Die Lehre vom Worte Gottes, Munich, Kaiser, 1927, p
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saint, autour de qui viendraient se cristalliser toutes les aspirations pures et nobles de l'humanité.
Jésus a été cet être saint. En lui, l'œuvre créatrice a recommencé, pour l'achèvement de ses fins idéales. Jésus est le Fils de l'Homme, et pas seulement au sens eschatologique. Il est l'Homme, en qui l'humanité véritable apparaît.
Si l'apparition de tout homme de génie est un mystère, à plus forte raison l'apparition d'un être tel que Jésus, en qui le génie s'équilibre, unifie ses puissances, harmonise ses contrastes, atteint l'unité dans le plein développement des facultés opposées. Mais ce n'est pas assez dire. L'âme chrétienne adore ici le mystère de l'Incarnation de Dieu.
Le but de la mission du Christ était de ramener l'homme à Dieu : de le réconcilier avec celui qu'il avait offensé par sa révolte.
Il fallait que la démarche réconciliatrice fût entreprise par un être qui serait à la fois le représentant de Dieu auprès de l'humanité et le représentant de l'humanité auprès de Dieu ; seul, le Christ, homm,e et Dieu, pouvait faire cela.
Il fallait que le Médiateur plongeât par les racines de l'âme dans le sol de l'humanité, et, s'il ne s'y rattachait par toutes ses origines, qu'il s'y rattachât par une sympathie qui l'identifiât avec elle. Il fallait que son amour le rendît pleinement
solidaire d'elle. Et cela, il le pouvait, s'il était l'Humanité elle-même, telle que Dieu l'avait rêvée, et s'il était l'amour, lequel est par essence communion avec le tout, pénétration des âmes par les âmes.
Mais, du moment où le Christ est sur la terre, le mystère de ses origines passe au second plan : il devient aifaire de foi, non de connaissance directe. Devenu homme, le Christ va partager toutes les conditions de la vie humaine, sauf la mortelle faiblesse qui incline l'homme aux ahîmes. Le Christ va refaire les expériences millénaires de l'humanité ; il aura donc qualité pour la représenter devant Dieu.
En lui, Dieu se révèle pleinement, dans sa sainteté et dans son amour. La vie du Christ est déjà une Passion de Dieu dans l'humanité. Cette Passion aboutit nécessairement à la Croix.
Il n'y a plus moyen de concilier le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, la vie et la mort. Il faut choisir. Devant la révélation de Dieu, les nuances délicates par lesquelles le mal se fond insensiblement dans le bien s'évanouissent. (( La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue. » (Jean, 1, S). L'antithèse est absolue. Celui qui voudra sauver sa vie, la perdra. Celui qui la perdra, la retrouvera. Impossible de marquer plus fortement l'incompatibilité de l'idéal de l'homme naturel avec l'idéal nou-
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veau. Il y a là une telle contradiction, que ceci doit tuer cela. La vie que l'Evangile apporte ne peut naître que d'unie mort.
Voilà pourquoi la prédication du Christ s'est heurtée à d'invisibles résistances. Et ce qu'il y a de plus tragique, c'est que le peuple qui Ta repoussé est justement celui que des siècles de prophétie avaient préparé à recevoir la révélation du Dieu d'amour. C'est ce peuple, constitué en théocratie> qui n'était plus guère, depuis le retour de l'exil, qu'une communauté religieuse, et qui s'appelait lui-même 7e peuple de Dieu.
ni
Voyons maintenant de plus près ce qui s'est passé.
Le Christ n'était pas parvenu à ébranler l'indifférence de son peuple. Il avait rassemblé douze disciples de choix, et l'un d'eux était un démon. Les villes galiléennes, témoins de tant de merveilles, ne s'étaient pas repenties. Jérusalem restait indifférente. Les patriotes de Galilée avaient abandonné le prophète de Nazareth, le jour oii ils s'étaient aperçus qu'il ne voulait pas les mener à la guerre contre Rome. Les intrigues des légistes et des pharisiens se nouaient autour de lui. La décapitation du Baptiste permettait de conjecturer
son sort. La ville tueuse de prophètes était là qui l'attendait.
Certes, l'amour de Dieu ne met à recevoir les hommes d'autres conditions que le repentir. Le Père ouvre ses bras tout grands à l'enfant prodigue. Mais encore attend-il que l'enfant prodigue revienne. Or, malgré les appels de Jésus, l'enfant prodigue ne s'était pas mis en route. Le message de l'amour de Dieu — l'Evangile — laissait les auditeurs du Christ insensibles.
A quoi tenait donc cette obstination dans l'impénitenoe ? Et comment cet obstacle, en apparence invincible, qui, dans le cœur de l'homme, s'opposait à l'action divine, serait-il surmonté ? Ne fallait-il pas admettre que cet état d'endurcissement de l'âme était déjà un châtiment du péché, qu'une malédiction pesait sur la race humaine, et qu'il fallait la lever comme on levait toute malédiction, suivant la croyance antique : par un sacrifice ?
Est-il bien nécessaire, cependant, d'aller jusque là dans notre interprétation du sacrifice de Jésus ? Ne suffit-il pas, après avoir constaté l'incompatibilité de l'Evangile avec le monde, de dire que, la mort devant être le résultat des efforts de Jésus s'il persévérait, Jésus aurait été infidèle à son programme messianique, donc à la volonté de Dieu, s'il n'avait pas persévéré ? Il fallait qu'il
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allât jusqu'au bout de sa mission et de son Evangile, et que, finalement, il mourût martyr.
Rappelons-nous ici la définition que Frommel donne du martyr : « Le martyr n'est pas un homme qui meurt volontairement. S'il pouvait choisir, le martyr ne choisirait pas de mourir. S'il meurt, cependant, c'est qu'il est captif de sa conscience, c'est qu'il estime l'existence inférieure à une trahison de conscience. Mais la conviction n'est pas la cause de sa mort. Elle n'en est que l'occasion. Il ne choisit pas la mort qui lui est imposée, et il ne la désire pas pour elle-même. Tout autre est le sacrifice » ^.
Jésus ne serait-il donc qu'un martyr, un martyr qui, au lieu de se borner à subir la souffrance, serait allé au-devant d'elle, mais pour qui elle aurait été l'accident qui contrariait le plan divin et qu'il fallait subir pourtant, afin d'être d'accord avec sa mission ?
Certes, on ne doit pas dire que Dieu ait forcé les hommes à commettre un crime en leur imposant comme condition de la délivrance du monde le meurtre de son Fils. « Pourquoi ton désespoir, ô Judas ? s'écriait naguère M. Wilfred Monod. Pilate, pourquoi te laves-tu les mains pour te disculper de ton crime ?... Vous avez exécuté les dé-