Moraïia in Jobvm, XVII
COUP d'cEIL sûr L'mSTOIÎiE DU DOGME lîl
humaines se réfugient dans la contemplation des douleurs du Christ, qu'elles exaltent dans ce qu'elles ont de physique, d'autant que ce sont les douleurs d'un Dieu.
La croix ne cesse de grandir. Si le Christ apparaît de plus en plus comme le Rex tremendae majestatis du Dies irae, il est aussi la suprême espérance d'un monde en proie aux affres de la mort. Mais désormais, ce n'est plus la Résur^ rection qui est au premier plan : c'est la Passion.
L'âme religieuse concevait la nécessité d'un sa* crifice expiatoire ; les explications variaient L'intuition religieuse n'avait pas encore trouvé sa formule. Anselme de Cantorbéry la lui fournît. Il avait passé de longues années à méditer sur l'existence de Dieu. Le résultat de ses méditations avait été le célèbre argument ontologique. Après l'existence de Dieu, il étudia le mystère de l'incarnation. Longuement, il chercha à en pénétrer les motifs. Il profita d'une accalmie dans son activité, au cours d'un voyage à Rome, pour terminer, dans le recueillement du petit village de Schiavi (où il fit, dit-on, jaillir une source), le Cur Deus homo. Ce petit livre apporte sa justification logique à une doctrine où il n'y avait
encore que l'expression insuffisamment claire d'un sentiment profond. Au moment où Anselme le compose, il a soixante-cinq ans. Nous avons donc affaire à une oeuvre qui est issue de la piété la plus profonde que le Moyen Age ait connue : œuvre éclose dans la prière, et qui est le produit de la maturité d'un grand croyant. L'explication d'Anselme domine toute la dogmatique des âges subséquents. Elle doit être considérée avec le plus grand respect.
A-t-elle son point de départ, comme on l'a cru généralement autrefois, dans le système de compensations du droit germanique, ou coinme on le croit généralement aujourd'hui, dans la notion de la pénitence et dans les satisfactions créées par le tribunal de l'Eglise ? Probablement, il s'est fait dans l'esprit de saint Anselme un mélange de ces deux catégories d'idées et d'usages, qui n'ont rien de contradictoire d'ailleurs. Mais ce qui domine tout, c'est l'idée chevaleresque de l'honneur. Toute offense faite à l'honneur d'autrui doit être réparée soit par un châtiment, soit par quelque autre genre de satisfaction. C'est là un principe général, un postulat qu'Anselme tient pour accordé de tous. « Il est nécessaire que tout péché soit suivi d'une satisfaction ou d'une peine » ^. Peine ou satisfaction, tel est le