‹ Essai sur la rédemption [microform]Chapitre 37 sur 51 · I.A DOCTBINE SOLIDABISTE · texte numérisé non relu

I.A DOCTBINE SOLIDABISTE

Essence du Christianisme, montrait le rôle décisif d-e la Croix et comment l'ère des sacrifices rituels se trouvait, par elle, définitivement close.

Et aujourd'hui, nous voyons M. Otto mettre au nombre des intuitions religieuses du Christianisme l'intuition de la réconciliation par Jésus et celle du médiateur qui couvre et qui expie. Sans doute, M. Otto, suivant en cela la tradition ritschlienne, déclare qu'il ne faut pas mettre des intuitions de ce genre au centre de la religion, oii ne doit figurer que l'expérience de Dieu ; mais il reconnaît dans l'Evangile de la Croix, tel qu'il se formule dans l'âme des grands mystiques, l'intuition religieuse la plus profonde qui se soit jamais rencontrée dans l'histoire des religions.

Il s'a-git bien, à vrai dire, d'une intuition religieuse. Et ce terme d'intuition, qui est si fort à la mode chez nous depuis que Bergson, dans des études fameuses, a opposé l'intuition à l'analyse, est le seul qui convienne ici. Frommel l'employait déjà, lorsqu'il regrettait que les données intuitives fussent sacrifiées aux seules certitudes démontrées et démontrables. Il s'agit donc ici, véritablement, d'une divination du sens religieux, comme le dit Otto, qui la déclare « indépendante des vacillations de l'exégèse et des justifications pénibles de la dogmatique ». La Croix du Christ ne doit pas être rationalisée. Il convient qu'elle

demeure, suivant la belle expression d'Otto, « le monogramme du mystère éternel ».

Ceci dit, pour excuser à l'avance les faiblesses et les contradictions des formules théoriques que, malgré tout, nous ne pouvons faire autrement que d'employer, essayons d'esquisser les linéaments d'une interprétation de la Rédemption fondée sur ridée de solidarité.

Le fait d'oii il faut partir, c'est l'universalité du mal.

Quelle en est l'origine?

Les anciennes traditions d'Israël évoquent le paradis perdu. Ne faut-iXpas remonter au delà de la préhistoire.!* N'y a-t-il pas des raisons sérieuses d'admettre, comme explication dernière de la tragédie humaine, l'hypothèse de Secrétan, imaginant une chute de la Créature antérieure à l'univers actuel?

Quoi qu'il en soit de cette conception, dont nous ne songeons pas à méconnaître les difficultés, le fait est que l'homme se préfère à Dieu. Il entend vivre sa vie, en révolte contre la loi intérieure, aux dépens de l'ensemble dont il fait partie. Et cette vie ne peut- être qu'une mort. Le péché tombe sous la condamnation divine. Car Dieu est aaint.

LA DOCTRINE SOLIDARISTE 205

La Bible parle à ce propos de la coZère de Dieu. Les modernes ont peur de prononcer ce motrlà. Pourtant, il y a une colère sainte. Elle est le fait de l'amour qui revendique l'âme humaine comme son bien, et qui s'indigne de la destruction d'un tel trésor. Un Dieu auquel nous ne reconnaîtrions pas cette faculté, on l'a remarqué justement, serait plus pauvre que nous, qui n'avons pas encore entièrement perdu la faculté de nous indigner contre le mal. La colère, a-t-on dit à ce propos, c'est l'envers de la charité. Dieu aime infiniment sa créature : il hait donc d'une haine infinie le mal qui est en elle et qui la tue.

C'est une conception tragique de la vie. L'expérience en vérifie la réalité. Le péché, étant, non seulement insuffisance, mais révolte contre les lois dé la vie, est un suicide.

Il aboutit à la destruction, lente ou rapide, de quiconque s'y adonne : de l'individu, d'abord ; de la société, ensuite.

La sanction est immanente. Ce que l'homme a semé, dans le champ de la chair, il le moissonnera. Le salaire du péché, c'est la mort.

Il y a longtemps que l'humanité aurait succombé aux conséquences de ses révoltes, s'il n'y avait dans l'histoire, parallèlement au courant qui entraîne vers les abîmes, un courant qui remonte vers la vie. Dieu n'a jamais abandonné sa créature. Il est à l'œuvre dans le monde, et on

peut dire véritablement qu'il «. ne fait pas autre chose que d'accomplir dans l'humanité... une œuvre d'immense et universelle Rédemption ® » .

Toute révélation a, finalement, ce but : réconcilier le monde avec Dieu.

Le moyen nécessaire de la Réconciliation, c'est l'Incarnation. Comme le dit admirablement M. Barth, « ce qu'il y a ici de nouveau, c'est que Dieu est tellement Dieu, qu'il peut être plus qu'éternel, à savoir, temporel ; plus que Dieii, à savoir, homme. Tandis que la Parole divine, pour se faire entendre des hommes, adopte l'existence humaine, elle cache sa divinité dans l'opprobre et dans la honte. En se proposant à la foi, elle s'expose au scandale. C'est le miracle adorable de notre salut ^ » .

Toute révélation est déjà une incarnation du divin, mais la révélation s'achève dans l'incarnation de Dieu en Christ.

Pourquoi l'Incarnation?

Il s'agissait, comme l'a montré Henri Bois, d'introduire dans l'humanité terrestre une greffe de sainteté. Le monde pécheur ne pouvait être sauvé par ses propres efforts. A la solidarité dans le mal, la solidarité dans le bien devait répondre ; et elle ,ne pouvait se constituer que par un être

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