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Le Dogme de la Rédemption, p

satisfait à Dieu en toute plénitude » {Cat. Rom. CXXrV, 1). Cette satisfaction correspond avec une parfaite égalité au compte des péchés qui ont été commis dans le monde.

Le concile du Vatican, ayant été brusquement interrompu, n'a pu terminer son projet de définition des mystères de la foi, mais les ébauches qui avaient été préparées n'en expriment pas moins, sur les points essentiels, la pensée catholique moderne. « Le Christ Jésus, y est-il dit, médiateur entre Dieu et les hommes, a satisfait la justice divine. » Et ce résultat provient du fait « que ses actes humains tiraient leur valeur et leur, dignité de la personne divine qui opérait par la nature humaine ».

Le projet ajoute ensuite : « Ce qui fait la vertu de ce sacrifice, c'est la satisfaction vicaire qu'il réalise... » De même que le péché. d'Adam était le péché du genre humain, l'oblation volontaire du Christ était une satisfaction fournie par toute l'humanité, dont Christ était le chef.

A ce projet de constitution étaient joints deux canons : l'un, déclarant anathème quiconque osait dire que la satisfaction vicaire répugnait à la justice divine, l'autre, condamnant ceux qui ne croyaient pas que Dieu le Verbe lui-même, en souffrant et en mourant dans la chair assumée par lui, eût pu satisfaire Dieu pour nos péchés.

C'est là qu'apparaît la difficulté du système.

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Pour que la satisfaction soit valable, il faut pourtant, semble-t-il, qu'elle soit offerte à l'offensé par quelqu'un d'autre. 11 est vrai que le Christ offre la satisfaction en tant qu'il possède la nature humaine et qu'il la reçoit en tant qu'il possède la nature divine. Mais ce sont là de- grandes subtilités.

Quoi qu'il en soit, ce qui fait la force de cette doctrine, c'est le sentiment de solidarité qui s'y ébauche et qui a trouvé son expression dans l'admirable formule de saint Thomas : <( Le chef et les membres sont comme une seule personne mystique, et c'est pourquoi la satisfaction du Christ se rapporte à tous les fidèles, comme à ses membres. )) (Sum. theol. 3, qu. 48, art. 2).

C'est sur quoi nous insisterons plus loin.

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Le salut par pure grâce, accordé à l'homme pécheur, non à cause de son mérite, mais à cause des mérites de Jésus-Christ, telle est la doctrine fondamentale de la Réforme. L'idée qu'elle se fait de l'homme est tragique. Elle le voit plongé dans un abîme d'oij il ne saurait sortir en aucune manière par ses propres efforts. Dans sa misère, elle aperçoit une culpabilité qui attire sur lui la juste condamnation de Dieu. La Confession des

péchés de Théodore de Bèze exprime tout cela en termes définitifs.

De là une différence entre la doctrine des réformateurs quant au sacrifice de Jésus-Christ, et la doctrine catholique. Sans doute, les réformateurs n'ont pas eu conscience tout d'abord de la distance qui les séparait d'Anselme. Ce serait aller trop loin que de voir dans leur enseignement, comme l'a fait le D"" Dale, V antithèse du Cur Deus homo. Il y a cependant ici un peu plus qu'une nuance. Il ne s'agit plus d'une compensation destinée à réparer l'offense qui a été faite à Dieu. Le châtiment "n'est pas remplacé par une satisfaction, comme le voulait Anselme : peine et satisfaction se confondent. Il faut que le péché soit puni avant d'être pardonné. Seulement, la peine tombe, non sur le pécheur, mais sur le Christ, qui s lest substitué à lui. C'est donc une satisfaction nettement pénale, avec une idée de substitution, une satisfaction pénale vicaire, au lieu de la satisfaction vicaire simple qui caractérise la théologie catholique *.

6. Encore cette distinction est-elle un peu trop rigoureuse. N'oublions pas qu'il y a toute une école du catholicisme qui accentue fortement l'élément pénal. On a cité le P. Corne, disant :

« Rien ne serait fait pour notre salut, si Jésus ne s'était

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Luther n'aime guère le vocable de satisfaction, ^qu'il renverrait volontiers « aux tribunaux et aux écoles de juristes, oii il est à sa place et oii les papistes Font pris » ^. Mais il emploie les expressions les plus vigoureuses, et qui parfois nous étonnent, pour caractériser l'identification du Christ avec l'homme pécheur.

(( Il ne saurait être question, déclare-t-il, de se représenter Christ comme un injuste. Certes, Jésus-Christ est une personne très pure. Mais cette personne, se dépouillant de son innocence et de sa sainteté, revêt ta personne pécheresse, porte ton péché, ta mort et ta malédiction, devient pour toi victime et maudit, afin de te délivrer de la malédiction de la loi » *.

Et dans le Commentaire de l'épître aux Galates, nous trouvons des textes singulièrement énergiques. Il y est dit, par exemple : <( Une victime offerte pour les péchés du monde n'est plus une personne innocente ; c'est un pécheur qui porte

substitué à tous les pécheurs, et si Dieu, acceptant cette substitution, n'avait consenti à considérer en lui le pêcheur universel, à frapper en lui toutes les iniquités humaines, et à recevoir en expiation l'effusion de son sang. » (Le Mystère de Notre Seigneur Jésus-Christ. T. Vf : Le Sacrifice de Jésus. P. 319). Luther n'a rien- dit de plus fort.

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