion la grande parole : « Quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12, 32).

Mais avant tout, la mort du Christ est un sacrifice volontaire, accompli par amour. « Le bon berger donne sa vie pour ses brebis », déclaret-il, et, ayant dit d'abord : « Je suis le bon berger », il ajoute : « Je donne ma vie pour mes brebis » (Jean 10, 15).

Dans la lutte qu'il a entamée contre la puissance des ténèbres, il faut bien qu'il donne sa vie pour ses brebis. C'est un mystère, mais- pas

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plus que la parole de la Cène : « Ceci est mon corps, donné pour vous ».

Ici, M. Loisy ohserve que, dans le cours ordinaire de la vie, il n'est pas d'usage que les meilleurs bergers meurent ainsi. Ils n'y sont nullement tenus, et leur mort serait tout autre chose qu'un avantage pour le troupeau ^.

C'est, en effet, le grand paradoxe de l'histoire de Jésus ; mais le sens religieux du peuple a vu plus juste que le sens critique de l'exégète, et Jésus est resté, dans l'âme populaire, le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. Y avait-il un autre moyen de les sauver du loup dévorant?

C'est un sacrifice consenti par amour. En attirant sur lui la colère de ses adversaires, Jésus la détourne des siens. « Il n'y a pas de plus grand amour que dé donner sa vie pour ses amis »

{Jean 15, 13).

Ce n'est pas tout à fait le même point de vue que celui de Paul. « Dieu, dit l'épître aux Romains, a fait éclîiter son amour envers nous en Ceci : lorsque nous étions encore des pécheurs, le Christ est mort pour nous » (Rom. 5, 8).

La rédemption se limite ici, semble-t-il, aux amis de Jésus, aux brebis du bon berger ; mais en fait, non en droit, comme le prouve la parole

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