‹ Essai sur la rédemption [microform]Chapitre 41 sur 51 · Glauhenslehre. Klotz, Gotha, 1926, T. I, p · texte numérisé non relu

Glauhenslehre. Klotz, Gotha, 1926, T. I, p

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térieuses résonnanoes, c'est le mot de rédemption. L 'esclavage est-il vraiment aboli ? Ceux qui le disent oublient-ils les honteuses servitudes de l'âme ? Qu'on dise : Satan, ou la Puissance des Ténèbres, ou la Fatalité, peu importe : le fait est qu'il y a dans le monde des tyrannies obscures sous lesquelles se cçurbent les hommes, et ,que le Christ, en mourant pour eux, les en délivre. Faire passer un être de l'esclavage à la liberté, n'est-ce • pas le racheter ? Et, si celui qui le délivre est mort pour le délivrer, n'a-t-on pas le droit de dire qu'il l'a racheté par son sang ?

Le Christ apporte dans sa prédication le pardon des fautes humaines, et dans sa souffrance, il en poursuit la réparation.

Ici, nous touchons au fond même des choses.

Le Christ est venu toucher le cœur des hommes à repentance ; mais il y a dans la repentanoe deux éléments : le repentir proprement dit, qui est un sentiment ; la réparation, qui est un acte. Le repentir serait illusoire, s'il n'aboutissait à la réparation. Et la conscience ne peut être apaisée par le repentir, tant qu'elle n'a pu réparer.

Le Christ se donne pour l'humanité, dont il est le représentant. Il sent que c'est Dieu qui l'y appelle. En ce sens, c'est Dieu .lui-même qui le livre à la mort ; mais il y consent librement, et par amour pour il 'humanité.

En se donnant ainsi, il pénètre sa mort volon-

taire du sentiment moral le plus profond. Il lui donne le sens d'une réparation offerte en sa personne à la justice éternelle ; €t, s'il peut réparer ainsi, c'est qu'il se repent pour les pécheurs et avec eux. De là une communion avec le péché qui, pour une âme sainte, est une agonie.

Je ne dis pas que le Christ ait formé d'emblée ce plan d'une douleur réparatrice. Je dis que le Père l'y a conduit comme par la main. Rien d'artificiel ni de systématique en tout cela. C'est en vertu d'une libre inspiration de son amour que le Christ se résout à souffrir pour les hommes une mort qui est, à ses yeux, le châtiment que le péché a mérité. Ainsi, cette mort qu'il trouve sur sa route, . il va l'embellir d'une signification divine. Elle lui sera l'expiation exigée par. la loi suprême de cette humanité avec laquelle il ne fait qu'un. Et, comme elle résulte en même temps d'un crime odieux, il y a une douleur plus grande dans son acceptation. Comment cette mort, qui est leur crime, peut-elle être le salut de ses bourreaux ? Le doute et l'angoisse qui résultent de ce problème nouveau intensifient la souffrance du Fils de l'Homme et sont un élément de son agonie en Gethsémané.

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Mais ensuite, comment expliquer le mystère de l'abandon ?

Ce qui faisait la force de Jésus, c'était sa communion avec Dieu. Il fallait donc, pour que son sacrifice fût entier, que Dieu se retirât, que le sentiment de présence disparût, >et que Jésus se trouvât seul. Tant que Dieu était là, il n'y avait pas de véritable sacrifice. Mais il était dans la nature même du sacrifice voulu par Jésus de produire en lui ce sentiment de séparation d'avec Dieu. Car sa sympathie envers les pécheurs et cette solidarité voulue avec le mal le faisaient d'autant plus souffrir, qu'il se révoltait davantage intérieurement contre ce péché dont il acceptait l'apparente complicité. Tout cela lui donnait le sentiment de s'éloigner toujours plus de Dieu ; et c'était bien ce calice dont a parlé un prédicateur, <( ruisselant d'horreur et de ténèbres, dont le fond semble toucher à l'enfer, dont les bords lui cachent les splendeurs du ciel » ".

Lorsqu 'enfin il s'écrie : <( Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? », sa Passion arrive à son paroxysme. D'où vient-il, ce cri de désespoir ? Serait-ce, comme l'ont pensé des adver-

l. C.-E. Babut, Sermons, p. 79.

saires du Christianisme, la désillusion suprême de l'être supérieur qui, n'ayant vécu que pour le Ciel, s'aperçoit, dans la clairvoyance de l'agonie, que le Ciel est vide ? Il est une autre explication, la seule compatible avec l'histoine de Jésus.

L'amour du Père était sa grande force et sa grande joie. Toute sa vie, il l'avait prêché, en le vivant. De ne plus sentir cet amour présent, c'était pour lui la mort spirituelle, puisqu'il vivait de cet amour. Eh bien, §ur la croix, il y a eu un silence de Dieu. « Quand la sixième heure arriva, il y eut des ténèbres sur tout le pays, jusqu'à la neuvième heure. » Dans l'âme du Christ, en butte aux assauts des puissances du mal, il faisait nuit. C'est ce qu'a vu Pascal : (( Il souffre cette peine dans l'angoisse et l'horreur de la nuit ».

Alors, la Passion devient une chose effroyable. Etre loin de Dieu, pour un pécheur, peut ne pas . sembler bien terrible ; pour Fêtre saint, il n'y a pas de souffrance qui égale cette souffrance. « Je voudrais être anathème pour eux, disait l'apôtre Paul en parlant de son peuple. » Etre anathème, — c'est-à-dire séparé de Dieu — pour ses frères, c'est le vœu en apparence chimérique de l'héroïsme de charité le plus intense qui se puisse concevoir. Or, ce que le disciple a souhaité d'accomplir, le Maître l'avait accompli.

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Mais Dieu avait-il besoin d'une telle souffrance pour sauver l'humanité ? L'honneur du Dieu éternel réclamait-il une telle réparation ? Des modernes tels que Frommel l'ont cru tout comme les théologiens d'autrefois. Et ce qu'il y a de très intéressant dans la théologie de Frommel, c'est qu'elle se fonde sur une base psychologique, puisqu'elle procède d'une analyse des conditions du- pardon. Il étudie ces conditions chez l'homme, et il conclut du pardon de l'homme au pardon de Dieu. Il y a dans la théorie de Frommel un paradoxe et une vérité. Commençons par le paradoxe, qui donne matière à réfléchir.

Le pardon, chez l'homme, est le fruit d'un effort. S'il est facile, « il ne l'est que pour ces âmes faibles, légères, inconsistantes, qui n'éprouvent profondément ni le mal, ni l'offense ». Mais plus on aime l'offenseur, plus la blessure devient cuisante. Sans doute, Tégoïsme est intéressé au refus du pardon ; mais il y a aussi une réprobation qui est le fait de <( l'indignation morale à l'état pur » ^^.

Le pardon, dès lors, revêt un aspect tragique. La joie du pardon existe, certes : (( Elle compense

lo. Psychologie du Pardon, p. 40.

et au delà le difficile labeur qu'a coûté la remise de la fauté ; mais c'est la joie du sacrifice. Le pardon implique une renonciation. Le pardon est un sacrifice expiatoire qu'avant de lui faire place, la justice exige de l'aimour triomphant » ^^

D'autre part, la justice violée réclame une équivalence. Le repentir ne suffit pas. Il faut que le pardon fournisse ce qui manque, en donnant, par- dessus la repentance, ce qui lui manque pour satisfaire la justice. Il faut donc que celui qui pardonne se substitue à celui auquel il pardonne. Ce qu'il sacrifie, c'est (( son caractère, ses intentions, sa dignité qu'il laisse méconnus, son honneur et son droit qu'il s'abstient de venger » ^^,

Sans doute, le pardon divin ne se sent pas retenu, comme le pardon humain, par l'égoïsme. Mais il reste difficile « de tout ce qu'il en coûte de l'accorder chez nous aux parties hautes de la personnalité, à celles qui font corps avec le Bien » ^^ La réaction de Dieu, étant purement provoquée par le mal, et n'étant nullement viciée par l'égoïsme, sera infiniment plus forte que celle de l'homme. Si l'on veut que le pardon divin soit facile, on n'aboutit qu'à dépersonnaliser et à démoraliser Dieu. Pour que le pardon ait une va-

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