Il a souffert, p
10. Es jauchzt etwas in seiner Seele. (Blumhardt, Dus Hohelies des Leidens Jesu Christi.)
LA DOCTBINE SOLIDAHISTE 213
va offrir en sacrifice, et, dans ce sacrifice, il y a l'idée de communion, mais il y a aussi l'idée de propitiation.
On l'a contesté, je le sais. Mais comment, alors que ce symbolisme du sacrifice était répandu dans le monde entier, alors qu'il était familier è, tout Israélite pieux, aurait-il été étranger à Jésus ?
On nous dit qu'un tel symbolisme nous ramène à la phase préchrétienne de l'humanité. Mais il s'agit de savoir si, justement, le sacrifice de Jésus n'a pas mis fin au besoin de sacrifice, en lui apportant le seul aliment qui pût le satisfaire. C'est ce que développe magnifiquement M. Harnack, dans l'Essence du Christianisme. Il y signale, comme une des caractéristiques de la religion en Esprit, l'avènement d'une conception oii le sacrifice sanglant ne joue plus de rôde. <( La mort du Christ, dit-il, a mis fin dans l'histoire aux sacrifices sanglants. Or, ceux-ci reposaient sur une pensée religieuse profonde. Ce n'est pas à de froids et aveugles rationalistes qu'il appartient de la juger, mais à des cœurs humains qui voient et qui sentent. Si donc il est clair que ces sacrifices correspondaient à un besoin religieux : si, d'ailleurs, il est certain que ce besoin a trouvé dans la mort du Christ sa satisfaction et par suite sa fin, voilà une idée qui ne nous reste plus aussi étrangère. L'histoire lui a donné raison. Cette mort avait la valeur d'un sacrifice ; sinon, com-
ment aurait-elle la puissance de pénétrer dans ce monde intérieur de l'âme d'où étaient sortis les sacrifioe^ sanglants ? Elle n'était pas un sacrifice comme les autres ; sinon, comment y aurait-elle mis fin ? » ".
Il y a ici un point sur lequel il nous faut insister. Nous avons vu que, dans son Essai sur le Sacnfice, en accumulant et en forçant parfois les analogies, M. Loisy tendait à ramener le sacrifice de Jésus au niveau des cérémonies les plus grossières que le paganisme eût inventées. En réalité, il a écrit là une apologie de la Passion du Christ. Il semble que les hommes aient partout préfiguré, encore que d'une manière souvent bien imparfaite, ce que le Christ devait un jour réaliser. Le dernier sacrifice du paganisme, le taurobole, s'efforce, par des flots de sang, d'effectuer la purification d.e l'âme. Il n'y parvient pas, mais qui niera que derrière ces cérémonies brutales, il y ait le pressentiment de réalités spirituelles, mystérieuses, qu'on entrevoit sans pouvoir les exprimer dignement ?
Ces sacrifices humains du Mexique, dont M. Loisy ne se lasse pas de détailler l'horreur, semblent bien correspondre à un sentiment des infractions commises à l'égard de la divinité, si
H. Wesen des. Christeritums, p. 98-99.
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l'on ne veut pas aller jusqu'à prononcer le mot de péché. Il se peut que ces infractions soient conçues de façon mesquine et grossière, mais le sentiment du péché est là quand même, au fond de la conscience, si informe que soit sa traduction matérielle. Le sang ne nourrit pas seulement la divinité, il T'apaise. C'est pourquoi, dans les cas extrêmes, l'homme offrira ce qu'il a de plus précieux, et jusqu'à ses propres enfants.
Or, en Israël, le sentiment du péché était devenu l'âme même de la religion. L'antique notion de la communion par le sacrifice subsistait naturellement, mais il n'était plus guère de sacrifice, au temps de Jésus, qui ne fût tenu pour expiatoire. Jésus avait grandi dans le culte des martyrs, et cette sublime idée de la douleur expiatoire qui avait transfiguré la persécution des Macchabées, était en lui. Est-il si étonnant qu'il ait voulu s'offrir, à la fois sacrificateur et victime, pour que son peuple rentrât en grâce auprès de Dieu ?
Il y avait un obstacle 'à lever. Cet obstacle venait du péché. Il y fallait un moyen de purification. Jésus, homme, ne pouvait sentir différemment, ou son humanité n'eût été qu'une apparejice.
A ceci on objecte que les sacrifices lévitiques ne pouvaient expier les fautes mortelles, mais seulement les fautes inconscientes, et ces péchés
d'étourderie que la minutie de la Thora rendait si fréquents. Mais c'€St là une des raisons de l'insuffisance des sacrifices lévitiques. Il fallait un sacrifice qui expiât la faute collective des hommes ; et, si ce terme de sacrifice est une métaphore, c'est une métaphore dont on ne peut pas se passer.
Il en est de même du rachat. Ici, ne nous embarrassons pas trop de la question si souvent posée : A qui le rachat était-il consenti ? (( Au péché, dit Henri Bois. En livrant sa propre vie en rançon au péché qui tenait les hommes en esclavage, Jésus a été élevé à la perfection par ses souffrances » ^.
Si l'on veut ; mais ce n'est pas très clair. De quoi sommes-nous rachetés ? demande encore M. Rade. L'image a perdu pour nous sa clarté. L'esclavage est aboli. Notre Dieu n'est pas un. marchand d'esclaves. Il n'attend, pas d'être payé pour faire grâce ^^.
On. peut dire céda, et bien d'autres choses encore. Il faut prendre garde pourtant que, s'il est un mot qui soit en faveur dans le langage des modernes, et qui éveille au fond des âmes de mys-