Epist. ad Gai, éd. d'Erlangen, t. II, p
COUP d'CEIL SUB L'fflSTOmE DU DOGME 139
Ce qui importe à Luther, en somme, c'est de délivrer l'homme du sentiment de la coulpe, qui le séparait de Dieu. L'homme avait peur de Dieu. Les souffrances et la mort du Christ font disparaître cette peur, en attirant sur lui le châtiment que l'homme avait mérité. « Regarde Christ, le Sauveur, dit Luther, En voyant tes péchés s'attacher à lui, tu seras en sécurité à l'égard des péchés, de la mort et de l'enfer. Tu diras : « Mes péchés ne sont pas miens, ils me sont étrangers. » Toute doctrine solidariste de la Rédemption reproduira, en les adoucissant dans la forme, ces paradoxes, qui sont l'enveloppe d'une vérité essentielle.
'Mélanchthon adopte la doctrine de Luther, tout en la formulant d'une façon plus sobre. Il admet qu'étant donné la justice divine, il ne saurait y avoir de réconciliation s'il n'y avait une peine subie ; et dans V Apologie de la Confession d'Augshourg (Art. 3), il insère cette formule ■: « La loi condamne tous les hommes ; mais Christ, ayant subi la peine du péché sans avoir commis de péchés et étant devenu victime pour nous, a supprimé ce droit qu'avait la Loi ».
Le luthéranisme a toujours nié qu'il pût y avoir, même à se représenter les choses d'une façon toute abstraite, un autre mode de salut que celui-là.
Déjà la formule de concorde avait repris les affirmations d'Anselme, en montrant que seul,
rHomme-Dieu pouvait apporter à Dieu le Père la satisfaction qu'il réclamait. La doctrine du luthéranisme orthodoxe combine tout naturellement la doctrine d'Anselme et celle de Luther. Par son obéissance active, le Christ apporte à Dieu une satisfaction positive. Il .a accompli la Loi divine, et les pécheurs repentants, en se faisant à eux-mêmes par la foi l'application de cet accomplissement, peuvent être réputés justes devant Dieu. D'autre part, par son obéissance passive, le Christ a transféré sur lui les péchés du monde. Par l'effusion de son propre sang, il a purgé les peines qui leur étaient dues.
Mais ces peines sont des peines éternelles.
Comment Christ a-t-il pu les endurer ? Qu'à cela ne tienne. Il ne les a pas endurées extérieurement (quant à la durée), mais intérieurement (quant à l'essence). Il a ressenti les peines éternelles, dit Quenstedt, mais non pour l'éternité ".
Et, si l'on considère la sublimité de la personne qui souffre, cette peine, non seulement égale, mais surpasse infiniment les peines éternelles de tous les damnés. Il fallait qu'il en fût ainsi : le péché, ayant une malice infinie, exigeait comme contrepartie une satisfaction infinie.
A la satisfaction, la théologie luthérienne ajoute