Orat. Cat. magna
succès. En Orient et en Occident, elle a inspiré les plus grands prédicateurs. Leurs comparaisons varient. Augustin parle d'une souricière oii le Diable se fait prendre {Serm. XXX, 2), tandis que Cyrille de Jérusalem dit plus brutalement que la chair du Seigneur lui fut un vomitif (Cat. XII, 13). Et Grégoire-le-Grand reprend l'image de Grégoire de Nysse, avec cette différence, toutefois, qu'il compare Satan à l'hippopotame (Béhémoth) au lieu de le comparer à la baleine.
Dans ce tour joué au Diable, jl faut voir un thème de la prédication populaire plus que de la théologie. Mais qu'on n'ait pas su trouver mieux, c'est ce qui montre l'embarras de la prédication chrétienne devant le mystère de la Rédemption.
Athanase arrive à l'idée d'une raçon payée à Dieu ; mais ce n'est encore que l'ébauche du système qui prévaudra au Moyen Age. Ce système sera l'œuvre de l'esprit latin.
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Nous avons affaire ici à un christianisme plus sévère, et dominé dès l'abord par les exigences juridiques d'une piété formée à l'école du légalisme romain. Chez Tertullien, nous trouvons pour la première fois l'idée et le terme de satisfaction, mais qui ne se rapportent pas à la mort du
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Christ. Il s'agit ici de satisfaire Dieu par un ensemble de bonnes œuvres. Nous retrouvons cette idée chez Cyprien, qui l'installe définitivement dans la théologie. Dieu est un maître et un juge. L'homme doit, pour répondre à ses légitimes exigences, lui rendre ee qu'il lui doit, satisfacere Deo ; ou même, faire plus, et acquérir des mérites aux yeux de Dieu {'promereri Deum). C'est toujours la conception antique du Dieu irrité, dont on apaise le courroux avec des offrandes, sous forme de jeûnes, d'aumônes, de macérations de tout ordre. Dieu pèse les fautes et les prestations humaines (souffrances comprises) ; si la balance penche du côté de l'offrande, l'excédent constitue aux hommes un mérite. Ceci étant, le Christ a offert à Dieu ses souffrances et sa mort, pour opérer la réconciliation du genre humain. C'est ce que développe, entre autres, saint Augustin.
Dieu, dit-il, devait nécessairement nous aimer et nous haïr à la fois. Il nous aime, en tant que nous sommes ses enfants. Il nous hait, en tant que nous sommes pécheurs. De là le sacrifice du Christ, qui réconcilie Dieu avec l'humanité.
Ce qui est au premier plan ici, ce n'est plus l'incarnation du Fils de Dieu, c'est son sacrifice, lequel apparaît comme la raison d'être et le but de sa venue sur la terre. Naturellement, la divinité du Sauveur joue toujours un rôle, mais pour conférer une valeur infinie à ses souffrances. Comme
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le dit Grégoire-le-Grand : « La faute devait être détruite, mais quel sacrifice pouvait-on trouver qui pût obtenir le pardon des hommes ? Il n'était pas juste que des victimes animales fussent tuées pour l'homme raisonnable. Il fallait chercher un homme qui fût offert pour les hommes et un homme sans péché » ^.
Mais comment se fait-il que ce sacrifice sojt efficace ? Aucune explication logique, suivie, complète du mystère n'a encore été tentée. Il était réservé au Moyen Age de compléter la pensée des Pères.
La piété de l'Occident, avant sa théologie, a mis le sacrifice au centre de l'œuvre du Christ. La messe n'est-elle pas le renouvellement du sacrifice du Sauveur et le point culminant du culte chrétien ? Les églises ont été bâties dès les premiers âges d'après la forme de la croix, mais la croix latine s'allonge suivant la dimension du corps, et si l'abside dévie légèrement, c'est pour imiter le mouvement de la. tête du. Sauveur s 'inclinant sur sa poitrine. L'art chrétien se complaît désormais dans la représentation des souffrances visibles du Christ. Le sentiment du tragique de la vie s'est accru, dans ces temps sombres du Moyen Age. jusqu'à l'angoisse. Et les douleurs