L'Expérience Chrétienne, t. m, p
2l2 ESSAI SUR LA REDEMPTION
crets du Très-Haut^ ». Nous ne dirons pas cela. Pilate et Judas auraient accompli les décrets du Très-Haut en donnant leur cœur à Jésus et non en le crucifiant.
Mais il y a tout de même autre chose dans l'angoisse de Gethsémané que l'acceptation pure et simple, par Jésus, des conséquences dernières de sa vocation.
Jésus avait aperçu ces conséquences depuis longtemps, et il les envisageait, nous l'avons vu, non seulement sans angoisse, mais avec une impatience oii il avait parfois de l'enthousiasme ^°.
A Gethsémané, ce n'est pas la même chose.
Il y a une angoisse. Jésus supplie le Père que cette coupe passe loin de lui. Dans son agonie, il y a plus que la déception de son œuvre abandonnée et l'inquiétude de laisser ses disciples orphelins, brebis parmi les loups. Il y a plus que cette perception de l'avenir et cette vision des crimes commis en son nom qu'imagine un Lecpnte de Lisle.
L'agonie de Gethsémané prend toute sa signification quand on la rapproche du récit de la Gène : « Ceci est mon corps », dit Jésus. Le pain qu'il donne, c'est son corps, c'est lui-même, qu'il